Charles Pélissier

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Charles Pélissier
Charles Pélissier Tour de France 1929.JPG

Charles Pélissier lors du Tour de France 1929

Informations
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 56 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Équipes professionnelles
1922 Automoto - Wolber - Cycles Russell
1923 J.B. Louvet - Soly - Dunlop
1924-1925 Automoto
1926-1928 Dilecta - Wolber
1929 J.B. Louvet
1930 Alleluia - Wolber
1931-1935 Génial Lucifer - Hutchinson
1936 F. Pélissier - Mercier - Hutchinson
1937-1939 Dilecta - Wolber

Charles Pélissier, né le dans le 16e arrondissement de Paris et mort le [1], est un coureur cycliste français.

Charles était le benjamin des quatre frères Pélissier. Dit Valentino ou Le Bien-aimé, il lança la mode des gants blancs et des socquettes assorties.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Charles Pélissier naît le dans le 16e arrondissement de Paris. Il est le dernier d'une famille de cinq enfants[Note 1]. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari[2]. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de 13 ans, où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au no 10 de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance »[3]. La naissance de Charles apporte à sa mère, alors âgée de 42 ans, un surcroît de travail et le jeune enfant est mis en nourrice au sein de la famille Puechjean, à Meymac en Corrèze, jusqu'à l'âge de 4 ans[4]. Pendant son enfance, il retourne chaque été passer ses vacances chez ses parents nourriciers[5].

Charles Pélissier fréquente l'école maternelle de la rue Boissière, puis l'école communale de la rue Decamps[4] avant d'être envoyé en pension à Saint-Nicolas-de-Buzenval en à cause de résultats scolaires décevants. C'est là qu'il obtient son certificat d'études primaires en 1916. Dans cette pension, Charles est un élève apprécié en raison de la popularité de son frère Henri qui remporte les premiers succès de sa carrière professionnelle. À la fin de l'année 1913, ce dernier, qui vient de remporter le Tour de Lombardie, lui offre en cadeau son premier vélo, de marque Thomann. Dès lors, Charles Pélissier occupe l'essentiel de son temps libre à s'entraîner sur son vélo[5].

Apprenti mécanicien et cycliste amateur[modifier | modifier le code]

Charles souhaite suivre la voie de ses frères Henri et Francis et devenir à son tour cycliste professionnel mais son père, qui a transformé sa laiterie en garage en 1912, souhaite qu'il prenne sa succession en tant que mécanicien. À sa sortie de la pension, il le place en apprentissage au garage Dupont de la rue Duret, à Paris, un établissement que Charles quitte de sa propre initiative pour rejoindre le garage Bondis, avenue de la Grande-Armée, où son salaire est sensiblement augmenté. En 1917, pendant ses vacances en Auvergne, il participe à quelques courses cyclistes de village et remporte ses premiers prix. Il repeint son vélo Thomann aux couleurs d'un constructeur d'Aurillac, Counor, qui le prend en charge et le conduit dans les différentes épreuves où il est engagé. En 1918, Charles Pélissier remporte notamment le championnat de fond du Cantal, une épreuve disputée sur 100 kilomètres derrière entraîneurs. Il est cependant déclassé car son frère Francis figure parmi ses entraîneurs, alors que le règlement interdit la présence de cyclistes professionnels. À Paris, avec certains de ses amis cyclistes, dont Gabriel Marcillac et Avanti Martinetti, il fonde une société, le Vélo Club de Passy, dont l'existence n'est que de courte durée, en proie à des difficultés financières[6].

Charles Pélissier signe une licence de coureur amateur au Club Sportif de la Seine en 1920. Parallèlement, il est engagé comme mécanicien à la Compagnie Générale des Taxis à Levallois[6]. L'année suivante, il entre aux PTT et devient releveur de boîtes postales. Il effectue des tournées à vélo dans le 16e arrondissement mais il est rapidement renvoyé par la compagnie. Au début de l'année 1922, il entre au service du Bulletin des Halles, un journal parisien, en même temps qu'il signe une licence au Club Athlétique des Sports Généraux (CASG)[7]. Ses performances d'amateur sont plutôt modestes : il compte une victoire dans Versailles-Rambouillet[7] et participe au succès de son frère Francis dans Bordeaux-Paris en assumant pour lui le rôle d'entraîneur[8], puis se distingue également dans le Grand Prix de Clôture dans lequel il est en tête de la course, avant de chuter et d'abandonner. Pour autant, il est contacté par René Maisonnas, directeur sportif de l'équipe J.B. Louvet, au sein de laquelle courent ses deux frères Henri et Francis, qui lui propose un contrat professionnel pour la saison 1923[7].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Débuts difficiles et premiers succès (1923-1925)[modifier | modifier le code]

