Octave Lapize

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Octave Lapize
Octave Lapize 1913.jpg

Octave Lapize en 1913

Informations
Surnom
Tatave, Le Frisé
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 29 ans)
ToulVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Distinction
Équipes professionnelles
Principales victoires
Tour de France 1910
Classiques
Paris-Roubaix 1909, 1910 et 1911
Paris-Tours 1911
Paris-Bruxelles 1911, 1912, 1913
6 étapes de grand tour
Tour de France (6 étapes)
Championnats nationaux
MaillotFra.PNG Champion de France sur route 1911, 1912, 1913
Octave Lapize au Tour de France en 1910
Octave Lapize aux Six Jours de Paris, 1913

Louis Octave Lapize ( à Paris - à Toul) est un cycliste français. Professionnel de 1909 à 1914, sa plus grande performance est sa victoire sur le Tour de France 1910, le premier à traverser les Pyrénées. Il meurt au front lors de la Première Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Octave Louis Lapize naît le 24 octobre 1887 au no 49 de la rue Bénard, dans une maison du quartier du Petit-Montrouge, située dans le 14e arrondissement de Paris[1],[Note 1]. Son père, également prénommé Octave, est originaire de Mende, dans le département de la Lozère. À Paris, lors de la naissance de son fils, il exerce la profession de brasseur, installé sur le quai de Jemmapes. Sa femme, Pauline, originaire du Cantal, est marchande de vins[2]. Pendant l'enfance, Octave Lapize est un bon élève mais aussi un enfant turbulent. À 14 ans, il rejoint son père pour travailler à la brasserie. Il commence à faire régulièrement des sorties à vélo avec l'assentiment de sa mère et contre l'avis de son père, qui rejette la passion de son fils pour le cyclisme[3].

Au printemps 1905, Octave Lapize signe une licence amateur à l'Union sportive du Xe arrondissement et participe dans un premier temps à des brevets de distance, sur 50, 100 et 150 km, mais ne parvient pas toujours au terme de sa course en étant parfois victime de défaillance[3]. Le 5 août 1906, il participe au Grand Prix de Villiers, organisé par l'Amicale cycliste de Villiers sur un parcours de 96 kilomètres de Villiers-sur-Marne à Coulommiers, puis retour à Villiers-sur-Marne. À l'arrivée, il figure dans un groupe de onze coureurs et se montre le plus rapide. Il remporte sa première victoire sur une épreuve courue à 32 km/h de moyenne. Son succès, relayé par le journal L'Auto, organisateur du Tour de France, lui offre une popularité relative dans le milieu cycliste et l'Union des cyclistes de Paris, l'un des clubs les plus réputés de la capitale, le recrute[4].

Succès chez les amateurs (1907-1908)[modifier | modifier le code]

Le père d'Octave Lapize l'autorise à se consacrer au cyclisme, à condition qu'il respecte ses heures de travail à la brasserie l'hiver et qu'il trouve un remplaçant pendant ses absences pour cause de compétition[5]. Le 16 mars 1907, Octave Lapize participe au championnat de France de cross cyclo-pédestre, ouvert à la fois aux professionnels et aux amateurs, sur un parcours de 25 km. Il s'impose en h 43 min 23 s, devançant notamment des spécialistes comme Eugène Christophe, neuvième du Tour de France l'année précédente et qui remportera le championnat de cross cyclo-pédestre à sept reprises[6]. Par la suite, Octave Lapize réussit de bonnes performances sur route et le 9 juin, il remporte Paris-Chartres. Le 23 juin, il se classe 2e de Paris-Rouen, en ayant crevé deux fois. La semaine suivante, il gagne le prix Vabor à Brie-Comte-Robert, puis le 21 juillet, il se classe 4e de Paris-Reims, une course ouverte aux professionnels, derrière Maurice Brocco, Charles Cruchon et Louis Trousselier, vainqueur du Tour de France 1905. Une semaine plus tard, il est 7e du championnat de Paris, entre Versailles et Orléans, après avoir heurté un agent de sécurité dans l'emballage final. En août, il fait partie des dix Français sélectionnés pour disputer le Tour de Belgique, une épreuve réputée. Il se classe 2e de la première étape, à Verviers, puis remporte la 3e étape à Anvers. Le 8 septembre il prend le départ du championnat de France sur route amateur, organisé par l'Union vélocipédique de France sur un parcours de 100 km qui consiste en un aller-retour entre Nancy et Nomeny. Vingt-trois coureurs s'élancent et Maurice Brocco se retrouve rapidement seul en tête, mais il est rejoint sur le trajet du retour. Dans le final, Octave Lapize se détache nettement et remporte son deuxième maillot tricolore de la saison, après celui obtenu en cyclo-cross[7]. Son club, l'Union cycliste de Paris, lui offre une croix de champion en or pour le récompenser de cette victoire[8].

