Équilibre général

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La théorie de l'équilibre général est une branche de la macroéconomie. Elle cherche à expliquer comment se fixent le niveau de production et de consommation des biens et les prix dans une économie. Les modèles d'équilibre général sont utilisés pour mesurer l'impact des décisions politiques, comme l'augmentation d'un taux de prélèvement. Le premier résultat de Arrow et Debreu synthétise le principal argument pour une dérégulation d'une économie, qui aboutirait à un équilibre Pareto-efficace. En revanche, la dépendance directe de cet équilibre à l'allocation initiale des ressources rentre dans la défense d'une politique de redistribution. De même les banques centrales utilisent des modèles stochastiques dynamiques d'équilibre général pour déterminer leur politique de taux.

La théorie de l'équilibre dans le contexte des autres approches économiques[modifier | modifier le code]

Cet article couvre l'approche néoclassique de la théorie de l'équilibre général. Toutes les thèses non-néoclassiques sur le comportement des marchés ne figurent pas dans cet article. En particulier, voyez les articles dédiés pour les approches classique, marxiste ou institutionnalistes pour l'établissement des prix : l'analyse entrée-sortie de Wassily Léontief et le modèle de croissance en optimisation linéaire développé par John von Neumann.

Les économistes de l'École autrichienne considèrent que l'équilibre général est une construction imaginaire qui peut être utile pour l'étude de problèmes particuliers, mais qui ne décrit aucune situation réalisable. Pour eux, l'économie est en perpétuel déséquilibre et le seul sujet d'étude scientifique est celui des processus d'évolution. Ils considèrent donc toute la théorie de l'équilibre général comme sans objet, une façon de chercher "sous le lampadaire" (parce qu'on sait faire des calculs), même si on sait bien que c'est ailleurs qu'on a perdu ses clés.

L'équilibre général tente de donner une explication englobante de toute l'économie dans une démarche montante (dite encore bottom-up ou « de fondement »). Par opposition, la macroéconomie dite keynésienne adopte une démarche descendante laquelle part d'agrégats plus importants. Depuis le rapprochement par les fondements microéconomiques, la frontière tend à s'estomper. Cependant, de nombreux modèles macroéconomiques ne considèrent qu'un « marché des biens » et observent par exemple quelles sont ses interactions avec le marché financier. Le plus souvent, les modèles d'équilibre général distinguent plusieurs marchés de biens différenciés. Les modèles récents sont souvent très détaillés et reposent sur des bases économétriques.

Historique[modifier | modifier le code]

Léon Walras[modifier | modifier le code]

Dans Éléments d'économie politique pure ou théorie de la richesse sociale (1874) Léon Walras expose sa première tentative de modéliser une économie pour expliquer la formation des prix. Il propose une série de modèles de plus en plus complexes (deux biens, plusieurs types de biens, la production, la croissance, la monnaie).

Le problème de Walras s'exprime formellement par un système d'équations. Pour L biens et donc L marchés, il y a 2L équations données par les offres et les demandes et qu'il y a 2L inconnues (les L quantités échangées et les L prix), Walras en déduit que ce système, possédant autant d'équations que d'inconnues, devrait avoir une solution. Or même un système de deux équations linéaires à deux inconnues peut selon les cas avoir une solution, ne pas avoir de solution ou posséder une infinité de solutions. Le problème de l'existence d'une solution à ce problème (dit problème d'équilibre général) restera longtemps sans solution claire malgré des efforts notables d'économistes comme Cassel ou Wicksell.[réf. nécessaire]

Walras a aussi été le premier à avoir une intuition du rôle du tâtonnement pour atteindre l'équilibre et notamment de son impact sur la stabilité. Il propose une méthode pour atteindre cet équilibre. Les prix sont annoncés à la criée et les agents indiquent combien ils souhaitent offrir ou demander de chaque bien. Aucune transaction n'est traitée tant que l'on se trouve au déséquilibre. Les prix positifs des biens en excès de demande sont revus à la hausse ; ils sont baissés pour les biens à faible demande. Toute la question est de savoir sous quelle condition ce processus va atteindre l'équilibre -- sauf sur les biens de prix nuls pour lesquels l'offre doit surpasser la demande. Walras ne trouve pas de réponse définitive à cette question.[réf. nécessaire]


Alfred Marshall[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Alfred Marshall.

