Maurice Garin

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Maurice Garin
Image illustrative de l'article Maurice Garin
Maurice Garin (1897)
Informations
Nom Maurice Garin
Surnom Le petit ramoneur, Le petit ramoneur italien
Date de naissance
Date de décès (à 85 ans)
Pays Drapeau : Italie Italie (1871-1901)
Drapeau de la France France (1902-1957)
Principales victoires
1 grand tour

Tour de France 1903
3 classiques
Paris-Roubaix 1897 et 1898
Bordeaux-Paris 1902
3 étapes dans les grands tours

Tour de France (3 étapes)

Maurice-Francois Garin[1] (prononcé : [mo.ʁis.fʁɑ̃.swa ɡa.ʁɛ̃] ; né le à Arvier, commune italienne francophone de la Vallée d'Aoste et mort le à Lens) est un cycliste italien, naturalisé français le 21 décembre 1901[2]. Il passe à la postérité pour avoir gagné le premier Tour de France de l'histoire, en 1903. Il récidive en 1904, mais est déclassé par la suite en même temps que huit autres coureurs, en raisons de tricherie[3][4][5].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Arvier, dans la Vallée d'Aoste, lieu de naissance de Maurice Garin.

Maurice Garin est le fils de Maurice-Clément Garin et Maria Teresa Ozello[6]. Il est né à Arvier, dans la Vallée d'Aoste dans le nord-ouest de l'Italie, près de la frontière française. Le nom Garin est le nom le plus commun du village, composé en majorité d'habitants parlant français[7]. Ses parents se marient en 1864. Son père est alors un ouvrier de 36 ans et sa mère une employée de 19 ans du seul de l'hôtel de la ville[8]. Ils ont quatre filles et cinq fils, dont deux sont des jumeaux. Maurice est le premier fils et le quatrième des neuf enfants. Le cabanon dans lequel il est né, bien qu'en ruine, existe encore[9].

En 1885, la famille quitte Arvier pour travailler de l'autre côté des Alpes, comme la plupart des Valdôtains à cette époque. Le désir d'une vie meilleure est une explication probable, mais n'explique pas pourquoi ils ont voyagé si loin, pratiquement à la frontière belge[n 1]. De nombreuses spéculations entourent ce déménagement, peut-être parce qu'il s'est fait dans le secret. En effet, pour émigrer, il fallait avoir l'autorisation et les maires avaient été informés par le sous-préfet d'Aoste de refuser ou d'accorder avec les plus diligentes précautions le certificat[8]. Si la famille a voyagé séparément, cela expliquerait la légende racontant que Maurice, âgé de 14, aurait été échangé contre une meule de fromage à un rabatteur qui venaient au Val d'Aoste recruter des jeunes ramoneurs[9][6].

Garin travaille comme ramoneur, après avoir traversé les montagnes. La raison qui a poussé le sous-préfet à limiter l'émigration entre l'Italie et la France, est principalement pour arrêter les « spéculateurs avides (qui), sous prétexte de faire apprendre un métier aux jeunes enfants, celui notamment de ramoneur, cherchent à séduire leurs parents par des promesses et par des faux espoirs et (qui) obtiennent les enfants... pour en tirer un large profit à leur avantage, en exploitant la fatigue, la misère et quelquefois la vie même. »[8]

