Luis Ocaña

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Luis Ocaña
Luis Ocaña.jpg

Luis Ocaña lors du Tour de France 1973.

Informations
Nom de naissance
Jesús Luis Ocaña PerníaVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
l'Espagnol de Mont-de-Marsan
Naissance
Décès
Nationalité
Spécialité
Équipes professionnelles
1968 Fagor - Fargas
1969 Fagor
1970-1974 Bic
1975-1976 Super Ser
1977 Frisol - Thirion - Gazelle
Principales victoires

Championnats
MaillotEspaña.PNG Champion d'Espagne sur route 1968 et 1972
2 grands tours
Leader du classement général Tour de France 1973
Leader du classement général Tour d'Espagne 1970
1 classement annexe de grand tour
Leader du classement de la montagne Grand Prix de la montagne du Tour d'Espagne : 1969
15 étapes de grands tours
Tour de France (9 étapes)
Tour d'Espagne (6 étapes)
Courses à étapes
Critérium du Dauphiné libéré 1970, 1972 et 1973
Tour de Catalogne 1971
Tour du Pays basque 1971 et 1973
Autre compétition

Grand Prix des Nations 1971

Jesús Luis Ocaña Pernía (né le à Priego, Espagne – mort le à Mont-de-Marsan) est un coureur cycliste espagnol. Durant sa carrière professionnelle, il remporte 110 victoires.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et carrière amateur[modifier | modifier le code]

Luis Ocaña naît le 9 juin 1945 à Priego en Nouvelle-Castille, entre Cuenca et Tolède, dans l'Espagne franquiste[b 1]. Luis passe sa petite enfance dans le Val d'Aran, dans le hameau de Vila, à proximité du col du Portillon et de la frontière française[b 2], où son père a trouvé un travail de mineur[o 1]. Luis parcourt à pied sept kilomètres à travers champs, afin de se rendre à l'école des Frères de la Saille, située à Vielha e Mijaran[b 3]. Toute le famille Ocaña immigre en France en 1957 à Mont-de-Marsan dans les Landes, où le père de Luis a trouvé un travail de bûcheron[1]. À 14 ans, il quitte l'école et devient apprenti dans une menuiserie chez Monsieur Ducos à Aire-sur-l'Adour[o 2]. Luis apprend à faire de la bicyclette, sur celle de sa cousine Carmen[b 4]. Passionné par la pratique vélo, il travaille beaucoup pour se payer dans un magasin à Barcelonne-du-Gers, son premier vélo jaune marbré de marque Automoto, qui a équipé de grands coureurs comme Lucien Petit-Breton, Henri Pélissier ou Ottavio Bottechia[o 2]. Grâce à son patron menuisier, Ocaña signe à 16 ans sa première licence cycliste à l'Avenir aturin, société sportive à Aire-sur-l'Adour[2]. Le jeune coureur a besoin d'un véritable vélo de course afin de participer aux compétitions. Le prix étant trop élevé, c'est Monsieur Ducos qui le finance, moyennant un remboursement en cinq mensualités[o 3]. Il signe sa licence sous le nom francisé de « Louis Ocagna », car la tilde sur le n de son nom n'existe pas dans les caractères d'imprimerie française[o 4]. Ocaña remporte sa première victoire amateur le 1er avril 1962, lors du Grand Prix du Printemps à Mimizan[b 5]. Après six victoires en 1962 et sept autres en 1963[o 5], il intègre le club de Mont-de-Marsan, portant un maillot jaune à épaulettes noires, orné de la silhouette d'un petit écureuil[b 6]. Le président du club, Pierre Cescutti, dénicheur de talents, parle de Luis Ocaña en ces termes : « Sous ses allures de chien fou, j'ai vite repéré que le gamin avait un gros moteur. J'avais entre les mains un joyau, à la fois talentueux et fragile. »[1]. En 1964, il s'impose pour la première fois sous nouvelles couleurs, lors du Prix Martini à Mont-de-Marsan[o 6]. Quelques jours plus tard, il l'emporte à Bagnères-de-Bigorre, par une température en dessous de zéro, avec plus de six minutes d'avance sur le deuxième[b 7]. L'année suivante, sa licence comporte le label « indépendant hors catégorie », ce qui lui permet de se confronter aux coureurs professionnels. En mai, il participe à la Course de côte du mont Faron, épreuve en contre-la-montre individuel, qu'il termine à la cinquième place, à deux minutes du vainqueur, Jacques Anquetil. Il prend ensuite la deuxième place lors du Grand Prix de France, puis la septième place lors du Grand Prix des Nations[o 7]. Il continue de triompher dans la catégorie amateur les années suivantes, à Bretagne-de-Marsan, au Tour de la Bidassoa, au Tour du Béarn, au Tour du Roussillon et au Grand Prix des Nations amateurs[3]. Ses bonnes performances le font connaître et le milieu cycliste lui donne le surnom de « l'Espagnol de Mont-de-Marsan »[2]. Malgré ces bons résultats en amateur et en tant qu'indépendant chez les professionnels, aucune équipe française ne veut le faire signer. Il répond alors aux sollicitations d'une équipe espagnole, Fagor, qui lui impose de conserver sa nationalité espagnole, alors que des démarches pour une naturalisation française avaient été entamées. Il devient donc coureur professionnel pour un salaire mensuel de 15 000 Pesetas (soit 1 200 Francs) et abandonne son métier de menuisier ébéniste[1],[o 8].

