Hugo Koblet

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Hugo Koblet
Hugo Koblet c1952-1954.jpg

Hugo Koblet avec un maillot de l'équipe Guerra

Informations
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 39 ans)
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Nationalité
Distinction
Équipes professionnelles
1946-1947 Amberg
1946 Mercier-R.Lapebie
1947 Fuchs
1948 Tebag
1949-1958 Cilo
1950-1954 Faema-Guerra
1951-1955 La Perle-Hutchinson
1958 Ghigi-Coppi
Principales victoires
9 championnats
MaillotSuiza.PNG Champion de Suisse de poursuite 1947, 1948, 1949, 1950, 1951, 1952, 1953 et 1954
MaillotSuiza.PNG Champion de Suisse sur route 1955
2 grands tours
Leader du classement général Tour de France 1951
Leader du classement général Tour d'Italie 1950
1 classement annexe sur un grand tour
Mountains.svg Grand Prix de la montagne du Tour d'Italie 1950
7 étapes dans les grands tours
Tour de France (5 étapes)
Tour d'Italie (2 étapes)
4 courses par étapes
Tour de Suisse 1950, 1953 et 1955
Tour de Romandie 1953
2 classiques
Championnat de Zurich 1952 et 1954

Hugo Koblet, né le à Zurich et mort le à Uster, est un cycliste suisse. Premier non-Italien vainqueur du Tour d'Italie en 1950, il a également remporté le Tour de France 1951. Professionnel de 1946 à 1958, il compte à son palmarès trois succès dans le Tour de Suisse en 1950, 1953 et 1955, ainsi que le Tour de Romandie 1953. Champion de Suisse en 1955, Hugo Koblet est également un excellent coureur sur piste. Médaillé de bronze du championnat du monde de poursuite en 1947 puis d'argent en 1951 et 1954, il obtient huit titres consécutifs de champion de Suisse de la discipline entre 1947 et 1954. Il gagne également plusieurs courses de six jours, notamment à Chicago et New York avec Walter Diggelmann, ainsi qu'à Hanovre, Francfort, Dortmund et Bruxelles avec Armin von Büren. Associé à ce dernier, il forme un duo redoutable dans les courses à l'américaine.

Surnommé le « Pédaleur de charme » en raison de son élégance sur le vélo et du soin particulier qu'il apporte à son physique, il est reconnu comme un coureur sympathique et généreux.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Hugo Koblet naît le dans l'appartement situé à l'étage de la boulangerie que tiennent ses parents au no 2 de la Hildastrasse à Zurich. Alors que son père, Adolf Koblet, est affaibli par une longue maladie, c'est sa mère Héléna Gross, originaire du canton des Grisons, qui travaille avec acharnement pour assurer la bonne marche du commerce familial. Hugo Koblet a un frère, prénommé Adolf comme son père et de cinq ans son aîné[1],[2]. Chétif, faible, Hugo présente dans sa jeunesse une silhouette d'une extrême maigreur. Il est envoyé à l'âge de 8 ans dans la famille de sa mère à Pontresina, près de Saint-Moritz. Il y séjourne plusieurs années et pratique de nombreux sports comme le ski ou le hockey sur glace dans l'équipe de son école primaire[1].

Alors que ses parents souhaitent le mettre au service de la boulangerie familiale, Hugo Koblet refuse et choisit de travailler à l'usine. À l'âge de 16 ans, il entre en apprentissage au sein de l'entreprise Belmag, un fabricant de lampadaires et d'objets en acier ou en étain. Il en sort trois plus tard après avoir obtenu un diplôme d'orfèvrerie[3]. Passionné de vélo, il se déplace régulièrement à bicyclette mais ses parents s'opposent à ce qu'il pratique le cyclisme. Dans le même temps, il se passionne pour le vélo et fréquente le magasin de cycles tenu à Zurich par le champion suisse Léo Amberg, troisième du Tour de France 1937, avec qui il effectue des sorties à bicyclettes malgré l'opposition de ses parents à sa pratique du cyclisme. Le , il participe à une course contre-la-montre à Dietikon. Malgré un vélo inadapté, il remporte la victoire. Dès lors, ses parents ne s'opposent plus à sa volonté de se consacrer au cyclisme et Koblet signe sa première licence au Radfahrer Verein Zurich[3],[2]. En 1944, sur un vrai vélo de course prêté par son ami Giusti Grabs, il remporte le Tour des Quatre-Cantons dans la catégorie juniors, après une échappée en solitaire[3].

Hugo Koblet démontre son talent dès ses premières courses chez les amateurs et lors des entraînements du Radfahrer Verein Zurich, où il est épaule par Gottfried Weilenmann, l'un des meilleurs routiers suisses. Il manque cependant d'endurance et connaît des défaillances en fin de course, comme sur le Souvenir olympique entre Berne et Lausanne où il lâche prise dans la côte d'Yverdon-les-Bains après avoir mené pendant plusieurs kilomètres le groupe de tête[4]. Léo Amberg lui conseille de se consacrer en premier lieu à la piste afin de s'endurcir et de travailler sa souplesse. Il l'embauche également dans son magasin de cycles et veille à son entraînement sur le vélodrome d'Oerlikon[5],[4]. Le , il remporte avec son club le championnat de Suisse de poursuite par équipe. Il s'affirme très vite comme un excellent pistard et gagne notamment plusieurs matchs-poursuites individuels contre les meilleurs amateurs suisses, comme Leo Weilenmann ou Jean-Pierre Burtin, détenteur du record de Suisse de l'heure[4].

La notoriété de Koblet s'étend vite à l'étranger. Il est invité en à une réunion sur piste au Parc des Princes à Paris où il est battu en poursuite par Émile Carrara mais remporte l'américaine, associé à Oscar Plattner, puis est convié au Vélodrome d'hiver aux mois de novembre et janvier suivants[6].

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Succès sur piste et premiers résultats sur route (1946-1949)[modifier | modifier le code]

Photographie d'un vélodrome avec quatre coureurs en piste.
La piste du vélodrome d'Oerlikon, où Koblet remporte de nombreux succès.