Les trois frères Pélissier sont ainsi réunis sous le même maillot et Charles effectue ses débuts dans Paris-Roubaix le , à seulement 20 ans, en s'y classant dans le groupe de tête[7]. En cours de saison, les frères Pélissier rejoignent la formation Automoto à la suite d'un conflit entre Francis, Henri et leur ancien directeur sportif[9]. Après un abandon sur Paris-Bruxelles, Charles Pélissier obtient son meilleur résultat de la saison sur la Polymultipliée en prenant la troisième place derrière Charles Lacquehay et Jean Brunier. Il enregistre ensuite une série d'abandons, comme sur le Circuit de Paris et s'attire les critiques de nombreux journalistes en raison de sa liaison avec une prostituée, ce qui le détourne selon eux de son métier de cycliste. Dans les colonnes de L'Auto, Charles Ravaud déclare : « Ça n'est plus un coureur cycliste, c'est un fer à repasser. »[10].

Il effectue ensuite son service militaire en tant que mécanicien d'aviation au camp d'Avord. Un poste de cycliste est créé spécialement pour lui et il dispose de quelques facilités pour s'entraîner. Il participe pourtant au Grand Prix de la Dépêche du Berry sans en avoir la permission. Deuxième de la course derrière Marcel Gobillot, il est sanctionné à son retour à la caserne. Au bout de six mois, il est affecté à l'École militaire de Paris et nommé caporal cycliste après l'intervention de Marcel Delarbre. Libéré de ses obligations militaires à la fin du mois d'octobre 1924, il est envoyé en Auvergne par ses frères pour se refaire une santé, sous la surveillance de leur soigneur personnel, Henri Manchon[11].

Au mois de , alors qu'il se trouve dans les Pyrénées pour reconnaître le parcours du Critérium du Midi en compagnie de plusieurs de ses coéquipiers, il se rend au sommet du col du Tourmalet pour assister au passage des coureurs du Tour de France, parmi lesquels son frère Francis Pélissier[12]. Alors que ce dernier est manifestement en difficulté quand il se présente devant lui, Charles Pélissier s'en prend aux officiels de la course et aux journalistes présents dans les voitures suiveuses, qu'il couvre d'insultes. Il provoque un nouveau scandale le soir même, pendant le repas que les coureurs prennent dans un hôtel de Luchon, en se rangeant aux côtés du leader de l'équipe Automoto, Ottavio Bottecchia, qui souhaite consommer une bouteille de champagne malgré la vive opposition de son directeur sportif Pierre Pierrard[13]. Ces évènements, qui s'ajoutent à l'abandon de Francis Pélissier le lendemain, attirent les sarcasmes du directeur de la course, Henri Desgrange, envers Charles, de même que son journaliste Henri Decoin qui déclare dans les colonnes de L'Auto : « Si je connais Charles Pélissier, c'est grâce à ses frères Henri et Francis qui, eux, ont réalisé d'admirables performances. Et si je sais que Charles Pélissier est coureur cycliste, c'est simplement parce qu'il se promène déguisé en coureur. J'ai beau cherché dans le dictionnaire sportif, je ne trouve pas un Pélissier prénommé Charles. Henri et Francis sont des paons. Ils ont de belles plumes et Charles Pélissier leur en chipe de temps en temps, se les colle dans le dos et se balade sur les routes sportives en faisant le geai.[14] »

Charles Pélissier s'applique alors à faire taire les critiques à son encontre et se donne l'objectif de gagner une course avant la fin de la saison. Ainsi dans le Critérium du Midi, il se montre à son avantage en terminant au cinquième rang du classement général, tout en ayant pris la deuxième place de la dernière étape derrière le Belge Julien Delbecque. Son premier succès professionnel intervient le , sur le Circuit de l'Allier. Il parvient à s'extraire du peloton dans les dix derniers kilomètres de la course et conserve finalement 5 secondes d'avance sur Joseph Normand, ainsi qu'une quinzaine de secondes sur le peloton[15]. La semaine suivante, Charles Pélissier remporte le Critérium cycliste du Cantal, puis s'impose le dans Paris-Arras. Dans cette course, il s'échappe dès les premiers kilomètres en compagnie d'Émile Mulon. Alors que ce dernier crève, Pélissier est rejoint par le Belge Vandenberghe dans la traversée de Breteuil. Il parvient à le devancer en plaçant une attaque dans les derniers kilomètres et franchit la ligne d'arrivée en tête, tandis que Vandenberghe est finalement déclassé pour avoir commis une erreur de parcours avant de rejoindre Pélissier[16].