Malgré ses nombreux succès, Octave Lapize reste une saison supplémentaire chez les amateurs, contrairement à ses principaux adversaires, Maurice Brocco et Charles Cruchon, devenus professionnels. Pour autant, son manager, Paul Ruinart, déclare qu'Octave Lapize « sera le meilleur coureur de sa génération, car il possède tous les dons du parfait cycliste.[9] » Le 12 avril 1908, il termine 2e d'un brevet de distance de 100 km derrière Eugène Christophe. En juillet, il est sélectionné pour les Jeux olympiques de Londres. Sur la piste du White City Stadium, il termine 3e de l'épreuve de 100 kilomètres derrière les Britanniques Charles Henry Bartlett et Charles Denny. Sa médaille de bronze lui est remise par la duchesse de Westminster[10]. Le 26 juillet, dans le championnat de Paris disputé cette année-là à Saint-Germain, il chute et termine sur un vélo d'emprunt, mais parvient toutefois à prendre la deuxième place. Le 2 août, il renoue avec la victoire sur Paris-Auxerre[11]. Le 14 août, il se classe 2e de Paris-Dieppe, puis défend son titre de champion de France amateurs organisé en aller-retour entre Amiens et Beauvais. Il fait partie d'un groupe de treize coureurs échappés, mais victime d'une crevaison, il laisse ses concurrents se disputer la victoire et se classe finalement 13e. Le titre revient à Paul Mazan, frère de Lucien Petit-Breton, vainqueur du Tour de France[12]. Le 6 septembre, sur la piste municipale de Vincennes, Octave Lapize s'aligne sur le Bol d'or, une épreuve d'endurance de six heures pour les amateurs et de vingt-quatre heures pour les professionnels. Il remporte la victoire en parcourant 226 kilomètres. Le 19 septembre, sur la piste du Parc des Princes, il s'élance pour une tentative de record du monde de l'heure derrière motos, à la veille d'une épreuve professionnelle réputée, le Grand Prix de la République. D'une impressionnante régularité durant sa course, Octave Lapize établit un nouveau record du monde en couvrant 82,758 km, améliorant de cinq kilomètres le record précédent[13]. Le 24 septembre, il cherche à améliorer de nouveau ce record, mais sa deuxième tentative est un échec. Le 17 octobre, Octave Lapize est invité à participer au gala de clôture qui se déroule au Parc des Princes. Il y affronte une concurrence redoutable sur l'épreuve de demi-fond, parmi lesquels le champion du monde suisse Fritz Ryser, le Français Louis Darragon ou l'Américain Nat Butler, et se classe finalement 4e[14]. Comme le veut la coutume de son club de l'époque, l'Union des cyclistes de Paris, Octave Lapize lui cède l'ensemble de ses gains sur l'année 1908 avant son passage chez les professionnels l'année suivante[15].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

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Victoire sur Paris-Roubaix (1909)[modifier | modifier le code]

Octave Lapize passe professionnel au début de l'année 1909. Il est engagé par un petit constructeur, Biguet, dont le siège est situé boulevard Pereire à Paris et qui compte dans ses rangs principalement des coureurs de second plan[15]. Le 26 mars, il participe au championnat de France de cross cyclo-pédestre au mont Valérien. En raison des conditions météorologiques défavorables et du terrain en partie enneigé, seuls seize coureurs prennent le départ de l'épreuve. Gêné par le bris d'une de ses pédales, Octave Lapize termine néanmoins à la 3e place de la course, remportée par Eugène Christophe[16].

