Jacques Anquetil

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Anquetil
Jacques Anquetil 1963.jpg

Jacques Anquetil en 1963

Informations
Surnom
Maître Jacques, la Caravelle, Monsieur Chrono
Naissance
Décès
(à 53 ans)
Rouen +
Nationalité
Spécialité
Équipes amateurs
1950-1952 AC Sottevillais
Équipes professionnelles
1953 La Française
1954-1955 La Perle - Hutchinson
1956 Bianchi
1957-1958 Helyett - Potin
1959-1961 Helyett - Fynsec
1962-1964 Saint-Raphael
1965-1966 Ford France
1967-1969 Bic
Équipes dirigées
1982-1987 Drapeau : France France (sélectionneur)
Principales victoires
Super Prestige Pernod 1961, 1963, 1965 et 1966
3 championnats
Maillot tricolore Champion de France de poursuite 1955, 1956 et 1957
8 Grands Tours
Jersey yellow.svg Tour de France 1957, 1961, 1962, 1963 et 1964
Leader du classement général Tour d'Italie 1960 et 1964
Jersey yellow.svg Tour d'Espagne 1963
23 victoires d'étapes dans les grands tours
Tour de France (16 étapes)
Tour d'Italie (6 étapes)
Tour d'Espagne (1 étape)
Classiques
Liège-Bastogne-Liège 1966
Gand-Wevelgem 1964
Bordeaux-Paris 1965
Courses par étapes
Paris-Nice 1957, 1961, 1963, 1965 et 1966
Critérium du Dauphiné libéré 1963 et 1965
Quatre jours de Dunkerque 1958 et 1959
Contre-la-montre
Grand Prix des Nations 1953, 1954, 1955, 1956, 1957, 1958, 1961, 1965 et 1966

Jacques Anquetil est un coureur cycliste français, né à Mont-Saint-Aignan (Seine-Inférieure, aujourd'hui Seine-Maritime) le 8 janvier 1934 et mort d'un cancer de l'estomac le 18 novembre 1987 à Rouen (Seine-Maritime). Surnommé « Maître Jacques », il est notamment le premier coureur cycliste à avoir été quintuple vainqueur du Tour de France, et l'auteur du doublé Dauphiné libéré-Bordeaux-Paris en 1965. Il a également remporté cinq Paris-Nice et construit ses nombreux succès dans les courses par étapes, grâce à ses qualités de rouleur lors des contre-la-montre et à ses tactiques de course. Il détient le record du nombre de podiums dans les trois grands Tours : treize.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Jacques Anquetil vit sa prime enfance à Mont-Saint-Aignan, sur les hauteurs de Rouen, en Normandie, avec ses parents, Ernest (maître-maçon) et Marie, et son frère Philippe. Sa première bicyclette fut une Alcyon. Dès l'âge de 4 ans, il parcourt chaque jour en aller-et-retour le kilomètre et demi pour se rendre à l'école du village [1]. Puis la famille s'installe à Bois-Guillaume dans une maison de deux étages, « l'une de ces maisons aux poutres apparentes que les touristes trouvent jolies et ceux qui les habitent inconfortables ».

En 1941, son père refuse de participer pour l'occupant aux ouvrages de défense du mur de l'Atlantique. La famille choisit alors de se fixer au hameau du Bourget, relevant de la commune de Quincampoix. Le père n'a plus de travail, et se reconvertit dans la culture des fraises. Monsieur Anquetil fait comme ses sœurs et beau-frère restés à Bois-Guillaume. Le jeune Jacques Anquetil participe aux travaux familiaux de la culture des fraises tout en suivant les cours de l'école communale. Il en restera un des premiers surnoms dont l'affublent gentiment les journalistes à ses débuts : le fraisiériste de Quincampoix[2] ...Il reçoit son premier vélo - de marque Alcyon - à l'âge de quatre ans et, deux fois par jour, il parcourt un kilomètre et demi pour se rendre au village et revenir.

Après l'obtention du Certificat d'études primaires[3], il apprend pendant trois ans le métier d’ajusteur-tourneur au collège technique de Sotteville-lès-Rouen. Il obtient deux diplômes : tourneur et dessin industriel. Il joue de nombreuses parties de billard avec Maurice Dieulois. Son ami rejoint le club de cyclisme de Sotteville. Anquetil qui s'est vue offrir une bicyclette (attention, pas encore un vélo !) pour faire les allers-retours au collège l'y accompagne, assiste aux épreuves, au besoin le félicite. Dieulois devient un coureur dont la renommée locale séduit les filles. Jacques, d'abord peu intéressé par le sport, est peu à peu fasciné par son Dieulois, qui découpe les premiers articles que lui consacrent les journaux locaux et collecte ses primes de victoire[4]. Quant à Jacques, sur son "clou", il sème ses camarades du village.

Poussé par Dieulois, Anquetil signe le 2 décembre 1950 à presque 17 ans sa première licence amateur à l'AC Sottevillais. Il passe un essai concluant avec André Boucher, qui s'occupe des jeunes d'un club où l'on retrouve parmi les dirigeants le père de Dieulois. Après un CAP d’ajusteur-tourneur, Anquetil pense seconder son père, horticulteur spécialisé dans la culture des fraises. Finalement, il décide de se consacrer exclusivement au vélo et démissionne de son emploi de tourneur.

Il participe au Grand Prix de Gai-Sport, sa première course officielle, le 8 avril 1951. C'est son coéquipier Maurice Dieulois qui s'impose. Après une quatrième puis une troisième place lors des deux courses suivantes, il remporte le prix Maurice-Latour le 3 mai 1951 à Rouen (1re victoire). Par la suite, il gagne à deux reprises, chaque fois en solitaire. Il vise le Maillot des Jeunes de Paris Normandie, qui récompense le meilleur débutant de la région. La finale du trophée se court à Pont-Audemer. Il s'agit d'un contre-la-montre de 85,6 kilomètres, qui regroupe les quatorze premiers du classement provisoire. Anquetil part dernier et Dieulois avant-dernier, puisqu'ils occupent les deux premières places après les courses en ligne. Très vite, Anquetil, parti quatre minutes après Dieulois, a son ami en point de mire : « Je ruinais peut-être à cet instant-là tous ses espoirs. Je ne veux pas paraître plus sentimental que je ne le suis, mais je le dis parce que c'est vrai, j'ai ralenti pendant une dizaine de kilomètres pour ne pas le dépasser trop vite. Enfin comme le temps passait, j'ai dû me décider à le doubler. Je le fis comme une flèche, sans un regard, pour abréger la chose »[5].

Il enfile donc le Maillot des Jeunes 1951[6] en en ayant remporté les trois épreuves et gagne dans la foulée le titre de Champions Normandie des sociétés, avec Dieulois, Le Ber, Levasseur et Quinet[5],[7]. Sept autres courses régionales[8] complètent le palmarès de la première année du jeune coureur cycliste.

Un coureur amateur et indépendant prometteur : 1952-1953[modifier | modifier le code]

L'année 1952 confirme les espoirs mis en lui pour son mentor du club de l'AC Sotteville, André Boucher, animateur cycliste avec lequel il garde contact tout au long de sa carrière. Il remporte neuf courses régionales, renouvelle son succès au Championnat de Normandie des sociétés, y ajoute le titre individuel et se signale au niveau national par deux victoires : il remporte le Grand Prix de France (contre-la-montre) en 1952, dont c'est la première édition, et revêt le seul maillot de Champion de France sur route qu'il ait porté celui des amateurs. Il gagne ce titre à Carcassonne, alors que le Tour de France s'accorde une journée de repos non loin de là : de nombreux journalistes assistent à sa victoire. Elle lui vaut d'être sélectionné en équipe de France pour participer aux Jeux olympiques d'Helsinki. Il se classe 12e de l'épreuve individuelle sur route remporte avec l'équipe de France la médaille de bronze du classement collectif.

En 1953 il prend une licence dans la catégorie des "indépendants", qui lui permet de pouvoir courir avec les professionnels. Il remporte neuf courses régionales, dont le Tour de la Manche où il gagne l'étape contre-la-montre Avranches-Saint-Hilaire-du-Harcouët[9] et résiste à une cohorte de coureurs professionnels tels Jean Brankart, Albert Bouvet, Jean Stablinski et Attilio Redolfi. Il se classe 5e du Championnat de France des indépendants.

Le 23 août, il remporte la finale du Maillot des As, une épreuve contre-la-montre organisée par le quotidien Paris-Normandie et qui rassemble les meilleurs coureurs amateurs de la région. Il réalise à cette occasion un véritable exploit en parcourant les 122 km à la moyenne de 42,052 km/h, et en distançant son second Claude Le Ber de plus de neuf minutes[10]. Le journal L'Équipe note alors : Sur sa performance, Anquetil aurait très certainement battu les plus grandes vedettes internationales.

Début de carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Les performances de Jacques Anquetil attirent le regard des observateurs. L'ancien coureur Francis Pélissier, surnommé le « Sorcier » lui propose un contrat professionnel au sein de son équipe « La Perle ». Son contrat est de 30 000 francs par mois, soit le salaire d'un cadre moyen. Il l'engage le 27 septembre 1953 pour courir le renommé Grand Prix des Nations, une épreuve contre-la-montre de 140 kilomètres qui emprunte notamment les côtes de la vallée de Chevreuse. Jacques Anquetil remporte sa première course internationale de prestige et devance son second Roger Creton de près de sept minutes, en approchant de trente secondes le record de l'épreuve, détenu par le Suisse Hugo Koblet[11].