Carrière professionnelle (1968-1977)[modifier | modifier le code]

Débuts prometteurs (1968)[modifier | modifier le code]

En 1968, pour sa première saison professionnelle, il remporte sa première victoire lors du GP Llodio, devant son compatriote José Antonio Momeñe[1]. Fin avril, il participe au Tour d'Espagne, qu'il abandonne lors de la douzième étape. Il participe ensuite à son deuxième grands tours, lors du Tour d'Italie. Ocaña fait partie de la bonne échappée lors de la dix-neuvième étape, mais ne peut contester au sprint la victoire à l'Italien Luciano Dalla Bona[4]. Lors de l'avant-dernière étape, l'Espagnol s'échappe à nouveau et franchit la ligne d'arrivée au sommet du Blockhaus de la Majella, à la quatrième place[5]. Il termine trente-quatrième au classement général de l'épreuve transalpine, remportée par le Belge Eddy Merckx. Ocaña devient ensuite champion d'Espagne devant Antonio Gómez del Moral et Jesús Aranzabal. Le soir même, il offre son maillot sang et or à son père mourant[b 6]. Ce dernier décède le 31 août, alors que son fils participe pour la première fois aux championnats du monde à Imola en Italie[o 9]. En septembre, Ocaña est troisième du Grand Prix des Nations, à plus de quatre minutes du vainqueur, l'Italien Felice Gimondi[6]. Il conclut sa saison par une cinquième place lors d'À travers Lausanne[7], avant de terminer troisième avec son compatriote Jesús Aranzabal au Trophée Baracchi, remporté par Felice Gimondi et Jacques Anquetil[8].

Confirmation de son talent (1969)[modifier | modifier le code]