Hugo Koblet signe une licence professionnelle en 1946. Il est alors le plus jeune coureur suisse de cette catégorie avec Charles Guyot. Dans le même temps, après plusieurs ajournements, il doit effectuer son service militaire au 62e régiment d'infanterie, ce qui perturbe sa première saison professionnelle[7]. Parmi ses principaux résultats, il se classe quatrième du Grand prix de Nantua, une épreuve remportée par Emile Idée en présence de nombreux coureurs de renom[8]. L'année suivante, il se consacre également aux épreuves sur route au sein de l'équipe Amberg-Helvetia et prend ainsi le départ de Milan-San Remo. Après deux crevaisons dans l'ascension du passo del Turchino, il perd de nombreuses minutes à réparer car ses doigts sont engourdis par le froid. Il termine au 34e rang sur trente-six concurrents, à plus de cinquante minutes du vainqueur Gino Bartali[7]. Il réussit ensuite une bonne performance sur Zurich-Lausanne dont il prend la troisième place dans le même temps que le vainqueur Renzo Zanazzi[9]. Au Tour de Romandie, il se classe seulement 29e mais participe à la victoire de son équipe dans le contre-la-montre disputé lors de la première étape[7]. Fin juillet, il démontre qu'il est l'un des meilleurs coureurs mondiaux sur piste. Fort de son titre de champion de Suisse de poursuite, il prend la médaille de bronze du championnat du monde de la discipline, à Paris. Battu en demi-finale par Antonio Bevilacqua, il remporte le match pour la troisième place face à Gerrit Schulte[10]. Sa première victoire sur route en individuel intervient sur le Tour de Suisse. Dans le premier tronçon de la première étape, divisée en trois parties, il s'échappe peu après le départ et s'impose à Siebnen avec plus d'une minute d'avance sur Ferdi Kübler. Il doit cependant abandonner dans la septième étape après une chute dans la descente du col du Pillon alors qu'il occupe la dixième place du classement général[7].

Lors de la saison 1948, Hugo Koblet rejoint la formation Tebag où il assume un rôle d'équipier auprès de Ferdi Kübler. Ce dernier s'impose sur le Tour de Romandie puis le Tour de Suisse tandis que Koblet s'y illustre en remportant à chaque fois une étape. Son aisance en montagne, tout comme son soutien à son leader, sont salués par les suiveurs, mais un différend financier oppose les deux hommes et Koblet choisit de rejoindre l'année suivante l'équipe Cilo, en tant que leader. Son début de saison est néanmoins perturbé par une série de blessures. Une chute sévère lors des Six Jours de Buffalo, puis une autre lors de la réunion d'ouverture du vélodrome d'Oerlikon l'obligent à observer trois semaines de repos. De retour à la compétition, il remporte un nouveau titre de champion de Suisse de poursuite, mais il est renversé le lendemain par une automobile alors qu'il s'entraîne. Il retrouve son meilleur niveau sur le Tour de Romandie, où il gagne la quatrième étape entre Porrentruy et Payerne, participant ainsi à la bonne tenue de sa formation Cilo qui remporte le challenge par équipe. Quelques semaines plus tard, la malchance le frappe encore : sa jambe est fracturée dans une collision avec un motocycliste alors qu'il s'entraîne sur une route près de Bellinzona, peu avant le départ du Tour de Suisse. Immobilisé pendant un mois, il entame alors une longue période de convalescence[11].

Victoire sur le Tour d'Italie (1950)[modifier | modifier le code]

Hugo Koblet se montre en grande condition dès le début de la saison 1950. Il s'empare du maillot de leader dès le premier jour du Tour de Romandie en se classant dans le groupe de tête lors des deux demi-étapes. Il conserve cette position jusqu'à la quatrième et dernière étape : retardé par plusieurs crevaisons, il doit à chaque fois réparer seul car ses coéquipiers sont distancés. Le Français Édouard Fachleitner profite de la situation, aidé par Ferdi Kübler qui recherche la victoire d'étape, pour ravir la première place à Koblet, finalement deuxième du Tour de Romandie pour 51 secondes[12]. Hugo Koblet est ensuite retenu par Learco Guerra pour disputer le Tour d'Italie au sein de la formation dirigée par ce dernier, au même titre que ses compatriotes Leo et Gottfried Weilenmann. Il se distingue en gagnant la sixième étape à Locarno, à la veille de la journée de repos, alors qu'un autre Suisse, Fritz Schär, porte le maillot rose depuis le deuxième jour de course. Koblet profite d'un deuxième succès à Vicence lors de la huitième étape pour s'emparer de la première place du classement général. Alors que Fausto Coppi, triple vainqueur de l'épreuve et tenant du titre, se fracture le bassin, seuls Gino Bartali et Jean Robic semblent en mesure de menacer la position de Koblet. Ce dernier, malgré un furoncle qui le fait souffrir et qu'il soigne par des injections de pénicilline, résiste aux assauts de ses adversaires et s'impose finalement avec plus de cinq minutes d'avance sur Bartali. Il devient par là même le premier coureur étranger à remporter le Tour d'Italie[12]. Considéré jusqu'alors comme un excellent rouleur, il démontre qu'il est également un très bon grimpeur en s'attribuant le Grand Prix de la montagne de ce Giro. Le journaliste Albert Baker d'Isy le présente alors comme le « nouvel empereur du vélo »[13].

Hugo Koblet confirme cette victoire dès la fin du mois de juin en remportant un nouveau succès sur le Tour de Suisse. Vainqueur de trois étapes, dont celle contre-la-montre entre Genève et Lausanne où il devient le premier coureur à établir une moyenne supérieure à 45 km/h, il s'impose logiquement au classement général avec plus de cinq minutes d'avance sur Jean Goldschmit et un quart d'heure sur Ferdi Kübler, seulement cinquième. Il renonce ensuite à prendre part au Tour de France, que Kübler remporte finalement, car il souhaite se reposer. Il effectue son retour lors du championnat du monde de poursuite, à Liège, où il réalise le meilleur temps des séries avant d'être éliminé dès les quarts de finale face au Néerlandais Wim Van Est. Koblet connaît un nouvel échec sur le Grand Prix des Nations, dans lequel il concède douze minutes au vainqueur Maurice Blomme, puis se reprend sur une autre épreuve contre-la-montre, le Grand Prix de Suisse en battant Pierre Barbotin et Jean Brun[14].