Il se présente le 11 avril au départ de Paris-Roubaix avec l'objectif de se classer dans les dix premiers. En effet, s'il n'obtenait pas ce classement, son père, qui voit toujours d'un mauvais œil la carrière cycliste de son fils, l'obligerait à accepter un emploi de livreur-charbonnier dans une entreprise du quai de la Loire[17]. La concurrence est relevée, d'autant que l'équipe Biguet, faute de moyens financiers suffisant, n'engage que deux coureurs, Frédéric Saillot et Octave Lapize. Ce dernier suit le rythme du peloton en début de course, mais une crevaison à l'entrée d'Amiens le rejette à deux minutes des hommes de tête. Il rejoint ce groupe après une chasse de 22 kilomètres. La côte de Doullens, qui sert alors régulièrement de juge de paix dans l'épreuve, provoque de nombreuses cassures. Trois coureurs prennent la tête de la course, les Belges Jules Masselis et Cyrille Van Hauwaert et le Français Louis Trousselier, tous les trois coéquipiers chez Alcyon. Octave Lapize suit à quelques mètres, puis rejoint à nouveau la tête de course en compagnie de Georges Passerieu. Après la chute de Passerieu et la crevaison de Van Hauwaert, ils ne sont plus que trois à se disputer la victoire sur le vélodrome de Roubaix. Louis Trousselier lance le sprint mais c'est finalement Octave Lapize qui l'emporte, doublant ses adversaires à l'extérieur. Il remporte ainsi sa première victoire chez les professionnels et, du même coup, sa première grande classique[18]. Le succès d'Octave Lapize lui apporte immédiatement une certaine renommée, ainsi qu'une aisance financière. Les cycles Biguet et la firme Dunlop lui offrent une prime égale au premier prix de la course : il reçoit au total 3 000 francs, soit le salaire annuel d'un instituteur[19].

Les dirigeants de l'équipe Alcyon, qui est alors la plus puissante du peloton, cherchent à le recruter, mais se voient opposer un refus clair et net de la part du directeur des cycles Biguet. Octave Lapize monnaye son succès sur Paris-Roubaix en participant à plusieurs exhibitions sur piste. Il fait son retour sur la route le 9 mai en prenant la 4e place du championnat de France remporté par Jean Alavoine. Le 20 juin, il s'engage sur la classique Paris-Bruxelles, où il joue de malchance. Une crevaison à la sortie d'Épernay le relègue loin du peloton, puis sa selle casse dans la traversée de Reims, provoquant son abandon[20].

Au mois de juillet, Octave Lapize s'aligne sur le Tour de France 1909, auquel participent pour la première fois des coureurs italiens. Dans la première étape entre Paris et Roubaix, il se distingue en prenant la 3e place derrière Cyrille Van Hauwaert et François Faber. Mieux encore, il se classe 2e lors de la seconde étape entre Roubaix et Metz, à près d'une demi-heure de Faber, le Luxembourgeois, finalement vainqueur de l'épreuve. Avec cette performance, Octave Lapize remonte à la 2e place du classement général, mais il souffre de brûlures aux fesses et aux cuisses. Un médecin lui fait une piqûre de cocaïne avant le départ de la troisième étape, lors de laquelle il s'élance en pantalon plutôt qu'en cuissard pour des raisons de confort. Il rejoint la ville-arrivée, Belfort à la 53e place. Il choisit pourtant de continuer le Tour de France, mais dans la 5e étape, il casse sa fourche à Annecy et décide d'abandonner. Il dispute là sa dernière course pour les cycles Biguet puisque son directeur accepte finalement le transfert du coureur chez Alcyon[21].

Pour ses débuts dans sa nouvelle formation, Octave Lapize frappe un grand coup : il remporte la course Milan-Varèse, une épreuve de 246 kilomètres. Sa performance est d'autant plus remarquable qu'il devance l'Italien Luigi Ganna, vainqueur cette année-là de Milan-San Remo et de la première édition du Tour d'Italie. Le 27 septembre, Octave Lapize gagne Paris-Tours, mais il est disqualifié le lendemain de même que les trois coureurs arrivés en tête avec lui car il est attesté que les quatre hommes se sont éloignés de l'itinéraire officiel sur une distance de 3 à 4 km. La victoire revient donc à François Faber, qui était arrivé en cinquième position, à plus de 12 minutes de Lapize. Ce dernier achève sa première saison professionnelle en prenant la 4e place du Tour de Lombardie[22].