Luis Ocaña commence sa saison 1969 par une victoire à la Semaine catalane[9]. Un mois plus tard, lors du Tour du Pays basque, malgré sa victoire lors de la troisième étape, il ne termine qu'à la sixième place du classement général final, remporté par le vétéran [[Jacques Anquetil]) (35[ans)[o 10]. En avril, lors de la Vuelta 1969, il remporte le prologue inaugural de 6,5 kilomètres à Badajoz, lui permettant de se parer du maillot jaune de leader du classement général. Il perd sa tunique, dès le lendemain, au profit du Britannique Michael Wright. Il parvient ensuite à suivre les favoris dans les étapes au profil accidenté. L'Espagnol conclut l'épreuve par deux victoires en contre-la-montre individuel à Saint-Sébastien et à Bilbao. Cela lui permet de terminer à la deuxième place au classement général final, à une minute et cinquante-quatre secondes du vainqueur, Roger Pingeon. Ocaña remporte également le Grand Prix de la montagne[10],[o 11]. En juin, il prend à Nîmes, le départ du Grand Prix du Midi libre, épreuve courue en six étapes réparties sur quatre jours. Alors qu'il est troisième au classement général, à l'amorce de la dernière journée de course, qui est scindée en deux étapes. Sur la courte étape de 83 kilomètres entre Quillan et Font-Romeu, proposant plusieurs ascensions, Ocaña crée une échappée avant la montée du col de la Quillane. Les fuyards ne sont pas repris, l'Espagnol termine deuxième de l'étape et se pare du maillot de leader. Lors de la dernière étape menant à Perpignan, il conserve son avance et remporte le Grand Prix du Midi libre[11],[o 12]. Il devient leader de son équipe pour le Tour 1969 qui démarre de Roubaix et se présente avec un rôle d'outsider pour la victoire finale, face au grand favori, Eddy Merckx[12]. Les espoirs d'Ocaña de bien figurer sur l'épreuve sont rapidement déçus. Lors du contre-la-montre par équipes à Woluwe-Saint-Pierre en Belgique, l'équipe Fagor termine onzième, à plus de cinq minutes de l'équipe victorieuse, la Faema de Merckx. De plus, lors de la sixième étape menant au Ballon d'Alsace, Ocaña chute lourdement dans la descente du col du Herrenberg[13]. Blessé, couvert de pansements, il lutte pendant deux jours. Mais à bout de force, ne parvenant plus à suivre le rythme du peloton, il est contraint à l'abandon à Bas-Mornex, lors du deuxième tronçon de la huitième étape[14],[o 13]. Sélectionné afin de participer aux championnats du monde organisés à Zolder en Belgique, l'Espagnol manque la bonne échappée et ne parvient pas à faire un retour sur l'avant de la course, malgré une tentative sur plusieurs tours du circuit en compagnie du Français José Catieau et du Belge Roger Swerts. Le Néerlandais Harm Ottenbros l'emporte et se pare du maillot arc-en-ciel[15].

Victoire au Tour d'Espagne (1970)[modifier | modifier le code]

En 1970, Maurice De Muer dirigeant de l'équipe Bic, engage Luis Ocaña en remplacement de Lucien Aimar. Dans la formation française, il partage le rôle de leader avec le Néerlandais Jan Janssen[2]. Sous ses nouvelles couleurs oranges et blanches, il se confronte en début de saison à Eddy Merckx lors de Paris-Nice[16]. Même s'il se montre très offensif durant l'épreuve, il ne peut rien face au « Cannibale » et termine deuxième au classement général final, à deux minutes et quatorze secondes du Belge[17]. Lors de la Vuelta 1970, en l'absence d'Eddy Merckx, Felice Gimondi, Roger Pingeon et Raymond Poulidor, Ocaña endosse le rôle de favori pour la victoire finale. Ses adversaires sont le Belge Herman Van Springel, l'Allemand de l'Ouest Rolf Wolfshohl et le Néerlandais Marinus Wagtmans[18]. D'entrée, l'Espagnol remporte le prologue de 6 kilomètres à Cadix[19]. La suite de l'épreuve est une lutte acharnée entre Ocaña, Van Springel et les Espagnols Agustín Tamames et Jesús Manzaneque. La dernière étape est un contre-la-montre individuel de 29 kilomètres sur un parcours vallonné, Tamames est porteur du maillot de leader du classement général, mais les trois autres coureurs ne pointent qu'à quelques secondes. Luis Ocaña se montre le plus fort durant l'effort solitaire, il reprend plus d'une minute à tous ses adversaires et arrache la victoire finale. Il remporte le premier grand tour de sa carrière[20].

Après sa victoire au Critérium du Dauphiné libéré devant Pingeon et Van Springel, Ocaña semble le seul coureur capable d'empêcher l'intraitable Merckx de remporter le Tour 1970[21]. Cependant, dès le prologue inaugural de l'épreuve à Limoges long de 7,4 kilomètres, l'Espagnol concède quinze secondes au Belge[22]. Ocaña continue de perdre régulièrement du temps les étapes suivantes, puis subit une grosse déconvenue entre Belfort et Divonne-les-Bains, sous une forte chaleur, il termine à plus de douze minutes de Merckx[23]. Après avoir été moribond dans le massif des Alpes, l'Espagnol qui ne peut plus prétendre à un bon résultat au classement général, passe à l'offensive lors de la dix-septième étape. Parti seul à trente kilomètres de l'arrivée, il s'impose en solitaire à Saint-Gaudens[24]. Ocaña prend ensuite la deuxième place du contre-la-montre individuel lors de la dernière étape entre Versailles et Paris. Mais il conclut l'épreuve à la trente-et-unième place au classement final, loin du vainqueur, Eddy Merckx[25].

