Eugène Paul

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Gen Paul
Naissance
Décès
(à 79 ans)
Paris, France
Nom de naissance
Eugène Paul
Nationalité
Activité
Formation
Eugène Delâtre (pour la gravure)
Lieux de travail
Mouvement
Distinction

Eugène Paul, dit Gen Paul, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un peintre, dessinateur, graveur et lithographe expressionniste français.

Ami de Louis-Ferdinand Céline, Gen Paul est un autodidacte, parfois qualifié de façon réductrice de « peintre de Montmartre ». Il fut initié à la gravure par Eugène Delâtre.

Gen Paul a peint ses premières toiles entre 1919 et 1924 sous le pseudonyme de Paul Trelade.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eugène Paul naît dans une maison de Montmartre, au 96, rue Lepic, laquelle a vu passer de nombreux artistes, et pratique dès son jeune âge le dessin et la peinture. Son père meurt alors qu'il n'a que dix ans.

Gen Paul est d'abord formé pour construire des meubles décoratifs.

La Première Guerre mondiale éclate. Il y est envoyé comme soldat et blessé deux fois, dont une fois gravement : il perd une jambe. Pendant sa convalescence, il se remet à peindre et devient ami, au Bateau-Lavoir, avec Juan Gris, qui l'a beaucoup aidé.

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le [1].

Durant la Seconde Guerre mondiale, Gen Paul est proche d'Otto Abetz et des milieux collaborationnistes et antisémites[2], mais il échappe à l'épuration à la fin de la guerre[3].

Bien que Gen Paul n'ait pas fréquenté les Beaux-Arts lors de sa formation, il se montre assez doué pour vivre de son art durant près de 60 ans.

Influences[modifier | modifier le code]

Ses premières œuvres semblent refléter de nombreuses influences croisées, dont celles de ses amis de Montmartre : Maurice de Vlaminck, Maurice Utrillo et Frank-Will, mais il développe rapidement une personnalité teintée d'un expressionnisme qui reflète des influences aussi variées que celles de Toulouse-Lautrec, Vincent van Gogh, Paul Cézanne, et avant eux Goya, Diego Vélasquez, El Greco, influences que l'on retrouve à cette époque chez son ami Henri-Martin Lamotte. Les influences cubistes de Juan Gris, Pablo Picasso et Fernand Léger se sentent dans certaines œuvres, alors que nombre de ses gravures de paysages urbains sont beaucoup plus « réalistes ».

Pendant l'entre-deux-guerres, de 1925 à 1929, alors que le peintre cherche à dépasser son handicap physique et le souvenir des horreurs de la guerre, il produit plusieurs de ses peintures réputées les meilleures. Elles sont caractérisées par le mouvement créé par le geste de pinceau, l'audace des compositions empreintes de vues forcées, de diagonales, zébrures et zigzags, juxtaposant des motifs colorés abstraits à des parties réalistes.

Contrairement à d'autres expressionnistes de ce temps, tels que Chaïm Soutine et Georges Rouault, et contrairement aux expressionnistes allemands, plus sombres, qui semblent déjà annoncer la Seconde Guerre mondiale, les œuvres de Gen Paul semblent gaies et pleines d'optimisme, nourries d'une passion pour la vie et d'un intérêt pour la simplicité de la vie quotidienne.

Par le dynamisme et le mouvement présents dans ses peintures, certains considèrent Gen Paul comme le précurseur des formes de l'Expressionnisme abstrait des années 1950.

Gen Paul meurt à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, le . Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent à Montmartre.

Carrière[modifier | modifier le code]

Atelier Gen-Paul dans l'avenue Junot, ancienne impasse Girardon.
Plaque commémorative apposée au no 2 de l'avenue Junot à Paris, où Gen Paul vécut de 1917 à sa mort.
Tombe de l'artiste, Paris, cimetière Saint-Vincent.

Sa première peinture à l'huile, un Moulin de la Galette vu de sa fenêtre, date de 1916. Les débuts sont incertains, il peint surtout des vues de Paris à la manière des grands peintres pour satisfaire des commandes.

Gen Paul expose pour la première fois au Salon d'automne et au Salon des indépendants à Paris en 1920, époque à laquelle il compte parmi ses amis Henri-Martin Lamotte, et côtoie Camille Pissarro et le groupe des Partisans. En 1928, ses œuvres sont exposées avec celles de Picasso et de Soutine, qui choquent une partie du public. Dans les années 1930, Gen Paul sombre dans l'alcoolisme, qui complique ses problèmes chroniques de santé. Les peintures de ces années s'en ressentent, elles deviennent plus sombres, avec une pâte et des traits épais, mais restent construites avec des couleurs soigneusement choisies et gardent un rythme puissant et le mouvement. En 1934, il est officiellement reconnu pour ses contributions à l'art français et reçoit la Légion d'honneur. En 1937, il est engagé pour peindre une grande fresque pour le Pavillon des vins de France à l'Exposition internationale de Paris.

Des années 1940 à sa mort, Gen Paul retrouve un style pictural qui reprend de nombreux éléments de son travail des années 1920, mais sans jamais retrouver l'innovation, l'émotion et l'expressionnisme des premières époques de sa vie de peintre.

En 1942, Louis Ferdinand Céline ami de Gen Paul, lui demande d'illustrer deux de ses romans, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. En 1974, Gen Paul réhausse à la gouache quelques rares exemplaires originaux. Il peint également le portrait de Ferdinand Bardamu, héros du Voyage au bout de la nuit et double de Louis Ferdinand Céline.

En 1952, la galerie Drouant et David organise une rétrospective de ses œuvres peintes à l’huile et la galerie du Cirque expose une trentaine de gouaches.