Dans Principes d'économie politique (1890) Alfred Marshall présente l'analyse d'un équilibre partiel d'équilibre générale en étudiant les de l'offre et de la demande pour un seul bien en supposant les autres constant. À la fin des années 1920 Piero Sraffa démontre que la théorie de Marshall ne peut pas expliquer la convexité de la courbe d'offre pour l'ensemble des commodités[1]. En effet si une industrie consomme beaucoup d'un facteur de production, une augmentation de son activité fera sensiblement monter le prix de cette fourniture et donc de ses coûts.

Arrow, Debreu et McKenzie[modifier | modifier le code]

En 1953 Kenneth Arrow et Gérard Debreu proposent un cadre formel qui impose des contraintes sur les équations de Walras telles qu'ils peuvent rigoureusement démontrer la proposition d'existence de l'équilibre général[2]. Ces auteurs définissent rigoureusement le concept d'équilibre. Leur démonstration est non-constructive. Elle repose sur des arguments de convexité sur des ensembles fermés d'un espace vectoriel et l'utilisation du théorème du point fixe de Kakutani. Mais la première preuve d'un tel résultat est due à Lionel McKenzie (en)[3],

Commentaires non sourcés[modifier | modifier le code]

Les interprétations de ces résultats se classent en trois champs. Tout d'abord, si l'on considère des biens répartis en des emplacements géographiques distincts, le modèle de Arrow-Debreu est un modèle spatial, de commerce international par exemple.

De plus, si l'on distingue les biens selon la date à laquelle ils sont livrés ; tous les marchés instantanés sont équilibrés à un instant pris pour origine. Les agents du modèle ont donc contractés des livraisons à terme. Ce modèle intertemporel prévoit qu'à l'origine, tous les marchés futurs sont négociés.

Enfin imaginons que les contrats spécifient dans quel état de nature la livraison se fait : la couverture d'une assurance ne s'exerce qu'en cas de sinistre.

« A contract for the transfer of a commodity now specifies, in addition to its physical properties, its location and its date, an event on the occurrence of which the transfer is conditional. This new definition of a commodity allows one to obtain a theory of [risk] free from any probability concept... » (Debreu 1959)

Ces interprétations peuvent être combinées. Le modèle de Arrow-Debreu s'applique donc quand les biens sont identifiés par le lieu et la date de leur livraison, et sous quelles conditions. Il aboutit à un système complet de prix pour des contrats du type : « Une tonne de pommes de terre benottes calibrées, livrée à Genève le 5 juin, s'il a plu moins de 85 cm dans le Valais depuis le 1er octobre. » Un modèle d'équilibre général avec des marchés complets de ce type est assez loin d'une description réaliste du monde des affaires.

Le travail d'Arrow et Debreu a connu un grand retentissement dans la communauté des économistes, non seulement parce qu'il apportait une solution rigoureuse à l'un des plus vieux problèmes de la science économique : la fameuse "main invisible" d'Adam Smith, mais surtout parce qu'il permettait de reprendre le programme de recherche néo-classique avec des moyens formels beaucoup plus puissants. La théorie de l'équilibre général va alors susciter un ensemble immense de travaux, et l'on peut parler "d'âge d'or" de cette théorie pour toute la période allant du milieu des années 1950 au début des années 1970.

Il serait fastidieux d'en énumérer tous les développements. Parmi les plus importants, citons les extensions du concept à des environnements incertains, à des contextes dynamiques et multisectoriels, l'établissement d'une correspondance entre équilibre général et le cœur d'un jeu coopératif (Herbert Scarf, 1966), l'introduction des anticipations (concept d'epsilon-équilibre de Radner).

Ce programme de recherche va entrer progressivement en crise à partir du début des années 1970, au fur et à mesure qu'il devenait évident qu'il n'était pas possible, dans le contexte de cette théorie, d'expliquer comment une économie, initialement hors-équilibre, pouvait converger, par une suite d'échanges réalisés hors-équilibre, vers un équilibre. En d'autres termes, on était capable de montrer l'existence d'un équilibre dans un vaste ensemble de situations mais pas d'expliquer comment une économie pouvait l'atteindre dans un cadre d'échanges libres et décentralisés (résultats en particulier dus à Mantel, Sonnenschein et Debreu, 1974).