L'affirmation (1926-1927)[modifier | modifier le code]

L'année suivante, les trois frères Pélissier s'engagent avec l'équipe Dilecta, qui leur propose un contrat de trois ans[17]. Suivant les conseils de Francis, Charles s'essaye au cyclo-cross, avec succès : il remporte d'abord le championnat de la Seine de la discipline, puis le championnat de France, à chaque fois devant Roger Lacolle. Après son abandon dans Paris-Roubaix, il se met au service de Francis en tant qu'entraîneur dans Bordeaux-Paris puis remporte une victoire éclatante devant ce dernier dans le Circuit du Centre, en franchissant la ligne d'arrivée avec près de 20 minutes d'avance. Cette épreuve revêt une importance particulière pour la firme Dilecta car elle se dispute sur ses terres, au cœur du Berry, sur le parcours de Chateauroux au Blanc et retour[18].

Charles Pélissier se montre en forme dès le début de la saison 1927 : il devance Paul Broccardo dans la course de côte du mont Faron puis remporte un second titre de champion de France de cyclo-cross. Il signe ensuite son meilleur résultat jusqu'alors dans une classique sur Paris-Roubaix. Un temps échappé avec le Belge Georges Ronsse, il se présente au sein du groupe de seize coureurs qui se dispute la victoire au sprint à l'arrivée à Roubaix et se classe finalement troisième derrière Ronsse et Joseph Curtel. Charles et son frère Henri honorent ensuite une série de contrats sur piste en Italie dans lesquels ils affrontent les coureurs les plus populaires de ce pays, Costante Girardengo et Ottavio Bottecchia[19]. Au mois d'août, il prend la deuxième place du championnat de France derrière Ferdinand Le Drogo, une épreuve disputée sous la forme d'un contre-la-montre de 100 kilomètres. Charles Pélissier, qui réalise alors sa meilleure saison, s'affirme peu à peu comme l'un des meilleurs routiers français[20].

Palmarès[modifier | modifier le code]

Résultats sur le Tour de France[modifier | modifier le code]

Charles Pélissier fait partie des coureurs ayant remporté huit étapes au cours d'un même Tour de France, ainsi qu'un minimum de 2 victoires consécutives sur la dernière étape d'un Tour de France.

  • 1929 : 28e, vainqueur de la 16e étape
  • 1930 : 9e, vainqueur des 1re, 3e, 10e, 11e, 18e, 19e, 20e et 21e étapes, maillot jaune pendant une journée
  • 1931 : 14e, vainqueur des 5e, 8e, 13e, 16e et 24e étapes, maillot jaune pendant deux jours
  • 1933 : abandon (3e étape)
  • 1934 : abandon (6e étape)
  • 1935 : 13e, vainqueur des 2e et 12e étapes

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Charles Pélissier possède une sœur aînée, Augustine, née le et trois frères aînés, Henri, né le , Jean, né le et Francis, né le , tous nés dans le 18e arrondissement de Paris. Voir Bastide et Leducq 1981, p. 7.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Il repose au cimetière de Montrouge.
  2. Bastide et Leducq 1981, p. 23.
  3. Bastide et Leducq 1981, p. 10-11.
  4. a et b Bastide et Leducq 1981, p. 22.
  5. a et b Bastide et Leducq 1981, p. 67-70.
  6. a et b Bastide et Leducq 1981, p. 100-103.
  7. a, b, c et d Bastide et Leducq 1981, p. 133-136.
  8. Bastide et Leducq 1981, p. 130-132.
  9. Bastide et Leducq 1981, p. 137-139.
  10. Bastide et Leducq 1981, p. 159-162.
  11. Bastide et Leducq 1981, p. 176-179.
  12. Bastide et Leducq 1981, p. 183-184.
  13. Bastide et Leducq 1981, p. 189-190.
  14. Bastide et Leducq 1981, p. 185.
  15. Bastide et Leducq 1981, p. 192-193.
  16. Bastide et Leducq 1981, p. 194-196.
  17. Bastide et Leducq 1981, p. 199.
  18. Bastide et Leducq 1981, p. 204-206.
  19. Bastide et Leducq 1981, p. 207-209.
  20. « Le Drogo est champion de France sur route », Le Petit Parisien,‎ , p. 4 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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