En début d'année 1954, Jacques Anquetil est leader de son équipe lors de Paris-Nice. Il termine à la septième place, en ayant gagné le contre-la-montre entre Cannes et Nice. Il n'obtient pas d'autre victoire importante, malgré de bons résultats[12]. Au Grand Prix des Nations, il est cette fois opposé à Hugo Koblet, son coéquipier chez La Perle, qui abandonne cependant en cours de route. Jacques Anquetil n'est pas pour autant premier à 40 km de l'arrivée : il compte alors deux minutes de retard sur Isaac Vitré et une sur Jean Brankart. Le premier, victime d'une fringale, s'effondre, tandis que le second bat le record de l'épreuve en franchissant la ligne d'arrivée. Jacques Anquetil termine à son tour, peu après Jean Brankart, et fait 23 secondes de mieux que lui. Il améliore ainsi le record du Grand Prix des nations, approchant la moyenne de 40 km/h[13]. Trois jours après ce succès, il doit commencer son service militaire. Il est envoyé au Centre sportif des forces armées et s'y voit octroyer la possibilité de disputer des courses. Ainsi au Grand Prix de Lugano, il fait mieux que l'année précédente[14]. Au Trophée Baracchi, il est associé à Louison Bobet. Celui-ci, arrivé sur place plusieurs jours auparavant pour préparer le course, est déconcerté, et inquiété, de voir Jacques Anquetil arriver deux heures avant le départ, en ayant fait le voyage seul en voiture. Ils s'inclinent d'une minute et demie face à Fausto Coppi et Riccardo Filippi[15].

En 1955, Jacques Anquetil aide André Darrigade à remporter le championnat de France devant Louison Bobet en lançant son sprint, après avoir refusé de coopérer avec ce dernier pour éliminer les autres concurrents[16]. Au championnat du monde à Frascati, il fait partie d'un groupe de huit échappés à vingt kilomètres de l'arrivée. Il attaque puis voit revenir Raphaël Géminiani et Stan Ockers. Ce dernier s'impose au sprint[17]. En fin de saison, Jacques Anquetil gagne le Grand Prix Martini et le Grand Prix des Nations, en battant le record de ces deux épreuves. Il est le premier coureur à passer la barre de 40 km/h au Grand Prix des Nations[18].

Le 22 octobre, il tente de battre le record de l'heure au vélodrome Vigorelli de Milan. Après un départ rapide, il perd du terrain et échoue seulement de 623 mètres[19]. En fin d'année, il devient champion de France de poursuite, contre Isaac Vitré qu'il rattrape avant la fin des cinq kilomètres.

Au printemps 1956, il se prépare à une nouvelle tentative de record de l'heure. Entretemps, le record de Fausto Coppi est surévalué. Dans une première tentative, Jacques Anquetil bat le record des vingt kilomètres, est en avance sur Coppi après 30 minutes, puis fatigue et abandonne après 54 minutes de course. Il apparaît que le cadre de son vélo n'est pas adapté à ses mensurations. Quatre jours plus tard, le 29 juin, une nouvelle tentative est organisée, avec un nouveau cadre. Il suit cette fois un tableau de marche moins rapide, son entraîneur fixant des repères au bord de la piste. Il a une avance de 22 mètres sur Fausto Coppi après une demi-heure de course. Après 40 minutes, il reçoit de son entraîneur l'autorisation de se lâcher. Il améliore le record de l'heure de 88 mètres, passant la barre des 46 kilomètres. En fin de saison, il gagne à nouveau le Grand Prix des Nations, puis est libéré de ses obligations militaires[20].

1957-1964[modifier | modifier le code]

1957 : premier Tour de France[modifier | modifier le code]

Jacques Anquetil au parc des Princes à l'arrivée du Tour de France 1957.

En début d'année 1957, Jacques Anquetil remporte Paris-Nice, sa première grande course par étapes. Il y revêt le maillot blanc en gagnant le contre-la-montre. Avec ce succès, il s'affirme comme le nouveau rival de Louison Bobet, vedette du cyclisme français, qu'il bat pour la première fois[21].

La composition de l'équipe de France pour le Tour de France fait polémique en ce début d'année. Ni Louison Bobet, qui souhaite cette année-là réaliser le doublé Giro-Tour, ni Jacques Anquetil ne souhaitent courir dans la même équipe. Ce dernier menace même Marcel Bidot, le sélectionneur de l'équipe de France, de s'aligner au sein d'une équipe régionale. Il reçoit l'appui d'André Darrigade qui entretient un contentieux avec Louison Bobet[22]. Battu par Gastone Nencini sur le Tour d'Italie, Louison Bobet renonce finalement à la « grande boucle »[23], ne s'estimant pas assez préparé pour courir coup sur coup deux épreuves aussi importantes[22]. En son absence, l'équipe de France part sans leader désigné : Jacques Anquetil n'est pas considéré comme un favori et doit encore faire ses preuves sur une course par étapes aussi longue.

L'équipe de France est en réussite en début de Tour. André Darrigade et René Privat gagnent les deux premières étapes et portent tour à tour le maillot jaune. Jacques Anquetil gagne à Rouen, puis prend le maillot jaune à Charleroi, où gagne Gilbert Bauvin[24]. Lors de la huitième étape, Jean Forestier prend le maillot jaune avec 14 minutes d'avance sur Jacques Anquetil, désormais quatrième[25]. Alors que Charly Gaul, vainqueur du Tour d'Italie, avait déjà abandonné, un autre favori, Federico Bahamontes abandonne à son tour le lendemain. Ce jour-là, entre Besançon et Thonon, Jacques Anquetil livre un « récital », rattrapant un groupe d'échappés pour gagner et revenir au classement général à la deuxième place, à deux minutes de Jean Forestier[26],[27]. À Briançon, où Gastone Nencini s'impose, Jacques Anquetil retrouve le maillot jaune. Retardé par une crevaison et un problème de dérailleur avant l'ascension du col du Galibier, il refait une partie de son retard dans la montée et dans la descente. Il démontre avec cette étape qu'il sait grimper et s'affirme comme le leader de l'équipe de France. Marcel Bidot continue toutefois sa tactique avec plusieurs leaders et cherche à placer davantage de Français en tête du classement général, ce qu'il réussit avec Gilbert Bauvin et François Mahé. Cependant, avec eux, d'autres adversaires se rapprochent au classement, forçant Anquetil à travailler durant les étapes de transition. Il finit par exiger et obtenir que l'équipe de France se mette à son service[28].

Il domine aisément le contre-la-montre disputé sur le circuit de Montjuïc à Barcelone et conforte son avance au classement général[29]. En difficulté dans la première étape des Pyrénées, il est bien aidé par ses équipiers. Lors de l'étape Saint-Gaudens-Pau, Jan Adriaensens, Marcel Janssens et Gastone Nencini attaquent, et ce dernier s'impose. À l'exception de Jacques Anquetil, l'équipe de France perd pied. Il résiste dans le Tourmalet et l'Aubisque, et arrive avec deux minutes et demie de retard. Il compte toutefois toujours neuf minutes d'avance au classement général, et ne semble pas pouvoir être rejoint[30]. Marcel Bidot, directeur de l'équipe de France, insiste sur ce point à la fin de l'étape : « Je pense qu'il a gagné le Tour aujourd'hui dans la mesure où il a su ne pas le perdre. Il a prouvé, en tout cas, qu'il avait l'étoffe d'un grand routier et d'un vainqueur en puissance[31]. » Il écrase le contre-la-montre entre Bordeaux et Libourne malgré une crevaison et s'impose avec plus de deux minutes d'avance sur le second, Nino Defilippis, et huit minutes d'avance sur Jan Adriaensens. Il remporte ce Tour avec près de 15 minutes d'avance et en ayant gagné quatre étapes. L'équipe de France gagne le classement par équipes, Jean Forestier le maillot vert, et tous reçoivent une ovation au parc des Princes[32].

1958[modifier | modifier le code]

En 1958, l'objectif de Jacques Anquetil est de gagner une classique pour montrer qu'il est capable de s'imposer sur d'autres épreuves que les contre-la-montre[33]. Lors de Paris-Roubaix, il durcit la course et participe à une échappée de quinze coureurs partie en début de course. Le groupe de tête doit faire face à un fort vent défavorable et perd peu à peu des unités. À 25 km de l'arrivée, ils ne sont plus que cinq échappés et leur avance n'est que d'une minute sur le peloton des favoris. Jacques Anquetil est victime d'une crevaison, mais revient rapidement sur les coureurs qui l'accompagnaient. Rattrapé à trois kilomètres de l'arrivée avec ses compagnons, il finit quatorzième. Déçu, il renonce aux classiques, qu'il considère comme des « loteries »[34].

Au Tour de France, Louison Bobet et Jacques Anquetil acceptent de courir ensemble en équipe de France, mais ce dernier exige que Raphaël Géminiani, fidèle équipier de Louison Bobet, n'en fasse pas partie[35]. Raphaël Géminiani décide de prendre la tête d'une équipe régionale Centre-Midi et de mener la vie dure à l'équipe de France[36]. Dès la première étape, Jacques Anquetil est victime d'une chute sans gravité à la sortie de Malines[37]. Les différents observateurs, doutant de sa forme, lui reprochent également de ne pas courir à l'avant du peloton lors des premiers jours de course[38]. Il fait preuve de négligence lors du contre-la-montre disputé autour de Châteaulin : renseigné de l'avance qu'il possède sur leBelge Jean Brankart, Jacques Anquetil pense alors qu'il est en tête, n'imaginant pas que le grimpeur luxembourgeois Charly Gaul puisse le battre sur ce terrain. Cette contre-performance alimente d'autant plus les rumeurs sur son état de forme[39]. Raphaël Géminiani prend le maillot jaune à Pau, après deux semaines de course, tandis que la division règne dans l'équipe de France, dont les leaders sont à la peine. Jacques Anquetil soupçonne Louison Bobet d'être complice de Raphaël Géminiani. Pour espérer gagner le Tour, il doit reprendre du temps dans la dernière étape des Alpes entre Briançon et Aix-les-Bains. Il attaque le maillot jaune dans l'ascension du col Luitel et tente de s'en aller seul dans la descente, mais il est repris au début du col de Porte puis irrémédiablement lâché[40]. Charly Gaul s'envole vers la victoire durant cette étape. Atteint d'une congestion pulmonaire, Jacques Anquetil abandonne le lendemain, à l'arrivée à Besançon[41],[42].