Deuxième succès sur Paris-Roubaix (1910)[modifier | modifier le code]

Octave Lapize est le favori de Paris-Roubaix qui ouvre la saison cycliste le 17 mars. Il fait honneur à son statut en prenant la tête de la course dans la côte de Doullens malgré un vent défavorable, ce qui a pour effet de réduire le groupe de tête à neuf coureurs. Alors qu'il maintient un rythme élevé, ses adversaires lâchent prise un à un. Ils ne sont plus que quatre en tête à l'entrée du vélodrome et Octave Lapize déborde Cyrille Van Hauwaert, qui avait lancé le sprint, dans les 300 derniers mètres pour remporter sa deuxième victoire consécutive sur la classique[23]. La semaine suivante, il prend le départ de Milan-San Remo dans des conditions météorologiques effroyables. La pluie, le vent puis la neige frappe les coureurs, qui abandonnent un à un. C'est le cas d'Octave Lapize. Cette édition de la classique italienne s'avère l'une des plus difficiles de l'histoire : seulement quatre coureurs atteignent l'arrivée et la victoire revient à Eugène Christophe, coéquipier de Lapize chez Alcyon[24].

Le 1er mai, Octave Lapize franchit la ligne d'arrivée de Paris-Bruxelles en tête, mais le Français Maurice Brocco, arrivé 7e avec huit minutes de retard, porte réclamation. Il considère que les six premiers de la course n'ont pas respecté la neutralisation de cinq minutes imposée au dernier point de contrôle, situé à 30 kilomètres de l'arrivée, à Gembloux. La direction de course valide la réclamation et désigne Maurice Brocco vainqueur, tandis qu'Octave Lapize doit se contenter de la 2e place. Il renonce ensuite à prendre le départ de Bordeaux-Paris et abandonne lors du championnat de France[25].

Victoire sur le Tour de France (1910)[modifier | modifier le code]

Octave Lapize participe en 1910 à son deuxième Tour de France. Il est cité parmi les prétendants à la victoire bien que le principal favori demeure le vainqueur sortant, le Luxembourgeois François Faber. Tous deux sont membres de la même équipe, Alcyon, dans laquelle se trouvent également Louis Trousselier, vainqueur en 1905 et Gustave Garrigou, deux fois deuxième de l'épreuve. Dans la première étape de Paris à Roubaix, Octave Lapize prend la 3e place, à quinze minutes du vainqueur, le Français Charles Crupelandt, membre de l'équipe Le Globe[26]. Dans la deuxième étape qui arrive à Metz, François Faber s'impose et prend la tête du classement général avec 5 points. Troisième de l'étape, Octave Lapize remonte au deuxième rang du général avec 6 points[Note 2]. François Faber augmente son avance à Belfort, au terme de la troisième étape, en se classant 2e derrière Émile Georget. En difficulté dans la descente du Ballon d'Alsace, Octave Lapize prend la 6e place de l'étape. Il est encore plus largement distancé dans la quatrième étape entre Belfort et Lyon, lors de laquelle il se plaint de douleurs aux pieds et ne se classe que 21e, tandis que François Faber obtient sa deuxième victoire d'étape sur ce Tour. À ce stade, le duel annoncé entre Faber et Lapize semble tourner court tant l'avance du Luxembourgeois est considérable au classement général. Son principal concurrent est alors Émile Georget[27].