Tour de France dramatique (1971)[modifier | modifier le code]

En ce début de saison 1971, Ocaña participe à Paris-Nice qu'il termine à la troisième place, derrière Eddy Merckx et Raymond Poulidor[26]. L'Espagnol enchaîne ensuite les victoires au Tour de Catalogne, au Subida a Arrate, puis au Tour du Pays basque. Il est le grand favori pour le Tour d'Espagne. Cependant, Ocaña n'est pas très enthousiaste afin de participer à cette épreuve, déclarant à la presse : « Le Tour d'Espagne 1971 manque d'intérêt pour moi ». Il ne souhaite pas trop se fatiguer, car son objectif principal de la saison est le Tour de France[27]. Son manque d'envie se caractérise par le fait qu'il ne gagne que la douzième étape entre Bilbao et Vitoria[28], puis il conclut cette Vuelta sur la troisième marche du podium, derrière les Belges, Ferdinand Bracke et Wilfried David[29].

Photographie d'une plaque commémorative posée sur un rocher
Plaque commémorative en l'honneur de Luis Ocaña au col de Menté.

Ocaña reprend la compétition au Critérium du Dauphine libéré, où il prend la deuxième place au classement général final, battu par Merckx, pour cinquante-quatre secondes[30]. Il est ensuite le grand rival du Belge dans le Tour de France 1971. L'Espagnol fait partie de l'échappée royale lors de la deuxième étape menant à Strasbourg. Ce groupe composé des principaux favoris de l'épreuve relègue à l'arrivée le peloton à plus de neuf minutes[31]. Ocaña se montre ensuite à son avantage en s'imposant au sommet du Puy de Dôme, après avoir décroché tous ses adversaires dont Merckx à quelques kilomètres de l'arrivée. Cette victoire lui permet de revenir à trente-sept secondes du Belge au classement général[32]. Deux jours plus tard, Ocana porte un nouveau coup d'estoc dans le massif des Alpes, profitant d'une crevaison du maillot jaune pour attaquer. Merckx est incapable de revenir sur le groupe de tête dans le col de Porte, concède une minute et trente-six à l'arrivée à Grenoble et doit abandonner la tête du classement général au Néerlandais Joop Zoetemelk[33]. Le lendemain, sur une courte étape montagneuse de 134 kilomètres, Ocaña suit l'offensive du Portugais Joaquim Agostinho dès la première difficulté du jour, la côte de Laffrey. Zoetemelk et le Belge Lucien Van Impe se joignent aux deux attaquants, alors que Merckx est décramponné. Dans le col du Noyer, l'Espagnol se dresse sur ses pédales et se débarrasse de ses trois compagnons d'échappée. Il ne faiblit pas dans la suite de sa chevauchée et franchit la ligne d'arrivée en solitaire à Orcières-Merlette. Van Impe termine deuxième à presque six minutes et Merckx qui s'est manigfiquement battu, concède huit minutes et quarante-deux secondes. Ocaña endosse pour la première fois de sa carrière le maillot jaune et possède une avance confortable sur ses adversaires[34],[35]. L'étape suivante, Merckx, revanchard, provoque une échappée dès la ligne de départ. À l'arrivée à Marseille, il réussit à reprendre plus de deux minutes à Ocaña. Après la journée de repos, le Belge reprend encore onze secondes à l'Espagnol lors du contre-la-montre individuel à Albi[36]. Lors de la quatorzième étape entre Revel et Luchon, le duel entre les deux coureurs prend fin de façon dramatique. Une averse de grêle s'abat sur les coureurs qui s'élancent dans la descente du col de Menté. Ocaña manque un virage à cause de la boue et chute en compagnie de Merckx. Ce dernier parvient à repartir, alors qu'Ocaña est percuté violemment par Zoetemelk. À demi-inconscient sur le bas côté, l'Espagnol souffre des côtes et de la colonne vertébrale et doit abandonner la course[37]. Le lendemain, Merckx qui vient de récupérer la tête du classement général, refuse de porter le maillot jaune. Il remporte son troisième Tour de France et déclare sur les Champs-Élysées : « J'aurai préféré terminer deuxième et livrer une bataille jusqu'au bout. »[1]. « Un jour de juillet, le maillot jaune m'est entré dans la peau » écrira Ocaña plus tard. Antoine Blondin, dans les colonnes de L'Équipe, écrira à propos de cet événement : « Luis Ocaña n’était peut-être pas intrinsèquement le meilleur de la course, mais il en était le soleil »[38].