En septembre, il obtient trois victoires en contre-la-montre, au Grand Prix de Genève, au Grand Prix des Nations pour la sixième fois, et au Grand Prix de Lugano. Malgré ces succès, la popularité de Jacques Anquetil s'est tassée durant cette saison, au cours de laquelle il n'a pas confirmé les espoirs placés en lui un an plus tôt[43].

1959[modifier | modifier le code]

En début d'année, Raphaël Géminiani et Roger Rivière proposent à Marcel Bidot une « entente des quatre grands » du cyclisme français lors du Tour de France[44]. Mis devant le fait accompli, Jacques Anquetil et Louison Bobet acceptent, non sans préciser qu'ils s'y estiment contraints. Cet accord de principe vole cependant en éclats lors d'une entrevue des quatre coureurs[45].

La première course où ils s'affrontent est Paris-Nice-Rome, où ils se neutralisent, s'impressionnent mais ne cherchent pas à gagner. Jacques Anquetil remporte le contre-la-montre avec une seconde d'avance sur Roger Rivière et termine onzième du classement général[46]. D'autres courses connaissent un scénario semblable en début de saison[47]. Jacques Anquetil gagne les Quatre jours de Dunkerque grâce au contre-la-montre. Il dispute le Tour d'Italie, où il est leader de l'équipe Helyett-Leroux. Il prend le maillot rose le deuxième jour, en gagnant un contre-la-montre, puis le cède à Charly Gaul dans les Apennins. Celui-ci accroît son avance lors d'un contre-la-montre sur le Vésuve. Durant la dernière semaine, Jacques Anquetil renverse la situation. Lors de la quinzième étape, distançant son rival dans la dernière descente, il reprend le maillot rose. En gagnant le contre-la-montre entre Turin et Suse (19e étape), il accroît son avance de deux minutes. Cependant, lors de l'avant-dernière étape, longue de près de 300 km à travers les Dolomites, Charly Gaul s'échappe dans le col du Petit-Saint-Bernard. Jacques Anquetil ne le reverra plus. Il arrive à Courmayeur avec dix minutes de retard et perd ce Giro, terminant deuxième du classement général[48].

Federico Bahamontes, ici en 1960, vainqueur du Tour de France 1959.

Le Tour de France approchant, Marcel Bidot réunit à nouveau les « quatre grands » en juin et en ressort avec un accord que personne ne croit tenable[49]. Le Tour démarre mal pour Jacques Anquetil. Il se brouille avec son ami André Darrigade. Ce dernier, échappé en compagnie notamment de Federico Bahamontes, ne digère pas malgré la victoire d'étape qu'Anquetil ait fait accélérer le peloton pour essayer de le rattraper[50]. Lors de la sixième étape, Roger Rivière s'impose contre la montre devant Ercole Baldini et Jacques Anquetil. Entre Albi et Aurillac, Jacques Anquetil suit une attaque d'Ercole Baldini, avec Federico Bahamontes, Henry Anglade, formant un groupe de dix coureurs. Malgré la poursuite menée par Charly Gaul, leur avance augmente. Louison Bobet décide alors de rompre le pacte des « quatre ». Il attaque à cent kilomètres de l'arrivée. Victime d'une défaillance, il est repris et distancé par le peloton. Charly Gaul est défaillant à son tour. Aidé par Jos Hoevenaers, Roger Rivière limite la casse et perd 4 minutes, tandis que Bobet et Gaul sont relégués à vingt minutes. Un nouveau rival fait son apparition : Henry Anglade, membre de l'équipe régionale Centre-Midi, désormais deuxième du classement général et qui gagne l'étape[51]. Lors du contre-la-montre du puy de Dôme, remporté par Federico Bahamontes, Henry Anglade est troisième et devance Roger Rivière et Jacques Anquetil. Bahamontes s'empare du maillot jaune à Grenoble, après une attaque menée avec Charly Gaul. Le lendemain, alors que le leader espagnol a perdu du terrain en descente, Jacqus Anquetil et Roger Rivière ne s'entendent pas et ne coopèrent pas avec Henry Anglade et Ercole Baldini, permettant le retour de Bahamontes. Plus loin dans cette étape, ils aident même ce dernier à rattraper Anglade, et ainsi à gagner le Tour. Ils scellent par cette action leur propre défaite, au grand désarroi de Marcel Bidot[52]. Au contre-la-montre de Dijon, Roger Rivière bat Jacques Anquetil avec une minute et demie d'avance sur ce dernier, qui s'assure néanmoins la troisième place du classement général, derrière Federico Bahamontes et Henry Anglade. À l'arrivée au parc des Princes, l'équipe de France est huée par le public. La popularité d'Anquetil et Rivière en prend un coup[53].

En fin de saison, Jacques Anquetil gagne le Grand Prix Martini et le Grand Prix de Lugano. En décembre, il participe à un critérium et un safari en Haute-Volta. Ce voyage est fatal à Fausto Coppi, qui en revient avec une malaria mal diagnostiquée et meurt en janvier 1960[54].

1960[modifier | modifier le code]

Jacques Anquetil fait du Tour d'Italie son principal objectif de l'année 1960[55]. Lors de la quatorzième étape de cette course, sur un parcours vallonné de 68 km, il s'impose à une vitesse moyenne de 45,4 km/h, réalisant « l'une des plus belles courses en solitaire de sa carrière »[56]. Ses principaux adversaires pour le classement général perdent plus de six minutes. Il prend le maillot rose avec 4 minutes d'avance sur Gastone Nencini[57]. Lors de l'avant-dernière étape, celui-ci distance Jacques Anquetil dans la descente du col de Gavia. Jacques Anquetil sauve son maillot rose pour 28 secondes. Il devient ainsi le premier Français à gagner le Tour d'Italie[58].

Alors que Marcel Bidot espère que Henry Anglade, Roger Rivière et Jacques Anquetil emmènent son équipe de France, ce dernier décide de ne pas disputer le Tour de France : « à supposer qu'après le Giro je gagne le Tour 1960, que me demandera-t-on l'an prochain ? J'aime mieux doser mes effets. » Ce choix et la raison invoquée inspirent à Antoine Blondin la formule « gérant de la route », en référence aux « géants de la route »[59]. Ce Tour de France est remporté par Gastone Nencini, et voit la carrière de Roger Rivière se briser. Dans la descente du col de Perjuret, il manque un virage et bascule dans le ravin. Touché à la colonne vertébrale, il ne pourra plus remonter sur un vélo[60].

1961[modifier | modifier le code]

Après la fin de carrière dramatique de Roger Rivière et les retraites de Raphaël Géminiani et Louison Bobet, Jacques Anquetil apparaît comme le seul « grand » du cyclisme français au début de l'année 1961. Pour cette saison, il fait de Paris-Nice, du Tour d'Italie et du Tour de France ses objectifs. Il gagne d'abord Paris-Nice. Présent dans un groupe d'échappés dans la première étape, il s'assure la victoire en gagnant le contre-la-montre. Deux semaines plus tard, il remporte le Critérium national en débordant le peloton en fin de parcours. Il devance André Darrigade, qui a quitté l'équipe à l'intersaison. C'est la première victoire d'Anquetil lors d'une course en ligne, alors qu'il est dans sa huitième année professionnelle[61]. À la mi-avril, il est battu de peu, lors de la montée du mont Faron, par Raymond Poulidor et Federico Bahamontes. Récent vainqueur de Milan-San Remo, Raymond Poulidor semble devenir un adversaire à la mesure d'Anquetil[62].

Au Giro, Anquetil a pour principaux adversaires Federico Bahamontes et Charly Gaul. Il prend le maillot rose en gagnant un contre-la-montre. Cependant, « obnubilé par la surveillance qu'il exerce sur Gaul et Van Looy », il laisse un second couteau, Arnaldo Pambianco, remonter au classement général. Celui-ci s'empare du maillot rose à l'issue de la quatorzième étape. L'étape-reine de ce tour, l'avant-dernière, est rabotée à cause de la neige : le passage par le col de Gavia est supprimé. Arnaldo Pambianco conserve la première place et gagne le Giro, devant Jacques Anquetil[63].

Au Tour de France, Jacques Anquetil obtient enfin le statut de leader unique qu'il demandait depuis plusieurs années. Marcel Bidot le lui offre en renonçant à sélectionner Raymond Poulidor, dont le directeur sportif exige un statut égal à celui d'Anquetil[64]. Espérant reconquérir le public, Jacques Anquetil annonce viser un exploit : prendre le maillot jaune le premier jour et le conserver toute la course. Cette ambition est cependant vue comme une marque de prétention de sa part. Présent dans l'échappée victorieuse de la première demi-étape, il prend déjà cinq minutes d'avance sur Charly Gaul. L'après-midi, il s'impose contre la montre et prend le maillot jaune, comme il l'avait annoncé. Le deuxième du classement général est à cinq minutes[65]. Marcel Bidot décide alors de cadenasser la course pour assurer la victoire. L'équipe de France y parvient, de sorte qu'en montagne les adversaires de Jacques Anquetil sont résignés. La grande étape pyrénéenne est même remportée par un sprinter. Le spectacle offert est ennuyeux et manque de panache. Jacques Goddet titre dans L'Équipe : « Les nains de la route ». Alors qu'il réalise un exploit unique, Jacques Anquetil reçoit un accueil mitigé au parc des Princes pour se deuxième victoire dans le Tour de France[66].

