André Leducq

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André Leducq
André Leducq 1931 1.JPG

André Leducq en 1931.

Informations
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 76 ans)
MarseilleVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Spécialité
Équipes amateurs
1918-1922 Montmartre Sportif
1922-1925 Vélo Club de Levallois
Équipes professionnelles
Principales victoires

2 grands tours
Leader du classement général Tour de France 1930 et 1932
Classiques
Paris-Roubaix 1928
Paris-Tours 1931
25 étapes de grand tour

Tour de France (25 étapes)

André Leducq, né le à Saint-Ouen, dans le département de la Seine, et mort le à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, est un coureur cycliste français. Professionnel de 1926 à 1938, il est considéré comme l'un des plus grands coureurs français de l'histoire du cyclisme. Double vainqueur du Tour de France, en 1930 et 1932, il remporte 25 victoires d'étape sur l'épreuve, soit le quatrième plus grand total derrière Eddy Merckx, Bernard Hinault et Mark Cavendish. Il compte en outre une victoire sur Paris-Roubaix en 1928, ainsi qu'un titre de champion du monde sur route amateurs en 1924. Il est également double champion de France sur route chez les amateurs, une fois dans la catégorie des juniors et une fois chez les militaires.

Coureur complet et véloce, il se montre particulièrement redoutable lors des arrivées au sprint. Surnommé « le joyeux Dédé », ou encore « Dédé gueule d'amour et muscles d'acier », il est l'un des sportifs français les plus renommés de l'entre-deux-guerres et jouit d'une grande popularité tout au long de sa carrière. Son succès sur le Tour de France 1930, le premier disputé par équipes nationales, renforce l'admiration que lui voue le public. Élevé au rang de vedette, il fréquente de nombreux artistes, acteurs et chanteurs de son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

André Leducq naît le dans une maison de la rue Biron à Saint-Ouen. Il est le troisième enfant de la famille après la naissance de Marcelle en 1901 et Georges en 1902. Son père, Georges Leducq, est employé de la société Mildé, une entreprise d'électricité. Sa mère, Martine Dupetit, exerce la profession de culottière à domicile[1]. La famille s'installe ensuite rue des Alouettes, dans le quartier de Belleville à Paris, à proximité des bureaux de la société de cinéma Gaumont. Georges Leducq travaille alors comme chauffeur de Léon Gaumont, président de la société. Cet emploi permet aux enfants de la famille de tenir le rôle de figurants dans plusieurs films produits par Gaumont. André Leducq apparaît ainsi dans Napoléon, Bébé et les Cosaques, Un mari à l'essai ou encore Le Petit Poucet[1].

En 1913, Georges Leducq rachète une entreprise de caoutchouc et de vieux pneus de la rue Michelet et la famille jouit alors d'une certaine aisance financière. L'année suivante, il est mobilisé pour la Première Guerre mondiale[2]. André Leducq découvre alors la gymnastique et la musculation au sein du patronage protestant de son quartier. Il joue au football, pendant deux saisons à l' « Union Athlétique de Montmartre »[3]. En 1916, il quitte l'école. Malgré des facilités intellectuelles, le directeur de l'établissement convainc sa mère qu'il n'est pas fait pour les études. André enchaîne alors les petits boulots. En 1918, il vend son violon et achète son premier vélo. Il passe ses premiers brevets cyclistes puis après le retour de son père, signe sa première licence au club de Montmartre-Sportif. Ses premiers résultats sont peu probants et André est régulièrement victime de fringale[4].

Pour gagner sa vie, il travaille comme ouvrier chez un garagiste de la rue Francœur. Ce dernier, également passionné de vélo, lui laisse de nombreuses libertés pour aller s'entraîner. Il assiste au départ du Tour de France 1919 en tant que spectateur, ce qui le conforte dans sa volonté de devenir coureur professionnel. Son frère aîné Georges, également coureur, est victime d'une lourde chute lors d'une course amateur. Il décide d'arrêter sa carrière et cède son vélo Alcyon à André. L'année suivante, son père lui offre un autre vélo, de marque Bianchi. André Leducq s'entraîne alors au Vélodrome d'Hiver et y dispute certaines courses. Il ne parvient à décrocher que des places d'honneur, régulièrement distancé par ses concurrents alors qu'il lance son sprint de trop loin[5].