À 15 ans, il vit à Reims en France où il est ramoneur[9][8]. Il déménage à Charleroi en Belgique mais en 1889, il est de retour en France, à Maubeuge. Si la famille a voyagé ensemble, elle est alors dispersée. Le second fils, Joseph-Isidore, est mort 100 km au nord-est de Paris en 1889. Son père est retourné à Arvier, où il meurt peu de temps après. Ses frères François et César semblent avoir séjournés dans le nord de la France, car, avec Maurice, ils ont ouvert un magasin de cycles en bas du boulevard de Paris, à Roubaix en 1895[7]. Son frère César (16 décembre 1879, Arviers - 27 mars 1951) est également coureur cycliste professionnel de 1899 à 1906, et il vit à Paris (Seine) jusqu'à sa mort à l'âge de 71 ans. Ses meilleurs résultats sont les suivants : deuxième de Paris-Roubaix 1904, troisième de Roubaix-Bray-Dunes 1899 et deuxième d'une étape du Tour de France 1904[10]. Un autre frère, Ambroise (10 mai 1875, Arviers - 31 mars 1969) est cycliste professionnel de 1899 à 1903. Il vit à Argenteuil dans le Val-d'Oise jusqu'à sa mort à l'âge de 93 ans. Il a notamment terminé deuxième de Paris-Roubaix en 1901 et troisième en 1899 et 1902. Il s'est également classé troisième de Bordeaux-Paris en 1900 et 1902[11].

Garin part vivre à Lens dans le Pas-de-Calais en 1902 où il reste jusqu'à sa mort[9][8]. Il achète son premier vélo pour 405 francs (environ 1400 en 2008[n 2]), soit deux fois plus de ce que gagne mensuellement l'ouvrier d'une forge en travaillant douze heures par jour, six jours sur sept[8]. À cette époque, les courses de vélos ne l'intéressent pas, mais il roule autour de la ville le plus vite possible et est rapidement surnommé « le fou »[8][6].

Carrière amateur[modifier | modifier le code]

Maurice Garin

Jusqu'en 2004, il est acquis que Maurice Garin a obtenu la nationalité française en 1892, à 21 ans, juste après sa majorité[9][12]. Or, cette année-là, le journaliste Franco Cuaz retrouve l'acte de naturalisation du coureur à Châlon-sur-Marne[6]. Il est daté de 1901, soit 9 ans plus tard que la date initiale. Si cette découverte parait anecdotique, elle signifie que les victoires de Garin obtenues avant cette date l'ont été sous le drapeau italien. Ainsi, sur Paris-Roubaix, il aura fallu attendre la quatrième édition pour voir un Français remporter la « Reine des classiques ». Petit à petit, les livres évoquant l'histoire du cyclisme ainsi que les sites officiels et spécialisés mettent à jour cette information dans les palmarès des courses[2][13].

Il commence à courir dans le nord de la France en 1892, lorsque le secrétaire du club de cyclisme à Maubeuge le persuade de participer à une course régionale, Maubeuge-Hirson-Maubeuge, disputée sur plus de 200 km. Garin se classe cinquième après avoir souffert de la chaleur[8] et décide de courir plus souvent.

Sa première victoire date de 1893, lors de Namur-Dinant-Givet en Belgique. Il vend son premier vélo et en achète un plus léger - il pèse encore 16 kg mais possède des pneumatiques - pour 850 anciens francs français (environ 3000 € en 2008)[n 2]. La course est longue de 102 km. Il est en tête de la course à Dinant lorsqu'il crève. Il repère un soigneur qui attend avec un vélo de rechange d'un adversaire, Garin pose le sien contre le mur d'un pont et saisit le vélo de rechange du soigneur et part avec. À l'arrivée, il s'impose avec 10 minutes d'avance, il rend le vélo et récupère le sien le lendemain, là où il l'avait laissé.

Carrière professionnelle[modifier | modifier le code]

Garin devient coureur professionnel un peu par hasard. Il prévoit de participer à une course à Avesnes-sur-Helpe, à 25 km de l'endroit où il vit. En arrivant sur place, il s'aperçoit que la course est ouverte uniquement aux professionnels. Il n'est donc pas autorisé à concourir. Il attend que les coureurs s'élancent, puis décide de partir après eux pour tous les dépasser. Il tombe à deux reprises, mais termine devant tous les coureurs. Sur la ligne d'arrivée, la foule est enthousiaste, mais les organisateurs moins. Ils refusent de lui payer les 150 francs (environ 525 € en 2008)[n 2] réservés au vainqueur. Les spectateurs présents réunissent alors 300 francs (environ 1050 € en 2008) pour le récompenser. Garin devient coureur professionnel.