En fin de saison, il s'aligne une septième fois au Grand Prix des Nations, qu'il remporte. À une vitesse moyenne de 43,59 km/h, il bat nettement son record sur ce parcours de cent kilomètres, établi en 1958. Cette victoire lui assure la première place au Superprestige Pernod, récompensant le meilleur coureur de la saison. Il y devance Rik Van Looy et Raymond Poulidor, présentés comme ses principaux adversaires pour la saison et le Tour de France à venir[67].

Anquetil (à droite) et Rik Van Looy discutent avant le départ de la 3 étape Jambes-Roubaix du Tour de France 1963 .
Anquetil (à droite) et Rik Van Looy discutent avant le départ de la 5e étape du Tour de France 1963 à Rouen.

1962[modifier | modifier le code]

Durant l'intersaison 1961-1962, les équipes françaises connaissent un jeu de « chaises musicales »[68]. L'équipe de Jacques Anquetil est toujours dirigée par Paul Wiegant. Elle est désormais appelée Helyett-Saint-Raphaël, et Raphaël Géminiani devient l'adjoint de Wiegant, ce qui n'enchante pas Jacques Anquetil. Après un début d'année décevant, Paul Wiegant est évincé et remplacé par Raphaël Géminiani[69].

L'équipe a notamment recruté le coureur allemand Rudi Altig, censé avoir un rôle complémentaire de Jacques Anquetil en se concentrant sur les classiques. Bon rouleur, il est toutefois un rival potentiel pour ce dernier, au sein même de l'équipe. Après un début d'année terne, Jacques Anquetil prend le départ du Tour d'Espagne fin avril, première « étape » de son objectif de la saison : le doublé Vuelta-Tour. Rudi Altig y joue rapidement les premiers rôles : comme cela lui a été demandé, il est vainqueur d'étape, dès le deuxième jour, et grâce aux bonifications revêt le maillot amarillo. C'est toute l'équipe Helyett-Saint-Raphael qui domine la course, remportant treize étapes. Jacques Anquetil reste toutefois discret. Raphaël Géminiani tente en vain de le convaincre d'attaquer pour prendre la première place du classement général lors de l'antépénultième étape, un contre-la-montre. Ce jour-là, Jacques Anquetil est battu d'une seconde par Rudi Altig. Il est devancé de cinq minutes par ce dernier au classement général. Ne se satisfaisant pas de cette place de dauphin, il quitte la Vuelta le lendemain, à la veille de l'arrivée[70].

L'équipe Helyett-Saint-Raphaël connaît une situation tendue. Jacques Anquetil accepte mal le succès de Rudi Altig et conteste l'autorité de Raphaël Géminiani. Celui-ci parvient toutefois à obtenir son adhésion en lui assurant une place de leader unique pour le Tour de France. Malade depuis le début de l'année, Jacques Anquetil n'est cependant pas encore sûr de pouvoir participer. Le Critérium du Dauphiné libéré, « calvaire » terminé à 17 minutes du vainqueur, achève de le convaincre de participer[71].

Le Tour ayant abandonné les équipes nationales, c'est à la tête de l'équipe Helyett-Saint-Raphaël que Jacques Anquetil est au départ, à Nancy. Rudi Altig est à ses côtés, avec un rôle d'équipier et l'objectif de remporter le maillot vert. Les deux adversaires annoncés d'Anquetil sont vite écartés : Raymond Poulidor se fracture le poignet en tombant à l'entraînement avant le Tour et Rik Van Looy, qui a chuté en course, abandonne à mi-Tour. Enfin le risque qu'Altig soit un rival au classement général disparaît dans les Pyrénées. Durant cette première moitié de course, Anquetil gagne le contre-la-montre à La Rochelle. Au sortir des Pyrénées, le Belge Joseph Planckaert est porteur du maillot jaune. Les rivaux d'Anquetil ne tentent rien dans les Alpes, seul Raymond Poulidor, qui a récupéré de sa blessure, anime la course en gagnant à Aix-les-Bains. Anquetil prend le maillot jaune à deux jours de l'arrivée en gagnant le contre-la-montre Bourgoin-Lyon. Il y devance Ercole Baldini et Raymond Poulidor, parti avant lui et qu'il dépasse à mi-course. Avec ce troisième tour remporté, Jacques Anquetil égale le record de victoire de Philippe Thys et Louison Bobet. C'est cependant Raymond Poulidor qui suscite l'enthousiasme du parc des Princes, bien plus que le vainqueur lui-même[72].

En novembre, Jacques Anquetil est associé à Rudi Altig pour tenter de gagner le Trophée Baracchi. Toujours malade, il prend le départ affaibli. Après un bon départ, il lui devient difficile de suivre son partenaire du jour, forcé de l'attendre. Il s'accroche mais ne passe plus de relais, et est tellement épuisé qu'il ne peut éviter des barrières à l'arrivée. La paire parvient néanmoins à gagner le Trophée, pour neuf secondes, mais c'est Rudi Altig seul qui effectue le tour d'honneur[73].

1963[modifier | modifier le code]

En 1963, l'équipe change de nom et devient Saint-Raphael-Gitane. Lors de Paris-Nice, Rudi Altig gagne la deuxième étape et prend la tête du classement général, puis gagne la cinquième étape. Au contre-la-montre, il ne s'incline que de deux secondes face à Jacques Anquetil et garde la première place du classement général, devant ce dernier. L'équipe est à nouveau en crise, Anquetil estimant pâtir de la liberté laissée à Altig. Il faut à nouveau préciser le rôle de chacun et obtenir leur engagement mutuel. Lors de l'avant-dernière étape, Anquetil attaque, sans qu'Altig ne réagisse, et termine dans un groupe d'échappés. Il remporte grâce à cela ce Paris-Nice. Lors de Milan-San Remo cependant, Jacques Anquetil ne rend pas la pareille à Rudi Altig : il le laisse, furieux, poursuivre seul une échappée, et quitte la course. Malade et blessé, Rudi Altig est absent des grandes courses par étapes de la saison qui sont les objectifs de Jacques Anquetil[74].

Durant le Tour d'Espagne, Jacques Anquetil gagne en contre-la-montre à Gijón le premier jour puis contrôle la course. L'équipe gagne plusieurs étapes. Jacques Anquetil est toutefois victime d'une intoxication alimentaire au cours de la course. Il s'incline en contre-la-montre face à Miguel Pacheco. Il est néanmoins rétabli le lendemain et participe au travail d'équipe qui aboutit à la victoire d'étape de Seamus Elliott. Il gagne la Vuelta en réalisant le même exploit qu'au Tour de France : porter le maillot de leader de bout en bout. Il devient surtout le premier coureur à avoir gagné les trois grands tours[75].

Il gagne ensuite le Dauphiné libéré, avec une victoire d'étape en contre-la-montre. Encore malade, il annonce renoncer au Tour de France. Malgré l'avis négatif des médecins, il cède à la pression de son équipe, des sponsors et du public, et se décide à participer[76]. Au championnat de France, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, annoncés comme rivaux du Tour à venir, se neutralisent, permettant à Jean Stablinski, fidèle équipier d'Anquetil, de s'imposer[77].

Au Tour de France, l'organisation rend le parcours moins aisé pour Jacques Anquetil : contre-la-montre plus courts, arrivées plus proches des sommets. Il s'impose contre la montre à Angers, mais Raymond Poulidor n'est pas loin[78]. Lors de l'étape pyrénéenne, Jacques Anquetil règle un groupe de cinq coureurs au sprint à Bagnères. C'est sa première victoire dans une étape de montagne du Tour. Le peloton est « assomé ». Dans les Alpes, Federico Bahamontes attaque au col de Porte et gagne la quinzième étape avec trois minutes d'avance. Jacques Anquetil a d'abord mené la poursuite, avant de se raviser en constatant que personne ne le relayait. Le lendemain, Gilbert Desmet, maillot jaune, perd neuf minutes. Federico Bahamontes prend la première place du classement général, devant Jacques Anquetil, à trois secondes. Raymond Poulidor, qui compte trois minutes de retard, doit attaquer dans l'étape suivante pour pouvoir espérer gagner ce Tour. Il s'y emploie dans l'ascension du col du Grand-Saint-Bernard, mais affronte un vent de face. Il est repris, et perd huit minutes. Jacques Anquetil gagne cette étape alpestre à Chamonix et prend le maillot jaune. Il n'est plus menacé et assoit sa victoire en remportant le contre-la-montre à Besançon deux jours plus tard. Avec ce quatrième succès, il établit un nouveau record de victoires sur le Tour de France. Il s'est en outre imposé avec la manière, gagnant deux étapes de montagne, et c'est cette fois sous les acclamations du public qu'il arrive au parc des Princes[79].

Raymond Poulidor, décevant lors de ce Tour et sifflé à l'arrivée, souhaite rééquilibrer son statut et sa popularité avec Jacques Anquetil et le défie ainsi au Grand Prix des Nations et au Grand Prix de Lugano. Il gagne ces deux courses, approchant d'une demi-minute le record de son rival à Lugano[80]. En fin de saison, les deux hommes sont associés au Trophée Baracchi. Pour la cinquième fois, Jacques Anquetil est deuxième de cette course, en ayant laissé Raymond Poulidor effectuer l'essentiel du travail. Ils sont devancés de neuf secondes par Joseph Velly et Joseph Novales[81]. Pour la deuxième fois, Jacques Anquetil est no 1 mondial à l'issue de la saison[82].