Carrière amateur[modifier | modifier le code]

Nullement découragé, il se distingue dans les courses de classement et les interclubs, ce qui lui permet d'intégrer le Vélo Club de Levallois. Dirigé par Paul Ruinart, il affirme très vite ses brillantes aptitudes. En 1922, il remporte Paris-Mantes-Paris, les Trophées du Petit Journal et le Grand Prix du Sporting. Il se classe également 3e de Paris-Rouen et obtient sa première victoire d'importance en décrochant le titre de champion de France sur route dans la catégorie juniors[6],[7]. Il obtient un contrat pour s'entraîner sur le vélodrome de Pont-Magnan à Nice pendant la saison hivernale. En 1923, il remporte à nouveau les Trophées du Petit Journal ainsi que Paris-Troyes et l'Étoile de Paris[8].

En 1924, André Leducq doit être incorporé à l'armée pour effectuer son service militaire mais Paul Ruinart lui permet d'obtenir un sursis afin qu'il puisse préparer les Jeux olympiques qui se tiennent Paris. Il y dispute la course individuelle sur route, courue sous la forme d'un contre-la-montre individuel sur une distance de 188 kilomètres[9]. « Non classé[10] », il réalise le neuvième temps de l'épreuve, gêné par trois crevaisons, en h 39 min 16 s, contre h 20 min 48 s pour le vainqueur Armand Blanchonnet[11], membre comme lui du Vélo-Club de Levallois. Dix jours plus tard, le , il devient champion du monde sur route amateur au circuit de Montlhéry, où Blanchonnet est seulement troisième[12],[9].

En 1925, André Leducq intègre le 90e régiment d'infanterie, basé à Tours. À peine engagé, il remporte le championnat de France sur routes militaires[13]. Il remporte également le championnat de France amateurs[7].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Les premières victoires (1926-1927)[modifier | modifier le code]

Contrairement à l'avis de Paul Ruinart, André Leducq devient professionnel en 1926 au sein de l'équipe Thomann-Dunlop, dirigée par Ludovic Feuillet. En méforme et devant la difficulté d'obtenir des permissions, il n'obtient aucun résultat significatif lors de cette saison[14]. Libéré de ses obligations militaires, en 1927, il est engagé par l'équipe la plus puissante de l'époque, Alcyon-Dunlop. En juillet 1927, André participe pour la première fois au Tour de France. Après une édition 1926 qualifiée d'ennuyeuse par les suiveurs, le directeur de la course Henri Desgrange essaye une nouvelle formule : lors des étapes de plaine, soit seize des vingt-quatre étapes, les équipes partent séparément, de quart d'heure en quart d'heure. Leducq est une des révélations de l'épreuve et remporte trois étapes : la sixième à Brest et les deux dernières à Dunkerque et Paris. Il termine à la quatrième place du classement général et premier Français. Avec Antonin Magne, qui débute également sur la « grande boucle » et finit sixième, il incarne le renouveau du cyclisme français[15],[16].

Succès sur Paris-Roubaix et victoires d'étapes sur le Tour de France (1928-1929)[modifier | modifier le code]

Portrait en noir et blanc d'un homme en costume cravate.
André Leducq en 1929.