Sa première véritable victoire professionnelle est lors d'une course de 24 heures à Paris en 1893[n 3]. La compétition a lieu sur le Champ de Mars, le site de la Tour Eiffel. Les coureurs participent, selon la coutume, derrière une moto. L'événement a lieu en février et le froid entraîne l'abandon des coureurs les uns après les autres. Garin parcout 701 km en 24 heures, battant le seul autre pilote restant en course de plus de 49 km. Garin raconte qu'il doit sa victoire et sa résistance à une meilleure alimentation que ses adversaires. Ce jour-là, il ingurgite « 19 litres de chocolat chaud, 7 litres de thé, 8 oeufs au madère, une tasse de café avec de l'eau-de-vie de champagne, 45 côtelettes, 5 litres de tapioca, 2 kg de riz au lait et des huîtres »[8].

En 1894, il remporte une course de 24 heures à Liège, en Belgique, et l'année suivante il établit un record de l'heure derrière moto.

Publicité avec le vainqueur de Paris–Brest–Paris 1901 Maurice Garin sur un vélo "La Française"

Le premier Paris-Roubaix a lieu en 1896. Garin se classe troisième, à quinze minutes derrière l'Allemand Josef Fischer. Il se serait classé deuxième s'il n'avait pas été renversé à la suite d'un accident entre deux tandems, l'un d'eux conduit par son entraîneur[14]. Garin « termine exténué et le docteur Butruille lui donne les premiers soins car deux machines lui sont passées sur le corps ! », raconte l'historien de la course, Pascal Sergent[15].

En 1897, il remporte Paris-Roubaix, en battant le Néerlandais Mathieu Cordang dans les deux derniers kilomètres sur le vélodrome de Roubaix[n 4]. Sergent décrit l'arrivée :

« Il est difficile de les reconnaître. Garin arrive en premier, suivi par la figure trempée de boue de Cordang. Tout à coup, à la stupéfaction de tous, Cordang glisse et tombe sur une surface de ciment du vélodrome. Garin n'en croit pas ses yeux. Au moment où Cordang est de retour sur son vélo, il a 100 mètres de retard. Il reste six tours à couvrir. Deux kilomètres misérables pour rattraper Garin. La foule retient son souffle en regardant l'incroyable poursuite. La cloche retentit. Un tour, il reste un tour. 333 mètres pour Garin, qui a toujours une avance de 30 mètres sur le Batave.
Une victoire dans la classique est à sa portée mais il peut presque sentir le souffle de son adversaire sur son cou. Garin conserve finalement son avance de deux mètres, deux petits mètres pour une victoire légendaire. Les spectateurs explosent et ovationnent les deux hommes. Garin exulte sous les acclamations de la foule. Cordang pleure sa déception. »[15]

Garin déclare après la course : « J'ai gagné, mais Cordang était le plus fort »[16]. En 1900, Cordang prend sa revanche et remporte le Bol d'Or des Monédières devant Garin et l'Allemand Thaddäus Robl.

Il s'adjuge à nouveau Paris–Roubaix en 1898, cette fois avec une avance de 20 minutes. Lors de la saison 1901, il gagne la deuxième édition de Paris-Brest-Paris, avec près de deux heures d'avance sur Gaston Rivierre, après avoir parcouru 1 208 km en 52 h 11 min 1 s[17] Lors de la course, il est en poursuite derrière le Français Lucien Lesna, qui parcout les 600 premiers kilomètres à 28 kilomètres par heure et possède une avance confortable de deux heures à Brest. À Rennes, il suit les conseils de ses entraîneurs et s'arrête pour prendre un bain et récupérer de la fatigue, la saleté et de la chaleur. Au sortir de ce bain, en raison du vent de face ou peut être victime d'une insolation, Lesna n'avance plus[18]. Garin le dépasse à Mayenne et Lesna abandonne peu de temps après, alors qu'il reste 200 km à parcourir. Garin amèliore de plus de 19 heures le temps réalisé par Charles Terront dix ans plus tôt[19].

