Louis Trousselier

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Louis Trousselier
Louis Trousselier.jpg
Informations
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 57 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Équipes amateurs
1900 Association vélocipédique internationale
1901 Individuel
Vélo Club de Levallois
Équipes professionnelles
1902-1904 Pro individuel
1905 Peugeot-Wolber
1906 Peugeot
1907-1908 Alcyon-Dunlop
1909 Alcyon-Dunlop et Stucchi-Pirelli
1910-1912 Alcyon-Dunlop
1913 Legnano et JB Louvet-Continental
1914 Automoto-Continental
Principales victoires

1 grand tour
Tour de France 1905
2 classiques
Paris-Roubaix 1905
Bordeaux-Paris 1908

13 étapes du Tour de France

Louis Auguste Trousselier ( à Paris - à Paris) est un cycliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premiers succès[modifier | modifier le code]

Louis Trousselier naît dans le 2e arrondissement de Paris le [1]. Fils d'un directeur de manège parisien[2], Louis est le frère aîné d'André Trousselier, également cycliste professionnel et vainqueur de Liège-Bastogne-Liège en 1908. Il se fait parfois appeler « Levaloy » dans la presse[3], en référence à sa commune d'origine. Il se distingue dès son plus jeune âge dans la catégorie des amateurs. Ainsi en 1899, il remporte notamment la course Paris-Meaux au mois de juin[4] et la Coupe Galitzin le mois suivant, organisée par le Vélo-Club de Levallois et disputée sur une distance de cent kilomètres de Paris à Rambouillet et retour[5]. L'année suivante, il gagne le prix Dubonnet sur 50 kilomètres entre Rambouillet et Saint-Chéron-du-Chemin[6], Paris-Pontoise[7] et le Grand Prix municipal couru entre Paris et Coulommiers[8]. Engagé aux Jeux olympiques de 1900 qui se tiennent à Paris en marge de l'Exposition universelle, il abandonne sur l'épreuve de 25 kilomètres mais prend la 3e place de la course aux points sur 5 kilomètres[9], une épreuve non reconnue par le Comité international olympique[10],[Note 1].

En 1902, Louis Trousselier passe professionnel et remporte son premier succès majeur, la course Paris-Rennes, une épreuve longue de 344 kilomètres. Échappé en compagnie du coureur suisse Michel Frédérick aux points de contrôle du Mans et de Laval, il franchit seul la ligne d'arrivée du vélodrome Laënnec avec treize minutes d'avance sur Frédérick[11]. Quelques jours plus tard, il s'impose devant Henri Gauban et Hippolyte Aucouturier sur Toulouse-Luchon-Toulouse[12].

En , après s'être classé 3e de Paris-Roubaix, il s'impose sur la course Roubaix-Anvers, devant le coureur belge Oscar Lepoutre[13], puis sur Guingamp-Lamballe-Guingamp devant Claude Chapperon[14]. Au mois de mai, il prend la 2e place de la classique Bordeaux-Paris derrière Hippolyte Aucouturier[15], mais il est finalement disqualifié pour avoir été entraîné dans le sillage d'une voiture pendant la course[16]. Cette disqualification entraîne dans un premier temps sa suspension à vie par l'Union vélocipédique de France, ce qui lui vaut de ne pouvoir s'engager sur la première édition du Tour de France[3].

Victoire sur le Tour de France (1905)[modifier | modifier le code]

Âgé de vingt-quatre ans au début de la saison 1905, Louis Trousselier effectue son service militaire au 101e régiment d'infanterie à Saint-Cloud[17], puis à Nogent-le-Rotrou où il office comme maître-nageur de son régiment[18], et bénéficie de larges permissions pour s'entraîner et courir[17]. Le , Louis Trousselier prend le départ de Paris-Roubaix, donné à Chatou par le double vainqueur de l'épreuve, Lucien Lesna. À Amiens, trois coureurs sont en tête : Henri Cornet, René Pottier et Louis Trousselier. Ce dernier fait la différence avant Arras et s'impose finalement au vélodrome de Roubaix avec sept minutes d'avance sur le second, René Pottier[19]. Le 21 mai, il est parmi les 36 coureurs au départ de Bordeaux-Paris, la plus longue classique de la saison avec un parcours de 592 kilomètres. Après sa victoire à Roubaix, il figure parmi les favoris de l'épreuve, au même titre que ses coéquipiers Hippolyte Aucouturier et René Pottier. Peu après la mi-course, au passage de Tours, les trois hommes sont en tête. Ils possèdent alors une avance de 22 minutes sur Henri Cornet et près d'une heure sur Paul Chauvet. À Blois, les trois coureurs de tête sont encore groupés mais Louis Trousselier lâche finalement prise avant Orléans. Il abandonne définitivement au contrôle d'Angerville. À l'arrivée, jugée à Ville-d'Avray, Hippolyte Aucouturier devance René Pottier d'une longueur[20].

