Arno Breker

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Arno Breker, né le à Elberfeld, et mort le à Düsseldorf, est un sculpteur allemand.

Il est surtout connu pour ses œuvres publiques réalisées en Allemagne sous le Troisième Reich, où elles ont été promues par les autorités nazies comme l'antithèse de l'« art dégénéré ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un sculpteur-tailleur sur pierre, Arno Breker étudie les beaux-arts dans sa ville natale d'Elberfeld (Rhénanie du Nord), puis à Düsseldorf. D'abord intéressé par l'art abstrait, il se tourne progressivement vers les représentations classiques d'inspiration hellénistique. Il s'installe plusieurs années à Paris de 1926 à 1932, où il est l'élève d'Aristide Maillol. Il partage un atelier avec Alexander Calder[1] et fréquente Jean Cocteau, Foujita, Brancusi et d'autres artistes du Paris bohème de l'époque[1]. Il rencontre à Paris Demetra Messala[2], une Grecque qui fut le modèle de Pablo Picasso, et l'épouse en 1937[3]. Il part ensuite à Rome après avoir obtenu le prix de Rome de la Prusse en 1932, et séjourne à la Villa Massimo, l'Académie allemande de Rome. Il est rapidement reconnu dans toute l'Europe.

Artiste officiel sous le régime nazi[modifier | modifier le code]

Visite d'Adolf Hitler à Paris en juin 1940, Breker est au premier plan, le troisième du rang à partir du dictateur.
Albert Speer à gauche, Breker à droite.
Hitler entre Speer et Breker.

Au milieu des années 1930, son talent est apprécié par les idéologues du Parti national socialiste (selon l'un de ses biographes français, Breker serait retourné en Allemagne début 1935, à la demande de Max Liebermann, grand peintre allemand de l'époque mais interdit de peindre car juif, qui mourra quelques semaines plus tard. Breker réalisera son masque mortuaire[1]).

En 1937, abandonnant le style de sa jeunesse, il est nommé professeur à l’École supérieure des beaux-arts de Berlin, il est remarqué par le ministère de la Propagande du Reich qui lui passe plusieurs commandes. Le régime nazi met alors à sa disposition trois grands ateliers de sculpture dans lesquels travaillent des dizaines de praticiens[1] dont, pendant la guerre, des travailleurs forcés français et italiens, demandés par Breker[4]. Les conditions de travail dans ces ateliers sont particulièrement dures mais en grande partie à cause de la brutalité de Walter Hoffmann, le chef des ateliers et nazi convaincu[4].

Breker y produit quantité de sculptures à la gloire de l'idéologie du régime. Il travaille au projet Germania, le réaménagement de Berlin avec Albert Speer. Hitler considère Breker comme un des génies artistiques du Troisième Reich[4]. Le , il accompagne ce dernier dans sa visite de Paris.

Il participe à une exposition de ses œuvres à l'Orangerie dans Paris occupé en 1942. Cette exposition diversement appréciée est saluée avec enthousiasme par des intellectuels dont Jean Cocteau. Si Breker n'est pas impliqué directement dans le pillage nazi du patrimoine artistique en France, il fera néanmoins l'acquisition d'œuvres à des prix extrêmement bas[4].

En 1945, ses trois ateliers sont détruits avec les œuvres qui s'y trouvent, surtout des plâtres pour les futures sculptures des projets urbanistiques d'Hitler[1].

Nouvelle carrière après guerre[modifier | modifier le code]

Arno Breker ne fut jamais poursuivi pour avoir honoré les commandes passées par le régime nazi, et il refusa toujours d'exprimer des regrets ou des excuses, estimant que les artistes n'avaient rien à voir avec la politique. Il semble qu'il n'ait jamais adhéré à l'idéologie raciste National Socialiste mais ait accepté ce régime par « opportunisme et mégalomanie »[1]. Il est intervenu en faveur de nombreux artistes poursuivis des nazis. À Paris, il a protégé Pablo Picasso, alors communiste, des officiers de la Kommandantur[5]. Arno Breker permit également de sauver l’éditeur allemand Peter Suhrkamp arrêté après avoir été fortement soupçonné de résistance contre Hitler[4].

Après guerre, il ouvre un nouvel atelier à Dusseldorf. Les commandes reviennent, principalement des industriels de l'Allemagne d'après-guerre. Il continue d'entretenir des relations avec les milieux intellectuels français dont des anciens du temps de la Collaboration : Louis-Ferdinand Céline, Paul Morand, Jacques Benoist-Méchin. D'Allemagne, il reçoit beaucoup de commandes de bustes. Il réalisera aussi ceux de Cocteau et de Jean Marais. Dans les années 1960, il réalise une sculpture du président égyptien Anouar el-Sadate. Alors qu'il est au Maroc à la demande du roi Hassan II pour un projet de monument à Mohammed V, il est présent en juillet 1971 lors de l'attentat de Skhirat contre le souverain marocain[1].