1964[modifier | modifier le code]

Au Tour d'Italie, Jacques Anquetil revêt le maillot rose en gagnant la sixième étape, le seul contre-la-montre de cette édition, parcourant les 50 kilomètres à une moyenne de 48 km/h. Durant les deux semaines de course restant, il résiste « aux assauts des coureurs italiens… et des organisateurs », ces derniers tentant par exemple d'empêcher le véhicule de Raphaël Géminiani de rejoindre son coureur lorsqu'il participe à une échappée[83]. Il gagne ce Giro, avec moins d'une minute et demie d'avance sur Italo Zilioli.

Au Tour de France, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor se livrent à une « lutte acharnée », donnant lieu à un « chassé-croisé » au classement général jusqu'aux Pyrénées. Dans les Pyrénées, Jacques Anquetil est en difficulté dans l'ascension du port d'Envalira, comptant 4 minutes de retard au sommet. Se sentant mieux dans la descente, il refait une partie de son retard, rejoint le groupe du maillot jaune Georges Groussard, et rattrape avec lui les échappés, dont Raymond Poulidor. En changeant de vélo, ce dernier chute, car poussé maladroitement par son mécanicien. Retardé, il concède deux minutes à Anquetil[84]. Le lendemain, il gagne en solitaire à Luchon et revient à neuf secondes de Jacques Anquetil. Lors de la grande étape pyrénéenne Luchon-Pau, ce dernier assure la poursuite de Federico Bahamontes, qui gagne, emmenant Raymond Poulidor derrière lui. Durant la 17e étape, courue contre la montre, Raymond Poulidor est victime d'une crevaison. Son mécanicien tombe avec le vélo, dont il faut redresser le guidon. Jacques Anquetil gagne avec 37 secondes d'avance et s'empare du maillot jaune. Raymond Poulidor est deuxième, à 57 secondes[85]. Une ambiance tendue se développe au sein de la course et en dehors, entre « anquetilistes » et « poulidoristes »[86].

Vient l'étape Brive-Clermont-Ferrand, « étape de légende », se terminant sur les pentes du puy de Dôme. Jacques Anquetil et Raymond Poulidor y sont au coude à coude pendant trois kilomètres. À un kilomètre de l'arrivée, Jacques Anquetil perd du terrain, épuisé. Il arrive au sommet 42 secondes après Raymond Poulidor, conservant ainsi une avance de 14 secondes au classement général. Le Tour se termine par un contre-la-montre entre Versailles et Paris. Jacques Anquetil s'y impose et s'assure ainsi de la victoire finale. Il est le premier coureur à gagner cinq fois le Tour. Comme Fausto Coppi, il réalise un doublé Giro-Tour la même année. Jacques Anquetil et Raymond Poulidor effectuent ensemble un tour d'honneur du parc des Princes[87].

1965[modifier | modifier le code]

En 1965, Jacques Anquetil décide de ne participer à aucun grand tour. Raphaël Géminiani cherche un « exploit de légende » afin de marquer les esprits des détracteurs de son coureur. Il parvient à le convaincre de tenter un doublé Dauphiné libéré-Bordeaux-Paris. Ce projet paraît fou car Bordeaux-Paris, marathon du cyclisme, part de Bordeaux la nuit à h 50, soit huit heures seulement après l'arrivée du Dauphiné libéré à Avignon. Les organisateurs des deux courses y sont d'abord opposés, chacun craignant pour la renommée ou l'intérêt de leur compétition[88]. Le programme de Jacques Anquetil en vue de cet exploit lui permet de se montrer à son avantage : en mars, il gagne Paris-Nice et le Critérium national, puis en mai, il s'impose au mont Faron[89].

Au Critérium du Dauphiné libéré, Raymond Poulidor, revanchard après avoir dû s'incliner à la Vuelta face à son coéquipier Rolf Wolfshohl, est le principal adversaire de Jacques Anquetil. Celui-ci gagne les troisième et quatrième étapes, après avoir été distancé dans des ascensions par Raymond Poulidor et être revenu sur lui dans la descente pour gagner à Oyonnax, et dans la plaine avant Chambéry. Lors du contre-la-montre, il est déjà assuré de la victoire. Il gagne cette étape avec 13 secondes d'avance sur Raymond Poulidor et remporte le Dauphiné[90]. Le départ de la dernière étape est avancé d'une heure pour faciliter le trajet de Jacques Anquetil vers Bordeaux. À 18 h 52, il décolle de l'aéroport de Nîmes-Garons, à bord d'un Mystère 20 mis à disposition par l’État, sur consigne du Président Charles de Gaulle. Il arrive à Bordeaux-Mérignac cinquante minutes plus tard[91], et à h 30, il fait partie des douze coureurs prenant le départ de Bordeaux-Paris. Il y présente un visage « fatigué et inquiet ». Il est massé en début de course depuis la voiture suiveuse. Malgré la nuit, le public est présent au bord de la route pour l'encourager. Au lever du jour, il est cependant près d'abandonner, assis dans la voiture de Géminiani. Après une « engueulade » de celui-ci, Anquetil repart, « piqué au vif ». Les 300 derniers kilomètres sont effectués derrière un derny. Anquetil est emmenée par Jo Goutorbe, avec qui il a gagné le Critérium des As quatre fois. François Mahé est le premier à attaquer. Il compte jusqu'à six minutes d'avance et n'est plus poursuivi que par Tom Simpson, Jacques Anquetil et son coéquipier Jean Stablinski. Celui-ci contre-attaque et Jacques Anquetil laisse Tom Simpson travailler pour revenir sur l'avant de la course. François Mahé et Jean Stablinski sont ainsi rejoints peu avant Dourdan, à 50 km de l'arrivée. Tom Simpson attaque, rejoint par Jacques Anquetil puis Jean Stablinski, qui attaque ensuite dans chaque côte. Dans la côte de Picardie, Tom Simpson est cette fois distancé par Jacques Anquetil qui part seul vers Paris. Il s'impose au parc des Princes. Jean Stablinsi est deuxième, devant Simpson, et effectue avec Jacques Anquetil le tour d'honneur. Après cet exploit unique, Jacques Anquetil fait enfin l'unanimité[92].

Comme prévu, il fait l'impasse sur le Tour de France en juillet. Raymond Poulidor accepte de mettre ses ambitions de côté et de travailler au succès de Jacques Anquetil au championnat du monde à Lasarte près de Saint-Sébastien. Marcel Bidot, patron de l'équipe de France, accourt auprès du quintuple vainqueur du Tour pour lui annoncer la bonne nouvelle. Jacques Anquetil, sans ménagement pour son historique rival répond : « Il est encore plus con que je le pensais ».[réf. nécessaire] (Marcel Bidot : Souvenirs, ou l'épopée du Tour de France, ouvrage écrit avec Augendre) En septembre, au Grand Prix des Nations, il gagne en parcourant les 75 km à une vitesse moyenne de 47 km/h, devançant Rudi Altig de trois minutes et Raymond Poulidor de cinq. En octobre, il gagne un septième Grand Prix de Lugano puis, le 1er novembre, le Trophée Baracchi avec Jean Stablinski. Il réalise ainsi un triplé unique dans les contre-la-montre de fin de saison. Bien qu'on l'y incite après de telles performances, il refuse de tenter le record de l'heure. À l'issue de cette saison, l'une des meilleures de sa carrière, il est vainqueur du Super Prestige Pernod et du Prestige Pernod[93].

1966-1969 : derniers succès et fin de carrière[modifier | modifier le code]

Lors de Paris-Nice, Raymond Poulidor bat pour la première fois Jacques Anquetil en contre-la-montre, et prend le maillot de leader. Dans la dernière étape, Raphaël Géminiani donne à ses troupes la consigne de « flinguer à tout-va dans les cent premiers kilomètres », pour laisser à Jacques Anquetil le soin de conclure. Les Ford appliquent cette consigne, et font même du zèle en commettant quelques irrégularités : des coureurs sont tassés, Barry Hoban est poussé dans le fossé. Raymond Poulidor perd ses équipiers et se retrouve isolé. Jacques Anquetil s'échappe et part gagner seul à Nice. Il remporte son cinquième Paris-Nice. Cet épisode ravive la rivalité entre les deux coureurs et allume une « guerre de religion » entre leurs partisans.

Face à l'hostilité de la presse et du public, Anquetil ne dispute volontairement plus de course avec Raymond Poulidor jusqu'au Tour de France[94]. En mai, il participe à Liège-Bastogne-Liège. À 45 km de l'arrivée, alors qu'il se trouve dans un groupe avec plusieurs favoris, il attaque, distance ses rivaux, puis rattrape trois coureurs échappés et part seul. Il gagne cette classique avec cinq minutes d'avance, en ayant laissé ses adversaires impuissants. Cependant, deux jours plus tard, la Royale ligue vélocipédique belge le déclasse, pour ne pas s'être rendu au contrôle antidopage. Arguant que personne ne le lui a demandé, Jacques Anquetil contrattaque juridiquement et obtient gain de cause[95]. Au Tour d'Italie, Jacques Anquetil perd trois minutes en descente lors de la première étape. Il ne peut rattraper ce retard et finit troisième[96].

