Cythère

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Cythère
Κύθηρα (el)
La capitale de l'île, Chora
La capitale de l'île, Chora
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Localisation Mer Égée (mer Méditerranée)
Coordonnées 36° 10′ 00″ N 23° 00′ 00″ E / 36.166667, 23 ()36° 10′ 00″ N 23° 00′ 00″ E / 36.166667, 23 ()  
Superficie 279,6 km2
Géologie Île continentale
Administration
Périphérie Attique
Démographie
Population 4 041 hab. (2011)
Densité 14,45 hab./km2
Plus grande ville Cythère (ville) (el) (Chora)
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+02:00

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Cythère
Cythère
Îles de Grèce

Cythère (en grec ancien et moderne Τα Κύθηρα / Ta Kýthira, pl. ou ἡ Κυθηρία (γῆ)/ hê Kythêría, la (terre) Cythéréenne[1]), connue aussi sous le nom de Cérigo, est une île grecque de la mer Égée, située entre le Péloponnèse et la Crète. Elle fait partie, avec les îles Ioniennes, de l'Heptanèse mais elle est aujourd'hui rattachée administrativement à l'Attique.

Comme beaucoup de petites îles de la mer Égée, Cythère est aujourd'hui très peu peuplée. Elle ne compte qu'environ 4 000 habitants permanents, alors que des dizaines de milliers de descendants de Cythériotes vivent sur le continent grec et dans la diaspora, notamment en Australie.

Histoire[modifier | modifier le code]

À Cythère, des sites archéologiques datés de la période helladique, contemporaine des Minoens, attestent d'un commerce cythériote avec le monde égéen, crétois, anatolien et jusqu'à l'Égypte et à la Mésopotamie. Cythère abrita une colonie phénicienne aux débuts de l'âge archaïque. Xénophon se réfère à la « baie phénicienne »[2] à Cythère (probablement la baie d'Avlemonas sur la côte est de l'île). La cité archaïque de Cythère était à Scandea près d'Avlemonas ; ses ruines ont été exhumées. Son acropole, maintenant Palicastro (Palaiokastron: « vieux fort »), comporte un temple d'Aphrodite, qui pourrait avoir été antérieurement dédié au culte phénicien d'Astarté.

Pendant la période classique, l'île a été vassale de plusieurs grandes cités-États. Sparte succéda comme suzeraine à Argos durant le VIe siècle av. J.-C., et mit en place un kytherodikes (kυθηροδίκης, « juge pour Cythère »)[3]. Athènes occupa trois fois Cythère, pendant les guerres avec Sparte (en -456 pendant sa première guerre avec Sparte et le Péloponnèse, de -456 à -410 pendant la plus grande partie de la Guerre du Péloponnèse et de -393 à -387/386, pendant la guerre de Corinthe contre la domination de Sparte) et l'utilisa pour soutenir son commerce et pour attaquer la Laconie.

À partir de -195, après la défaite de Sparte, Cythère devint indépendante et frappait monnaie, puis, pendant la période d'Auguste, de nouveau vassale de Sparte, elle devint la propriété de Gaius Julius Euryclès, qui était à la fois magnat spartiate et citoyen romain. À cette époque les villes grecques étaient en pratique soumises à l'Empire romain, et Cythère faisait partie de la province d'Achaïe. La division de l'Empire romain en 395 aboutit progressivement à l'Empire byzantin en parallèle avec la christianisation, attestée ici dès le IVe siècle, à l'époque de Constantin. Selon la légende, sainte Elisa (ou Elesa) serait venue de Laconie pour convertir l'île[4], avant d'être tuée en 375 par son propre père qui voulait la marier contre son gré.