Il continue à sculpter jusqu'à sa mort en 1991. Son éloge funèbre a été prononcé par l'écrivain français Roger Peyrefitte.

Le musée Arno Breker de Nörvenich, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, présente les œuvres restantes du sculpteur au public[6].

Publications[modifier | modifier le code]

  • (de) Schriften, préface de F.J. Hall, Bonn-Paris-New York, Marco, 1983, 190 p. (ISBN 3-92175-419-4).
  • (de) Begegnungen und Betrachtungen, Paris-New York, Marco, 1987 (ISBN 3-92175-427-5).
  • (de) Über allem Schönheit. Festgabe zum 100. Geburtstag, Kirchheim/Teck Galerie für Gegenständliche Kunst, 2000 (ISBN 9783935172028).

Notes et référence[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g « Exposition – Le sculpteur de Hitler », Le Point, no 1770, 17 janvier 2007 [lire en ligne sur le site lepoint.fr].
  2. Elle est peinte par le peintre Robert Wehrlin en 1926 dans le tableau La Grecque (wehrlin.info).
  3. « Arno Breker » sur neue-reichskanzlei.de (consulté le 11 mars 2014).
  4. a, b, c, d et e Richard A. Etlin, Art, culture, and media under the Third Reich, University of Chicago Press, [détail de l’édition].
  5. Contexte sous l'occupation.
  6. (de) Site officiel.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Breker-Museum à Nörvenich.
  • Ronald Hirlé, Joe F. Bodenstein, Sandrine Woelffel, Arno Breker - Sculpteur - dessinateur - architecte, Éditions Hirlé (ISBN 2-91472-983-9).
  • (de) Dominique Egret, Arno Breker. Ein Leben für das Schöne, 1997, 352 p. (ISBN 3-87847-157-2).
  • (de) Hermann Leber, Rodin, Breker, Hrdlicka (ISBN 3-48710-722-8).
  • (de) Volker G. Probst, Das Pietà-Motiv bei Arno Breker, 1985.
  • (de) Volker G. Probst, Der Bildhauer Arno Breker – Eine Untersuchung, Marco Édition, (ISBN 3-92175-407-0).
  • (de) Volker G. Probst, Das Bildnis des Menschen im Werk von Arno Breker, Berlin, Studio de L'Art, Marco-VG, 1981 (ISBN 3-92175-413-5).
  • (en) B. John Zavrel, Arno Breker - His Art and Life, West-Art USA, 1985 (ISBN 0-91430-101-2).
  • (de) Dr. Hans Klier, Arno Breker - Form und Schönheit, Bonn-Paris, Salzburger Kulturvereinigung, Marco-Édition, 1978.
  • (en) B. John Zavrel: Interview with Arno Breker: The divine Beauty in Art, New York, 1982, West-Art USA (ISBN 0-91430-104-7).
  • (de) Uwe Möller, Arno Breker - Zeichnungen - Drawings - Dessins 1927-1990, Museums-Édition.
  • Roger Peyrefitte, Hommage à Arno Breker, avec huit lithographies originales, Paris, Marco Éditeur, 1980.
  • (de) Reagan/Bush/Carstens : Salut America (zu 300 Jahre Einwanderung USA), Lithographien von Arno Breker, New York, West-Art.
  • Charles Despiau, Arno Breker, [catalogue pour l'exposition de l'Orangerie], Paris, Éditions Flammarion, 1942.
  • Paul Morand, Arno Breker, sculptures, aquarelles, dessins, lithographies, [hommage à Arno Breker pour le 75e anniversaire de l'artiste], Paris, Édition Mourlot/Marco, 1975 (ISBN 978-3921754016).
  • (de) Rolf Schilling, Eros und Ares - Begegnung mit Breker, Éditions Arnshaugk, 1994 (ISBN 3-92637-021-1).
  • Gérard Leroy, Breker, Pardès, Collection « Qui suis-je ? », 2002 (ISBN 2-86714-276-8).
  • Martin Schieder, « L'image d'un artiste d’État. La mise en scène iconographique des ateliers de sculpture d'Arno Breker », in Éric Darragon et Bertrand Tillier, Image de l’artiste, Territoires contemporains, 2012 (en ligne).
  • (en) Dictionnaire Bénézit (ISBN 9780199773787 et 9780199899913, lire en ligne).
  • (en) Beatrice v. Bismarck, Grove Art Online (ISBN 9781884446054, lire en ligne).
  • (en) Ian Chilvers et John Glaves-Smith, A Dictionary of Modern and Contemporary Art (ISBN 9780199239665 et 9780191726750, lire en ligne).
  • (en) Ian Chilvers, The Oxford Dictionary of Art and Artists (ISBN 9780199532940 et 9780191727634).
  • Joe F. Bodenstein, Arno Breker - une biographie, Paris, Éditions Séguier, 2016 (ISBN 978-2-84049-690-8).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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