Victoire sur le Tour de France (1951)[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'un cycliste portant un maillot marqué d'une croix suisse et de l'inscription La Perle.
Hugo Koblet sur le Tour de France 1951.

Au début de la saison 1951, Hugo Koblet accumule les places d'honneurs. Il se classe au quatrième rang du Championnat de Zurich, disputé sous la neige et où seulement onze coureurs franchissent la ligne d'arrivée. Il termine ensuite deuxième du Tour de Romandie, à trois minutes de Ferdi Kübler, puis obtient une autre deuxième place au GP du Locle, où il n'est devancé que par Louison Bobet malgré deux crevaisons. S'il prend bien le départ du Tour d'Italie, il le fait plus dans l'optique de préparer le Tour de France, dont il a fait son principal objectif de la saison, que pour défendre son titre. Ses résultats sont plutôt discrets lors des premières étapes, hormis une troisième place obtenue sur le contre-la-montre entre Pérouse et Terni remporté par Fausto Coppi, mais il se montre à son avantage sur la fin de ce Giro. Dans la dix-huitième étape entre Cortina d'Ampezzo et Bolzano, il se classe troisième derrière Coppi et Kübler, puis il gagne le lendemain à Saint-Moritz en ayant pris plus de quatre minutes aux principaux favoris. Koblet se classe finalement sixième de ce Tour d'Italie, à un peu plus de six minutes du vainqueur Fiorenzo Magni[15].

Il peaufine sa préparation sur le Tour de Suisse et marque les esprits en remportant le contre-la-montre entre Bâle et Boncourt dans lequel il repousse Ferdi Kübler à plus de trois minutes. Pour autant, ses chances de victoire finale s'envolent dans la septième étape entre Lucerne et Lugano où il est victime de sept crevaisons dans la seule montée du col de l'Oberalp. Malgré sa victoire le lendemain à Davos, il doit se contenter de la deuxième place du classement général, battu une nouvelle fois pas Kübler, comme sur le Tour de Romandie[16]. Ces incidents n'entament pas se confiance à l'approche du Tour. Leader de l'équipe suisse en l'absence de Kübler, pourtant tenant du titre mais qui s'estime hors de forme, Hugo Koblet est présenté par le journal L'Équipe comme le principal favori de l'épreuve avec Louison Bobet. Fausto Coppi, présent au départ malgré le décès en course de son frère Serse, figure parmi les autres coureurs cités pour la victoire finale, au même titre que Fiorenzo Magni et Gino Bartali[17].

Dès la première étape, Koblet affiche sa grande condition en menant une échappé en solitaire : il part en contre derrière le groupe de tête duquel il se rapproche pendant une quarantaine de kilomètres avant de se laisser reprendre par le peloton. Son coéquipier Giovanni Rossi l'emporte au sprint et endosse le premier maillot jaune de ce Tour. Les jours suivants, Koblet attaque à plusieurs reprises, sans réussite. Les journalistes considèrent que ces différentes tentatives constituent des efforts superflus et s'interrogent sur la capacité du coureur à tenir le rythme jusqu'à la fin du Tour[17]. L'étape contre-la-montre entre La Guerche-de-Bretagne et Angers, au septième jour de course, marque un premier tournant dans l'épreuve. Alors que Louison Bobet est déclaré vainqueur dans un premier temps, Hugo Koblet s'aperçoit qu'il est victime d'une erreur de chronométrage d'une minute. Les commissaires de course lui attribuent finalement la victoire d'étape, avec 59 secondes d'avance sur Bobet, un peu plus d'une minute sur Fausto Coppi et près de trois minutes sur Fiorenzo Magni. La performance de Koblet sur ce contre-la-montre est telle que douze coureurs sont éliminés pour n'avoir pas réussi à finir ce contre-la-montre dans les délais[18]. Ce succès lui permet de remonter au troisième rang du classement général, à plus de sept minutes du maillot jaune Roger Lévêque mais devant tous les autres favoris[19].

Hugo Koblet réalise ensuite l'un des plus beaux exploits de l'histoire du Tour de France. Dans la onzième étape Brive-Agen, il mène une échappée solitaire pendant près de 140 kilomètres et s'impose avec min 35 s sur le peloton. Malgré tous leurs efforts, les autres favoris n'ont pu reprendre le coureur qui ne semble même pas marqué par l'effort après l'arrivée. Une fois la ligne franchie, il prend le soin de déclencher son chronomètre pour vérifier lui-même l'écart qu'il a réussi à creuser puis de se recoiffer en attendant ses poursuivants. Plus que le gain de temps, il remporte surtout une victoire morale sur ses rivaux après ce coup d'éclat[20]. Bien qu'il soit réputé moins bon grimpeur que les autres, Hugo Koblet offre une nouvelle démonstration de son talent dans la quatorzième étape entre Tarbes et Luchon. Il mène une échappée avec Fausto Coppi à travers les cols du Tourmalet, d'Aspin et de Peyresourde et devance l'Italien au sprint pour remporter sa troisième victoire d'étape et endosser par là même le maillot jaune[21]. Il s'impose encore deux jours plus tard à Montpellier, dans une étape marquée par la chaleur et la défaillance de Coppi. Raphaël Géminiani et Lucien Lazaridès, qui figurent dans le même groupe que Koblet à l'arrivée, occupent les deuxième et troisième places du classement général et apparaissent dès lors comme ses principaux concurrents[22].

Hugo Koblet assoit plus encore sa domination dans les Alpes. Alors que Fausto Coppi mène une échappé solitaire et s'impose à Briançon, le maillot jaune distance ses rivaux dans le col d'Izoard et porte son avance sur Raphaël Géminiani à plus de neuf minutes au classement général[23]. Il remporte une cinquième victoire d'étape dans le contre-la-montre vers Genève, à deux jours de l'arrivée. Il y fait preuve une nouvelle fois de ses talents de rouleur en rattrapant plusieurs coureurs qui se sont élancés avant lui et en repoussant le Belge Roger Decock, deuxième de l'étape, à près de cinq minutes. Hugo Koblet remporte donc le Tour de France avec vingt-deux minutes d'avance sur Raphaël Géminiani et plus de vingt-quatre sur Lucien Lazaridès[24].