À l'époque byzantine, l'île fait partie successivement de la province d'Achaïe puis du thème du Péloponnèse. Elle abrite plusieurs monastères, mais se dépeuple à partir de 654 en raison des raids arabes : une partie de la population est emmenée en esclavage, le reste se réfugie dans la montage et finalement sur le continent. Cythère devient propriété de la famille monemvasiote des Eudaimonoiannes à la fin du XIIe siècle, et passe à la famille vénitienne Venier par mariage en 1238[5]. Cette période inaugure dans l'île une longue cohabitation entre une communauté catholique, initialement italienne, mais devenue avec le temps hellénophone, et les orthodoxes.

Les possessions des Venieri sont confisquées par la « Sérénissime république » pour leur implication dans la révolte crétoise de Saint-Tite en 1363, mais une moitié environ de l'île est rendue aux Venieri une trentaine d'années plus tard[6],[7]. Cythère est ainsi intégrée à l'empire maritime vénitien qui comporte au début du XVe siècle les îles dalmates, Ioniennes et égéennes, la Crète et Chypre ; elle ne devient pas ottomane comme la plupart de ces îles, mais reste possession vénitienne.

En 1797, lors de la partition de la République de Venise lors du traité de Campo-Formio, elle devient partie des départements français de Grèce, et forme avec Zante et les Strophades le département de Mer-Égée. Cependant, lorsqu'en 1798 l'Empire ottoman déclare la guerre à la République française suite au déclenchement de l'expédition d'Égypte, une flotte russo-turque commandée par Fiodor Ouchakov et Cadir Bey investit les îles Ioniennes. Cythère capitule le 22 vendémiaire An VII (13 octobre 1798) au capitaine-lieutenant de Kostok[8],[9], le jour-même de la chute de Prévéza.

Le pont de Katouni (fi), construit par les britanniques en 1826, pendant leur protectorat sur les îles Ioniennes.

Cythère est intégrée en 1800 à la République septinsulaire, dont le protectorat est cédé par la Russie à la France en 1807 au traité de Tilsit. Cependant, dès 1809, elle est capturée par les britanniques. Ceux-ci l'intègrent en 1815 à la République des îles Ioniennes, foyer d'humanisme et de philhellénisme, qui finit par rejoindre le Royaume de Grèce en 1864.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la position stratégique de l'île lui vaut en 1940 la présence d'une unité d'artillerie britannique (en fait australienne), mais celle-ci doit se retirer lors de l'offensive de l'Axe en 1941 et Cythère est occupée par les troupes italiennes, qui se retirent à leur tour en octobre 1943 au profit des armées du Troisième Reich (Kriegsmarine et Wehrmacht). Durant l'automne 1944, au terme de durs combats entre la résistance grecque et l'occupant, l'île revient aux Grecs.

À partir des années 1950, le développement du tourisme, ici modéré, permet une modernisation des infrastructures de Cythère, mais le séisme de magnitude 5,6 à 5,8 qui a frappé l'île le 5 novembre 2004 et la crise financière des années 2010, due à la dérégulation mondiale et aux endettements de la Grèce, remettent en cause cette modernisation.

Mythologie[modifier | modifier le code]

Hérodote mentionne la présence d’un temple dédié à la déesse dans l'île, et la Rome antique fait les mêmes éloges que les Hymnes homériques. La naissance marine de la déesse Aphrodite, lorsque le sperme d’Ouranos entra en contact avec la mer, eut lieu près de l’île, qui en garda un culte voué à la déesse en souvenir : au large de l’île, l’endroit exact de sa naissance est connu depuis les temps antiques. Dans l’Iliade d’Homère, la déesse en tire même l'une de ses épiclèses : « Cythérée ».

Sept ans après la naissance d'Égisthe, Agamemnon et Ménélas partent à Delphes sur ordre d'Atrée, afin d'y trouver leur oncle Thyeste. Trouvé par hasard, Thyeste est capturé et ramené à Mycènes[10]. Égisthe assassine Atrée au retour de Thyeste, et ce dernier prend possession du trône de Mycènes, contraignant Agamemnon et Ménélas à l'exil : ils sont confiés tour à tour au roi de Sicyone Polyphide, qui les confie à Œnée l’Étolien. Adultes, quand Agamemnon et Ménélas reviennent dans leur patrie, renversent Thyeste, et le contraignent à son tour à l'exil - c’est à Cythère qu’il fuit[11].