La cinquième étape, qui se déroule dans des conditions dantesques entre Lyon et Grenoble, marque un tournant dans le déroulement de cette épreuve. Dans la côte de Cerdon, Octave Lapize suit le rythme des coureurs l'équipe Legnano Luigi Azzini et Lucien Petit-Breton alors que François Faber, enrhumé, et Émile Georget, victime de coliques, sont lâchés. La montée du col de Porte poursuit la sélection en tête du peloton et trois coureurs se disputent la victoire : Octave Lapize, Charles Crupelandt et Cyrille Van Hauwaert. Après la crevaison de ce dernier, Octave Lapize distance Crupelandt. Alors qu'il est lui-même victime d'une crevaison, il ne s'arrête pas et poursuit son effort jusqu'à la ligne d'arrivée pour remporter sa première victoire d'étape. François Faber termine en sixième position, avec un retard de 22 minutes sur le vainqueur. Au classement général, Octave Lapize remonte à la 3e place, qu'il partage avec Van Hauwaert, derrière Faber et Gustave Garrigou[28]. Dans la sixième étape Grenoble-Nice, une crevaison empêche Octave Lapize de se battre pour la victoire, mais il reprend un point au classement général à Faber, les deux hommes se classant respectivement 8e et 9e. Il perd ensuite deux points après la victoire de Faber à Nîmes, mais réussit une belle opération à Perpignan, au terme de la huitième étape. Celle-ci est marquée par la très longue échappée de Georges Paulmier et Julien Maitron, classés dans cet ordre à l'arrivée, tandis que Lapize, arrivé dans le groupe des favoris, prend la 3e place. Faber, victime d'une crevaison dans les derniers kilomètres, ne se classe que 9e et perd six points sur son rival. Son avance au classement général demeure toutefois conséquente car il totalise 33 points contre 48 pour Octave Lapize[29].

La traversée des Pyrénées est l'évènement de ce Tour de France 1910 car c'est première fois dans l'histoire que les coureurs doivent franchir les cols pyrénéens. Dans l'étape entre Perpignan et Luchon, ils passent par le col de Port, le col de Portet-d'Aspet et le col des Ares. Octave Lapize arrive en premier à Luchon, avec dix-huit minutes d'avance sur le second Émile Georget, François Faber se classant troisième[30]. La deuxième étape pyrénéenne entre Luchon et Bayonne est encore plus difficile avec la montée des principaux cols pyrénéens. Octave Lapize prend les devants dès le début de l'étape et passe en tête du col de Peyresourde après 15 kilomètres de montée en compagnie de Gustave Garrigou. Il passe seul en tête au sommet du col du Tourmalet en ayant effectué une partie de l'ascension à pied, tandis que Garrigou est resté sur son vélo de bout en bout. Un regroupement s'opère en tête dans la traversée d'Argelès-Gazost avec Lapize, Garrigou et l'Italien Pierino Albini. Le surprenant François Lafourcade, régional de l'étape et qui court sans équipe, passe néanmoins en tête au sommet du col d'Aubisque, à 180 kilomètres de l'arrivée, avec une avance de 16 minutes sur Lapize, suivi d'Albini. Dans la descente, ce dernier progresse facilement. Il dépasse Lapize et rejoint Lafourcade en tête de course entre Oloron-Sainte-Marie et Mauléon-Licharre, puis le distance immédiatement. Octave Lapize dépasse également Lafourcade et met à profit les pentes du col d'Osquich pour réduire son retard et rattraper Albini à Saint-Jean-Pied-de-Port. Les deux hommes unissent leurs forces et Lapize s'impose au sprint à Bayonne. À l'arrière, François Faber qui a remonter de nombreux concurrents après le col d'Aubisque, se classe troisième. Malgré ses deux victoires d'étape dans les Pyrénées, Lapize compte encore neuf points de retard sur Faber[31].

L'étape entre Bayonne et Bordeaux est marquée par de nombreuses crevaisons provoquées par des clous laissés sur la route par des spectateurs malintentionnés. Octave Lapize, qui crève trois fois, termine 7e et devance François Faber, 10e. À Nantes, ce dernier, blessé par une chute, ne se classe que 9e et Octave Lapize, avec sa 4e place, revient à un seul point du leader du classement général. À Brest, Octave Lapize (5e) montre des signes de faiblesse mais devance une nouvelle fois Faber (9e) et passe en tête du classement général. Dans l'étape entre Brest et Caen, Faber tente de reprendre la tête du classement en plaçant une attaque dès le début de la course. Il possède même jusqu'à vingt minutes d'avance sur Lapize, mais perd tout ce crédit à la suite de plusieurs crevaisons. Octave Lapize bat au sprint Gustave Garrigou et Ernest Paul à Caen, tandis que François Faber se classe 4e. Dans la dernière étape, Octave Lapize est lâché après une crevaison dans les premiers kilomètres. Sa première place est en danger, d'autant que François Faber, que l'on disait malade, est dans le groupe de tête. Ce dernier ne se classe finalement que 4e à l'arrivée au Parc des Princes. Octave Lapize gagne le sprint du groupe des poursuivants et prend la 6e place. Avec 63 points contre 67 à Faber, il gagne le Tour de France[32].