Après sa victoire, Hugo Koblet honore une série de contrats sur piste et participe à de nombreux critériums, puis se rend également à Saint-Maur-des-Fossés pour visiter l'usine des cycles La Perle qui l'équipent. En août, il remporte son cinquième titre consécutif de champion de Suisse de poursuite, puis gagne le Grand Prix du Centenaire, à Bruxelles. Il participe au championnat du monde de poursuite à Milan, où il est battu en finale par l'Italien Antonio Bevilacqua, puis se met au service de Ferdi Kübler qui obtient la victoire sur le championnat du monde sur route. Koblet obtient deux nouveaux succès, d'abord sur le Critérium des As, puis sur le Grand Prix des Nations, épreuve contre-la-montre dans laquelle il repousse Fausto Coppi à près de deux minutes. Ce dernier prend sa revanche sur le Grand Prix de Lugano où Koblet n'est que deuxième, puis les deux hommes s'associent pour disputer le Critérium d'Europe, au Vélodrome d'Hiver de Paris où ils obtiennent la deuxième place derrière le tandem Roger Godeau-Raymond Goussot. Auparavant, Koblet termine une autre fois deuxième sur le Trophée Baracchi. Avec Kübler, ils ne sont devancés que par le duo italien Fiorenzo Magni-Giuseppe Minardi[25].

Koblet en retrait (1952)[modifier | modifier le code]

À la fin du mois de , Hugo Koblet répond à l'invitation des organisateurs du Tour du Mexique amateur qui lui demandent de superviser leur épreuve. Lors de ce voyage, il contracte une maladie vénérienne qu'il tente de cacher dans un premier temps mais qui impacte ses performances. Ses premiers résultats de la saison 1942 sont ainsi laborieux. Il connaît notamment des abandons sur Paris-Nice et Paris-Roubaix. Il obtient néanmoins son premier succès de l'année sur le Championnat de Zurich avant d'effectuer un très bon Tour de Romandie, ponctué d'une victoire d'étape entre Bienne et Payerne. Il est également sacré pour la sixième fois consécutive champion de Suisse de poursuite avant de prendre le départ du Tour d'Italie[26].

Battu de trois minutes par Fausto Coppi dans le premier contre-la-montre entre Rome et Rocca di Papa, il lui concède également quinze secondes entre Erba et Côme. Régulièrement distancé, Koblet apparaît loin de son niveau en montagne et ne termine qu'au huitième rang de ce Giro, à près d'un quart d'heure de Coppi. Sur le Tour de Suisse, il se comporte bien dans les premières jours de course mais tombe malade dans la quatrième étape entre Adelboden et Monthey où il finit loin du vainqueur Jean Goldschmit. Le directeur de la course s'oppose alors à son abandon et lui envoie le médecin de l'épreuve qui lui administre une substance dont le nom n'est pas révélé mais qui a des conséquences néfastes et immédiates sur sa santé. Koblet achève le contre-la-montre à Crans-Montana dans un état second, zigzaguant sur la route, mais prend néanmoins le départ de l'étape suivante avant d'abandonner à bout de force dès le début de l'ascension du col du Simplon. Il lui est alors impossible de défendre son titre sur le Tour de France 1952. Koblet renonce à sa sélection, souhaitant observer plusieurs semaines de repos. En fin de saison, il s'aligne au départ du Critérium des As, mais son médecin lui interdit de participer à des épreuves contre-la-montre, qui demandent un effort intense et trop rude. Il peut en revanche courir des épreuves sur piste avec son ami Armin von Büren, comme les Six Jours de Francfort et de Dortmund qu'ils remportent[27].

Podium au Giro et malchance sur le Tour (1953-1954)[modifier | modifier le code]

Saison 1953[modifier | modifier le code]
Photographie en noir et blanc montrant plusieurs cyclistes en course.
Koblet, ici en deuxième position derrière Gino Bartali sur le Tour de France 1953.

L'année 1953 débute de la meilleure des manières pour Koblet : au mois de janvier, le duo qu'il forme avec Armin von Büren est sacré champion d'Europe de l'américaine à Zurich, en devançant les Néerlandais Gerrit Peters et Gerrit Schulte. Ses résultats sur route sont plus discrets. Il n'obtient sa première performance notable qu'à la fin du mois d'avril dans Rome-Naples-Rome qu'il termine à la quatrième place du classement général, après avoir remporté deux étapes consécutives à Frosinone et Caserte. Il effectue ensuite une véritable démonstration sur le Tour de Romandie : vainqueur au sprint de la première étape à Porrentruy, devant Ferdi Kübler et Eugen Kamber, puis domine largement la deuxième étape à Genève avec plus de deux minutes d'avance sur Fritz Schär et Gino Bartali. Il conforte sa position dès le lendemain sur le contre-la-montre Genève-Lausanne, en repoussant Pasquale Fornara et Kübler à près de quatre minutes au terme des 71,5 kilomètres du parcours. Grâce à ses trois victoires consécutives, Hugo Koblet remporte le Tour de Romandie pour la première fois[28].

