Hugo Koblet

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Hugo Koblet
Hugo Koblet 1956.jpg

Hugo Koblet en 1956

Informations
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 39 ans)
EggVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Distinction
Équipes professionnelles
1946-1947 Amberg
1946 Mercier-R.Lapebie
1947 Fuchs
1948 Tebag
1949-1958 Cilo
1950-1954 Faema-Guerra
1951-1955 La Perle-Hutchinson
1958 Ghigi-Coppi
Principales victoires

9 championnats
MaillotSuiza.PNG Champion de Suisse de poursuite 1947, 1948, 1949, 1950, 1951, 1952, 1953 et 1954
MaillotSuiza.PNG Champion de Suisse sur route 1955
2 grands tours
Leader du classement général Tour de France 1951
Leader du classement général Tour d'Italie 1950
1 classement annexe sur un grand tour
Mountains.svg Grand Prix de la montagne du Tour d'Italie 1950
7 étapes dans les grands tours
Tour de France (5 étapes)
Tour d'Italie (2 étapes)
4 courses par étapes
Tour de Suisse 1950, 1953 et 1955
Tour de Romandie 1953
2 classiques

Championnat de Zurich 1952 et 1954

Hugo Koblet, né le à Zurich et mort accidentellement le à Esslingen, commune de Egg, près de Zurich, est considéré comme l’un des meilleurs coureurs cyclistes suisses. Il fut professionnel de 1946 à 1958.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Hugo Koblet naît le dans l'appartement situé à l'étage de la boulangerie que tiennent ses parents Adolf et Héléna Koblet à Zurich. Alors que son père souhaite qu'il vienne travailler avec lui en vue de reprendre la boulangerie familiale, Hugo Koblet refuse et choisit de travailler à l'usine, à l'âge de 16 ans. Il est ouvrier au sein de l'entreprise Belmag, un fabricant de lampadaires. Passionné de vélo, il se déplace régulièrement à bicyclette mais ses parents s'opposent à ce qu'il pratique le cyclisme. Il est repéré par Léo Amberg, troisième du Tour de France 1937 et qui tient un magasin de cycles à Zurich. Le , il participe à une course contre-la-montre à Dietikon. Malgré un vélo inadapté, il remporte la victoire. Dès lors, ses parents ne s'opposent plus à sa volonté de se consacrer au cyclisme[1]. Sur les conseils de Léo Amberg, qui pense qu'il a besoin de s'endurcir et de travailler sa souplesse, Hugo Koblet se consacre en premier lieu à la piste. Il signe une licence au Radfahrer Verein Zurich et s'entraîne sur le vélodrome d'Oerlikon[2].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Il commença sa carrière professionnelle comme pistard en 1946. Entre 1947 et 1954, il remporta tous les championnats de Suisse en poursuite. Dans cette discipline, il fut troisième au championnat du monde en 1947 et deux fois deuxième en 1951 et 1954. Après qu’il eut gagné en 1950 le championnat suisse sur route, toute l’Europe connut son nom quand il fut le premier non-Italien à s’adjuger le Tour d'Italie. Peu après il gagnait le Tour de Suisse.

En 1951, il battit le coureur cycliste italien Fausto Coppi dans le Grand Prix des Nations, qu’on regardait alors comme le championnat du monde officieux du contre la montre. Mais le plus grand succès de sa carrière fut sa victoire dans le Tour de France en 1951, où il remporta en outre cinq étapes.

S’il ne put renouveler sa victoire dans le Tour de France, ses succès ne s’arrêtèrent pas pour autant. C’est ainsi qu’il fut deux fois deuxième du Giro (1953 et 1954), et deux fois de plus gagna le Tour de Suisse (1953 et 1955), deux fois le Trophée de Zurich (1952 et 1954) et une fois le Tour de Romandie (1953). Malheureusement, après sa victoire au championnat de Suisse sur route en 1955, son niveau baissa nettement : il ne pouvait plus gagner que des épreuves de second ordre et il se retira en 1958.

En raison de son allure et de son élégance, on le surnommait « le Pédaleur de charme ». Après les plus grands efforts sa fatigue ne l’empêchait pas de soigner sa présentation, sur ce point il était tout l’opposé de son rival Ferdi Kübler. Souvent, il se donnait un coup de peigne peu avant le poteau d’arrivée pour pouvoir donner de lui une image plus avantageuse sur la photo.