Intuitivement, on peut l'expliquer ainsi. Le système de prix d'équilibre est la quantité minimale d'information nécessaire pour coordonner les agents économiques sur un équilibre. C'est-à-dire qu'en annonçant aux agents un vecteur de prix d'équilibre, ils vont se coordonner spontanément sur l'équilibre correspondant des offres et des demandes. Mais "minimal" ne veut pas dire "suffisant", et c'est là le sens des résultats de Mantel et alii. Le problème de la coordination est donc déplacé vers un problème "d'information". Mais une autre des faiblesses de cette théorie est justement de supposer que les agents économiques disposent d'une information complète sur les biens et l'état des échanges.

C'est la raison pour laquelle à partir du milieu des années 1970, les économistes théoriciens ne vont plus chercher à approfondir, sauf à la marge, la théorie de l'équilibre général dans le contexte initialement construit par Arrow et Debreu. Ils vont s'orienter dans d'autres directions, privilégiant les questions d'information et d'incitations, cherchant ainsi une forme ou une autre de "dépassement" de la théorie de l'équilibre général, "dépassement" dont il paraît aujourd'hui très difficile de prédire la nature, mais rappelons nous que le problème de Walras a attendu 70 ans avant d'être résolu...


Les apports d'Arrow et Debreu font bien plus que de résoudre le vieux problème de Walras, ils inaugurent une manière entièrement nouvelle de poser et de résoudre des problèmes théoriques en économie. Il en résulte une certaine confusion entre la théorie de l'équilibre général au sens strict et le développement de la microéconomie et de l'économie mathématique qu'elle accompagne. Pour compliquer les choses, les approches initialement distinctes d'Arrow et de Debreu, fusionnées ensuite dans des contributions communes, relèvent de manières complémentaires mais assez différentes de penser la théorisation économique : plus constructive et "intuitive" chez Arrow, plus hypothético-déductive chez Debreu[réf. nécessaire].

Deux points importants sont à noter ici. D'une part, la formalisation est mathématiquement "ensembliste", elle ne connait que des ensembles de production et de consommation et des relations à l'intérieur d'eux (préférences pour les ensembles de consommation et technologies pour les ensembles de production). Il n'est plus fait référence à des "fonctions d'utilité" ou à des "fonctions de production". L'approche utilisée n'est donc plus "marginaliste" (et même considérée à l'époque comme "anti-marginaliste"), c'est-à-dire, comme dans la tradition néo-classique, basée sur des raisonnements par petites différences le long de graphes de fonctions. D'autre part, l'approche est conceptuellement "conventionnelle". L'idée épistémologique sous-jacente est qu'il nous est impossible de nous représenter mathématiquement l'économie "réelle", mais qu'il nous est toujours possible d'avoir une représentation logico-formelle de ce que nous pensons que l'économie est. En d'autres termes, toute définition d'une économie est une "convention" abstraite que nous sommes libres de modifier selon les questions à résoudre ou notre vision personnelle de ce qu'est une économie. Par contre, une fois adoptée une telle convention, nous devons nous soumettre aux règles de la logique formelle telles qu'elles s'appliquent dans le contexte axiomatique de cette convention pour en déduire des réponses aux questions posées. Tout raisonnement économique qui ne précise pas au préalable les termes de la convention dans laquelle il opère (ses "hypothèses" de départ, mais le terme est ici impropre) est a priori suspect d'être fallacieux, car infalsifiable faute d'une convention de référence[réf. nécessaire].