En 1902, Garin remporte une autre grande classique de l'époque : Bordeaux-Paris, une course de 500 km dans le Sud-Ouest de la France.

Tour de France[modifier | modifier le code]

1903 : premier vainqueur pour l'éternité[modifier | modifier le code]

Avec son masseur et son fils en 1903.

Le premier Tour de France de l'Histoire est créé dans le but de promouvoir un nouveau quotidien sportif, L'Auto et faire de l'ombre au concurrent national Le Vélo[20], qui vend 80 000 exemplaires par jour[21]. Certains des annonceurs du journal Le Vélo avaient été en désaccord avec le soutien donné à Alfred Dreyfus dans l'affaire Dreyfus, un soldat reconnu coupable d'avoir vendu des secrets aux Allemands, mais finalement acquitté après avoir été envoyé à l'île du Diable[20].

L'éditeur, Henri Desgrange, prévoit une course de cinq semaines organisée du 31 mai au 5 juillet. Les frais occasionnés pour cette nouvelle compétition provoquent l'hésitation des coureurs professionnels ; alors que seulement quinze coureurs sont engagés à une semaine du départ, Henri Desgrange décide de reporter la course. Il diminue la longueur à 19 jours et offre une indemnité journalière.

La course commence au café « le Réveil-Matin » situé à un carrefour de Montgeron, au sud de Paris, et se termine à Ville-d'Avray, une autre banlieue, après avoir fait le tour de la France en six jours de course et 2428 km. Une étape, entre Nantes et Paris est longue de 471 km. Soixante coureurs sont inscrits et ont réglé un droit d'entrée de 10 francs - 87,50 € en 2008 avec l'inflation[22] - et 21 ont terminé la course.

Maurice Garin et Hippolyte Aucouturier sont les deux principaux favoris de l'épreuve[23]. D'origine italienne, Maurice Garin est considéré comme le meilleur cycliste de l'époque et possède déjà un grand palmarès : le « petit ramoneur » compte notamment deux victoires sur Paris-Roubaix (en 1897 et 1898) et s'est imposé sur des courses renommées comme Paris-Brest-Paris, Bordeaux-Paris, Paris-Cabourg, Paris-Le Mans, ou encore des épreuves sur piste, comme les 24 heures de Paris, disputées en 1895 sur le vélodrome des Arts libéraux et pendant lesquelles il parcourt 701 km[24]. De son côté, Hippolyte Aucouturier, surnommé l'« hercule de Commentry », est le coureur en forme de cette année 1903, durant laquelle il remporte à la fois Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris.

Vainqueur de trois étapes, Garin termine premier du général en 94 h 33 min 14 s et remporte 6 125 francs de prime[25] (environ 21 500 € en 2008). Lucien Pothier se classe deuxième et Fernand Augereau troisième.

Pierre Chany écrit :

Dans la ville qui a adopté Maurice Garin, à Lens, un immense défilé a été organisé avec la participation de tous les notables de la région. Avant de quitter Paris le lundi soir, le lendemain de la course, le gagnant a effectué une visite, par politesse, à Henri Desgrange et, dans un geste sans précédent, tiré une feuille de papier de sa poche. C'était un article "afin de simplifier l'interview", a t-il expliqué. Là, il a donné ses sentiments pendant la course, a donné son opinion sur la formule par laquelle la course a été courue et a félicité ses rivaux[26].