Après le scandale du Tour de France 1904[Note 2], le directeur Henri Desgrange envisage un temps de renoncer à organiser une nouvelle édition de son épreuve[21], mais décide finalement d'en préserver la tenue. Il un certain nombre de modifications au règlement afin de mieux contrôler le déroulement de la course et éviter les irrégularités constatées l'année précédente. Les étapes, désormais au nombre de onze, sont plus courtes, de sorte que les coureurs ne roulent plus la nuit. Le classement général au temps est remplacé par un classement par points[17]. Pour autant, dès la première étape entre Paris et Nancy, des clous sont jetés sur la route, ce qui entraîne l'élimination de vingt-neuf coureurs ayant dépassé les délais, fixés à 50 % du temps du vainqueur. À cela s'ajoute l'abandon de quinze autres coureurs. Devant le trop faible nombre de coureurs encore en lice et afin de préserver l'attrait de son épreuve, Henri Desgrange repêche les victimes des crevaisons, tout en leur infligeant une pénalité de 75 points, ce qui leur interdit de jouer un rôle au classement général. Dès lors, Louis Trousselier, vainqueur de cette première étape, se trouve idéalement placé pour la victoire finale[17].

La deuxième étape emprunte pour la première fois le col du Ballon d'Alsace, dans lequel Trousselier est distancé par René Pottier, le premier « roi de la montagne ». Ce dernier, finalement 2e à l'arrivée à Besançon, prend la tête du classement général avec un total de 7 points, devant Trousselier et Hippolyte Aucouturier, le vainqueur de l'étape, à égalité avec 9 points[22]. René Pottier souffre cependant d'un tendon depuis une chute lors de la première étape et abandonne la course au départ de la troisième étape[23]. Vainqueur de la troisième étape à Grenoble, Louis Trousselier reprend la tête du classement général, une position qu'il consolide en s'imposant à Nîmes, Bordeaux et Rennes. Outre ses cinq victoires d'étapes, il fait preuve d'une grande régularité tout au long de l'épreuve. Il remporte le Tour de France avec un total de 35 points, contre 61 à Aucouturier[24].

Vainqueur à la fois de Paris-Roubaix et du Tour de France, Louis Trousselier est ainsi l'un des sept coureurs, avec Octave Lapize, Fiorenzo Magni, Louison Bobet, Jan Janssen, Eddy Merckx et Bernard Hinault, à remporter une classique flandrienne et un grand tour la même année[25].

Vainqueur d'étapes sur le Tour de France (1906-1910)[modifier | modifier le code]

Le 15 avril 1906, Louis Trousselier participe à la première grande course de la saison, Paris-Roubaix, en tant que tenant du titre. À Doullens, un peloton de sept coureurs est en tête de la course, aux prises avec un vent violent : Trousselier se retrouve ainsi avec Hippolyte Aucouturier, René Pottier, Georges Passerieu, César Garin, Marcel Cadolle et Henri Cornet. Une sélection s'opère dans une côte à la sortie de cette ville et ces deux derniers s'échappent définitivement. Louis Trousselier doit se contenter de la 4e place à min 45 s du vainqueur Henri Cornet[26],[27]. Début mai, à la lutte avec Cornet et Cadolle dans Bordeaux-Paris, il est distancé dans une côte à la sortie de Dourdan et prend la 3e place de la classique[28].