Le Tour de France est annoncé comme une revanche de 1964. Après neuf étapes, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor sont ex-aequo au classement général. Ils se marquent durant la dixième étape et laissent partir une trentaine de coureurs qui obtiennent sept minutes d'avance. Critiqués par Jacques Goddet, ils se rattrapent deux jours plus tard mais restent en retrait en classement général. Lors de la quatorzième étape, Raymond Poulidor bat à nouveau Jacques Anquetil en contre-la-montre, puis il accroît son avance d'une minute à Bourg-d'Oisans. Souffrant d'une bronchite et ayant désormais peu de chance de l'emporter, Jacques Anquetil se met au service de son coéquipier Lucien Aimar, membre de l'échappée de la dixième étape. Celui-ci attaque dans l'étape de Turin, tandis que les Ford marquent Raymond Poulidor. Le lendemain, Jacques Anquetil, malade et en grande difficulté, abandonne le Tour, définitivement. Luien Aimar gagne ce Tour de France[97].

À l'approche du championnat du monde sur route, un accord est signé au sein de l'équipe de France : les coureurs s'engagent à livrer une course d'équipe jusqu'aux trois derniers tours, puis « que le meilleur gagne ». Dans le dernier tour, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor figurent dans un même groupe avec d'autres favoris. Aucun des deux ne veut prendre le risque de favoriser l'autre. Le groupe ralentit, permettant à Rudi Altig, qui semblait battu, de revenir et de dépasser ce groupe à 500 mètres de l'arrivée. Jacques Anquetil et Raymond Poulidor prennent les deuxième et troisième places derrière lui. « Écœuré », Jacques Anquetil ne monte pas sur le podium[98]. Après cet échec, il gagne un neuvième et dernier Grand Prix des Nations. Il devance Felice Gimondi de deux minutes, Eddy Merckx et Roger Pingeon de deux, Raymond Poulidor de quatre[99]. Le 5 octobre, il est fait chevalier de la Légion d'honneur[100].

En 1967, la marque Ford cesse d'être sponsor de l'équipe. Elle est remplacée par Bic. Jacques Anquetil, malade, connaît un début de saison difficile. Donné forfait pour le Critérium national, il s'y impose en battant au sprint Raymond Poulidor, qui ne cache pas sa déception : « Anquetil finira par me dégoûter du vélo[101] ».

Il dispute son dernier grand tour, le Tour d'Italie, dont c'est le cinquantenaire. Les favoris restent proches au classement général avant l'étape de montagne se terminant aux Trois cimes de Lavaredo. Celle-ci est annulée car sous la pluie, la route est transformée en « bourbier », obligeant les voitures à s'arrêter. Le lendemain, Jacques Anquetil perd 27 secondes sur les favoris mais prend le maillot rose. Lors de l'avant-dernière étape, il est attaqué à plusieurs reprises. Felice Gimondi finit par porter l'attaque décisive. Échappé solitaire, il gagne avec quatre minutes d'avance. Jacques Anquetil s'estime volé, affirmant que Felice Gimondi a pu s'échapper en étant emmené par la voiture du directeur de course adjoint. Il termine troisième de ce Giro, derrière Felice Gimondi et Franco Balmamion[102].

Cette déception ouvre une période de déprime pour Jacques Anquetil. Dans une interview, il reconnaît s'être dopé, ce qui lui vaut d'être critiqué de toutes parts. Il se sépare également de Jean Stablinski, qui rejoint Raymond Poulidor après qu'Anquetil lui a reproché d'avoir fait le jeu de l'équipe de France au Tour de France[103]. Raphaël Géminiani, appuyé par le sponsor Bic, le convainc de tenter le record de l'heure afin de redorer son blason. Le 27 septembre 1967, il parcourt 47,493 kilomètres, soit 146 mètres de plus que Roger Rivière. Cependant, ce record n'est pas homologué. Le contrôleur antidopage dresse un constat de carence après avoir été renvoyé par Raphaël Géminiani, qui estimait que les conditions n'étaient pas réunies pour procéder à un contrôle. Malgré la demande de Jacques Anquetil, la fédération française n'intervient pas en sa faveur[104].

En 1968, Jacques Anquetil n'obtient pas de victoire notable. Il est « transparent » en course, en retrait. Le 1er octobre, il gagne le Trophée Baracchi, associé à Felice Gimondi, incapable de le relayer en fin de course[105].

L'année suivante, il dispute sa seizième et dernière saison. Il court détendu. Néanmoins, il prend la troisième place de Paris-Nice, la quatrième du Critérium du Dauphiné libéré. Il gagne le Tour du Pays basque grâce à une échappée, sa dernière grande victoire. Malgré l'insistance de Raphaël Géminiani, il refuse de disputer le Tour de France, remporté cette année-là par Eddy Merckx. Il s'engage toutefois avec RTL pour effectuer le parcours un jour avant la course. Fin août, il fait ses adieux à la Cipale lors d'un match d'exhibition face à Eddy Merckx. Le 27 décembre, il dispute sa dernière compétition au vélodrome d'Anvers[106].

À son retrait de la compétition, Anquetil devient correspondant du journal L'Équipe, consultant sur Europe 1, puis sur Antenne 2, directeur de course de Paris-Nice et du Tour méditerranéen, directeur sportif de l'équipe de France (aux Championnats du monde), membre du comité directeur de la FFC, reporter à la télévision et gentleman farmer du « Domaine des Elfes » (quatre cents hectares de terres à La Neuville-Chant-d'Oisel à 17 kilomètres de Rouen).

Après avoir pris sa retraite sportive à l'âge de trente-cinq ans, Anquetil ne remontera qu'à trois reprises sur un vélo, jugeant avoir « trop dégusté sur cet engin » : une fois pour participer à une course people à Nice, le Grand Prix des Gentlemen, une seconde fois à l'occasion d'une sortie d'un après-midi avec des amis en Normandie et la dernière fois à l'occasion d'un des anniversaires de sa fille.

Style et personnalité[modifier | modifier le code]

Jacques Anquetil est décrit par Jacques Augendre comme « le plus doué, le moins conformiste et sans doute le plus mystérieux des champions de son époque[107]. » Perfectionniste, « la plus belle machine à pédaler du monde » selon Jean-Paul Ollivier ne se fie qu'à son instinct : « La discipline imposée me rebute et me déprime. Celle que je m'inflige me suffit. Je n'accepte pas les ordres qui vont à l'encontre de mes opinions ou de ma volonté[108]. » Il présente dès le début de sa carrière des qualités de rouleur exceptionnelles, ainsi qu'une très grande endurance. Antonin Rolland, avec qui il est associé dans le Trophée Baracchi en 1953, dit de lui après la fin de la course : « C'est le plus formidable rouleur que j'aie jamais vu. Je l'ai relayé pendant les trente premiers kilomètres, après je n'ai pas pu passer...Et pourtant je marchais bien[109]. »

Il excelle en contre-la-montre, à l'image de ses neuf victoires dans le Grand Prix des Nations et construit la plupart de ses succès dans les courses par étapes grâce à sa supériorité dans ce domaine. Malgré son palmarès considérable, sa relative faiblesse dans d'autres registres que celui du contre-la-montre en fait un coureur incomplet. Raphaël Géminiani, qui fut son directeur sportif, regrette ainsi qu'il ait « gagné cinq Tours de France sans être jamais passé en tête au sommet d'un col[110]. » Le journaliste Antoine Blondin, bien qu'admirateur du talent de celui qu'il appelle « Jacques de Normandie, duc de Saint-Adrien » ou encore « l'extraordinaire aristocrate de la bicyclette », lui reproche de courir trop souvent à l'économie, affirmant également que « son attitude a parfois rétréci ses victoires[31] », n'hésitant pas à la qualifier de « gérant de la route[111] ». Après sa victoire dans le Tour de France 1951, Roger Bastide constate qu'« Anquetil a transformé le cyclisme de compétition en une science exacte, mais sa victoire a eu la froideur de la perfection[112]. »

L'écrivain et journaliste Jean Cau, qui reconnaît en lui un « Descartes monté sur deux roues », loue son pragmatisme. Quand il évoque son succès dans sa tentative du record de l'heure établi par Fausto Coppi, Jacques Anquetil déclare : « Je voulais battre ce record parce qu'il appartenait à Coppi et pouvait augmenter ma valeur marchande, et doubler mes contrats, sinon je ne l'aurais même pas tenté. » Ne considérant le cyclisme que comme un moyen de s'élever socialement, il se constitue peu à peu un patrimoine foncier et immobilier de premier ordre pour un coureur de son époque. Après sa rencontre avec le Campionissimo Fausto Coppi en octobre 1953, il a en Italie la réputation d'être un personnage froid, glacial, intéressé seulement par l'argent. L'hebdomadaire L'Europeo le compare à « l'un de ces héros antipathiques dont on va guetter la chute et la défaite[113]. »

Jacques Augendre le considère également comme un personnage épicurien, accordant la priorité aux plaisirs de l'existence, privilégiant « la qualité de vie, une qualité de vie qui passait par la table et l'alcôve[108]. » Au cours des entraînements ou des compétitions, il refuse de s'astreindre aux règles diététiques régissant le mode de vie des sportifs : « On doit se méfier des régimes alimentaires. Robic avait raison. Les régimes fragilisent et il ne faut pas être fragile pour disputer le Tour, surtout si on court pour le gagner[110]. » Amateur de champagne, de gros-plant ou de bière glacée, il déclare au sujet de l'eau : « J'ai essayé une fois d'en boire, mon estomac ne l'a pas supporté[108]. »

Rivalité entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor[modifier | modifier le code]

Raymond Poulidor, Jacques Anquetil et Federico Bahamontes sur le podium du Tour de France 1964.