Les championnats du monde organisés à Mendrisio en Suisse, sur un parcours accidenté, est placé sous le signe de la revanche entre Merckx et Ocaña[39]. Mais le « Cannibale » l'emporte à nouveau et se pare du maillot arc-en-ciel[40]. La fin de saison d'Ocaña est ensuite tonitruante. Il remporte successivement À travers Lausanne devant Merckx[41], puis le grand Prix de Lugano[42]. Il s'impose ensuite nettement au Grand Prix des Nations, reléguant le deuxième, Joop Zoetemelk, à trois minutes[43]. L'Espagnol conclut l'année en remportant le Trophée Baracchi en compagnie du Danois Leif Mortensen et termine deuxième du Trophée Super Prestige Pernod derrière Merckx[44].

Nouvelle déconvenue au Tour de France (1972)[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc, d'un homme portant un maillot avec l'inscription "Molteni Arcore"
Eddy Merckx (ici en 1973), grand rival de Luis Ocaña.

En 1972, Luis Ocaña et son éternel rival, Eddy Merckx, se retrouvent lors de Paris-Nice[45]. Le Belge remporte le prologue à Dourdan, Ocaña termine cinquième à dix secondes[46]. Lors de l'étape entre Saint-Étienne et Valence, alors que Merckx est diminué à la suite d'une chute survenue la veille, l'Espagnol tente plusieurs offensives dans le col de la République, mais Merckx s'accroche et revient dans la descente[47]. Lors de la cinquième étape menant à Manosque, Ocaña termine deuxième à cinq secondes de Merckx, qui s'impose au sommet de la côte du Mont d'Or et ses forts pourcentages[48]. La dernière étape est un contre-la-montre individuel de 9,5 kilomètres sur les pentes du col d'Èze. Le vétéran Raymond Poulidor (35 ans) crée la surprise en détrônant Merckx, alors qu'Ocaña termine sur la troisième marche du podium du classement général final, à cinquante-deux secondes du vainqueur. Blessé au genou, il renonce à participer à Milan-San Remo et préfère se soigner chez lui[49]. Ocaña poursuit sa saison par une deuxième place aux Quatre Jours de Dunkerque. Puis il s'impose au Critérium du Dauphiné libéré, avec trois minutes d'avance sur le deuxième, Bernard Thévenet. En juin, il remporte le titre de champion d'Espagne à Ségovie, reléguant le deuxième, Domingo Perurena, à plus de deux minutes et trente secondes[50].

Lors du Tour 1972, Luis Ocaña effectue une bonne entame de l'épreuve. Lors de la quatrième étape menant à Royan, il fait partie de la bonne échappée en compagnie d'Eddy Merckx, Bernard Thévenet, Felice Gimondi et Cyrille Guimard. Alors que Raymond Poulidor, Lucien Van Impe et Joop Zoetemelk concèdent plus de trois minutes à l'arrivée[51]. Cepedant, lors de la première étape pyrénéennes entre Bayonne et Pau, l'Espagnol chute dans la descente du col du Soulor et franchit la ligne d'arrivée avec une minute et quarante-neuf secondes de retard sur les favoris[52]. Le lendemain, il termine sur les talons de Merckx au sommet du col de Peyresourde et se replace à la troisième place du classement général[53]. La onzième étape se conclut par l'ascension du Mont Ventoux, où Ocaña tente plusieurs attaques afin de décrocher Merckx, porteur du maillot jaune, en vain. Ce dernier parvient même à distancer son adversaire de cinq secondes à l'arrivée, mais l'Espagnol s'empare de la deuxième place au classement général[54]. Luis Ocaña ne peut mener la lutte face à Merckx jusqu'au bout de l'épreuve, car souffrant d'une infection broncho-pulmonaire gauche, il est contraint d'abandonner à Aix-les-Bains[55]. Mettant plusieurs semaines afin de se rétablir, sa fin de saison est compromise et il n'obtient plus aucun résultat notable[56].