La contribution initiale de Debreu constitue un "coup de force" dans la pensée économique. C'est une des premières fois dans l'histoire de la pensée économique, qu'un auteur ose commencer son propos en définissant mathématiquement une économie. Cette définition réduit l'économie à un ensemble de listes : une liste de biens, une liste d'agents consommateurs, une liste de préférences sur les biens associée à la liste des consommateurs, une liste de technologies de production de la liste des biens. Technologies et préférences sont supposées vérifier une certaine axiomatique, axiomatique correspondant au nombre minimal d'hypothèses nécessaires pour obtenir le résultat recherché (elles ont été affaiblies depuis). Les consommateurs, comme les producteurs utilisant les technologies, sont posés "concurrentiels" au sens où ils considèrent les prix des biens comme des données qu'ils ne peuvent pas manipuler en modifiant leurs demandes ou leurs offres. Ils possèdent également une information complète sur les marchés et les biens échangés, et ceux-ci peuvent l'être sans coût spécifique.[réf. nécessaire]

Quelques mécanismes pouvant conduire à l’équilibre[modifier | modifier le code]

Un monde marqué par la rareté et peuplé d’individus rationnels[modifier | modifier le code]

Les économistes ne s'intéressent qu'aux situations où la rareté des ressources oblige les humains à faire des choix. Ils doivent donc classer leurs choix par ordre de préférence dans le but de satisfaire au mieux leurs souhaits, sous contrainte de ne pas utiliser plus que ce dont ils disposent. La théorie économique néoclassique postule que ce classement est rationnel, même si la rationalité sous-jacente n'est pas apparente à l'observateur. Chaque agent agit pour maximiser son utilité, d'une part en transformant ses ressources en produits qu'il va vendre (comportement de producteur), d'autre part en transformant ses ressources en biens de consommation (comportement de consommateur).

Dans ce modèle, les prix reflètent entièrement les comportements de tous les agents.

  • ils les déterminent : les variations de prix modifient les préférences des agents économiques, et stimulent ou découragent consommation et production. En général, la hausse (respectivement la baisse) du prix fait baisser (resp : augmenter) la consommation et augmente (resp : baisse) la production ; toutefois il y a parfois des effets inverses (la hausse d'un bien de première nécessité -- pain ou pomme de terre, par exemple -- peut faire baisser le pouvoir d'achat des consommateurs suffisamment pour qu'ils consomment plus de ce bien, au détriment de biens plus luxueux -- pâtisseries ou viande, par exemple).
  • ils les subissent : les variations de préférence des agents économiques les conduisent à modifier les prix auxquels ils sont près à échanger leurs biens. Ainsi, en général, quand les consommateurs diminuent leur demande ou quand les producteurs augmentent leur production, les prix baissent; et inversement

On voit ainsi qu'une modification de prix conduit en général à un mouvement inverse, par le biais des modifications des préférences de consommation et de production.

La formation du prix d’équilibre par tâtonnement[modifier | modifier le code]

Au départ, il n’y a aucune raison que les quantités demandées (celles que les consommateurs souhaitent acheter pour un niveau de prix donné) et les quantités offertes (celles que les producteurs souhaitent vendre pour un niveau de prix donné) soient égales : le marché n’est pas à l’équilibre.

Le prix doit donc s’ajuster (à la hausse ou à la baisse selon la situation) pour que de nouvelles offres et demandes s’établissent à un nouveau prix.

Prenons l’exemple d’un bien produit en quantité insuffisante : la demande est supérieure à l’offre. Ceux qui tiennent vraiment à se le procurer feront savoir qu’ils acceptent de payer un prix plus élevé que le prix initial pour l’avoir. De nouveaux producteurs trouveront alors le marché rentable, alors que dans le même temps, certains consommateurs renonceront à consommer un bien devenu trop cher : l’offre augmente et la demande diminue. Walras explique qu’un agent fictif, le « commissaire-priseur », reçoit les informations sur les quantités que souhaitent échanger les agents et leur renvoie des prix qui les renseignent sur la rareté de tel ou tel bien. Par un processus de « tâtonnement », c'est-à-dire d’essais et d’erreurs, ce mécanisme permettra de trouver le prix qui assure l’égalité entre l'offre et la demande : c’est le « prix d’équilibre ». Les « quantités d’équilibre » (offres et demandes) sont celles que les agents expriment à ce prix.