Six ans après avoir décroché, Koblet mourut à l’âge de 39 ans dans un accident de voiture ; l’hypothèse d’un suicide n’est pas exclue. Des témoins oculaires, notamment l'agriculteur Emile Isler qui travaillait à ce moment-là dans le champ voisin, assurent qu’il roulait à vive allure dans son Alfa Romeo blanche sur la route entre Zurich et Esslingen. Les conditions météorologiques et la circulation étaient parfaites. Mais le véhicule se dirigea droit contre un poirier sans que Koblet eût essayé d’éviter le choc.

Victoire sur le Tour de France (1951)[modifier | modifier le code]

Sa consécration eut lieu dans le Tour de France 1951, où il triompha avec panache. Dans cette épreuve il affrontait Fausto Coppi, mais le moral du « Campionissimo » avait subi un coup terrible avec la mort de son frère Serse quelques jours auparavant, à la suite d'une chute dans le Tour du Piémont, et c’est à contrecœur qu’il avait participé à la course[3]. Koblet s’assura la victoire dans l'étape Brive-Agen avec une échappée solitaire de 135 km dans laquelle il réussit à laisser à 3' 35’’ un groupe de poursuivants qui, outre Coppi comprenait d'autres grands champions comme Bartali, Magni, Bobet, Geminiani et Derycke. Les journalistes parisiens lui donnèrent alors le surnom de « Pédaleur de Charme ».

Toujours dans ce Tour de 1951 on ne doit pas oublier un épisode qu’a raconté Pierre Chany, journaliste qui suivit pendant tant d'années le Tour pour le journal L'Équipe. Sur la fin du tour et ayant déjà partie gagnée, Koblet souffrit un jour de la chaleur et, n’ayant plus d’eau, en demanda un peu à Gino Bartali ; le champion toscan, cependant, saisit sa gourde, but une longue rasade et, sans dire un mot, jeta le reste sur la route[4]. Koblet ne se démonta pas et quelques jours plus tard, pendant une étape contre la montre de près de 100 km d’Aix-les-Bains à Genève, il rejoignit Bartali parti quelques minutes avant lui et, comme il était sur le point de le dépasser, il se rendit compte que l’Italien n’avait plus de gourdes avec lui, il en prit une encore presque pleine et sans même le regarder il la mit dans le porte-gourdes de son rival avant de s’envoler irrésistiblement vers la victoire[5].

Décès tragique[modifier | modifier le code]

Le , Hugo Koblet perd la vie alors qu'il circule au volant de son Alfa Romeo sur une route surplombant le lac de Zurich. Sa voiture s'encastre dans un arbre, sans qu'aucune trace de freinage ne soit relevé sur la chaussée[6]. Dès lors, ce détail laisse planer le doute sur les circonstances de la mort du champion, offrant l'hypothèse d'une mort accidentelle, comme le conclut l'enquête[7], ou celle d'un acte de suicide[6].

Postérité[modifier | modifier le code]

En 1951, sa victoire dans le Tour de France lui vaut d'être nommé sportif suisse de l'année[8]. En 2010, le cinéaste suisse Daniel von Aarburg réalise un documentaire sur la vie du coureur, intitulé Hugo Koblet - Pédaleur de charme. Le comédien Manuel Löwensberg (de) interprète le rôle du champion[9],[10].

Style et personnalité[modifier | modifier le code]

Jacques Augendre, journaliste spécialiste du Tour de France, considère Hugo Koblet comme « le plus beau vainqueur du Tour de France si l'on tient pour prépondérant le triple critère du style, de l'efficacité et du panache. » Il ajoute qu'il était « un seigneur, un champion chevaleresque et magnanime qui respectait l'adversaire », ainsi qu'un « un homme subtil d'une extrême générosité ». Il doit son surnom de « pédaleur de charme » au chansonnier Jacques Grello[11]. Les chercheurs Jean-François Loudcher et Monica Aceti, qui consacrent un article au champion suisse et à son rival Ferdi Kübler, affirment que Koblet est « le James Dean du cyclisme helvétique »[12].