Au début de l'année 1928, André Leducq est dans une situation délicate. Son père, comptable et administrateur de ses biens, lui reproche son train de vie et lui coupe les vivres. Son contrat avec Alcyon est menacé. Le , il gagne Paris-Le Havre et la semaine suivante, il remporte sa première grande classique en s'imposant sur Paris-Roubaix[17]. Il bat au sprint les Belges Georges Ronsse et Charles Meunier[18]. Ce succès lance véritablement sa carrière et Leducq se livre à la confidence dans son autobiographie Une fleur au guidon : « C'est seulement sous la douche que j'ai réalisé : la prime de victoire pour Paris-Roubaix, chez Alcyon, était de cinq mille francs… Douce perspective. Mais cela venait après. En passant la ligne, je n'avais éprouvé qu'un sentiment d'orgueil immense : tu as gagné Paris-Roubaix, tu as gagné la plus belle[19] ! »

Une semaine avant le départ du Tour de France, il se classe 2e du championnat de France et fait alors figure de favori pour la Grande Boucle[17]. Malgré les défauts constatés lors de l'édition précédente, Henri Desgrange conserve la formule inaugurée sur le Tour 1927 : 15 des 22 étapes sont disputées avec départs séparés des équipes, ce qui favorise les équipes importantes, comme l'équipe Alcyon dont sont membres André Leducq et le vainqueur sortant Nicolas Frantz. Ce dernier gagne la première étape et garde le maillot jaune du début à la fin de la course. Après avoir perdu dix minutes à cause d'une crevaison lors de la première étape, Leducq est fortement critiqué, mais il gagne la deuxième étape à Cherbourg, puis une autre à Perpignan, Marseille et Belfort. Il est deuxième du classement général final, derrière Frantz, qui gagne son deuxième Tour consécutif et devant le Belge Maurice De Waele, un autre coureur d'Alcyon[20],[21]. En , Leducq achète un pavillon à Sartrouville[22], puis se marie avec Marthe Bergeron, originaire de la commune de Saint-Mammès. Il y séjourne régulièrement, notamment au bateau-lavoir que gère sa belle-mère. Entre 1928 et 1931, il achète une petite maison qu'il destine à la location, puis une maison sur le quai du Loing, où il élit domicile. Il s'entraîne le plus souvent sur la piste en ciment du vélodrome de Champagne-sur-Seine, une commune voisine[23].

En 1929, Henri Desgrange revient sur la formule des départs séparés : le Tour de France est de nouveau disputé individuellement, l'entraide entre coureurs est interdite. André Leducq gagne la deuxième étape, à Cherbourg. À Bordeaux, où Nicolas Frantz remporte la septième étape, trois coureurs revêtent le maillot jaune : Frantz, Leducq et Victor Fontan[24]. À Perpignan, Maurice De Waele récupère le maillot jaune. Malade, il bénéficie alors de l'aide des autres coureurs d'Alcyon, dont Leducq, qui bloquent la course et l'accompagnent pour favoriser sa victoire, malgré le règlement. Des coureurs « isolés » et des adversaires sont également sollicités. Leducq gagne quatre autres étapes et termine à la onzième place du classement général. Les conditions de la victoire de De Waele font dire à Henri Desgrange : « On fait gagner un cadavre ! Comment un Maillot Jaune aussi facile à dépouiller a-t-il pu conserver la première place ? » Après plusieurs éditions et des changements de formules qui ont dégradé l'image de l'épreuve (« l'époque la plus ténébreuse du Tour » selon Pierre Chany), celui-ci, ainsi que son règlement, qui interdit l'entraide, sont définitivement discrédités[25],[26].

Double vainqueur du Tour de France (1930-1932)[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'un cycliste couvert de boue à l'arrivée d'une course.
L'Italien Learco Guerra est battu par André Leducq sur le Tour 1930.