Outre nombre de scènes de son quartier de Montmartre et de portraits de son ami, le compositeur Darius Milhaud, on connaît de Gen Paul des peintures et dessins faits aux États-Unis, scènes de jazz et musiciens classiques, sujets pour lesquels il manifestait beaucoup d'intérêt.

Un grand nombre de ses œuvres appartient à des collections privées, mais un nombre significatif se trouve dans les musées de France et d'autres pays d'Europe, tels les musées de Berne et de Granville. Le musée d'Art moderne de la ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 1930.

Postérité[modifier | modifier le code]

Gen Paul est un des personnages du Passe-muraille et d’Avenue Junot, nouvelles de Marcel Aymé écrites en 1943. Il est également au centre du roman Féerie pour une autre fois (1952) de Louis-Ferdinand Céline qui le dépeint dans le personnage de Jules en peintre-sculpteur cul-de-jatte colérique, obsédé, alcoolique, et jaloux de l'auteur.

Gen Paul a joué le rôle d'un invité à la sortie de l'église dans le film L'Atalante (1934) de Jean Vigo.

Il est joué par Raymond Souplex dans l'adaptation cinématographique du Passe-muraille de Marcel Aymé de Jean Boyer, le film Garou-Garou, Le Passe-muraille en 1951.

Jean Gabin s'en inspire pour interpréter le rôle du peintre Grangil dans la Traversée de Paris, film de Claude Autant-Lara (1956)[4].

Il fut l'invité de Jacques Chancel dans son émission Radioscopie sur France Inter en 1970.

Expositions[modifier | modifier le code]

Personnelles[modifier | modifier le code]

  • 1970 : galerie Ferrero, Genève.
  • 1975 : galerie des Chaudronniers.
  • 1978 : galerie Pittiglio.
  • 1979 : galerie Paul Lebar.
  • 1986 : musée de Montmartre. Commissaire d'exposition André Roussard.
  • 1986 : glerie Roussard.
  • 1987 :
    • galerie Apesteguy ;
    • mairie des Lilas ;
    • galerie Pittiglio.
  • 1990 : galerie Roussard.
  • 1992 : galerie du Collège royal de Beaumont.
  • 1993 : galerie Roussard.
  • 1993 : musée des Beaux-Arts de Menton.
  • 1995 : galerie Roussard.
  • 1995 : musée du Petit Palais à Genève.
  • 1995 : couvent des Cordeliers. Exposition du centenaire de la naissance de Gen Paul à Paris.
  • 1995 : musée de Montmartre.
  • 1996 : galerie Roussard.
  • 1997 : galerie Roussard.
  • 1998 : galerie Roussard.
  • 1999 : galerie Roussard.
  • 2000 : Wally Findlay Galerie, New-York. En collaboration avec la galerie Roussard.
  • 2000 : galerie Sourillan.
  • 2000 : galerie Roussard.
  • 2002 : galerie Roussard.
  • 2004 : Mainau.
  • 2004 : Mesocco.
  • 2006 : galerie Roussard.
  • 2008 : galerie Roussard.
  • 2010 : galerie Roussard.
  • 2012 : Gen Paul : Pre-War/Post-War, galerie Roussard. Il s'agit de la plus grande exposition de l'artiste en galerie. Étaient réunies en deux lieux plus d'une centaine d'œuvres représentatives des quatre périodes de l'artiste[réf. nécessaire].
  • 2014 : Gen Paul intime, galerie Roussard, du 15 mai au 15 juin.

Collectives[modifier | modifier le code]

  • 2002 : Modigliani i l'Escola de Paris, organisée par Christian Parisot, à la Fundacio Caixa de Gérone, puis à Bari et enfin à la Fundacio Vila Casas de Barcelone.
  • 2011 : Espace Art et Liberté, Charenton.
  • 2011 : Modigliani et les artistes de Montmartre et de Montparnasse, Taiwan.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon la biographie de Gen Paul par André Roussard, sur louisferdinandceline.free.fr.
  2. Pierre-André Taguieff, L'antisémitisme de plume, Univers poche, 817 p. (ISBN 9782823815894).
  3. Gen Paul et Montmartre sur Mémoire et société, le blog de Jean-Pierre Biondi.
  4. « Celui joué par Gabin, synthèse du peintre Gen Paul (dans l'esprit de Marcel Aymé) […] », in François Truffaut, Les Films de ma vie, Flammarion, col. « Champs Contre-Champs », 1987.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Crespelle, Montmartre vivant, Hachette, 1964. Voir chapitre 8 (p. 224 à 247) : « Gen Paul, de la rue Lepic ».
  • Carlo a Marca, Gen Paul, préface de Marc-Édouard Nabe, Transédition, 1986.
  • Guy Vignoht, « La Force de l'instinct d'un géant de l'expressionnisme », in Catalogue de l'exposition du Palais des Beaux-Arts, Menton, juillet-octobre 1993.
  • Chantal Le Bobinnec, Gen Paul à Montmartre, Éditions Chalmin et Perrin, 1995.
  • André Roussard et Carlo a Marca, Catalogue de l'exposition Gen Paul, Couvent des Cordeliers, 1995.
  • André Roussard, Gen Paul. La biographie, Éditions André Roussard, 2006, 304 p. [présentation en ligne].
  • Jacques Lambert, Gen Paul : Un peintre maudit parmi les siens, La Table Ronde, 2007 (ISBN 978-2710329343).
  • Marie-France Coquard, « Gen Paul et Jean-Pierre Serrier, deux potes de Montmartre », Revue Paris Montmartre [présentation en ligne].

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]