En général, il est fréquent qu'en raison des délais de réactions des agents économiques et de leurs manques d'information, on observe non pas un prix d'équilibre, mais un prix plus ou moins cyclique autour du prix d'équilibre théorique. Le comportement des prix peut même être parfaitement chaotique, avec des phases d'expansion ou de glissement (lorsque les anticipations des agents sont divergentes, et qu'ils cherchent à s'aligner sur les autres ) et des chocs brutaux (souvent à la baisse, mais parfois à la hausse, lorsque tous les agents réalignent leurs anticipations). C'est notamment le cas pour des biens spéculatifs ou dont l'utilité est très subjective (objet d'art, biens financiers, etc.). Et ce, même si les phénomènes spéculatifs observés empiriquement peuvent être analysés, par exemple comme des bulles rationnelles (selon la logique du Concours de beauté décrite par Keynes).

Corrélations multiples[modifier | modifier le code]

Dans une économie capitaliste, les prix et les quantités produites des biens sont liés et corrélés : le changement du prix d'un bien, le pain par exemple, influence les revenus des boulangers. Si les boulangers ont des goûts spécifiques, c'est-à-dire qu'ils dépensent leur argent d'une manière particulière, ils achètent plus de réveils-matin que la moyenne, on retrouve cet impact dans les revenus des horlogers. Le prix du pain sera certainement affecté. Établir le prix d'équilibre d'un seul bien exige en théorie une analyse qui tienne compte des millions d'autres biens disponibles.

La boite d'Edgeworth[modifier | modifier le code]

Optima de Pareto dans une économie d'échanges 2x2

La boîte d'Edgeworth, associée aux courbes d’indifférence (ou d'iso-utilité), permet une représentation géométrique simple de la notion d'équilibre pour une économie composée de deux agents, A et B, et de deux types de biens, 1 et 2. Selon ce modèle chaque agent est capable de classifier l'espace des biens (commodités) par une famille de courbe de même utilité. Par hypothèse ces courbes sont convexes et plus elles sont éloignées de l'origine plus la préférence est grande pour l'agent. Dans ce modèle les optima de Pareto sont représentés par la courbe des contrats, les points de l'espace des biens où les courbes de préférences de l'agent A sont tangentes à celles de l'agent B. Étant donné une situation initiale autre qu'un optimum de Pareto il existe toute une zone d'échange favorable, i.e. qui augmente la préférence des deux agents et dans cette zone une famille d'optima de Pareto, points où il n'est pas possible d'augmenter la préférence d'un agent sans diminuer celle de l'autre.

Modélisation mathématique[modifier | modifier le code]

Dans l'article de Arrow et Debreu démontrant l'existence d'un équilibre général[2], les auteurs définissent un ensemble d'équations dans l'espace des commodités. Dans le cadre de ce modèle économique ils définissent l'ensemble des unités de production et l'ensemble des consommateurs.

Espace des commodités[modifier | modifier le code]

L'espace des commodités est modélisé par \mathbb{R}^l, avec l le nombre de commodités.

Il existe au moins une commodité représentant le travail. Ils appellent L, pour 'Labour', l'ensemble des commodités représentant un service travail. Chez un consommateur les composantes d'un vecteur de commodités correspondant à un service travail sont négatives.

À chaque commodité est associée un prix. L'ensemble des prix P = \{p\in \mathbb{R}^l, p\geq 0, \sum_{h=1}^l p_h = 1 \}, est normalisé car toutes les équations sont homogènes de degrés 1 en p dans le modèle. Soit \zeta \in \mathbb{R}^l et  p \in P ,  p . \zeta est le prix de toutes les commodités représentées par le vecteur \zeta . Formellement l'espace des prix est l'espace dual de celui des commodités. Dans le cadre de ce modèle ils sont tous les deux identifiés à \mathbb{R}^l.

Modèle économique[modifier | modifier le code]

À chaque unité de production j ils associent un ensemble Y_j de vecteurs de \mathbb{R}^l. Cet ensemble modélise les plans de productions de l'unité j, les composantes positives étant des commodités produites et les composantes négatives les commodités consommées nécessaire à cette production. De même à chaque consommateur i ils associent un ensemble X_i de vecteurs de \mathbb{R}^l représentant ses désirs de consommations. Ils imposent des contraintes sur ces ensembles afin de satisfaire aux contraintes économiques.