André Leducq choisit de ne plus assurer ses contrats sur piste durant la saison hivernale afin de préparer au mieux la saison sur route 1930. Le , il remporte Paris-Caen. Dix jours plus tard, sa sélection en équipe de France pour le Tour de France est annoncée[27]. Le directeur de l'épreuve, Henri Desgrange, bouleverse le mode de participation au Tour. Les marques de cycles sont supprimées et désormais, les coureurs contractent directement avec le Tour et sont regroupés par équipes nationales. Pour cette édition 1930, cinq équipes nationales de huit coureurs sont présentes[28],[29]. Durant la première semaine, la course est un duel entre les routiers-sprinters des équipes de France et d'Italie. André Leducq gagne une étape aux Sables-d'Olonne tandis que l'Italien Learco Guerra porte le maillot jaune. Alfredo Binda, alors quadruple vainqueur du Tour d'Italie, remporte la première étape des Pyrénées à Luchon, devant Pierre Magne et André Leducq. Celui-ci prend le maillot jaune, Learco Guerra perdant 13 minutes ce jour-là. Lors de la seizième étape entre Grenoble et Évian, Leducq chute deux fois : une première dans la descente du col du Galibier, puis dans l'ascension du col du Télégraphe. Cette dernière est causée par la cassure de l'une de ses pédales. Il monte alors sur le vélo de son coéquipier Marcel Bidot. Aidé des autres coureurs de l'équipe de France, il parvient à rattraper Guerra, qui a pris 15 minutes d'avance, et Leducq gagne au sprint à Évian devant Charles Pélissier. Ce dernier gagne les quatre dernières étapes, lors desquelles la victoire finale de Leducq n'est plus menacée. Il s'impose au classement général devant Learco Guerra et son ami Antonin Magne. Aucun Français n'avait plus gagné le Tour depuis Henri Pélissier en 1923. Cette victoire est la première d'une série de cinq pour l'équipe de France. Elle projette l'image d'une France unie et suscite un regain d'intérêt du public, enthousiasmé par ses victoires[30],[31].

En 1931, Leducq participe aux Six jours de Paris. Henri Desgrange lui a proposé un contrat de 25 000 francs pour obtenir cet engagement[32]. Associé à Charles Pélissier, il prend la 6e place de l'épreuve[33]. Cette manifestation populaire attire 15 000 spectateurs et de nombreux artistes y font une apparition. À l'issue de la course, il déclare : « Ce sont les six-jours qui m'ont laissé les plus beaux souvenirs de ma carrière, ils ont été mon bottin mondain, mon université, mon jockey-club et ma cour de récréation[32]. » André Leducq gagne Paris-Tours, puis prend la troisième place du championnat de France. Il n'est cependant pas considéré comme un favori du Tour de France. Durant la première étape des Pyrénées, les Belges Jef Demuysere, Alfons Schepers et Julien Vervaecke attaquent avec l'Italien Antonio Pesenti. Ils sont cependant tous retardés par des crevaisons, de sorte qu'Antonin Magne s'impose à Luchon avec quatre minutes d'avance sur Pesenti et prend la tête du classement général. Il conserve le maillot jaune et remporte ce Tour de France devant Demuysere et Pesenti. Leducq gagne une étape à Colmar et termine à la dixième place du classement général[34].

Photographie en noir et blanc d'un cycliste accomplissant un tour d'honneur, un bouquet à la main, devant une foule enthousiaste.
En 1932, André Leducq célèbre sa deuxième victoire dans le Tour.

Charles Pélissier et Antonin Magne renoncent à participer au Tour de France 1932. Henri Desgrange, qui souhaitait voir Pélissier s'imposer, a introduit des bonifications de quatre minutes aux vainqueurs d'étape, supposées favoriser un routier-sprinter comme Pélissier. En l'absence de ce dernier, André Leducq profite de ces bonifications et de ses qualités de finisseur. En remportant la troisième étape à Bordeaux, la plus longue de ce Tour avec 387 kilomètres, il prend le maillot jaune avec près de deux minutes d'avance sur l'Allemand Kurt Stöpel[35]. Lors des étapes suivantes, il accumule les places d'honneur et creuse peu à peu l'écart sur ses poursuivants au classement général. Malgré une méforme lors de l'étape entre Cannes et Nice, il limite sa perte de temps grâce au travail de ses équipiers[35]. Bénéficiant de la mésentente régnant dans l'équipe de Belgique, et grâce à sa stratégie basée sur les victoires d'étapes, il remporte son deuxième Tour de France. Vainqueur à Gap, Aix-les-Bains, Belfort et lors des deux dernières étapes à Amiens et Paris, il porte son total de victoires d'étapes à six[36]. Il obtient finalement 31 minutes de bonification, contre sept pour son dauphin Kurt Stöpel, une différence de 24 minutes qui correspond à l'écart entre les deux hommes au classement général final. Le nouveau règlement voulu par Henri Desgrange joue donc un rôle prépondérant dans la seconde victoire d'André Leducq dans le Tour de France[35].