Hugo Koblet suscite l'admiration de ses contemporains et de nombreux spécialistes du cyclisme soulignent la classe du champion. Pierre Chany dresse un portrait élogieux du coureur car selon lui Koblet savait allier « l'efficacité du superchampion à la fulgurante beauté du geste », affirmant également que « l'élégance corporelle lui collant à la peau, de même que l'élégance morale habitait son esprit, [...] il savait traduire le sport en terme d'art »[13]. Le coureur et écrivain Jean Bobet qui l'a côtoyé au sein du peloton professionnel se montre tout aussi flatteur : « le fait est qu'on n'a jamais rien vu de si beau se propulser à bicyclette ». Il précise également que, selon lui, l'avènement d'Hugo Koblet marque un tournant dans l'histoire du cyclisme en termes d'image des coureurs, dorénavant plus soucieux de leur apparence physique, concluant ainsi avec le sens de la formule : « en cyclisme vraiment, le peigne de Koblet me paraît revêtir autant d'importance que le nez de Cléopâtre dans l'histoire ancienne »[14]. Hugo Koblet, qui porte des gants, porte son chronomètre au poignet et met ses lunettes de soleil sur son avant-bras, à la manière des skieurs de l'époque, invente un nouveau look dans le monde du cyclisme[15].

Rivalité Koblet/Kübler[modifier | modifier le code]

Le début des années 1950 apparaît comme l'âge d'or du cyclisme helvétique avec la victoire de Ferdi Kübler sur le Tour 1950 puis celle d'Hugo Koblet l'année suivante, mais ces succès soulèvent chez les journalistes et les spécialistes du cyclisme une véritable opposition manichéenne entre les deux personnages. Koblet et Kübler sont présentés comme « les figures antagonistes du bon et du mauvais »[16]. Ainsi, le journaliste Maurice Vidal décrit Kübler comme « un diable […] aussi noiraud, violent, désordonné, diabolique […], que l'autre était blond, doux et harmonieux »[17]. Un journaliste de l'hebdomadaire suisse La Semaine sportive écrit en 1964 : « Kübler avait remporté le Tour de France à la façon d'un aigle. Koblet, une année après, le gagna avec la légèreté d'une colombe. C'est bien pour cela qu'on le nomma le pédaleur de charme.[16] ». Reconnaissant le talent de Ferdi Kübler, Martin Lang, biographe de Koblet, considère que ce dernier représentait « la classe à l'état pur »[18]. Kübler apparaît comme un coureur perfectionniste, un travailleur acharné qui passe des heures à l'entraînement tandis que Koblet semble capable d'atteindre ses meilleurs performances avec un minimum d'entraînement, ce qui fait dire à Jean-François Loudcher et Monica Aceti : « Fidèle à la fable de la Fontaine, Hugo Koblet est la cigale généreuse et dispendieuse tandis que Ferdi représente l'ambitieuse et laborieuse fourmi[13]. »

L'opposition entre les deux champions suisses est aussi marquée entre leurs supporters. Soignant son apparence, Koblet représente une culture moderne, en avance sur son temps, tandis que Kübler incarne des valeurs plus traditionnelles et conservatrices, celles d'une culture plus populaire, axée sur le travail et la volonté[15]. Hugo Koblet cultive son image de jeune premier, de fils de bonne famille misant avant tout sur son talent pour réussir[19] tandis que Kübler affiche l'image d'un coureur méritant qui incarne le dépassement personnel, la persévérance et l'opiniâtreté[20]. Cette représentation est approuvée par le journaliste Hanspeter Born, qui consacre une biographie à Ferdi Kübler[21].

« Ferdi était un enfant du peuple, il reflétait les vertus et les faiblesses des Suisses. En lui, chacun pouvait se reconnaître. […] D'une certaine manière Hugo était « unschweizerisch » par son mépris de grand seigneur des représentations morales courantes, par son insouciance heureuse, par ses manières mondaines, avec son esprit généreux et ouvert. Koblet semblait être toujours au-dessus des choses dans la chance ou le malheur et cela plaisait en particulier à une jeunesse urbaine, marquée depuis la guerre, qui se sentait lentement à l'étroit dans une Suisse rigide. […] Koblet était quelque chose qui en Suisse était toujours très suspect. Un hédoniste, un jouisseur. »

Palmarès et distinctions[modifier | modifier le code]

Palmarès sur route[modifier | modifier le code]

Résultats sur les grands tours[modifier | modifier le code]

Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

6 participations

  • 1950 : Leader du classement général Vainqueur du classement général, Mountains.svg du classement de la montagne et des 6e et 8e étapes, Jersey pink.svg maillot rose pendant 11 jours
  • 1951 : 6e, vainqueur de la 19e étape
  • 1952 : 8e
  • 1953 : 2e, Jersey pink.svg maillot rose pendant 12 jours
  • 1954 : 2e, vainqueur des 15e (contre-la-montre) et 21e étapes
  • 1955 : 10e, vainqueur de la 21e étape

Tour de France[modifier | modifier le code]

3 participations

  • 1951 : Leader du classement général Vainqueur du classement général, des 7e (contre-la-montre), 11e, 14e, 16e et 22e (contre-la-montre) étapes, Jersey yellow.svg maillot jaune pendant 11 jours
  • 1953 : abandon (10e étape), vainqueur de la 4ea étape (contre-la-montre par équipes)
  • 1954 : abandon (13e étape)

Tour d'Espagne[modifier | modifier le code]

1 participation

  • 1956 : abandon (11e étape), vainqueur de la 9e étape

Palmarès sur piste[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Laborde, « Hugo Koblet, le coup d'éclat permanent », sur surlering.com, Ring,‎ .
  2. Jacques Augendre, Le tour de France des champions cyclistes, Archipel, (ISBN 9782809812084).
  3. Beppe Conti, Ciclismo - Storie segrete, Milan, Gruppo Editoriale Armenia, 2003, pag. 24. (ISBN 88-8113-226-5)
  4. Beppe Conti, Ciclismo - Storie segrete, Milano, Gruppo Editoriale Armenia, 2003, pagg. 23-24. (ISBN 88-8113-226-5)
  5. Beppe Conti, Ciclismo - Storie segrete, Milano, Gruppo Editoriale Armenia, 2003, pagg. 23-24. (ISBN 88-8113-226-5)
  6. a et b Stéphane Mandard, « Maillot noir (2/10) : La croix blanche du Pédaleur de charme », sur lemonde.fr, Le Monde,‎ .
  7. Pierre Lagrue, « Koblet Hugo (1925-1964) », Encyclopædia Universalis (consulté le 22 octobre 2016) (inscription nécessaire).
  8. « Koblet, Hugo », sur hls-dhs-dss.ch, Dictionnaire historique de la Suisse,‎ .
  9. Ghania Adamo, « Hugo Koblet, coureur de charme sur grand écran », sur swissinfo.ch, Swissinfo,‎ .
  10. (en) « Hugo Koblet - Pédaleur de charme », sur Internet Movie Database (consulté le 22 octobre 2016).
  11. Jacques Augendre, Petites histoires secrètes du Tour..., Solar, (ISBN 978-2-263-06987-1), p. 223-224.
  12. Loudcher et Aceti 2009, Introduction.
  13. a et b Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 7.
  14. Jean Bobet, Louison Bobet : Une vélobiographie, La Table Ronde, coll. « La Petite Vermillon », (réimpr. 2016) (1re éd. 1958 (Gallimard)) (ISBN 978-2710325819), p. 129-131.
  15. a et b Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 13.
  16. a et b Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 5.
  17. Maurice Vidal, « Le diable noir et le dieu blond », dans Serge Lang, Il était une fois les deux K, Bâle, Biorama, .
  18. Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 6.
  19. Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 25.
  20. Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 18.
  21. (de) Hanspeter Born, Das waren noch Zeiten ! : Ferdi Kübler und die goldenen Jahre des Schweizer Radsports, Zurich, Weltwoche / Sport, , p. 220.
  22. Hoyos primero en 'El Colombiano'. Se retiraron Fausto Koppi, Koblet, Milano y Casolla. El Tiempo, lundi 26 janvier 1958, p. 13.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Loudcher et Monica Aceti, « Le mythe Koblet/Kübler (1945-1964) : entre le local et le global, une expression de la neutralité et de la modernité dans le cyclisme suisse », Sciences sociales et sport, no 2,‎ , p. 55-91 (lire en ligne).
  • Jean-Paul Ollivier, Hugo Koblet, le pédaleur de charme, Glénat, coll. « La véridique histoire », , 252 p. (ISBN 978-2723416405).
  • (de) Daniel Sprecher, Hugo Koblet : Ikarus auf Rädern, AS Verlag, , 448 p. (ISBN 978-3-906055-04-6).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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