Géographie[modifier | modifier le code]

L'une des plages de sable[12] rouge de Firi Ammos.

Homère[13] parle d'une ville de l'antique île, Scandie, dont provient un certain Amphidamas, ancien propriétaire du casque que revêt Ulysse au chant X, avant la Dolonie. L'île est parsemée de nombreux villages et hameaux, dont les plus grands sont Potamos (el), Livadi (fi), et la capitale Cythère (el) (Chora)[14].

S'y trouvent également de nombreuses plages, dont les plages de sable rouge de Firi Ammos, proches d'Agia Pelagia (fi).

Tourisme[modifier | modifier le code]

La calanque du village d'Avlémonas

L'activité touristique n'est pas très développée à Cythère. Le fait que l'île soit relativement éloignée des grands centres urbains, en combinaison avec une mauvaise connexion maritime, n'attire pas de grandes masses de touristes. Cependant, depuis plusieurs années, le nombre de visiteurs n'a cessé d'augmenter. Cette vague touristique croissante est à l'origine de la construction d'un grand nombre de nouvelles maisons et villas. Les villages de Avlemonas (fi), Diakofti (el) et Kapsali (fi) sont d'illustres exemples de ce phénomène.

La baie de Kapsali, vue de la citadelle vénitienne de Chora

Cythère reste pourtant une île faiblement peuplée : son environnement naturel est encore bien préservé. Sous la menace d'une explosion touristique, avec des conséquences néfastes pour la nature, des actions faisant la promotion d'un tourisme durable ont lieu par de nombreux habitants de l'île, avec l'accord de la Mairie de Cythère. Parmi celles-ci, on trouve la cartographie des sentiers de Cythère, utilisés autrefois par les villageois quand les routes et les voitures n'avaient pas encore cicatrisé le territoire, ainsi que la promotion de l'île comme destination de vélo tout terrain, de randonnées pédestres, etc.

Inspiration culturelle[modifier | modifier le code]

Une Cythère rêvée a inspiré aussi bien les peintres que les poètes.

François Couperin a écrit en 1722 une pièce de clavecin appelée "Le carillon de Cythère". Cette pièce figure dans son troisième livre, au sein du quatorzième ordre, où les références à l'amour sont nombreuses.

Antoine Watteau a peint plusieurs tableaux évoquant Cythère, dont Pèlerinage à l'île de Cythère. Gérard de Nerval raconte dans son Voyage en Orient comment, en abordant Cythère, il vit un pendu. Cet épisode a inspiré à Charles Baudelaire le poème « Un voyage à Cythère » des Fleurs du mal.

Une fois la Révolution française passée, l'imaginaire de la France bourgeoise s'embarque à nouveau vers Cythère, non seulement avec Hugo, Nerval et Baudelaire, mais avec Charles Blanc, les Goncourt ou Verlaine. Les « Fêtes galantes » de ce dernier poète donnent naissance à un florilège de mélodies et de pièces musicales considérées souvent d'une qualité exceptionnelle, signées Saint-Saëns, Fauré, Debussy, Ravel… Ces œuvres d'art attestent à quel point la bourgeoisie française de la fin du XIXe siècle affine son goût, mais aussi sa peur de l'Allemagne ou du prolétariat, et par cette réinvention artistique de Cythère, combien elle se plaît à rêver d'amour et d'utopie sociale[15].

Le peintre Léon Matthieu Cochereau qui faisait partie de l'expédition en Orient de Forbin, atteint de dysenterie, est mort au voisinage de cette île le 30 août 1817.

L'île a donné son nom à un arbre fruitier : le prunier de Cythère, qui n'est pourtant pas un arbre originaire d'Europe.