Photographie en noir et blanc de deux cyclistes montant un col, l'un poussant l'autre, un homme courant à leur côté.
Georges Speicher et André Leducq lors du Tour de France 1933.

Lors du Tour de France 1933, André Leducq, avec les autres coureurs de l'équipe de France, aide Maurice Archambaud à défendre son maillot jaune durant la première semaine puis Georges Speicher, qui prend la tête du classement général à Marseille après la douzième étape et gagne ce Tour. Leducq gagne deux étapes. Speicher signe la quatrième victoire consécutive de l'équipe de France, invaincue depuis que le Tour est disputé par équipes nationales. C'est lors de cette édition 1933 que sa « cohésion […] est la plus forte »[37]. Cette « équipe de copains offrait un potentiel assez exceptionnel », qui fait dire à Speicher après sa victoire : « Non, vraiment, nous n'avions aucune idée sur celui d'entre nous qui gagnerait »[38]. En plus de ses deux victoires d'étape sur le Tour, Leducq remporte le Critérium national lors de cette année 1933[39].

Fin de carrière (1934-1938)[modifier | modifier le code]

En 1934, André Leducq quitte Alcyon, qui l'emploie depuis 1927, parce qu'elle lui refuse une augmentation de 200 francs. Il rejoint la nouvelle équipe Mercier-Hutchinson, dirigée par Henri Pélissier, vainqueur du Tour de France 1923. Les relations entre ce dernier et Henri Desgrange sont mauvaises, alors que Desgrange est ami avec le patron d'Alcyon, Edmond Gentil. La firme Alcyon est en outre le fabricant des vélos jaunes utilisés par les coureurs du Tour de France depuis la création des équipes nationales en 1930. Ainsi, pour le seul motif qu'il a quitté Alcyon, Henri Desgrange écarte Leducq de l'équipe de France. Celle-ci écrase le Tour de France : elle gagne vingt étapes et porte le maillot jaune de bout en bout, d'abord avec Georges Speicher puis Antonin Magne qui gagne son deuxième Tour. De son côté, Leducq suit cette édition avec les journalistes de Paris-Soir Albert Baker d'Isy et Géo Villetan[40]. Cette même année, il crée sa marque de cycle, à son nom, filiale du groupe Mercier[41]. Il n'obtient qu'une seule victoire au cours de la saison, le Critérium des As, disputé en septembre à Longchamp[42].