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La note écrite par Garin est la suivante :

« Les 2500 km que je viens de faire me font l'effet d'une grande ligne grise, monotone, où rien ne tranche sur le reste. Pourtant j'ai peiné sur la route, j'ai eu faim, J'ai eu soif, j'ai eu sommeil, j'ai souffert, j'ai pleuré entre Lyon et Marseille, c'était le prix à payer pour gagner d'autres étapes.[26] »

« Je me vois dès le début du Tour comme un taureau percé de banderilles, qui les traîne avec lui sans pouvoir s'en débarrasser. [...] Maintenant, je peux bien vous le dire, votre course est la plus dure, la plus abominablement dure qu'on puisse imaginer[26]. »

Charles Terront, considéré comme le premier champion cycliste français de l'histoire après son succès dans le premier Paris-Brest-Paris en 1891, félicite ainsi Maurice Garin : « Vous, les coureurs du Tour, vous êtes des Géants, tu es le premier vainqueur du Tour de France, le pionnier de l'épopée cycliste, tu entres dans l'Histoire. Je t'admire[27]. »

1904 : victoire puis déclassement[modifier | modifier le code]

Au sujet du Tour 1904, Édouard Boeglin s'interroge :

Garin fut-il l'objet d'une injustice ? Ce n'est pas impossible. Mais la rigueur des sanctions s'expliquait alors par le discrédit dans lequel était (déjà !) tombé le cyclisme professionnel. Il fallait faire un exemple et donc frapper un champion.
Or Maurice Garin était incontestablement le « plus fort coureur de ces années-là. » C'est donc lui qui fut frappé, prioritairement. Il avait trente-quatre ans. La suspension de deux ans qui lui fut infligée interrompit sa carrière. On ne le vit plus jamais à la tête du peloton « ce coureur petit et trapu, à la régularité formidable... qui avait gagné toutes les courses qui comptaient »,
... ce coureur « intelligent, rusé, instinctif et calculateur,
... le petit ramoneur d'Arvier, en Val d'Aoste, tout près du Mont-Blanc »

Édouard Boeglin, Franco Cuaz[8],[28].

Garin remporte également le Tour de France 1904, avec une petite marge d'avance sur Lucien Pothier, mais est ensuite dépouillé du titre qui est attribué à Henri Cornet. La course suscite une passion sans précédent parmi les spectateurs, qui vont jusqu'à abattre des arbres pour bloquer les rivaux et en frapper d'autres la nuit près de St-Étienne[5]. Garin est l'une des victimes de ces bandes.

Dans la première étape, Maurice Garin et Lucien Pothier sont agressés par quatre hommes masqués dans une voiture. De Lyon à Marseille, Antoine Fauré mène l'étape qui arrive dans sa ville natale, lorsque 200 de ses supporters tentent d'arrêter le reste du peloton pour lui permettre de gagner. La situation n'est résolue qu'après que les officiels de course ont tiré en l'air. Lors de l'incident, Garin se blesse à la main, et Giovanni Gerbi se retrouve assommé. Quand le Tour atteint Nîmes, les supporters locaux se montrent en colère en raison de la disqualification de leur favori Ferdinand Payan qui s’est aidé d'un engin motorisé. Pour cette raison, ils n'hésitent pas à lancer des pierres sur les coureurs. Lors de la cinquième étape, des clous sont placés sur les routes, causant des crevaisons. L'assistance mécanique n'étant pas autorisée, Henri Cornet est obligé de terminer les 40 derniers kilomètres avec deux pneus crevés.

Pierre Chany raconte :

« Dans l'ascension du col de la République, en quittant St-Étienne, les partisans du coureur régional, Faure, aggresse l'Italien Gerbi. Il est jeté à terre, tabasser. Il s'échappe avec un doigt cassé... »[5]

Maurice Garin avouera pendant la course :« Je vais gagner le Tour de France à condition que je ne sois pas assassiné avant d'arriver à Paris »[29][30]

Les débordements deviennent commun entre les coureurs et neuf d'entres eux sont disqualifiés au cours de la course pour avoir utilisés des voitures[4]. Il y a également des revendications comme quoi les organisateurs ont permis à Garin d'outre passer les règles - au cours d'une étape, il s'est alimenté alors que cela n'était pas été autorisé - parce que son sponsor, la Française, avait un intérêt financier dans la course[31].