Troisième Paris-Roubaix et titre de champion de France (1911)[modifier | modifier le code]

Après sa victoire sur le Tour de France, Octave Lapize fait figure de principal favori de la classique Paris-Tours le 25 septembre 1910 mais souffrant, il ne signe pas la feuille de départ au Parc des Princes. Le 6 novembre, il abandonne sur le Tour de Lombardie. En concurrence avec François Faber chez Alcyon, Octave Lapize décide de changer d'équipe pour la saison 2011. Il s'engage avec La Française-Diamant, qui a effectué son retour dans le peloton l'année précédente. Le contrat signé par Octave Lapize est inhabituel : il cède son nom à la marque qui l'emploie permettant alors à celle-ci de commercialiser des accessoires au nom de son coureur. Par ailleurs, il devient directeur d'un grand magasin à son nom sur le boulevard de la Chapelle à Paris. À 23 ans, Octave Lapize quitte également le domicile de ses parents, à Villiers-sur-Marne, pour s'installer dans un appartement de la rue Ambroise-Paré, dans le Xe arrondissement, avec sa compagne Juliette Peyrot[33].

Le 2 avril 1911, Octave Lapize remporte la classique Paris-Tours devant son coéquipier Cyrille Van Hauwaert au terme d'un sprint entre les six échappés du jour sur la piste du vélodrome de Tours. Ce succès est à relativiser en raison de l'absence des coureurs de la formation Alcyon, engagés le même jour sur Milan-San Remo. Il confirme pourtant sa supériorité le 16 avril en s'imposant en solitaire sur Paris-Roubaix avec 4 minutes d'avance. Il bénéficie pour cela du travail de ses coéquipiers dans la côte de Doullens, André Charpiot et Cyrille Van Hauwaert, qui l'accompagne ensuite pendant plusieurs kilomètres pour empêcher le retour des coureurs de l'équipe Alcyon. Avec ce succès, Octave Lapize devient le premier coureur à remporter la classique Paris-Roubaix à trois reprises[34]. Le 30 avril, il poursuit sa moisson de victoires en gagnant le championnat de France disputé autour de Versailles. À l'arrivée, il possède une minute d'avance sur Gustave Garrigou, deuxième. Dans Bordeaux-Paris, Octave Lapize abandonne sur les bords de la Loire et laisse la victoire à son rival, François Faber. Il prend sa revanche en juin sur Paris-Bruxelles en devançant François Faber d'un quart de roue, les deux hommes étant arrivés sur le vélodrome de Linthout au sein d'un groupe de huit coureurs. C'est la quatrième victoire de la saison pour Octave Lapize, alors qu'il fait figure de grand favori au départ du Tour de France le 2 juillet[35].

Sa carrière militaire[modifier | modifier le code]

Le Miroir numéro 72 donnant des nouvelles des champions sur sa page 15.

Dans l'armée de l'air depuis 1915, Lapize devint pilote, puis moniteur au centre d'Avord près de Bourges. Il rejoindra le front en février 1917 à Bar-le-Duc, affecté à la N504, puis à la N203 et enfin à la N90 à Toul où son escadrille, commandée par le lieutenant Pierre Weiss, arborait un emblème particulier au profil de coq chantant. Le sergent Lapize, cité à l'ordre du corps d'armée pour avoir dégagé un avion en péril, mit hors de combat un avion ennemi le 28 juin 1917, mais au petit matin du 14 juillet, il affronta un biplan allemand effectuant un réglage d'artillerie au-dessus du bois de Mort-Mare (commune de Flirey en Meurthe-et-Moselle située entre Toul et Pont-à-Mousson). Le combat s'engagea à 4 500 m d'altitude et, selon un témoin de la scène, son avion, frappé par une rafale de son adversaire, partit en vrille et alla s'écraser à 8 km des lignes, peut-être vers Noviant-aux-Prés. D'après la citation, publiée le 17 juillet à l'ordre de la 8e armée et signée de Pétain, Octave Lapize aurait affronté deux adversaires. Les archives de l'Armée notent son décès à l'hôpital GAMA de Toul où il fut enterré au cimetière militaire le 17 juillet en présence de son père et de l'un des as de l'aviation française Maurice Boyau. Sur demande de sa famille, ses restes furent transportés en novembre 1917 au cimetière de Villiers-sur-Marne où son souvenir s'est perpétué et où il y a un stade Octave Lapize. Un autre hommage lui est rendu sur l'autodrome de Linas-Montlhéry, une portion se nommant "Côte-Lapize". Sur cette portion a longtemps été organisée une course de côte motocycliste qui traditionnellement ouvrait la saison des compétitions de vitesse en Île-de-France.

