Typhon (mythologie)

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Zeus dardant sa foudre sur Typhon, hydrie à figures noires, v. 550 av. J.-C., Staatliche Antikensammlungen (Inv. 596)

Dans la mythologie grecque, Typhon ou Typhée (en grec ancien Τυφάων / Typháôn ou Τυφωεύς / Typhôeús, de τῦφος / tỹphos, « la fumée »), est une divinité primitive malfaisante. Il est le fils de Gaïa (la Terre) et de Tartare. Selon les légendes, il est considéré comme le Titan des vents forts et des tempêtes.

Cependant, une autre tradition (Hymne homérique à Apollon) le rajeunit de plusieurs générations en faisant de lui un démon enfanté par Héra sans aucun concours masculin. Mécontente d'avoir vu Zeus engendrer seul sa fille Athéna, elle aurait invoqué Gaïa, Cronos et les Titans afin d'enfanter seule un enfant mâle plus puissant que les autres dieux, et aurait été exaucée. Cette tradition post-hésiodique liée au cycle d'Apollon rapporte en outre que c'est à un autre monstre, le dragon femelle Python qu'Héra aurait confié Typhon à la naissance.

Représentations[modifier | modifier le code]

Ses représentations varient : il est parfois considéré comme un ouragan destructeur, ou comme un monstre cracheur de flammes. Hésiode (Théogonie) et Apollodore (Bibliothèque) font de lui le père de plusieurs monstres tels que le chien infernal Cerbère, la Chimère, le lion de Némée, l'aigle du Caucase, le Sphinx, la laie de Crommyon, le chien bicéphale Orthos, ainsi que deux dragons (Ladon et l'Hydre de Lerne), tous nés de son union avec la déesse-vipère Échidna. D'après Hygin, il est également le père des Gorgones.

Chez Homère, dans l’Iliade (II, 783), il est frappé par le foudre de Zeus alors qu'il se cache au pays des Arimes, en Cilicie de Troade, patrie de son « épouse » Échidna. Hésiode place le combat à la suite de la Titanomachie, Gaïa ayant enfanté Typhon pour venger la défaite des Titans (Théogonie, 821-880), et ajoute que de la dépouille de Typhon vaincu naquirent les vents malfaisants ou irréguliers (ibidem). Selon Pindare, Zeus enferme ensuite Typhon sous l'Etna (Pythiques, I, 15 et suiv.), dont il cause les éruptions.

Récits mythologiques[modifier | modifier le code]

Dans les innombrables versions post-hésiodiques du mythe (Apollodore, Bibliothèque ; Ovide, Métamorphoses, V ; Nonnos, Dionysiaques, III, etc.), probablement influencées par la légende égyptienne d'Osiris, d'Horus et de Seth, le combat de Typhon contre Zeus fait l'objet d'un récit plus détaillé : Typhon grandit en l'espace d'une journée, sa tête finit par atteindre le Ciel et sa vue déclenche une peur panique dans l'Olympe, aussitôt déserté de ses trente mille habitants divins qui, pour lui échapper, se métamorphosent en oiseaux, tandis que Typhon menace pêle-mêle Zeus de l'enchaîner ainsi que Poséidon dans le Tartare, d'épouser Héra, de libérer les Titans, de leur donner les déesses comme épouses ou comme servantes et de faire des jeunes dieux ses propres valets.

Les Olympiens les plus puissants, donc les plus menacés, partent alors se cacher dans le désert égyptien, où ils revêtent provisoirement l'apparence d'inoffensifs animaux : Héra se change en vache, Aphrodite en poisson, Artémis en chatte, Léto en musaraigne, Apollon en corbeau ou en milan, Arès en sanglier ou en poisson, Dionysos en bouc, Héphaïstos en bœuf, Hermès en ibis, Héraclès en faon, etc., Athéna seule restant stoïquement aux côtés de son père Zeus. Armé de la faucille dentelée qui avait permis jadis à Cronos de castrer son père Ouranos, Zeus défie Typhon en combat singulier, mais le monstre réussit à le désarmer et à lui sectionner les tendons des bras et des chevilles à l'aide de la faucille, avant de transporter Zeus inerte dans sa caverne et d'en confier la garde au dragon femelle Delphyné.

Un allié de dernière minute (selon les traditions, Hermès, Pan, Égipan ou Cadmos, que Zeus récompense plus tard en lui donnant pour épouse la déesse Harmonie) parvient néanmoins à endormir Delphyné et à se faire remettre par la ruse la dépouille et les tendons de Zeus. Ce dernier, sitôt « recousu », s'empare de sa foudre et se lance à la poursuite de Typhon, que les Moires ont entre temps dupé en lui faisant manger des fruits éphémères supposés lui conférer l'immortalité mais destinés en fait à l'affaiblir. Typhon foudroyé alors même où il atteignait la Sicile, est alors enseveli sous l'Etna ou il « rejoint » un autre ennemi de Zeus presque aussi dangereux que lui, le Géant Encelade. (Références mentionnées op.cit., les récits différant sensiblement d'une version à l'autre.)