Il est annoncé comme l'un des principaux favoris du Tour d'Italie, au même titre que Fausto Coppi et Louison Bobet, mais risque de tout perdre dès la quatrième étape vers Roccaraso. À la sortie du ravitaillement, il percute à pleine vitesse une fillette qui traverse la route pour ramasser une musette. Dès lors, Coppi et Bobet contrôle le peloton pour permettre son retour. Il endosse le maillot rose après le contre-la-montre de la huitième étape entre Grosseto et Follonica, dans lequel il devance Pasquale Fornara de 46 secondes et Coppi de plus d'une minute[29]. Alors que son équipe, la formation Guerra, est décimée après les abandons de Ferdi Kübler, Rolf Graf et Emilio Croci-Torti, les journalistes pensent que Koblet est incapable de résister à Coppi dans la traversée des Dolomites. C'est pourtant ce qu'il fait dans la dix-neuvième étape entre Auronzo di Cadore et Bolzano où les deux hommes se neutralisent et rejoignent ensemble l'arrivée. Vainqueur de l'étape, Coppi félicite pourtant Koblet car il considère que la victoire finale lui est acquise, au vu de la résistance dont il a fait preuve dans les différentes ascensions de col de la journée et des deux minutes d'avance qu'il possède au classement général. Pour autant, l'avant-dernière étape Bolzano-Bormio, bien que de courte distance, renverse les positions. Koblet subit une terrible défaillance dans la montée du col du Stelvio tandis que Coppi, suivant une attaque de Nino Defilippis, s'isole en tête de la course. Vainqueur de l'étape, il endosse par là même le maillot rose et remporte finalement ce Giro, repoussant Koblet à la dernière place[30].

Fin juin, ce dernier domine largement le Tour de Suisse. Il s'empare de la tête du classement général en s'imposant dans la troisième étape, contre-la-montre entre Rheinfelden et Soleure, dans laquelle il bat le deuxième Fritz Schär de plus de cinq minutes. Koblet gagne deux autres étapes, à Bellinzone et Zurich, pour remporter sa deuxième victoire finale sur l'épreuve en trois ans[31]. Quelques jours plus tard, l'équipe suisse débute de belle manière le Tour de France avec les deux victoires en deux jours de Schär qui endosse le premier maillot jaune de l'épreuve. De son côté, Koblet fait preuve d'une grande maîtrise dans le contrôle des différentes échappées, si bien qu'il est présenté par les suiveurs comme le favori le mieux placé pour la victoire finale. Tout s'écroule pourtant dans la dixième étape, alors que le Tour fait son entrée dans les Pyrénées. Il chute lourdement dans la descente du col du Soulor et doit abandonner, souffrant de plusieurs côtes cassées. À son retour en Suisse, il subit également une opération pour soigner une déchirure de la cuisse[32].

Saison 1954[modifier | modifier le code]
Photographie en noir et blanc d'un cycliste.
Carlo Clerici remporte le Tour d'Italie 1954 devant son coéquipier Hugo Koblet.

Après une préparation intensive, Hugo Koblet remporte l'une des premières courses qu'il dispute en 1954, Sassari-Cagliari, en battant au sprint Stefano Gaggero. Douzième de Milan-San Remo après avoir pris part à plusieurs échappées, il se blesse au genou après une chute sur Paris-Roubaix. Vainqueur du Championnat de Zurich et de deux étapes des Trois jours d'Anvers, il n'obtient que la dixième place du Tour de Romandie avant de remporter une étape de Rome-Naples-Rome, dernière épreuve de préparation pour le Tour d'Italie[33]. Le Suisse Carlo Clerici, coéquipier de Koblet au sein de la formation Guerra, s'empare du maillot rose à L'Aquila, au terme de la sixième étape, dans laquelle il mène une échappée qui prend près d'une demi-heure d'avance sur les favoris. Dès lors, Koblet se mue en équipier pour Clerici dont il défend la position. Il se distingue de son côté dans la quinzième étape contre-la-montre qu'il remporte à Riva del Garda en améliorant son record de la meilleure moyenne horaire avec 45,679 km/h. Il obtient un autre succès d'étape, à Saint-Moritz, à la veille de l'arrivée, et se classe finalement deuxième de ce Giro, assurant à la Suisse un doublé avec la victoire de Clerici[34].

Leader de l'équipe suisse sur le Tour de France, Koblet s'impose avec ses coéquipiers dans le contre-la-montre par équipes disputé sur le circuit de Rouen-les-Essarts dès le quatrième jour de course. Il fait preuve d'une belle activité en plaçant plusieurs attaques au cours des premières étapes et se classe notamment troisième à Lille et deuxième à Brest[35]. Bien placé au classement général, à près d'une minute du maillot jaune, il est à nouveau victime de malchance sur le Tour. Dans la dixième étape Bordeaux-Bayonne, il est pris dans une chute collective. Lourdement blessé à la hanche droite et au front, il parvient à rejoindre le peloton grâce au soutien de ses équipiers, mais cet incident a des répercussions les jours suivants. Il subit une défaillance deux jours plus tard dans l'ascension du col du Tourmalet et recule à plus d'une demi-heure du leader du classement général Gilbert Bauvin après l'arrivée à Luchon. Il abandonne finalement le lendemain, dans la treizième étape, à bout de forces et déclarant qu'il n'a plus la moindre puissance dans les jambes[36]. Il effectue son retour lors du championnat du monde de poursuite à Cologne, où il atteint la finale, battu par Guido Messina. Il obtient ainsi sa troisième médaille mondiale dans la discipline. Sa victoire en contre-la-montre au Grand Prix Martini laisse présager une bonne fin de saison, mais Koblet abandonne au Grand Prix des Nations, disputé sur une distance plus longue, puis renonce à sa participation au Grand Prix de Lugano. Il achève l'année 1954 avec une troisième place dans le Trophée Baracchi, associé à Ferdi Kübler[37].

Champion de Suisse (1955)[modifier | modifier le code]

Le , Hugo Koblet épouse Sonja Buhl, une jeune mannequin née à Schaffhouse en 1932, en l'église protestante Fraumünster de Zurich. Koblet, qui souhaite à nouveau gagner le Tour d'Italie et le Tour de France, refuse de participer aux courses de six jours comme il le fait habituellement l'hiver et choisit de se reposer dans la villa que le couple possède à Forch, au-dessus du lac de Zurich[38]. Au mois de février suivant, il remporte le Critérium international d'hiver à Paris, affichant ainsi une bonne condition physique avant le début de la saison sur route, puis réalise une campagne de classiques intéressante en se classant deuxième du Tour des Flandres derrière Louison Bobet et septième de Paris-Roubaix. Vainqueur du contre-la-montre sur le Tour de Romandie, il pointe au deuxième rang du classement général en témoignant d'une certaine faiblesse dans les cols, qui profite au jeune René Strehler, vainqueur final. Cette faiblesse en montagne se confirme sur le Tour d'Italie où dès la deuxième étape, il perd huit minutes. Également battu en contre-la-montre par Pasquale Fornara, il retrouve peu à peu la forme et finit bien l'épreuve en remportant la dernière étape à Milan, ce qui lui permet d'achever ce Giro à la dixième place du classement général, à un peu plus de vingt minutes du vainqueur Fiorenzo Magni[39].