La rivalité entre Raymond Poulidor et Jacques Anquetil a été la plus marquante des rivalités de la carrière de ce dernier, car elle a « atteint une intensité émotionnelle rare »[114] lors du Tour de France 1964, et car elle a dépassé le cadre sportif[115].

Leur rivalité naît en 1961. Alors qu'Anquetil apparaît comme le seul grand leader du cyclisme français en début d'année, Poulidor remporte Milan-San Remo, puis bat Anquetil lors de la course de côte du mont Faron. Il faut toutefois attendre 1962 pour qu'ils soient opposés sur les routes du Tour de France, puisqu'en 1961 Poulidor refuse de disputer la course en tant qu'équipier d'Anquetil. En huit participations à cette course, Jacques Anquetil est quatre fois en présence de son rival, mais ce n'est qu'en 1964 qu'ils se livrent réellement à un duel pour la victoire[116]. Ils arrivent cette année-là au départ de la « grande boucle » en ayant gagné chacun un grand tour : le Giro pour Anquetil et la Vuelta pour Poulidor. La victoire au Tour de France permettrait à l'un comme à l'autre de réaliser un doublé rare, pour Poulidor, ce serait un premier succès dans cette course, et Anquetil un cinquième, record absolu. Le Tour de France apparaît comme l'épreuve pouvant déterminer le meilleur coureur du monde. L'intensite du duel doit aussi au déroulement de la course, indécise. Les deux coureurs sont longtemps au coude-à-coude, quand vient l'étape du puy de Dôme, dernière occasion pour Poulidor de dépasser Anquetil au classement général.

La rivalité entre Anquetil et Poulidor a passionné et divisé les Français, jusqu'à en faire un « point d'orgue des années soixante »[117]. Cette intensité doit à l'opposition de style entre les deux coureurs : Jacques Anquetil est consiféré comme un « rouleur et un froid stratège [...] aux allures presque aristocratiques, Poulidor un grimpeur et un homme simple et chaleureux »[118]. Antoine Blondin illustre ainsi cette opposition[119] : « Il me semble que je dirais qu'Anquetil est un champion gothique, dont la rigueur s'élançait ; Poulidor un champion roman, dont le dépouillement se ramasse et se retient, sur le plan humain s'entend »

Deux camps, les « anquetilistes » et les « poulidoristes », les derniers étant plus nombreux[120], s'identifient à leur coureur favoris en fonction de ses caractéristiques. Selon l'historien Michel Winock, cette division reflète les transformations sociales de la France de l'époque[121] :

« Derrière ces deux stéréotypes, le public sent confusément que deux univers s'opposent, comme la modernité et l'archaïsme. L'un et l'autre coureur sont issus d'un milieu rural, mais ils n'évoluent pas dans la même civilisation agraire. Anquetil est représentatif d'une agriculture moderne. [...] Poulidor est la figure du "paysan résigné", qui ne se fait pas d'illusion [...]. Anquetil est le symbole d'une économie de marché, spéculative, entreprenante. Il boit du whisky, se déplace en avion. Dans le Tour comme dans la vie, c'est un patron.

Ce goût des Français en faveur de "Poupou", c'est un attendrissement nostalgique pour la société rurale dont ils émergent en ces années de mutation rapide. L'univers anquetiliste représente un avenir froid qu'ils redoutent. Du reste, la grande spécialité du Normand est la course contre la montre : la tyrannie des aiguilles est celle du monde industriel ; le Limousin, lui, est bien dans la montagne, c'est l'homme de la nature : il adapte ses journées aux mouvements saisonniers du soleil. Il éclate de santé. Les admirateurs de Poulidor savent bien qu'Anquetil est le plus fort, mais le fond de sa supériorié les glace ; ils y sentent l'artifice, la planification, la prépondérance technologique... »

Anquetil et la question du dopage[modifier | modifier le code]

Tout au long de sa carrière, Jacques Anquetil a condamné le principe de la lutte antidopage, regrettant notamment que les contrôles, selon lui « portent atteinte à la dignité de l'athlète. » Sur le Tour de France 1966, il est le fer de lance d'un mouvement de grève par solidarité envers Raymond Poulidor, pourtant son rival, après le contrôle surprise que ce dernier a subi[31]. L'écrivain Paul Fournel, auteur d'une biographie sur le coureur, confirme que le dopage était pour lui une pratique courante : « Anquetil se dopait. Il l’a dit, et redit. ll a même précisé que ses fesses ressemblaient à une passoire à force de piqûres d’amphétamines. Il a toujours été clairement opposé aux contrôles antidopages, estimant que les efforts demandés le justifiait, et que les coureurs étaient des hommes professionnels et responsables. Rien n’indique formellement que son décès soit dû au dopage, mais il est évident qu’un doute légitime peut peser sur cette question[122]. »

Il précise également que le dopage « est un mode de vie dont Anquetil ne se défera pas, jamais il ne renoncera à être le maître du jour et de la nuit, le maître de l'intensité, le maître du début et de la fin des fêtes. Sophie, sa fille, raconte même qu'il dopait les poissons rouges. Pour voir. On dit aussi qu'il encourageait tout son personnel à moissonner aux amphétamines pour travailler jour et nuit et passer vite à table, tous ensemble, pour dévorer le reste des forces[123]. »

Jacques Anquetil a lui-même avoué à plusieurs reprises avoir recours au dopage. Il indique ainsi dans un entretien accordé au magazine Miroir du cyclisme, en octobre 1992 : « Je préfère me faire une piqûre de caféine que de boire trois tasses de café qui, elles, me font mal au foie[124]... », des propos qui confirment un aveu fait au cours de sa carrière : « Je me dope parce que tout le monde se dope [...]. Bien souvent, je me suis fait des piqûres[125]. »

Ses différentes équipes[modifier | modifier le code]

Anquetil porte successivement les couleurs de « La Perle » (1953-1955) (directeur sportif : Francis Pélissier), « Helyett » (1956-1958), « ACBB Leroux » (1959-1960), « Saint-Raphaël » (1961-1964), « Ford-Gitane » (1965-1966), équipe française avec laquelle il remporte la Coupe du Monde Intermarques en 1965 et « Bic » (1967-1969). Son premier entraîneur, dès sa licence à Sotteville, est André Boucher (dit Papa Boucher) auprès duquel il revient souvent prendre conseils et forces avant ses grandes compétitions, telles les « contre-la-montre ».

Bilan d'une carrière[modifier | modifier le code]

Fait chevalier de la Légion d'honneur des mains du général de Gaulle en 1966, il tire sa révérence en Belgique, sur le vélodrome d'Anvers, le 27 décembre 1969.

Jusqu'au crépuscule de sa carrière chez Bic en 1969, Anquetil totalise 184 victoires, excellant aussi bien dans les courses par étapes, les contre-la-montre ou sur la piste. Seules les courses d'un jour lui sont moins favorables, malgré quelques exploits. Anquetil estimant que les classiques, et en particulier Paris-Roubaix où il crève à douze kilomètres de l'arrivée en 1958, ne sont que de la loterie.

Jacques Anquetil est le premier coureur de l'histoire à remporter à cinq reprises le Tour de France. Il est également le premier coureur français à avoir gagné le Tour d'Italie (en 1960) et à avoir réalisé le doublé Giro-Tour en 1964.

En neuf participations au Grand Prix des Nations de 1953 à 1966, il n'est jamais battu. Ses adversaires défaits sont notamment, Hugo Koblet lors de sa deuxième victoire en 1954 (alors qu'il n'a encore que vingt ans) mais aussi Felice Gimondi et Eddy Merckx respectivement deuxième et troisième de l'édition 1966.

Sur la piste, il détient deux records de l'heure : en 1956 au Vigorelli de Milan, il fait tomber avec 46,159 km/h, le vieux record de Fausto Coppi datant de 1942 ; en 1967, il bat celui de Roger Rivière avec 47,493 km/h. Mais ce record n'est pas homologué, car Jacques Anquetil refuse de satisfaire au contrôle antidopage. Enfin, il est également vice-champion du monde de poursuite en 1956.

Durant seize ans au plus haut niveau, il est l'adversaire des plus grands champions, de Fausto Coppi à Eddy Merckx en passant par Louison Bobet, Raymond Poulidor ou Felice Gimondi. Malgré l'hostilité d'une partie du public français lassé de sa domination, ses supporters sont très nombreux. Il se fait entendre notamment lors des rencontres avec Poulidor : la tension est telle qu'il en sort une véritable doctrine : l'Anquetilisme par opposition au Poulidorisme (plus humble, plus proche du peuple). Outre le duel du Puy de Dôme lors du Tour de France 1964, le sommet de leur rivalité est atteint lors du Paris-Nice de 1966 dans la dernière étape : Poulidor, maillot blanc de leader, est littéralement harcelé par les lieutenants d'Anquetil dans l'arrière-pays niçois. Jean-Claude Wuillemin « poussant » même Barry Hoban, coéquipier du Limousin, dans le fossé. « Maître Jacques » finalement gagne la course, après avoir lâché Poulidor dans la dernière côte. Il faudra attendre la fin de carrière d'Anquetil, pour que les deux hommes se réconcilient, et deviennent par la suite amis[126].