Lien avec l'Égypte[modifier | modifier le code]

Typhon a été identifié à Seth l'Égyptien, le frère ennemi d'Osiris. Apollonius de Rhodes (Argonautiques) et Plutarque (Vie d'Antoine) placent Typhon sous les eaux du lac Serbonis, que selon Plutarque les Égyptiens appellent « les soupiraux par où le géant Typhon respire ». Il est de fait une divinité totalement maléfique, réalisant là un dualisme rencontré dans plusieurs religions. Il est l'équivalent du diable.

Lien avec l'Orient[modifier | modifier le code]

Typhon est le nom donné aux cyclones tropicaux dans le Pacifique Nord à l'ouest de la ligne de changement de date. Le mot viendrait du monstre de la mythologie grecque responsable des vents chauds. Le terme aurait voyagé vers l'Asie par l'arabe (tûfân) puis aurait été récupéré par les navigateurs portugais (tufão). D'autre part, les Chinois utilisent 台风 (« grand vent ») prononcé tai fung en cantonais. On retrouve aussi ce terme sur l'archipel nippon sous la forme du sino-japonais taifû (たいふう?), que l'on peut écrire avec les caractères 台風 ou 颱風.

Liens avec l'Etna[modifier | modifier le code]

D'après Haraldur Sigurðsson, Typhon fait partie, avec Hadès, Perséphone et Héphaïstos, des principaux personnages auxquels les volcans sont associés dans la mythologie grecque, où ils jouent un rôle significatif[1]. Selon ce volcanologue islandais auteur d'une histoire de la volcanologie, Typhon fut, dans la légende, emprisonné sous l'Etna pour s'être rebellé contre les dieux, Zeus compris. En captivité, Typhon présente cent têtes de dragons sortant de ses épaules. Ses yeux crachent des flammes, sa langue est noire et il a une voix horrible[1]. Aussi, la légende veut qu'à chaque fois que le monstre s'étire ou se retourne dans sa prison, l'Etna gronde et la Terre craque, de sorte que les éruptions volcaniques de cette montagne seraient en fait causées par les mouvements du Géant[1]. D'après Sigurðsson, la croyance veut également que si ce dernier devient trop remuant, Zeus lance des éclairs vers la Terre pour le maintenir sous son contrôle[1]. Pour le reste, c'est Héphaïstos qui est supposé être son gardien, et Sigurðsson indique que c'est parce qu'il place sa tête sur son enclume que Typhon s'agite[1].

L'association de Typhon à l'Etna a été représentée dans l'art, notamment sur une gravure le montrant emprisonné sous le volcan dans The Temple of the Muses, ouvrage de Zachariah Chatelain paru à Amsterdam en 1733[1].

Représentations artistiques[modifier | modifier le code]

Typhon dans la frise Beethoven, de Gustav Klimt

Il est représenté sur les fresques d'une des tombes étrusques peintes du site des nécropoles de Monterozzi et lui donne son nom : la tombe du Typhon.

La représentation moderne la plus célèbre est le tableau médian de la frise Beethoven de Gustav Klimt, peint en 1902 (Galeries du Belvédère, Vienne). Sous le titre Puissances ennemies, il s'agit d'une allégorie de la 9e symphonie de Beethoven. Typhon y est représenté sous la forme d'un immense singe ailé, à la mâchoire entrouverte et aux yeux glauques, Son corps se prolonge de longs serpents enchevêtrés. À sa droite sont représentées les Gorgones et à sa gauche, trois femmes dénudées symbolisant le Désir sensuel (ou Luxure), la Volupté et l'Intempérance.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Haraldur Sigurðsson, Melting the Earth: The History of Ideas on Volcanic Eruptions, New York et Oxford, Oxford University Press, 1999.

Sumer[modifier | modifier le code]

Dans l'épopée de Gilgamesh, un ennemi est nommé Typhon.[réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Vian, « Le mythe de Typhée et le problème de ses origines orientales », in Éléments orientaux dans la religion grecque grecque ancienne (Colloque des Strasbourg, 22-24 mai 1958), 1960, p. 17-37.
  • Alain Ballabriga, « Le dernier adversaire de Zeus : le mythe de Typhon dans l'épopée grecque archaïque », Revue de l'histoire des religions, 207, 1990, p. 3-30.