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès amateur[modifier | modifier le code]

Palmarès professionnel[modifier | modifier le code]

Résultats sur le Tour de France[modifier | modifier le code]

  • 1909 : abandon (5e étape)
  • 1910 : Vainqueur du classement général et des 5e, 9e, 10e et 14e étapes
  • 1911 : abandon (4e étape)
  • 1912 : abandon (9e étape) et vainqueur de la 6e étape
  • 1913 : abandon (3e étape)
  • 1914 : abandon (10e étape) et vainqueur de la 8e étape

Records[modifier | modifier le code]

Lapize recordman des 100 kilomètres derrière tandem, le 25 avril 1909 au GP de Buffalo (en 2 h 6 min 38 s 2).
  • Record du monde de l'heure derrière moto (82, 758 km) en 1908
  • Record du monde de l'heure derrière tandem (50, 925 km) en 1912
  • Record du monde des 100 km derrière tandem (2 h 06 min 38 s 2) en 1909
  • Record du monde des 100 km derrière tandem (2 h 02 min 03 s) en 1912

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pendant plusieurs décennies, Octave Lapize est présenté comme né à Montrouge, fils de bougnat. Son premier biographe, Charles Ravaud, précisait quant à lui que son père était né à La Tour-du-Pin en Isère. Ces informations sont erronées. Voir Bobet 2003, p. 21.
  2. Depuis le Tour de France 1905, le classement général se fait par points et non au temps. Le vainqueur de l'étape reçoit un point, le deuxième deux points, le troisième trois points, et ainsi de suite. Chaque coureur ne compte qu'un point de plus que celui qui le précède, quelque soit l'écart de temps entre les deux. Au classement général, le premier est donc le coureur qui possède le plus petit capital de points.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bobet 2003, p. 22.
  2. Bobet 2003, p. 23-24.
  3. a et b Bobet 2003, p. 25.
  4. Bobet 2003, p. 27-28.
  5. Bobet 2003, p. 31.
  6. Bobet 2003, p. 34.
  7. Bobet 2003, p. 35-36.
  8. Bobet 2003, p. 37.
  9. Bobet 2003, p. 39.
  10. Bobet 2003, p. 40-41.
  11. Bobet 2003, p. 42.
  12. Bobet 2003, p. 43.
  13. Bobet 2003, p. 44-45.
  14. Bobet 2003, p. 47.
  15. a et b Bobet 2003, p. 49.
  16. Bobet 2003, p. 50.
  17. Bobet 2003, p. 51.
  18. Bobet 2003, p. 56-58.
  19. Bobet 2003, p. 65.
  20. Bobet 2003, p. 68-69.
  21. Bobet 2003, p. 70-71.
  22. Bobet 2003, p. 72-73.
  23. Bobet 2003, p. 76-80.
  24. Bobet 2003, p. 80-81.
  25. Bobet 2003, p. 81.
  26. Bobet 2003, p. 86.
  27. Bobet 2003, p. 87.
  28. Bobet 2003, p. 88-89.
  29. Bobet 2003, p. 90-91.
  30. Bobet 2003, p. 93.
  31. Bobet 2003, p. 95-99.
  32. Bobet 2003, p. 100-106.
  33. Bobet 2003, p. 113-115.
  34. Bobet 2003, p. 118-119.
  35. Bobet 2003, p. 120-123.