Parmi ses plus grands succès, on peut citer cinq Tours de France : en 1957 pour sa première participation à vingt-trois ans, puis de 1961 à 1964 sans discontinuer. Il gagne au total seize étapes, porte le maillot jaune cinquante et un jours et obtient aussi une troisième place en 1959 derrière Federico Bahamontes et devant Roger Rivière. Il fait ses adieux au Tour en 1966 sur un abandon, lors de la dix-neuvième étape entre Chamonix et Saint-Étienne. Par ailleurs, il triomphe dans les deux autres Grands Tours : en 1960 et 1964 sur le Giro, et en 1963 sur la Vuelta. Il gagne aussi neuf Grands Prix des Nations, un record qui ne sera plus jamais battu du fait de l'annulation de la course en 2005, cinq Paris-Nice (1957, 1961, 1963, 1965 et 1966), quatre Critérium national (1961, 63, 65, 67), deux Dauphiné Libéré (1963-1965), Gand-Wevelgem, sa première classique belge en 1964, Bordeaux-Paris en 1965, réussissant ainsi le doublé quelques heures après sa victoire dans le Dauphiné, Liège-Bastogne-Liège en solitaire en 1966 (cinq minutes d'avance) et le Tour de Catalogne en 1968. Néanmoins, il ne parvient pas à conquérir le titre de champion du monde sur route, battu au sprint par Rudi Altig en 1966 sur la piste du Nürburgring en Allemagne. Le titre de champion de France professionnel manque également à son palmarès.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Sa fille, Sophie Anquetil, a publié en 2004 un ouvrage, Pour l'amour de Jacques, dans lequel elle raconte sa propre histoire et celle de sa famille[127]. Le 2 décembre 1958, Jacques Anquetil épouse Janine, dite « Nanou », la femme de son médecin personnel, et mère de deux enfants, Annie et Alain. Janine ne pouvant plus avoir d'enfant, lui sans enfant naturel mais désirant être père, Jacques aura une fille, Sophie, née en 1971, avec sa belle-fille Annie. En 1986, il a un deuxième enfant, Christopher, dont la mère Dominique est l'ex-femme de son beau-fils Alain.

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès junior et amateur[modifier | modifier le code]

Palmarès professionnel[modifier | modifier le code]

Résultats sur les grands tours[modifier | modifier le code]

Le mémorial à Jacques Anquetil au carrefour des RD 36 et RD 938 à Châteaufort (Yvelines), en haut de la côte de la Trinité

Tour de France[modifier | modifier le code]

  • 1957 : Jersey yellow.svg Classement final ; vainqueur de 4 étapes ; 16 jours avec le maillot jaune
  • 1958 : abandon (23e étape, non-partant)
  • 1959 : 3e
  • 1961 : Jersey yellow.svg Classement final ; vainqueur de 2 étapes ; 21 jours en jaune
  • 1962 : Jersey yellow.svg Classement final ; vainqueur de 2 étapes ; 3 jours en jaune
  • 1963 : Jersey yellow.svg Classement final ; vainqueur de 4 étapes ; 5 jours en jaune
  • 1964 : Jersey yellow.svg Classement final ; vainqueur de 4 étapes ; 5 jours en jaune
  • 1966 : abandon (19e étape)

Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

  • 1959 : 2e ; vainqueur de 2 étapes ; 7 jours avec le maillot rose
  • 1960 : Leader du classement général Classement final ; vainqueur de 2 étapes ; 11 jours en rose
  • 1961 : 2e ; vainqueur d'une étape ; 4 jours en rose
  • 1964 : Leader du classement général Classement final ; vainqueur d'une étape ; 17 jours en rose
  • 1966 : 3e
  • 1967 : 3e

Tour d'Espagne[modifier | modifier le code]

  • 1962 : abandon (17e étape, non-partant)
  • 1963 : Jersey yellow.svg Classement final ; vainqueur d'une étape ; seize jours avec le maillot jaune.

Records du monde[modifier | modifier le code]

  • Record de l’heure
    • (46,159 km)
    • (47,493 km, non homologué pour refus de se présenter au contrôle anti-dopage)
  • Record des vingt kilomètres.
    • en 25 minutes 57 secondes et 40 centièmes

Distinctions[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« Il faut être un imbécile ou un faux-jeton pour s’imaginer qu’un cycliste professionnel qui court 235 jours par an peut tenir le coup sans stimulants. »

— L’Équipe, 1967

« Si l'on veut m'accuser de me doper, ce n'est pas difficile, il suffit de regarder mes fesses, ce sont de véritables écumoires. »

— Le Monde, 1967

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Vidéos et DVD[modifier | modifier le code]

  • Anquetil - Champion de légende, de Jean-Marc et Roger Dries, TF1 vidéo, 1996 (VHS)
  • Anquetil contre Poulidor, coll. Les grands duels du sport, éd. Arte vidéo, 2004
  • Jacques Anquetil, coll. Les légendes du cyclisme, éd. TF1 vidéo, 2005
  • Légendes du tour - Hinault - Anquetil - Bobet, éd. France Télévisions, 2006

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En brulant les etapes, Jacques Anquetil, Éditions Calmann-Lévy, sorti le 1er janvier 1966
  2. Le mot fraisiériste n'a aucun rapport avec le métier de fraiseur attribué fréquemment à Anquetil.
  3. Henri Quiqueré, biographie de Jacques Anquetil, dans le N°401 HS de novembre 1987 du Miroir du cyclisme
  4. Biographie d'Anquetil
  5. a et b Pierre Pélissier, La Légende de Jacques Anquetil
  6. Démarrage en trombe
  7. Palmarès complet de Jacques Anquetil sur Memoire-du-cyclisme.eu
  8. Vélo magazine, numéro souvenir Jacques Anquetil, 50 pages, novembre 1987, palmarès de 19 ans de carrière, p. 44-46.
  9. Jacques Anquetil, album souvenir, N° 401 HS de Miroir du cyclisme, 46 pages, novembre 1987, avec un encart spécial "palmarès".
  10. Jean 2015, p. 14.
  11. Jean 2015, p. 14-18.
  12. Jean 2015, p. 40.
  13. Jean 2015, p. 42-44.
  14. Jean 2015, p. 44-46.
  15. Jean 2015, p. 46-48.
  16. Jean 2015, p. 51-52.
  17. Jean 2015, p. 53.
  18. Jean 2015, p. 53-54.
  19. Jean 2015, p. 56-57.
  20. Jean 2015, p. 58-62.
  21. Jean 2015, p. 67-70.
  22. a et b Quénet 2010, p. 13.
  23. Jean 2015, p. 73-77.
  24. Quénet 2010, p. 26.
  25. Jean 2015, p. 78-80.
  26. Jean 2015, p. 80-81.
  27. Quénet 2010, p. 36.
  28. Jean 2015, p. 84.
  29. Quénet 2010, p. 48.
  30. Quénet 2010, p. 55.
  31. a, b et c Augendre 2014, p. 43.
  32. Jean 2015, p. 84-86.
  33. Jean 2015, p. 91.
  34. Jean 2015, p. 92-95.
  35. Perret 2010, p. 12.
  36. Jean 2015, p. 96.
  37. Perret 2010, p. 21.
  38. Perret 2010, p. 26.
  39. Perret 2010, p. 33.
  40. Perret 2010, p. 55.
  41. Perret 2010, p. 57.
  42. Jean 2015, p. 97-102.
  43. Jean 2015, p. 104-105.
  44. Jean 2015, p. 115-116.
  45. Jean 2015, p. 117-120.
  46. Jean 2015, p. 121-124.
  47. Jean 2015, p. 124.
  48. Jean 2015, p. 127-129.
  49. Jean 2015, p. 133-136.
  50. Jean 2015, p. 137-138.
  51. Jean 2015, p. 139-141.
  52. Jean 2015, p. 141-145.
  53. Jean 2015, p. 146-149.
  54. Jean 2015, p. 153-155.
  55. Jean 2015, p. 161.
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  57. Jean 2015, p. 165.
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  68. Jean-Louis Bey, « La saga des maillots ST RAPHAEL » (consulté le 18 juillet 2015)
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  86. Jean 2015, p. 229-232.
  87. Jean 2015, p. 232-234.
  88. Jean 2015, p. 241-244.
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  90. Jean 2015, p. 246-248.
  91. Jean 2015, p. 246.
  92. Jean 2015, p. 251-257.
  93. Jean 2015, p. 257-259.
  94. Jean 2015, p. 263-266.
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  96. Jean 2015, p. 269-270.
  97. Jean 2015, p. 270-272.
  98. Jean 2015, p. 272-274.
  99. Jean 2015, p. 274-277.
  100. Jean 2015, p. 278.
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  107. Augendre 2014, p. 40.
  108. a, b et c Augendre 2014, p. 41.
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  111. Jean 2015, p. 168.
  112. Jean 2015, p. 187-188.
  113. Quénet 2010, p. 6-9.
  114. Mignot, p. 82
  115. Viollet, p. 176
  116. Lagrue 2004, p. 138, 146
  117. Boeuf Léonard, p. 164-165
  118. Mignot 2014, p. 82
  119. Lagrue 2004, p. 139
  120. Lagrue 2004, p. 144
  121. Mignot 2014, p. 83
  122. « Anquetil a changé les règles du jeu du cyclisme », sur liberation.fr, Libération,‎ (consulté le 20 juillet 2015).
  123. Jean-Paul Dubois, « Paul Fournel - Jacques Anquetil : sur un tandem », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ (consulté le 20 juillet 2015).
  124. Jean-Pierre de Mondenard, Dictionnaire du dopage, Masson,‎ (ISBN 978-2294007149), p. 196.
  125. David Garcia, La face cachée de L'Équipe, Danger Public,‎ (ISBN 978-2351232026), p. 451.
  126. Ce rapport de force entre les deux hommes sera évoqué dans un sujet de l'émission Les Coulisses de l'exploit consacré à la carrière de Raymond Poulidor en 1969.
  127. La petite reine - Libération, 3 mai 2004
  128. Il remporte une des quatre éditions de l'année.
  129. Il remporte les deux éditions de l'année.
  130. Voir L'Équipe Mag du 23 juillet 2011.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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