Dans la foulée, il remporte la deuxième étape du Tour de Suisse et s'empare de la tête de la course deux jours plus tard, une position qu'il conserve jusqu'à l'arrivée malgré une nouvelle défaite en contre-la-montre, cette fois face à Jean Brankart. Quelques jours plus tard, il devient champion de Suisse sur route, pour la seule fois de sa carrière, en dominant tous ses concurrents à l'arrivée à Sierre. Après avoir distancé Ferdi Kübler dans la montée vers Montana, il distance ses derniers compagnons d'échappée, Carlo Clerici, Hans Hollenstein et Martin Metzger pour s'imposer en solitaire. Il remporte également le Tour du Tessin, au sprint, dans un groupe de dix-neuf coureurs. Malgré ces succès, il doit renoncer au Tour de France. Son médecin détecte une petite lésion des vertèbres et lui préconise du repos. En fin de saison, Koblet ne parvient pas à retrouver son niveau : sur le Grand Prix Martini, il abandonne alors qu'il a déjà concédé cinq minutes à Jacques Anquetil sur les cinq premiers tours de circuit[40].

Déclin et fin de carrière (1956-1958)[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc montrant un cycliste se tenant debout à côté de son vélo, portant un maillot avec l'inscription Nescafé.
Koblet au départ du Tour des Pays-Bas en 1956.

Hugo Koblet n'obtient aucun résultat notable au début de l'année 1956. En avril, il participe pour la première fois au Tour d'Espagne, au sein d'une équipe suisse dirigée par le Français Raymond Louviot. Il s'échappe dans la troisième étape vers Valladolid en compagnie de plusieurs favoris et prend la troisième place au sprint derrière Miguel Poblet et Rik Van Steenbergen. Il fait ensuite preuve d'une belle régularité en se classant quatrième à Albacete, deuxième à Alicante puis troisième à Valence et Tarragone. Il remporte même la neuvième étape à Barcelone en se montrant le plus rapide au sprint devant Van Steenbergen. En revanche, il perd plus de quatre minutes le lendemain, souffrant de la chaleur. Distancé au classement général et atteint au moral, il abandonne au cours de la onzième étape. Dès lors, il se consacre principalement aux épreuves sur piste et remporte plusieurs succès en fin d'année avec son ami Armin von Büren[41].

Il annonce vouloir participer au Tour d'Italie 1957, mais constatant qu'il peine à retrouver son meilleur niveau sur route, malgré une troisième place au classement général du Tour de Romandie, il renonce. Koblet s'oriente à nouveau vers la piste et plus particulièrement les épreuves de demi-fond. Il s'entraîne à Paris sous les ordres de Georges Wambst. En 1958, il s'aligne pour la dernière fois sur le Tour de Romandie, qu'il abandonne dans la dernière étape. Il met un terme définitif à sa carrière de coureur en , après sa participation à la Roue d'Or de Daumesnil, à Paris[42].

Après carrière et mort tragique[modifier | modifier le code]

À la fin de sa carrière de coureur cycliste, Hugo Koblet connaît des difficultés financières en raison de son train de vie dispendieux. Il part pour l'Amérique du Sud où il officie comme représentant général sur le continent d'un consortium de marques italiennes, parmi lesquelles Pirelli et Alfa Romeo[43]. Devant les difficultés qu'il rencontre dans son nouveau métier, il revient finalement en Suisse et s'installe à Zurich à la tête de deux stations-services, dont l'une proche du vélodrome d'Oerlikon. Malheureux en affaires, Koblet commente épisodiquement les épreuves cyclistes sur une radio suisse alémanique aux côtés du journaliste Sepp Rengli. Il commente notamment les championnats du monde sur route 1964 à Sallanches et les mondiaux sur piste la même année. Dans le même temps, sa femme Sonja Buhl qui lui reproche sa prodigalité, décide de se séparer de lui. Koblet loue alors un petit studio à côté du vélodrome d'Oerlikon[44].

Le , Hugo Koblet est victime d'un violent accident de la route alors qu'il circule au volant de son Alfa Romeo sur une route surplombant le lac de Zurich, à hauteur du hameau d'Esslingen en direction de Mönchaltorf. Sa voiture s'encastre dans un poirier, sans qu'aucune trace de freinage ne soit relevé sur la chaussée[45],[46]. Transporté inconscient à l'hôpital d'Uster, il souffre d'une fracture à la base du crâne, de plusieurs fractures ouvertes aux jambes et d'un arrachement du pied. Il y subit plusieurs interventions chirurgicales, dont une trépanation. Hugo Koblet reprend légèrement connaissance au lendemain de son accident, mais très vite son état s'aggrave et il s'enfonce dans un coma de plus en plus profond. L'ancien champion meurt le , dans la nuit. Ses obsèques sont célébrées quatre jours plus tard, à l'église Fraumünster de Zurich, suivies d'une crémation[47].

L'absence de traces de freinage lors de l'accident de Koblet laisse planer le doute sur les circonstances de la mort du coureur, offrant l'hypothèse d'une mort accidentelle, comme le conclut l'enquête[48], ou celle d'un acte de suicide[45]. L'écrivain et journaliste Jean-Paul Ollivier, qui consacre une biographie à Hugo Koblet, rassemble différents témoignages en faveur de cette dernière thèse, dont celui du fermier qui se trouvait sur les lieux de l'accident et qui a porté secours en premier à la victime[49].

Postérité[modifier | modifier le code]

Photographie d'un panneau de rue bleu portant des inscriptions blanches.
La rue Hugo-Koblet à Zurich.