Suite de carrière (1973-1977)[modifier | modifier le code]

Il remporte finalement le Tour de France en 1973 avec 6 victoires d'étape et plus d'un quart d'heure d'avance sur Bernard Thévenet, deuxième. Mais Eddy Merckx n'était pas au départ cette année-là. Luis compte 110 victoires professionnelles au total, de nombreuses courses par étapes.

Il ne confirmera pas par la suite. En 1974, il émet le vœu de participer aux trois grands tours mais il déclarera forfait sur le Tour de France. Il n'est pas conservé par l'équipe Bic en fin d'année. Il enchaînera les prestations moyennes les années suivantes et ne retrouvera jamais son niveau d'antan. Il arrête en 1977.

Après carrière et décès[modifier | modifier le code]

Sa carrière de coureur achevée, il fut directeur sportif de la formation nationale espagnole, et se reconvertit en exploitant agricole à Caupenne-d'Armagnac dans le Gers.

En marge du Tour de France 1979, il participe avec le pilote Jean Sarrazin à un gymkhana à la station des Menuires. Ils subissent un accident et Luis Ocaña souffre de nombreuses fractures. Il gardera de longues années des séquelles et il devra faire des transfusions sanguines.

Dans les années 1980, il apporte son soutien à Jean-Marie Le Pen[57], puis participe activement à la campagne pour la présidentielle 1988 du leader du Front National.

Il est atteint d'une hépatite C à la suite d'une transfusion sanguine, hépatite conduisant ensuite à un cancer du foie. Peu de temps avant sa mort, il déclare au journaliste Patrick Leroux de Libération : « Ce n'est pas que je sois malheureux dans ma vie actuelle, mais elle ne me procurera jamais les sensations et les émotions que j'ai vécues sur le vélo ! »[1]. Se sachant condamné à brève échéance, il se suicide par arme à feu à son domicile du Gers le et décède quelques heures plus tard à l'hôpital de Mont-de-Marsan[58]. Le journal L'Équipe titre alors : « La mort d'un seigneur »[59].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès amateur[modifier | modifier le code]

Palmarès professionnel[modifier | modifier le code]

Résultats sur les grands tours[modifier | modifier le code]

Tour de France[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc, d'un homme faisant du vélo, comportant une plaque de cadre avec le numéro 41
Luis Ocaña sur le Tour de France 1976.

8 participations

  • 1969 : abandon (8eb étape)
  • 1970 : 31e, vainqueur de la 17e étape
  • 1971 : abandon à la 14e étape, vainqueur des 8e et 11e étape, Jersey yellow.svg porteur du maillot jaune pendant 3 étapes
  • 1972 : abandon (15e étape)
  • 1973 : Leader du classement général Vainqueur du classement général, Jersey red number.svg du prix de la combativité et des 7ea, 8e, 12ea (contre-la-montre), 13e, 18e et 20ea (contre-la-montre) étapes, Jersey yellow.svg porteur du maillot jaune pendant 18 étapes
  • 1975 : non-partant (13e étape)
  • 1976 : 14e
  • 1977 : 25e

Tour d'Espagne[modifier | modifier le code]

9 participations

  • 1968 : abandon (12e étape)
  • 1969 : 2e, vainqueur du Leader du classement de la montagne classement de la montagne, des 1rea (contre-la-montre), 16e (contre-la-montre) et 18eb (contre-la-montre), Jersey gold.svg porteur du maillot jaune pendant 1 étape
  • 1970 : Leader du classement général Vainqueur du classement général, vainqueur du prologue et de la 19eb étape (contre-la-montre), Jersey gold.svg porteur du maillot jaune pendant 5 étapes
  • 1971 : 3e, vainqueur de la 12e étape
  • 1973 : 2e
  • 1974 : 4e
  • 1975 : 4e
  • 1976 : 2e
  • 1977 : 22e

Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

1 participation

Résultats sur les principales courses par étapes[modifier | modifier le code]

Luis Ocaña a remporté à trois reprises le Critérium du Dauphiné libéré, à deux reprises le Tour du Pays basque et la Semaine Catalane, puis à une reprise Paris-Nice.