Unités de production[modifier | modifier le code]

Y_j, 1 \leq j \leq n

  • L'ensemble Y_j est un ensemble convexe et fermé de \mathbb{R}^l contenant l'origine (Rendements d'échelle non croissant, i.e. si \forall  y_j \in Y_j ,\forall \lambda \in [0,1], \lambda y_j \in Y_j, ).
  • La somme des Y_j, Y=\{\sum_{j=1}^n x_j, x_j \in Y_j \}, ne contient aucun élément, à l'exception de l'origine, dans le domaine des vecteurs positifs \Omega=\{x \geq 0 \} (impossibilité de produire sans un apport).
  • Y \cap -Y = 0 (aucun plan de production global ne peut être l'exacte opposé d'un autre dans la mesure où chaque plan de production nécessite un travail qui ne peut pas être produit par une unité de production).

Consommateurs[modifier | modifier le code]

X_i , u_i:X_i  \rightarrow \mathbb{R},  1 \leq i \leq m

  • Chaque ensemble X_i est un ensemble convexe et fermé de \mathbb{R}^l minoré par le bas, i.e. \exists \chi_i \in \mathbb{R}^l, \forall x_i \in X_i, x_i >= \chi_i.
  • Pour chaque consommateur, \forall x_i\in X_i, \exists x_i' \in X_i, u(x_i')>u(x_i).
  • La fonction utilité, u_i est continue et vérifie la relation de convexité  u_i(x_i')>u(x_i), 0<t<1, u_i(t x_i' + (1-t) x_i)> u_i(x_i) .(hypothèse que les surfaces d’indifférence sont convexes, i.e.  \{ x _i \in X_i, u_i(x_i)\geq \alpha \} est convexe pour tout \alpha)

Lien entre consommateurs et commodités[modifier | modifier le code]

De plus il est nécessaire qu'il existe certaines commodités pour lancer les unités de production

  • Chaque consommateur possède initialement les commodités \zeta_i \in \mathbb{R}^l tel que \exists x_i \in X_i, x_i< \zeta_i.

Lien entre consommateurs et unités de production[modifier | modifier le code]

Et les profits des unités de production sont intégralement redistribués parmi les consommateurs

  • Chaque consommateur i a un droit contractuel à une fraction \alpha_{i,j}\in [0,1] du profit de l'unité de production j telle que \forall j, \sum_{i=1}^n \alpha_{i,j} = 1.

Définition d'un équilibre concurrentiel[modifier | modifier le code]

Soit  p^* \in P .

Selon ces auteurs, la motivation économique de chaque unité de production est de maximiser ses profits

  • Pour chaque j, y_j^* maximise  p^* . y_j dans l'ensemble Y_j .

De même la motivation économique de chacun des consommateurs i est de maximiser leur utilité u_i parmi leur désirs de consommations  X_i en tenant compte de leur capacité budgétaire, i.e. leur revenu résultant de la vente de leur commodités \zeta_i, qui incluent le travail, et de leur dividendes proportionnelle à \alpha_{i,j}.

  • Pour chaque i, x_i^* maximise u_i(x_i) dans l'ensemble  \{ x _i \in X_i, p^* . x_i \leq p^* . \zeta_i + \sum_{j=1}^n \alpha_{i,j} p^* . y_j^* \}

Le marché est à l'équilibre quand l'offre est égale à la demande. Soit  x = \sum x_i, y = \sum y_i, \zeta = \sum \zeta_i, z = x - y -\zeta , z représente l’excès de la demande par rapport à l'offre, incluant l'offre initiale et la production. L'équilibre se traduit mathématiquement par

  • z^* \leq 0, p^*.z^* = 0

Un ensemble de vecteur \{x_1^*,...,x_m^*,y_1^*,...,y_n^*,p^*\} satisfaisant les conditions ci-dessus est dit à l'équilibre concurrentiel.

Théorème[modifier | modifier le code]

Tous systèmes économiques du modèle précédent admettent un équilibre concurrentiel.

