Elinor Ostrom

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Elinor Ostrom

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Conférence de presse à l'occasion de sa réception du « prix Nobel » d'économie, 7 décembre 2009.

Biographie
Naissance 7 août 1933
Décès 12 juin 2012 (à 78 ans)
Nationalité Drapeau : États-Unis Américaine
Thématique
Formation sciences politiques, économie
Titres « Prix Nobel » d'économie 2009
Membre de la National Academy of Sciences
Approche Nouvelle économie institutionnelle
Travaux Biens communs

Elinor Ostrom (née le 7 août 1933 à Los Angeles[1] et morte le 12 juin 2012 à Bloomington dans l'Indiana[2] est une économiste et politologue américaine. Ses travaux portent principalement sur la théorie de l'action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels). Ils s'inscrivent dans le cadre de la « nouvelle économie institutionnelle ».

En octobre 2009, elle est la première femme à recevoir le « prix Nobel » d'économie, avec Oliver Williamson, « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs »[3],[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Née à Los Angeles en 1933 d'Adrian et de Leah Awan, respectivement juif et protestante, Elinor Ostrom fut diplômée de Beverly Hills High School en 1951 puis soutint en 1965 sa thèse en sciences politiques à l'UCLA, où elle avait effectué toutes ses études supérieures, avec un mémoire portant sur la gestion des ressources partagées d'eau souterraine[5].

Huit ans plus tard, elle fonda, en 1973, le Workshop in Political Theory and Policy Analysis à l'université de l'Indiana avec son mari, Vincent Ostrom (en), de 14 ans son aîné. Les deux travaillent alors dans le domaine de la théorie du choix public, prêtant une attention particulière aux biens communs non exclusifs mais rivaux, qu'ils théorisent sous le nom de common-pool ressources (en) (pâturages, zones de pêche, les nappes phréatiques des systèmes d'irrigation, etc.).

Elinor Ostrom fait ainsi des enquêtes empiriques sur la gestion des pâturages en Afrique ou de l'irrigation dans des villages du district de Dang, au Népal.

Ex-présidente de l'American Political Science Association et de la Public Choice Society, elle est membre de l'Académie nationale des sciences des États-Unis depuis 2001. Elle fut la première femme à recevoir le Johan Skytte Prize in Political Science (en) en 1999, puis obtint en 2004 le John J. Carty Award (en) de l'Académie des sciences, suivi l'année suivante du James Madison Award (en) octroyé par l'American Political Science Association.

En 2009, Elinor Ostrom est professeure de sciences politiques à l'université de l'Indiana, à Bloomington (USA) où elle a créé le « Workshop in Political Theory and Policy Analysis » avec son mari Vincent Ostrom.

Elle est aussi directrice du Center for the Study of Institutional Diversity à l'université d'État de l'Arizona.

Elle décède le 12 juin 2012 des suites d'un cancer du pancréas, à l'âge de 78 ans [6].

Travaux[modifier | modifier le code]

Elle est principalement connue pour ses travaux portant sur la gestion collective des biens communs. À partir des travaux de Garrett Hardin, les économistes se sont interrogés sur la tragédie des biens communs, c'est-à-dire sur le fait que la rationalité économique doit a priori pousser des individus qui se partagent un bien en commun à le surexploiter. Quand un individu accroît son utilisation du bien commun, il en retire en effet seul l'utilité. Par contre, le coût de l'usure de ce bien que suscite cette utilisation est partagé par tous. Puisque l'utilité est individuelle mais le coût partagé collectivement, cela doit conduire à une surexploitation. Par exemple, des villageois qui se partagent un champ de pâture sont incités à le surexploiter : chacun a intérêt à y faire paître le plus grand nombre possible de ses vaches, puisque le champ ne lui appartient pas, et que le coût lié à son usure est partagé avec tous les autres éleveurs. Pour la plupart des économistes, la solution à cette « tragédie » passe soit par la création de droits individuels de propriété, qui font que le coût est payé par celui qui tire profit du bien, soit par la gestion des biens communs par la puissance publique.

Cette tragédie des communs se pose, en particulier, dans la gestion des ressources environnementales, qui n'ont souvent pas de propriété individuelle (ni même collective souvent) établie.