Résultats de Luis Ocaña lors des principales courses à étapes.
Année Paris-Nice Tour de Catalogne Tour du
Pays basque
Semaine Catalane Quatre jours
de Dunkerque
Critérium du
Dauphiné libéré
1968 - 4e - 15e - -
1969 - - 6e Vainqueur - -
1970 2e 10e - 3e - Vainqueur
1971 - Vainqueur Vainqueur 3e - 2e
1972 3e - - - 2e Vainqueur
1973 6e 4e Vainqueur Vainqueur - Vainqueur
1974 19e 10e 3e - - 6e
1975 9e 7e - 2e - 16e
1976 3e - 9e - - 11e
1977 - - - - - -

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Références extraites d'ouvrages[modifier | modifier le code]

  • La Véridique Histoire de Luis Ocaña
  1. Ollivier 1999, p. 10.
  2. a et b Ollivier 1999, p. 16-17.
  3. Ollivier 1999, p. 18.
  4. Ollivier 1999, p. 19.
  5. Ollivier 1999, p. 21.
  6. Ollivier 1999, p. 24.
  7. Ollivier 1999, p. 26.
  8. Ollivier 1999, p. 36-37.
  9. Ollivier 1999, p. 42.
  10. Ollivier 1999, p. 43.
  11. Ollivier 1999, p. 44-45.
  12. Ollivier 1999, p. 46-47.
  13. Ollivier 1999, p. 49-54.
  • Tombeau pour Luis Ocaña
  1. Bougel 2014, p. 9.
  2. Bougel 2014, p. 19.
  3. Bougel 2014, p. 11.
  4. Bougel 2014, p. 52.
  5. Bougel 2014, p. 55.
  6. a et b Bougel 2014, p. 29-30.
  7. Bougel 2014, p. 58.

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f « Luis Ocaña un Grand d'Espagne », sur www.francebleu.fr,‎ (consulté le 8 décembre 2016).
  2. a, b et c « Luis Ocana s'est donné la mort », sur www.humanite.fr,‎ (consulté le 8 décembre 2016).
  3. « Grand Prix des Nations », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  4. « Sur les routes d'Italie roule un monotone Giro », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  5. « Merckx, souverain, a encore augmenté son avance », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  6. « Grand Prix des Nations, exploit de Gimondi », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  7. « Merckx a souverainement dominé À travers Lausanne », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  8. « Anquetil et Gimondi ont gagné le Baracchi », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  9. « La Semaine catalane », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  10. « Tour d'Espagne, victoire finale de Pingeon », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  11. « L'Espagnol Ocana, beau vainqueur », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  12. « La personnalité de Merckx domine le 56e Tour de France », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  13. « Luis Ocaña, l’insoumis », sur www.francetvsport.fr (consulté le 8 décembre 2016).
  14. « Merckx augmente encore son avance », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  15. « Merckx battu par Ottenbros », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  16. « Merckx déjà grand favori », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  17. « Merckx s'impose dans Paris-Nice », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  18. « Ocana, Van Springel, Wolfshohl favoris », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
  19. « Ocana en tête au Tour d'Espagne », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  20. « Ocana a gagné le Tour d'Espagne », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  21. « 150 coureurs répartis en quatorze équipes ont 23 étapes pour battre Eddy Merckx », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  22. « Merckx prend le maillot jaune lors du prologue du Tour de France », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  23. « Avec la grosse chaleur, il valait mieux rouler devant que derrière », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  24. « Victoire d'Ocana, le miraculé », Gazette de Lausanne,‎ (lire en ligne).
  25. « Tour de France : classement de la 23e et dernière étape », Journal de Genève,‎ (lire en ligne).
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    cité également dans La Véridique Histoire de Luis Ocaña de Jean-Paul Ollivier
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  59. « Une de L'Équipe du 19 mai 1994 », sur lequipe.fr

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