En , André Leducq se classe deuxième de Paris-Roubaix. En tête à 10 kilomètres de l'arrivée en compagnie de Gaston Rebry, il crève et laisse la victoire au coureur belge[43]. Engagé sur le Tour d'Italie, il abandonne au départ de la 17e étape, souffrant de furoncles[44]. André Leducq est réintégré à l'équipe de France pour le Tour 1935. Avec la présence de Speicher et de Magne, les vainqueurs des cinq derniers Tours sont ainsi au départ[45]. Le Belge Romain Maes gagne la première étape et remporte cette édition en conservant le maillot jaune durant toute la course. Victime d'une chute et blessé, Antonin Magne, favori de l'épreuve et capitaine de l'équipe de France, abandonne lors de la septième étape. Les coureurs français se concentrent dès lors davantage sur les victoires d'étapes que sur le classement général. Ils en gagnent treize, dont une par André Leducq à La Rochelle. Georges Speicher est toutefois un temps en mesure de disputer le maillot jaune, mais perd toutes ses chances dans les Pyrénées et termine à la sixième place. Dans les discussions suivant cette défaite, Magne met en cause la mésentente de l'équipe après son abandon et l'attitude des coureurs, notamment celle de Maurice Archambaud et René Vietto, qui n'ont selon lui pas suffisamment soutenu Speicher. Leducq admet le manque de confiance des coureurs envers ce dernier, justifie les stratégies individuelles de ses coéquipiers et demande la désignation d'un directeur sportif de l'équipe de France, à l'image de ceux dont disposent les équipes de Belgique et d'Italie[46].

Photographie en noir et blanc d'un coureur cycliste se tenant debout à côté de son vélo.
Antonin Magne, ami d'André Leducq, gagne avec lui la dernière étape du Tour 1938.

En 1936, André et sa femme divorcent[47]. Il ne participe pas au Tour cette même année, ni à l'édition 1937, qu'il décide comme Antonin Magne de ne pas disputer. Cette année-là, Henri Desgrange dote l'équipe de France d'un directeur sportif, comme le demandait Leducq deux ans plus tôt. Ce directeur sportif est Jean Leulliot, collaborateur du journal L'Auto et futur organisateur de courses cyclistes. Au début de l'année 1937, André Leducq est contacté par Charles Spiessert, directeur du cirque Pinder pour effectuer une tournée à travers la France, d'une durée de huit mois, en compagnie d'Antonin Magne et des frères Raymond et Ferdinand Le Drogo. Les coureurs s'exhibent sur un home trainer disposé sur un grand plateau équipé de silhouettes cyclistes[48].

En 1938, Henri Desgrange supprime la catégorie des coureurs individuels du Tour de France, également appelée « touristes-routiers » ou « isolés » lors d'éditions précédentes. Il agrandit les équipes nationales et crée deux équipes de coureurs français, en plus de l'équipe de France emmenée par Antonin Magne : l'une est appelée « Bleuets » et l'autre « Cadets », qui a pour capitaine André Leducq. Sans avoir gagné d'étape, Leducq prend le maillot jaune après le deuxième tronçon de la sixième étape, à Bayonne. Il le cède au Belge Félicien Vervaecke à l'issue de la huitième étape, à Luchon, où il arrive avec 25 minutes de retard. Il termine à la trentième place de ce Tour de France remporté par l'Italien Gino Bartali. Lors de la dernière étape, entre Lille et Paris, il s'échappe avec Antonin Magne à Vallangoujard. Ils parcourent ensemble les cinquante derniers kilomètres menant au Parc des Princes. Après avoir débuté sur le Tour la même année, ils font ensemble leur adieu à la « grande boucle » en franchissant la ligne d'arrivée se tenant par l'épaule et sont classés premiers ex-aequo[49],[50]. C'est la 25e victoire d'étape de Leducq sur le Tour de France, un record qui ne sera battu qu'en 1972 par Eddy Merckx. À cette occasion, il est le sixième cycliste du Tour de France à connaître une victoire d'étape dix ans au moins après un premier succès.

Après carrière[modifier | modifier le code]