En 1951, sa victoire dans le Tour de France lui vaut d'être nommé sportif suisse de l'année[50]. En 2010, le cinéaste suisse Daniel von Aarburg réalise un documentaire sur la vie du coureur, intitulé Hugo Koblet - Pédaleur de charme. Le comédien Manuel Löwensberg (de) interprète le rôle du champion[51],[52]. Une rue de Zurich, dans le quartier d'Oerlikon, porte son nom[53].

Style et personnalité[modifier | modifier le code]

Jacques Augendre, journaliste spécialiste du Tour de France, considère Hugo Koblet comme « le plus beau vainqueur du Tour de France si l'on tient pour prépondérant le triple critère du style, de l'efficacité et du panache. » Il ajoute qu'il était « un seigneur, un champion chevaleresque et magnanime qui respectait l'adversaire », ainsi qu'un « un homme subtil d'une extrême générosité ». Il doit son surnom de « pédaleur de charme » au chansonnier Jacques Grello[54]. Les chercheurs Jean-François Loudcher et Monica Aceti, qui consacrent un article au champion suisse et à son rival Ferdi Kübler, affirment que Koblet est « le James Dean du cyclisme helvétique »[55].

Hugo Koblet suscite l'admiration de ses contemporains et de nombreux spécialistes du cyclisme soulignent la classe du champion. Pierre Chany dresse un portrait élogieux du coureur car selon lui Koblet savait allier « l'efficacité du superchampion à la fulgurante beauté du geste », affirmant également que « l'élégance corporelle lui collant à la peau, de même que l'élégance morale habitait son esprit, [...] il savait traduire le sport en terme d'art »[56]. Le coureur et écrivain Jean Bobet qui l'a côtoyé au sein du peloton professionnel se montre tout aussi flatteur : « le fait est qu'on n'a jamais rien vu de si beau se propulser à bicyclette ». Il précise également que, selon lui, l'avènement d'Hugo Koblet marque un tournant dans l'histoire du cyclisme en termes d'image des coureurs, dorénavant plus soucieux de leur apparence physique, concluant ainsi avec le sens de la formule : « en cyclisme vraiment, le peigne de Koblet me paraît revêtir autant d'importance que le nez de Cléopâtre dans l'histoire ancienne »[57]. Hugo Koblet, qui porte des gants, porte son chronomètre au poignet et met ses lunettes de soleil sur son avant-bras, à la manière des skieurs de l'époque, invente un nouveau look dans le monde du cyclisme[58].

Les « deux K » : la rivalité Koblet/Kübler[modifier | modifier le code]

Photographie en noir et blanc d'un cycliste.
Ferdi Kübler, compatriote et rival de Koblet.

Le début des années 1950 apparaît comme l'âge d'or du cyclisme helvétique avec la victoire de Ferdi Kübler sur le Tour 1950 puis celle d'Hugo Koblet l'année suivante, mais ces succès soulèvent chez les journalistes et les spécialistes du cyclisme une véritable opposition manichéenne entre les deux personnages. Koblet et Kübler sont présentés comme « les figures antagonistes du bon et du mauvais »[59]. Ainsi, le journaliste Maurice Vidal décrit Kübler comme « un diable […] aussi noiraud, violent, désordonné, diabolique […], que l'autre était blond, doux et harmonieux »[60]. Un journaliste de l'hebdomadaire suisse La Semaine sportive écrit en 1964 : « Kübler avait remporté le Tour de France à la façon d'un aigle. Koblet, une année après, le gagna avec la légèreté d'une colombe. C'est bien pour cela qu'on le nomma le pédaleur de charme.[59] ». Reconnaissant le talent de Ferdi Kübler, Martin Lang, biographe de Koblet, considère que ce dernier représentait « la classe à l'état pur »[61]. Kübler apparaît comme un coureur perfectionniste, un travailleur acharné qui passe des heures à l'entraînement tandis que Koblet semble capable d'atteindre ses meilleurs performances avec un minimum d'entraînement, ce qui fait dire à Jean-François Loudcher et Monica Aceti : « Fidèle à la fable de la Fontaine, Hugo Koblet est la cigale généreuse et dispendieuse tandis que Ferdi représente l'ambitieuse et laborieuse fourmi[56]. »

L'opposition entre les deux champions suisses est aussi marquée entre leurs supporters. Soignant son apparence, Koblet représente une culture moderne, en avance sur son temps, tandis que Kübler incarne des valeurs plus traditionnelles et conservatrices, celles d'une culture plus populaire, axée sur le travail et la volonté[58]. Hugo Koblet cultive son image de jeune premier, de fils de bonne famille misant avant tout sur son talent pour réussir[62] tandis que Kübler affiche l'image d'un coureur méritant qui incarne le dépassement personnel, la persévérance et l'opiniâtreté[63]. Cette représentation est approuvée par le journaliste Hanspeter Born, qui consacre une biographie à Ferdi Kübler[64].

« Ferdi était un enfant du peuple, il reflétait les vertus et les faiblesses des Suisses. En lui, chacun pouvait se reconnaître. […] D'une certaine manière Hugo était « unschweizerisch » par son mépris de grand seigneur des représentations morales courantes, par son insouciance heureuse, par ses manières mondaines, avec son esprit généreux et ouvert. Koblet semblait être toujours au-dessus des choses dans la chance ou le malheur et cela plaisait en particulier à une jeunesse urbaine, marquée depuis la guerre, qui se sentait lentement à l'étroit dans une Suisse rigide. […] Koblet était quelque chose qui en Suisse était toujours très suspect. Un hédoniste, un jouisseur. »

Palmarès et distinctions[modifier | modifier le code]

Palmarès sur route[modifier | modifier le code]

Résultats sur les grands tours[modifier | modifier le code]

Tour d'Italie[modifier | modifier le code]

6 participations

  • 1950 : Leader du classement général Vainqueur du classement général, Mountains.svg du classement de la montagne et des 6e et 8e étapes, Jersey pink.svg maillot rose pendant 11 jours
  • 1951 : 6e, vainqueur de la 19e étape
  • 1952 : 8e
  • 1953 : 2e, Jersey pink.svg maillot rose pendant 12 jours
  • 1954 : 2e, vainqueur des 15e (contre-la-montre) et 21e étapes
  • 1955 : 10e, vainqueur de la 21e étape