Elinor Ostrom s'est, au contraire, efforcée de montrer que, depuis longtemps et presque partout dans le monde, des collectivités ont pu et peuvent encore gérer — de manière économiquement optimale — des biens communs, à travers la création d'« arrangements institutionnels ». À côté de la gestion par des droits de propriété individuels ou par l'État, il peut ainsi exister un troisième cadre institutionnel efficace dans lesquels des communautés gèrent collectivement des biens communs. Elle a ainsi montré que ces arrangements institutionnels avaient permis la gestion collective de nombreux écosystèmes sans conduire à leur effondrement.

Toutefois, Ostrom a également souligné que, malgré de nombreux succès, les hommes sont également responsables d'un nombre important d'effondrements environnementaux. En 2009, elle travaille à mettre en avant le caractère multifactoriel des interactions entre les hommes et les écosystèmes et le fait qu'il n'y a pas de solution unique capable de résoudre tous les problèmes que pose la gestion commune de ces écosystèmes.

Dans les années 1990, elle s'est également attachée à démontrer la spécificité des biens communs du savoir, qu'elle définit comme « biens non-rivaux », c'est-à-dire que l'utilisation par les uns de ceux-ci n'appauvrit pas le stock commun mais au contraire l'enrichit[7].

Principes Fondamentaux d'institutions de bassins de ressources communes (CPR Institution)[modifier | modifier le code]

Eleonor Ostrom a identifié huit "principes fondamentaux" la création et le maintien d'un bassin de ressource communes (common pool of ressources)

  1. des limites nettement définies (impliquant une exclusion des entités externes ou malvenues)
  2. des règles bien adaptées aux besoins et conditions locales et conformes aux objectifs
  3. un système permettant aux individus de participer régulièrement à la définition et à la modification des règles
  4. une gouvernance effective et redevable à la communauté vis-à-vis des appropriateurs
  5. un système gradué de sanction pour des appropriations de ressources qui violent les règles de la communauté
  6. un système peu coûteux de résolution des conflits
  7. une auto détermination reconnue des autorité extérieures
  8. S'il y a lieu, une organisation à plusieurs niveaux de projet qui prend toujours pour base ces bassins de ressources communes.

Publications[modifier | modifier le code]

en anglais[modifier | modifier le code]

  • Ostrom, Elinor, Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action, http://www.kuhlen.name/MATERIALIEN/eDok/governing_the_commons1.pdf, Cambridge University Press, 1990
  • Ostrom, Elinor, Schroeder, Larry et Wynne, Susan, Institutional Incentives and Sustainable Development: Infrastructure Policies in Perspective, Oxford, Westview Press, 1993
  • Gardner, Roy, Ostrom, Elinor, et Walker, James (éd.) Rules, Games, and Common Pool Resources, Anne Arbor, University of Michigan Press, 1994
  • « A Behavioral Approach to the Rational Choice Theory of Collective Action: Presidential Address », American Political Science Association, 1997, dans The American Political Science Review, 92(1): 1-22. 1998
  • Ostrom, Elinor et Walker, James (éd.), Trust and Reciprocity: Interdisciplinary Lessons for Experimental Research {Volume VI in the Russell Sage Foundation Series on Trust}, Russell Sage Foundation, 2003
  • Understanding Institutional Diversity, Princeton, Princeton University Press. 2005.
  • Hess, Charlotte et Ostrom, Elinor (éd.), Understanding Knowledge as a Commons: From Theory to Practice, The MIT Press, Cambridge, Massachusetts, 2007
  • Linking the Formal and Informal Economy: Concepts and Policies, edited with Basudeb Guha-Khasnobis and Ravi Kanbur. Oxford, UK: Oxford University Press, 2006
  • Beyond Markets and States: Polycentric Governance of Complex Economic Systems American Economic Review, 100(3), 2010

traduction en français[modifier | modifier le code]

  • La gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles [« Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action »], Commission Universite Palais,‎ 2010, 300 p. (ISBN 978-2804161415)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

Sene Omar et Hollard Guillaume, « Elinor Ostrom et la gouvernance économique », Revue d'économie politique, 3e série, vol. 120,‎ 2010, p. 441 à 452 (lire en ligne [PDF])

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • G. Holland et Omar SENE ( 2010) Elinor Ostrom et la gouvernance economique, Revue d'économie politique, Vol. 120(3) pages 441 à 452
  • Hervé Le Crosnier (2012) Elinor Ostrom ou la réinvention des biens communs, Monde diplomatique

Liens externes[modifier | modifier le code]