En , il participe aux Six jours de Paris en compagnie de Georges Wambst. À mi-course, l'équipage occupe la treizième et dernière place[51], avant d'abandonner finalement[52]. André Leducq se retire de la compétition et devient observateur parmi la caravane du Tour pour le compte des journaux Le Petit Parisien et Miroir des sports[53]. Blanche Larivaut, sa compagne qui travaille au service photographique du journal France-Soir, donne naissance au seul enfant du couple, prénommé Jean-François, le . Elle devient sa seconde épouse le , à Mériel. À partir de la fin du mois d', André Leducq exerce la fonction d'inspecteur des ventes des Cycles Mercier. Au début des années 1950, il fait l'acquisition, avec sa femme, d'un café-tabac à Mériel, puis en , il achète un café-épicerie à Maisons-Laffitte[54]. Il ne s'éloigne pas pour autant du monde du cyclisme puisqu'il accepte de diriger l'équipe de France sur le Tour d'Espagne 1961, qui compte dans ses rangs François Mahé, deuxième du classement général[41], puis en 1964, il part effectuer une mission d'éducateur sportif à Téhéran[54]. En 1953, il est invité à l'arrivée du Tour de France 1953 au Parc des Princes, à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'épreuve, au même titre que les anciens vainqueurs encore en vie[55].

En 1961, il divorce de sa seconde femme et s'installe avec Germaine Le Gaillard, une modiste de l'avenue de l'Opéra, à Paris, avec laquelle il se marie le . André Leducq se passionne pour la plongée sous-marine qu'il pratique avec son ami Roger Poulain, moniteur aux Goudes[56]. Le , il est retrouvé inanimé dans la chambre qu'il occupe chez son ami. Il décède à son arrivée à l'hôpital de Marseille, à l'âge de 76 ans[56]. Il est inhumé au cimetière parisien de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine[57].

Style et personnalité[modifier | modifier le code]

André Leducq est un coureur complet, un « athlète du vélo » selon le journaliste Jacques Augendre, capable de battre au sprint les coureurs les plus rapides de sa génération, mais également bon rouleur et performant dans les ascensions[41]. Dès ses premières années, les suiveurs du cyclisme se disent étonnés par les qualités physiques de Leducq : « ses jambes, comme chez tous les hommes en forme, tournent harmonieusement, comme un rouet bien rond qui déviderait inlassablement sa laine[58] ». Le journaliste Christophe Penot le compare à François Faber, vainqueur du Tour de France 1909 : « Même bonne humeur, même popularité, même solidité, même pointe de vitesse et même passion pour le Tour de France[19] ». Leducq est d'ailleurs un admirateur de Faber et lie une longue amitié avec la veuve du coureur, mort au combat lors de la Première Guerre mondiale[41].

Surnommé « Dédé gueule d'amour et muscles d'acier » ou encore « le joyeux Dédé »[59], il jouit d'une popularité incontestable et qui « dépasse le sport » selon le romancier Michel Droit, qui le compare à Georges Carpentier, Jules Ladoumègue et Jean Borotra[41]. Selon la formule de Christophe Penot : « En son temps, il eut la popularité d'un jeune dieu[19]. » Passionné de sport, il ne cesse de rouler à vélo tout au long de sa vie et s'initie également à la plongée sous-marine[41]. Personnage haut en couleurs, « garçon jovial[19] », le scénariste Olivier Dazat dit de lui : « La malice de Filochard, la gouaille de Ribouldingue et la grande gueule de Croquignol, André Leducq était un peu les Pieds Nickelés à lui seul[41]. » Il fréquente de nombreuses vedettes de son époque et compte le chanteur Maurice Chevalier et les acteurs Jean Gabin et Albert Préjean parmi ses plus proches amis. Il côtoie aussi des artistes comme Eugène Paul et Bernard Buffet[41].

Hommages[modifier | modifier le code]

Photographie d'une plaque commémorative en pierre blanche gravée en lettres rouges.
Plaque en l'honneur d'André Leducq dans une rue de Paris.

En 1931, André Leducq est le premier lauréat du challenge Sedis, qui récompense le meilleur routier professionnel de la saison française[60]. Il est décoré de la Légion d'honneur en . En 2002, il fait partie des 44 coureurs retenus dans le « Hall of Fame » de l'Union cycliste internationale[61].