Critique de l'équilibre général[modifier | modifier le code]

En général les critiques reprochent aux hypothèses de la théorie d'être irréalistes: la rationalité parfaite des individus; une information complète des prix; une connaissance commune de la nature des biens; l'absence d'incertitude radicale; les conditions d'une concurrence parfaite.

Le problème du commissaire priseur[modifier | modifier le code]

Beaucoup de lecteurs de Walras ont remis en cause la pertinence de son modèle à cause du besoin de l'introduction d'un commissaire-priseur bénévole centralisant offre et demande des ménages pour calculer le système de prix d'équilibre. Pourtant, ce problème concerne moins Walras que ses successeurs puisque sa démarche n'est pas positive (dire "ce qui est") mais normative (dire "ce qui doit être"). Néanmoins, Walras a posé les bases d'un programme de recherche largement suivi par les économistes du XXe siècle visant à modéliser le fonctionnement des économies dites de marché (souvent appelé programme "Hicks-Samuelson", largement "positif" donc). Enfin, Walras s'est aussi intéressé aux conditions d'unicité et de stabilité des équilibres.

À vérifier[modifier | modifier le code]

Certaines critiques de l'équilibre général reprochent aux modèles d'équilibre générale de se ramener à des problèmes mathématiques triviaux sans lien avec l'économie réelle. Ainsi, pour Nicholas Georgescu-Roegen :

« On trouve maintenant certaines participations qui passent pour les plus brillantes contributions à l'économie, alors que ce ne sont que des exercices mathématiques, non seulement dépourvus de substance économique, mais aussi sans valeur mathématique[4]. »

(vérifier que cette remarque s'applique au papier de Arrow et Debreu)

Éconophysique[modifier | modifier le code]

Article connexe : éconophysique.

En 1983 Emmanuel Farjoun et Moshe Machover remarquèrent que les sciences physiques sont capables de faire des prévisions utiles sur le comportement macroscopique d'ensembles (du mouvement brownien aux lois de la thermodynamique), qui vu localement apparaissent aléatoires et chaotiques[5]. Selon eux les économistes qu'ils soient marxistes, néo-classiques ou keynésiens étaient alors englués dans une vision de causalité datant de Adam Smith à la recherche d'un équilibre hypothétique[6]. Partant du constat que le postula de cet équilibre étaient centrales dans les théories proposés jusqu'alors en économie politique et que les modèles associés sont inefficaces confrontés aux multiples crises économiques, ces auteurs se proposent de changer radicalement les hypothèses de base et jettent les bases d'une approche probabiliste de l'économie politique. Ils reprennent la problématique de formation des prix et du profit mais en conceptualisant diverses quantités sous la forme de variables aléatoires. En particulier, s'ils se positionnent dans la tradition des économistes classiques et marxistes insistant sur le rôle du travail dans la création de richesse (voir valeur travail), ils rejettent l'hypothèse, simplificatrice mais irréelle, d'un taux de profit uniforme. Selon eux, la compétition d'un marché libre ne peut engendrer au mieux qu'un équilibre statistique. De même ils conteste la dimension déterministe d'un prix. Il suffit d'aller sur un marché acheter des légumes pour voir que le prix du kilogramme de tomate n'est pas une variable déterministe: il n'est pas constant ni sur un jour ni sur un même marché. Aussi les prix doivent être considéré comme des variables aléatoires[7]. Law of Chaos ne définit pas un modèle économique probabiliste rigoureux mais suggère des pistes pour une telle modélisation[8].

Le Théorème de Sonnenschein[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Théorème de Sonnenschein.

Un siècle après Walras, Sonnenschein démontre, avec Mantel et Gérard Debreu, qu'il est impossible de déduire la forme des fonctions d'offre et de la demande des agents économiques uniquement grâce à leurs comportements maximisateurs (cf Théorème de Sonnenschein). Par conséquent, dans le cas général, l'équilibre n'est ni unique, ni stable. Ce théorème s'applique d'ailleurs à tous modèles où les agents se comportent en "preneurs de prix"[9].