Dans son Voyage autour du monde, Bougainville, le premier explorateur français à avoir fait le tour du monde, raconte que lorsqu'il se trouve sur l'île de Tahiti (nommée ainsi par ses habitants), lui et son équipage appellent l'île "la Nouvelle Cythère", peut-être pour sa symbolique, car ils voyaient l'île comme une utopie, "le jardin d'Eden", un monde merveilleux où tout le monde s'aimait.

Infrastructures[modifier | modifier le code]

Port[modifier | modifier le code]

Port de Diakofti.
Épave rouillant à l'Est du port de Diakofti.

Le petit port d'Agia Pelagia (fi) (Sainte-Pélagie) fut le principal port de l'île jusqu'au milieu des années 1990, moment où celui de Diakofti (el), plus grand, a pris la relève. On y offre des liaisons régulières avec le Péloponnèse (Néapoli, Gythio et Kalamata), avec Anticythère, avec Le Pirée et la Crète.

Aéroport[modifier | modifier le code]

L'île possède un petit aéroport, l'Aéroport national de l'île de Cythère, situé entre les villages de Friligiannika et Diakofti. Il est desservi par la compagnie aérienne Olympic Airlines, ainsi que par la compagnie Athens Airways à partir de l'été 2009.

Équipement culturel[modifier | modifier le code]

Cythère possède un musée archéologique qui rassemble de nombreux objets de la civilisation minoenne.

Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

La localité de Chora est le siège d'un évêché : la Métropole de Cythère.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. A. Bailly, Abrégé du dictionnaire grec-français, p. 516.
  2. Xénophon, Hellenica, 4.8.7.
  3. Thucydide, 4,53,3.
  4. Brill's New Pauly, article on "Cythera" (for entire section), citing Paus. 1,27,5; Thuc. 4,53,1ff.; 57,4; 5,14,3; 18,7; 7,26,2; 57,6; Xen. Hell. 4,8,7; Isoc. Or. 4,119, and Cassius Dio 54,7,2.
  5. Michael Angold, The Latin empire of Constantinople, 1204–1261: marriage strategies in Identities and Allegiances in the Eastern Mediterranean After 1204 p 60 en ligne
  6. (en) Marina Koumanoudi, Fragments of an Island Economy The Venier Kytheran Estate Records 15th c., Venise, Istituto Ellenico di Studi Bizantini e Postbizantini di Venezia,‎ 3-7 décembre 2007 (lire en ligne), p. 498
  7. (en) Siriol Davies et Jack L. Davis, Between Venice and Istanbul: Colonial Landscapes in Early Modern Greece, ASCSA,‎ 2007, 260 p. (lire en ligne), p. 38, 213
  8. * J.P. Bellaire, Précis des opérations générales de la division Française du Levant : chargée, pendant les années V, VI et VII de la défense des îles et possessions ex-vénitiennes de la mer Ionienne, formant aujourd'hui la République des Sept-Isles, Paris, Magimel,‎ 1805, 486 p. (lire en ligne), p. 444
  9. Emmanuel Rodocanachi, « Les Îles Ioniennes pendant l'occupation française (1797-1799) », La Nouvelle revue, Paris, vol. 112-113,‎ juin-juillet 1898, p. 444 (ISSN 01847465, lire en ligne)
  10. Hygin, Fables [détail des éditions] [(la) lire en ligne] LXXXVIII [1]
  11. Épitome (II, 15) lire en ligne
  12. En fait, ceci s'apparente plus à de petits cailloux qu'à du sable.
  13. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne], chant X, 268-270
  14. Service national grec de données statistiques
  15. Michel Faure, « L'Époque 1900 et la résurgence du mythe de Cythère », Le Mouvement social, octobre-décembre 1979

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le guide du routard : Grèce continentale, éditions Hachette, 2008, p. 232 à 236.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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