Une rue à La Roche-sur-Yon[62] ainsi que le gymnase de la commune de Mériel dans le Val-d'Oise lui sont dédiés[63]. Une plaque est apposée sur une maison de la rue Michel-Ange à Paris, où il a vécu. La statue intitulée Le Guerrier blessé, œuvre du sculpteur allemand Arno Breker, s'inspire très largement d'une photographie d'André Leducq après sa chute dans le col du Galibier sur le Tour de France 1930. Le guerrier sculpté par Breker adopte la même position que le coureur cycliste, prostré, assis sur une pierre, au point qu'elle est nommée par plusieurs spécialistes « la statue André Leducq ». Elle est installée dans le jardin du musée Arno Breker, à Düsseldorf[64].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Les principaux éléments du palmarès d'André Leducq sont présentés ci-dessous[39].

Palmarès amateur[modifier | modifier le code]

Palmarès professionnel[modifier | modifier le code]

Résultats sur les grands tours[modifier | modifier le code]

Résultats sur le Tour de France[modifier | modifier le code]

En neuf participations, André Leducq remporte deux fois le Tour. Il totalise 25 victoires d'étapes dont quatre par équipes, ce qui fait de lui le quatrième coureur au classement des victoires d'étapes dans l'épreuve derrière Eddy Merckx, Bernard Hinault et Mark Cavendish[65]. Il passe au total 35 jours avec le maillot jaune sur les épaules[66]. André Leducq fait également partie des coureurs ayant remporté au moins deux étapes du Tour de France sur plus de dix années.

  • 1927 : 4e du classement général et vainqueur des 6e, 23e et 24e étapes
  • 1928 : 2e du classement général et vainqueur des 2e, 10e, 11e et 16e étapes
  • 1929 : 11e du classement général et vainqueur des 2e, 11e, 17e et 18e étapes
  • 1930 : Leader du classement général vainqueur du classement général et des 5e et 16e étapes
  • 1931 : 10e du classement général et vainqueur de la 20e étape
  • 1932 : Leader du classement général vainqueur du classement général et des 3e, 11e, 13e, 15e, 20e et 21e étapes
  • 1933 : 31e du classement général et vainqueur des 13e et 14e étapes
  • 1935 : 17e du classement général et vainqueur de la 18eb (contre-la-montre) étape
  • 1938 : 30e du classement général et vainqueur de la 21e étape

Résultats sur le Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le vélo et ses champions, p. 7-8.
  2. Le vélo et ses champions, p. 9.
  3. « L'Iintransigeant » du 1et aout 1927 disponible sur Gallica
  4. Le vélo et ses champions, p. 10-11.
  5. Le vélo et ses champions, p. 12-13.
  6. Le vélo et ses champions, p. 14.
  7. a et b Sergent 2002, p. 1076.
  8. Le vélo et ses champions, p. 15.
  9. a et b Le vélo et ses champions, p. 17.
  10. Seuls les six premiers sont officiellement « classés ».
  11. « Les Jeux de la VIIIe olympiade - Paris 1924 - Rapport officiel » [PDF], sur la84foundation.org (consulté le 25 janvier 2012).
  12. Chany, p. 299.
  13. Le vélo et ses champions, p. 18-19.
  14. Le vélo et ses champions, p. 20.
  15. The Story of the Tour de France, p. 87.
  16. Eclimont 2013, p. 75-76.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

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  • Communauté de communes de Moret Seine et Loing, Service Animation et promotion du territoire, André Leducq (1904-1980), t. 2, Lys éditions Amatteis, coll. « Le vélo et ses champions : au cœur de Moret Seine et Loing », (ISBN 978-2-86849-263-0). Document utilisé pour la rédaction de l’article
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  • Pascal Sergent, Encyclopédie mondiale du cyclisme, vol. 3, De Eecloonaar, , 2134 p. (ISBN 9074128734).
  • Sandrine Viollet, Le Tour de France cycliste : 1903-2005, L'Harmattan, , 256 p. (ISBN 9782296025059). Document utilisé pour la rédaction de l’article

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