Tour de France[modifier | modifier le code]

3 participations

  • 1951 : Leader du classement général Vainqueur du classement général, des 7e (contre-la-montre), 11e, 14e, 16e et 22e (contre-la-montre) étapes, Jersey yellow.svg maillot jaune pendant 11 jours
  • 1953 : abandon (10e étape), vainqueur de la 4ea étape (contre-la-montre par équipes)
  • 1954 : abandon (13e étape)

Tour d'Espagne[modifier | modifier le code]

1 participation

  • 1956 : abandon (11e étape), vainqueur de la 9e étape

Palmarès sur piste[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ollivier 1993, p. 11-12.
  2. a et b Christian Laborde, « Hugo Koblet, le coup d'éclat permanent », sur surlering.com, Ring, .
  3. a, b et c Ollivier 1993, p. 13-14.
  4. a, b et c Ollivier 1993, p. 16-19.
  5. Jacques Augendre, Le tour de France des champions cyclistes, Archipel, (ISBN 9782809812084).
  6. Ollivier 1993, p. 21-22.
  7. a, b, c et d Ollivier 1993, p. 22-26.
  8. « Le Grand prix de Nantua », Journal de Genève,‎ , p. 5.
  9. « La course Zurich-Lausanne ouvre la saison cycliste », Journal de Genève,‎ , p. 5 (lire en ligne).
  10. « Les championnats du monde cyclistes à Paris », Gazette de Lausanne,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  11. Ollivier 1993, p. 29-32.
  12. a et b Ollivier 1993, p. 35-41.
  13. Ollivier 1993, p. 43-44.
  14. Ollivier 1993, p. 44-49.
  15. Ollivier 1993, p. 51-53.
  16. Ollivier 1993, p. 54-55.
  17. a et b Ollivier 1993, p. 57-65.
  18. Ollivier 1993, p. 68-71.
  19. Ollivier 1993, p. 73.
  20. Ollivier 1993, p. 76-80.
  21. Ollivier 1993, p. 95-96.
  22. Ollivier 1993, p. 97-99.
  23. Ollivier 1993, p. 107-108.
  24. Ollivier 1993, p. 116-118.
  25. Ollivier 1993, p. 121-127.
  26. Ollivier 1993, p. 129-131.
  27. Ollivier 1993, p. 131-137.
  28. Ollivier 1993, p. 139-141.
  29. Ollivier 1993, p. 142-149.
  30. Ollivier 1993, p. 150-156.
  31. Ollivier 1993, p. 157.
  32. Ollivier 1993, p. 159-173.
  33. Ollivier 1993, p. 175-176.
  34. Ollivier 1993, p. 177-178.
  35. Ollivier 1993, p. 181-183.
  36. Ollivier 1993, p. 191-199.
  37. Ollivier 1993, p. 204-206.
  38. Ollivier 1993, p. 207-210.
  39. Ollivier 1993, p. 207-214.
  40. Ollivier 1993, p. 215-216.
  41. Ollivier 1993, p. 217-218.
  42. Ollivier 1993, p. 219-221.
  43. Ollivier 1993, p. 224-225.
  44. Ollivier 1993, p. 229-231.
  45. a et b Stéphane Mandard, « Maillot noir (2/10) : La croix blanche du Pédaleur de charme », sur lemonde.fr, Le Monde, .
  46. Ollivier 1993, p. 231.
  47. Ollivier 1993, p. 239-240.
  48. Pierre Lagrue, « Koblet Hugo (1925-1964) », Encyclopædia Universalis (consulté le 22 octobre 2016) (inscription nécessaire).
  49. Ollivier 1993, p. 235-237.
  50. « Koblet, Hugo », sur hls-dhs-dss.ch, Dictionnaire historique de la Suisse, .
  51. Ghania Adamo, « Hugo Koblet, coureur de charme sur grand écran », sur swissinfo.ch, Swissinfo, .
  52. (en) « Hugo Koblet - Pédaleur de charme », sur Internet Movie Database (consulté le 22 octobre 2016).
  53. « Localisation de la rue Hugo-Koblet à Zurich », sur google.fr, Google (consulté le 4 novembre 2017).
  54. Jacques Augendre, Petites histoires secrètes du Tour..., Solar, (ISBN 978-2-263-06987-1), p. 223-224.
  55. Loudcher et Aceti 2009, Introduction.
  56. a et b Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 7.
  57. Jean Bobet, Louison Bobet : Une vélobiographie, La Table Ronde, coll. « La Petite Vermillon », (réimpr. 2016) (1re éd. 1958 (Gallimard)) (ISBN 978-2710325819), p. 129-131.
  58. a et b Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 13.
  59. a et b Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 5.
  60. Maurice Vidal, « Le diable noir et le dieu blond », dans Serge Lang, Il était une fois les deux K, Bâle, Biorama, .
  61. Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 6.
  62. Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 25.
  63. Loudcher et Aceti 2009, paragraphe 18.
  64. (de) Hanspeter Born, Das waren noch Zeiten ! : Ferdi Kübler und die goldenen Jahre des Schweizer Radsports, Zurich, Weltwoche / Sport, , p. 220.
  65. Hoyos primero en 'El Colombiano'. Se retiraron Fausto Koppi, Koblet, Milano y Casolla. El Tiempo, lundi 26 janvier 1958, p. 13.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Loudcher et Monica Aceti, « Le mythe Koblet/Kübler (1945-1964) : entre le local et le global, une expression de la neutralité et de la modernité dans le cyclisme suisse », Sciences sociales et sport, no 2,‎ , p. 55-91 (lire en ligne).
  • Jean-Paul Ollivier, Hugo Koblet, le pédaleur de charme, Glénat, coll. « La véridique histoire », , 252 p. (ISBN 978-2723416405).
  • (de) Daniel Sprecher, Hugo Koblet : Ikarus auf Rädern, AS Verlag, , 448 p. (ISBN 978-3-906055-04-6).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Deux héros au Tour de Romandie 1954, archive de la Télévision suisse romande