Comme le résume un économiste, « le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu montre que l'équilibre général n'est en définitive qu'une construction vide et inutilisable. »[10]

En considérant des hypothèses plus faibles, et discutables en ce qui concerne leur pertinence, il est possible de se ramener à un équilibre à solution unique.[réf. nécessaire]

Amendements proposés à la théorie[modifier | modifier le code]

En construisant des modèles à partir des travaux de Arrow et Debreu, les recherches ont buté sur quelques difficultés. Les résultats de Sonnenschein, Mantel et Debreu stipulent que toute restriction sur la forme de fonction de demande est arbitraire. Certains pensent que cela implique que le modèle de Arrow et Debreu est dénué de fondement empirique. Quoi qu'il en soit, les équilibres définis par Arrow-Debreu ne sauraient être uniques, stables et déterminés.

On a affirmé qu'un modèle de tâtonnement correspond à un modèle d'économie centralisée planifiée par opposition à une économie de marché décentralisée. Il a été proposé des modèles d'équilibre général avec un autre type de processus, moins convaincants. En particulier, les économistes ont imaginé des modèles où les agents peuvent négocier des prix en dehors de l'équilibre, ces négations pouvant affecter les équilibres vers lesquels l'économie tend. Signalons les processus de Hahn, de Edgeworth et de Fischer.

Le modèle intertemporel de Arrow-Debreu dans lequel tous les marchés anticipés existent à l'instant initial, pour des biens à livrer à l'avenir, peut être transformé en un modèle séquentiel d'équilibres temporaires. Chaque séquence correspondrait à un équilibre sur un marché ponctuel, et ce à tout moment. Roy Radner a trouvé que pour qu'un équilibre puisse exister dans ce type de modèle, les agents (les consommateurs et les producteurs) doivent avoir des capacités de calculs illimitées.

Bien que le modèle de Arrow-Debreu soit établi avec un numéraire arbitraire, le modèle tient compte de la monnaie. Frank Hahn par exemple, a cherché à développer des modèles d'équilibre général dans lesquels la monnaie soit un facteur déterminant[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sraffa, Piero, 1926, "The Laws of Returns under Competitive Conditions", Economic Journal, 36(144), pp. 535–50.
  2. a et b (ArrowDebreu)
  3. (en) Ross M. Starr (en), General Equilibrium Theory, CUP,‎ 1997 (ISBN 9780521564731, lire en ligne)
  4. « There are endeavors that now pass for the most desirable kind of economic contributions although they are just plain mathematical exercises, not only without any economic substance but also without any mathematical value » (Nicholas Georgescu-Roegen 1979).
  5. Emmanuel Farjoun et Moshe Machover, Laws of Chaos (1983)
  6. Adam Smith, in an economy with perfect compe-tition, one can associate with each commodity an ‘ideal’or ‘natural’equilibrium price, and that in a state of equilibrium all commodities are sold at their ideal prices, which are so formed as to guarantee identical uniform rates of profit to all capitals invested in commodity production
  7. "Anyone who has ever been to a vegetable market knows that the price of tomatoes varies not only from day to day (indeed, hour to hour) but also from stall to stall. If you have just bought 1 kilogram of tomatoes for 50 pence, you know that the price of your kilogram of tomatoes is 50 pence. But you are not really entitle to make the statement: ‘The price of tomatoes today in this town is 50 pence per kilogram.’ Other people may have paid 45 or 55 pence for an identical quantity of similar tomatoes. Strictly speaking, there is no such thing as the price of tomatoes, even if it refers to a particular day in a particular town." Law of Chaos page 10
  8. "We are acutely aware that what we have at this stage is not a worked-out and well-rounded theory, but a skeleton of a research programme, which only long years of theoretical and empirical investigation can flesh out" Law of Chaos page 11
  9. Ackerman : Still Dead After All This Years : "The basic finding about instability, presented in a limited form by Sonnenschein (1972) and generalized by Mantel (1974) and Debreu (1974), is that almost any continuous pattern of price movements can occur in a general equilibrium model, so long as the number of consumers is at least as great as the number of commodities." http://ase.tufts.edu/gdae/publications/working_papers/stilldead.pdf
  10. Claude Mouchot, Méthodologie économique, 1996.
  11. Voir André Orléan et Michel Aglietta pour des théories sur l'origine et le rôle de la monnaie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]