La Fédération française de cyclisme de l'époque, l'Union vélocipédique de France (UVF), entend des dizaines de concurrents et témoins et en décembre décide de disqualifier tous les vainqueurs d'étape et les quatre premiers du classement géénral : Garin, Pothier, César Garin, et Hippolyte Aucouturier. Henri Cornet, cinquième du classement général initial, est ainsi sacré vainqueur. Maurice Garin hérite d’une suspension de deux ans, tandis que Lucien Pothier, deuxième à Paris, est suspendu à vie (sa peine sera finalement allégée à trois ans de suspension et il pourra reprendre la compétition en 1907). Au total, 29 coureurs sont disqualifiés.

L'UVF invoque des violations aux articles 5, 6, 7 et 8 du règlement du Tour pour motiver ses décisions du mais les archives de l'UVF ayant disparu au cours de leur mise à l'abri en 1940, ses motivations restent obscures. Henri Desgrange qui s'était répandu en articles sanglants pendant le Tour pour stigmatiser notamment l'attitude intolérable des spectateurs, utilisa cette fois les colonnes de L'Auto pour défendre quelques coureurs, Maurice Garin, César Garin et Hippolyte Aucouturier au premier chef. En revanche, Desgrange était en accord avec l'UVF concernant les suspensions à vie de Chevalier et Lucien Pothier, pris en flagrant délit de tricherie. Desgrange, dans un éditorial de L'Auto, annonce que c'est le dernier tour mais ses collaborateurs, actionnaires et annonceurs ne veulent pas renoncer à cette « poule aux œufs d'or » et relancer le quotidien concurrent Le Vélo[32].

Retraite[modifier | modifier le code]

Garin se retire du cyclisme et s'occupe de son garage à Lens jusqu'à sa mort. Le garage existe toujours, bien qu'entièrement changé depuis l'époque de Garin. Un écrivain anonyme qui l'a cotoyé se souvient :

Je me souviens vraiment de Maurice Garin, je le rencontrais et lui parlais presque tous les jours car nous habitions le même quartier, à 200 mètres de distance, à Lens. Le père Garin (comme le nommaient mon père et mon grand-père), les beaux jours venus, chevauchait une chaise, appuyé sur le dossier, placée devant l'entrée du petit bureau de la station-service Garin au 116 rue de Lille à Lens, dont il était le propriétaire, à l'enseigne des carburants et lubrifiants Antar. Mon coiffeur officiait dans la maison mitoyenne, j'y allais une fois par mois me faire couper 'en brosse', c'était la mode en ce temps-là. Avec les copains, nous avions entre 7 et 10 ans et sur nos vélos à une vitesse nous nous attachions des dossards marqués au crayon à bille avec des épingles de nourrice, et ne manquions pas de passer nous montrer, en peloton serré, à Maurice Garin. C'est étrange, personne n'a jamais eu l'idée de fixer sur la pellicule ce gamin que j'étais, auprès du premier grand champion de la plus grande course cycliste du monde[33].

Maurice Garin n'était nullement un héros adulé, et encore moins un champion enrichi (il a passé sa retraite à surveiller sa station-service Antar à Lens), je ne me souviens de nulle célébration spéciale en son honneur, nul débarquement d'équipes de télévisions françaises ou étrangères venues l'interviewer, avant qu'il disparaisse en 1957. Et la rue de Lille où il habitait, aujourd'hui encore n'a pas été rebaptisée rue Maurice Garin[33].

Après sa carrière, Garin garde son intérêt pour le cyclisme. Il retourne une seule fois dans sa ville natale, en 1949, pour voir le Tour passer. Il s'occupe d'une équipe professionnelle sous son nom après la seconde guerre mondiale. Le Néerlandais Piet van Est remporte Bordeaux-Paris en 1950 et 1952 avec le maillot rouge et blanc de l'équipe. Lors du 50e anniversaire du Tour en 1953, Garin est invité au côté d'autres anciennes gloires à l'arrivée dans le cadre d'une célébration.