Au printemps 1909, Louis Trousselier se montre à son meilleur niveau sur les classiques. Dans Paris-Roubaix, la côte de Doullens, qui sert alors régulièrement de juge de paix dans l'épreuve, provoque de nombreuses cassures et Trousselier prend la tête de la course en compagnie des Belges Jules Masselis et Cyrille Van Hauwaert. Le jeune Octave Lapize, un temps distancé, rejoint la tête, de même que Georges Passerieu. Après la chute de ce dernier et la crevaison de Van Hauwaert, ils ne sont plus que trois à se disputer la victoire sur le vélodrome de Roubaix. Louis Trousselier lance le sprint mais c'est finalement Octave Lapize qui l'emporte, doublant ses adversaires à l'extérieur. Il remporte ainsi sa première victoire chez les professionnels, tandis que Trousselier monte pour la troisième fois sur le podium de l'épreuve[29]. Dans Bordeaux-Paris, disputé dans des conditions de froid intense, il s'échappe à Poitiers et conserve la tête jusqu'au contrôle de Sainte-Maure-de-Touraine, mais cède finalement la victoire à son coéquipier Cyrille Van Hauwaert qui le devance de près de 20 minutes à Paris[30].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Au début de la saison 1911, Louis Trousselier se classe 2e de la classique italienne Milan-San Remo derrière Gustave Garrigou, son coéquipier chez Alcyon[31]. Au début du mois de septembre, il participe à la troisième édition de Paris-Brest-Paris, une course qui se déroule uniquement tous les dix ans. En bonne condition physique, il ne peut disputer ses chances jusqu'au bout : une violente chute le contraint à abandonner[32].

Louis Trousselier obtient son dernier résultat significatif sur Bordeaux-Paris en 1914. Une accélération des Belges Cyrille Van Hauwaert et Marcel Buysse à la sortie d'Orléans provoque une cassure dans le peloton. Louis Trousselier tente de refaire une partie de son retard, d'abord au sein d'un petit groupe de poursuivants, puis seul dans la côte de Dourdan, au sommet de laquelle il passe en seconde position devant Buysse, ralenti par une crevaison. Ce dernier rattrape puis dépasse finalement Trousselier, de même qu'un autre Belge, Paul Deman, vainqueur à l'arrivée. Victime de plusieurs chutes entre Versailles et Paris, Louis Trousselier parvient néanmoins à conserver sa 4e place[33].

Il meurt en son domicile dans le 16e arrondissement de Paris le 24 avril 1939[34]

Style et personnalité[modifier | modifier le code]

Selon le journaliste Jacques Augendre, Louis Trousselier « offrait l'image d'un homme désinvolte, arrogant et flambeur. Soucieux d'ajouter le panache à ses victoires, il contrôlait difficilement ses impulsions. » Adepte des jeux d'argent, il perd notamment la totalité de ses gains dans le Tour de France 1905 le soir même de l'arrivée à Paris[35]. Le docteur Deschamps de Roye-Hébert, rédacteur du magazine La Vie au grand air, le décrit comme un coureur doté de « qualités moyennes » et précise qu'il n'était pas un « grimpeur renommé », mais un coureur « endurant et courageux »[36]. Ses qualités d'endurance en font un coureur redoutable sur les longues classiques, à l'image de Bordeaux-Paris, qu'il qualifie lui-même de « course la plus dure »[37].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès année par année[modifier | modifier le code]

Résultats sur les grands tours[modifier | modifier le code]

Tour de France[modifier | modifier le code]

  • 1905 : Vainqueur du classement général et de cinq étapes
  • 1906 : 3e du classement général et de quatre étapes
  • 1907 : abandon (non-partant 10e étape) et vainqueur de deux étapes
  • 1908 : abandon (non-partant 2e étape)
  • 1909 : 8e du classement général et vainqueur d'une étape
  • 1910 : abandon (14e étape) et vainqueur d'une étape
  • 1911 : abandon (3e étape)
  • 1912 : 11e du classement général
  • 1913 : 38e du classement général

Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliogrpahie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Chany, La fabuleuse histoire du Tour de France : livre officiel du centenaire, Minerva, , 959 p. (ISBN 2830707664).
  • Gérard Goy, Tours 1903-1913 : Les Débuts d'une incomparable « randonnée », Publibook, , 438 p. (ISBN 9782342041736).
  • (en) Bill McGann et Carol McGann, The Story of the Tour de France, vol. 1 : How a Newspaper Promotion Became the Greatest Sporting Event in the World, Dog Ear Publishing, , 304 p. (ISBN 9781598581805, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Seules deux épreuves sont retenues par le Comité international olympique pour figurer au palmarès des Jeux de Paris, la vitesse individuelle remportée par le Français Georges Taillandier et le 25 kilomètres remporté par le Français Louis Bastien.
  2. Après de nombreux incidents de course et le constat de plusieurs irrégularités, les quatre premiers du classement général sont déclassés près de quatre mois après la fin de l'épreuve, au profit du jeune Henri Cornet, initialement cinquième et finalement déclaré vainqueur du Tour 1904.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de Paris 2e, acte de naissance no 875, année 1881 (page 16/31)
  2. Géo Lange, « Cyclistes lilliputiens », La Vie au grand air,‎ , p. 334-335 (lire en ligne).
  3. a et b « Le Tour de France », L'Écho de Paris, no 6972,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  4. « Paris-Meaux », Le Petit Parisien, no 8256,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  5. « La Coupe Galitzin », Le Petit Parisien, no 8292,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  6. « Le prix Dubonnet », Le Petit Parisien, no 8655,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  7. « Paris-Pontoise », Le Petit Parisien, no 8711,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  8. « Grand Prix municipal », Le Petit Parisien, no 8739,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  9. (en) « Fiche de Louis Trousselier », sur sports-reference.com (consulté le 19 avril 2017).
  10. « Cyclisme sur piste à Paris 1900 », sur olympic.org, Comité international olympique (consulté le 19 avril 2017).
  11. « Paris-Rennes », Le Petit Parisien, no 9418,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  12. « Vélocipédie », Le Journal, no 3617,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  13. « Roubaix-Anvers », Le Petit Parisien, no 9665,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  14. « Course Guingamp-Lamballe et retour », L'Ouest-Éclair, no 1347,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  15. « Bordeaux-Paris », Le Petit Parisien, no 9691,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  16. « Bordeaux-Paris - Coureurs disqualifiés », L'Écho de Paris, no 6954,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  17. a, b, c et d Thierry Cazeneuve, 1903-1939 L'invention du Tour, L'Équipe, coll. « La Grande histoire du Tour de France » (no 1), (ISBN 978-2-8152-0293-0), p. 17.
  18. « Le vainqueur de Paris-Roubaix maître nageur », La Vie au grand air,‎ (lire en ligne).
  19. « Paris-Roubaix 1905 », L'Ouest-Éclair, no 2069,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  20. « Bordeaux-Paris 1905 », L'Ouest-Éclair, no 2096,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  21. Sandrine Viollet, Le Tour de France cycliste : 1903-2005, L'Harmattan, (ISBN 9782296025059), p. 45.
  22. The Story of the Tour de France, p. 15.
  23. Chany 2004, p. 85-90.
  24. The Story of the Tour de France, p. 16.
  25. Jean-Marc Delchambre, Flandriennes et Flandriens, Édilivre, (ISBN 9782332724656), p. 80.
  26. « Course de Paris-Roubaix », L'Ouest-Éclair, no 3326,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  27. « Paris-Roubaix Cornet bat Marcel Cadolle d'une demi-roue », L'Écho de Paris, no 7978,‎ , p. 1-2 (lire en ligne).
  28. « Bordeaux-Paris », Le Petit Parisien, no 10790,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  29. Jean Bobet, Lapize, celui-là était un « as », Paris, La Table Ronde, (ISBN 2-7103-2573-X), p. 56-58.
  30. Marcel Viollette, « La course Bordeaux-Paris », La Vie au grand air,‎ , p. 296-297 (lire en ligne).
  31. « Garrigou gagne Milan-San Remo », Le Petit Parisien,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  32. « Emile Georget gagne le 3e Paris-Brest et retour », La Vie au grand air,‎ (lire en ligne).
  33. Jacques Mortane, « En suivant Bordeaux-Paris », La Vie au grand air,‎ , p. 448-450 (lire en ligne).
  34. Archives de Paris 16e, acte de décès no 869, année 1939 (page 27/31)
  35. Jacques Augendre, Petites histoires secrètes du Tour..., Solar, (ISBN 978-2-263-06987-1), p. 385.
  36. Docteur Deschamps de Roye-Hébert, « Le routier », La Vie au grand air, no 838,‎ , p. 15-16 (lire en ligne).
  37. « La course la plus dure », La Vie au grand air,‎ , p. 326 (lire en ligne).