Décès et commémoration[modifier | modifier le code]

Il est enterré dans une tombe de la famille avec son épouse Désirée. L'inscription sur la pierre tombale dit—
Tombe de la famille Garin
Familles Brot, Garin et Darnet.
Desirée Maille (1890-1952),
— Épouse de
Maurice Garin (1871–1957)
Mme Vve Marie Brot, (1863–1948)
Henri Darnet (1905–1970)
Denise Darnet (1904–1982)

'Cimetière Est' (section F3), Sallaumines, près de Lens[3].

En 1933, le "Stade Vélodrome Maurice Garin" est construit à Lens et est nommé en son honneur[34]. Il est néanmoins rasé et reconstruit en 1990, puis réouvert par le ministre de la Jeunesse et des Sports Roger Bambuck. Il est à nouveau détruit en 2007 dans le cadre du projet de reconstruction du « Louvre Lens ». En 1938, Garin recoit la médaille d'or de l'éducation physique par le ministre des Sports Leo Lagrange[1]. Garin est connu pour être un homme déterminé, même autoritaire. Avec l'âge, il devient confus et a tendance à perdre la mémoire. Son biographe, Franco Cuaz, raconte :

... Il [Garin] errait à travers Lens demandant : « Où est le contrôle ? Où est le contrôle ? » son esprit l'ayant ramené des années en arrière avec les images des hôtels où les coureurs signaient les feuilles de vérification dans les premiers Tours[8][28]

.

... Il finit régulièrement à la station de police de la ville, d'où il est escorté jusqu'à sa maison. Souvent, il était allé loin de chez lui, sans savoir où il était, ni où il allait[9][28]

.

En 2003, une rue est renommée en son honneur à Maubeuge pour le centième anniversaire de sa victoire sur le Tour de France. En 2004 Les Amis de Paris–Roubaix place un pavé sur sa tombe, une récompense traditionnelle pour les vaiqueurs de Paris-Roubaix[7]. Dans Arvier, le village en Italie où il est né, il y a un monument en son honneur. Son biographe, Franco Cuaz, écrit :

« Chaque année, la municipalité m'envoie les Français qui veulent voir la maison où il est né. C'est une sorte de pèlerinage[9]. ».

Palmarès[modifier | modifier le code]

Palmarès sur route[modifier | modifier le code]

Palmarès sur piste[modifier | modifier le code]

Record[modifier | modifier le code]

  • 1895 : Recordman du monde des 500 km sur route derrière entraîneur humain : 15 h 02' 32", entre le 3 et le 4 février

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Une raison possible pour laquelle toute la famille Garin a voyagé si loin, de la vallée d'Aoste à la frontière belge, est que la région possède des mines de charbon et les villes industrielles ont toujours besoin de main-d'œuvre. Voir aussi Moving Europeans, Migration in Western Europe since 1650. Par Leslie Page Moch.
  2. a, b et c 1 franc français équivalait à environ 3,5 euros en 1900.
  3. À cette époque, les courses sont d'une extrême difficulté, que ce soit sur les vélodromes ou sur les routes. Elles rivalisent en termes de longueurs et seuls les coureurs les plus endurants et résistants parviennent à s'imposer
  4. En 2004, Les Amis de Paris-Roubaix rendent hommage aux victoires de Garin sur Paris-Roubaix en plaçant un pavé - trophée traditionnelle pour les gagnants de la course, sur sa tombe. Voir Les Amis de Paris-Roubaix, Manifestations, 3 mars 2004, Hommage à Maurice Garin

Références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Maurice Garin » (voir la liste des auteurs).

  1. a et b Trans-Alpine du Livre, Vallée d'Aoste, Article on Maurice Garin
  2. a et b Memoire du Cyclisme, database, Maurice Garin Palmarès
  3. a et b The Unknown Tour de France, par Les Woodland. Van der Plas Publications. ISBN 1-892495-26-0
  4. a et b Chany, Pierre (1986), La Fabuleuse Histoire du Tour de France, La Martinière, France, p. 54—55
  5. a, b et c Chany, Pierre (1986), La Fabuleuse Histoire de Cyclisme, La Martinière, France, p. 60
  6. a, b, c et d Coup de chapeau à ... Maurice Garin sur lepetitbraquet.fr
  7. a, b et c Les Amis de Paris-Roubaix, Manifestations, 3 mars 2004, Hommage à Maurice Garin
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Journal L'Alsace-Le Pays, 20 février 2001, La mort du petit ramoneur
  9. a, b, c, d, e, f et g Journal du dimanche, France, 29 juin 2003
  10. Cycling Archives - César Garin
  11. Cycling Archives - Ambroise Garin
  12. Le premier vainqueur du Tour était-il Italien ?
  13. Palmarès de Paris-Roubaix sur lesamisdeparisroubaix.com
  14. La naissance de Paris-Roubaix sur memoire-du-cyclisme.eu
  15. a et b Sergent, Pascal (1997), 100 Paris-Roubaix : patrimoine d'un siècle
  16. Maurice Garin, premier héros de la légende
  17. « Site officiel du Paris Brest Paris 2007 », Paris-brest-paris.org,‎ (consulté le 2 octobre 2009)
  18. Coup de Chapeau à ... Lucien Lesna
  19. Chany, Pierre (1988), La Fabuleuse Histoire de Cyclisme, vol 1, Nathan, France, p. 162
  20. a et b Bœuf, Jean-Luc, et Léonard, Yves (2003), La République du Tour de France, Seuil, France, p. 23
  21. Nicholson, Geoffrey (1991) Le Tour, the rise and rise of the Tour de France, Hodder and Stoughton, UK
  22. Wheatcroft, Geoffrey (2003), 'Le Tour: a history of the Tour de France, 1903–2003', Pocket Books, UK
  23. « Les forces en présence », sur lagrandeboucle.com (consulté le 3 mai 2015).
  24. Pierre Lagrue, « Garin Maurice (1871-1957) », sur universalis.fr, Encyclopædia Universalis (consulté le 30 avril 2015) (inscription nécessaire).
  25. Augendre, Jacques (1996), Le Tour de France, Panorama d'un Siècle, Société du Tour de France, France, p. 7; à titre de comparaison, un kilo de pain coûtait 40 centimes
  26. a, b et c Chany, Pierre (1988), La Fabuleuse Histoire du Tour de France, La Martinière, France, p. 46
  27. Jean-Paul Vespini, 1903, Le Premier Tour de France, Paris, Jacob-Duvernet, 2013, 278 pages
  28. a, b et c Garin. Il ciclismo di un secolo fa. (The cycling of a century ago). Musumeci, 1997.
  29. Chany, Pierre (1986), La Fabuleuse Histoire du Tour de France, La Martinière, France, p. 61
  30. Chany, Pierre (1986), La Fabuleuse Histoire du Tour de France, vol 1, La Martinière, France, p. 181
  31. Chany, Pierre (1986), La Fabuleuse Histoire du Tour de France, La Martinière, France, p. 62
  32. Jacques Lablaine, L'auto-vélo : le journal précurseur du Tour de France, Éditions L'Harmattan,‎ 2010 (ISBN 978-2296136052), p. 124-125
  33. a et b Tour de France, je me souviens de Maurice Garin grincheux.typepad.com
  34. Ethno62, Culture et Traditions dans le Pas-de-Calais. Lens — destruction programmée du stade Maurice Garin, Qui était Maurice Garin ?

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Lagrue, Le Tour de France. Reflet de l'histoire et de la société, 2004, chapitres 1903 : le succès des débuts et 1904 : le Tour est mort ! (ISBN 9782747566759)

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