André Piettre

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André Piettre, né le à Caudry, décédé le à Châtenay-Malabry, est un économiste français.

Droit[modifier | modifier le code]

Il participe en avril 1930 à la fondation d'un bulletin Réaction pour l'ordre[1] en compagnie de Robert Buron. L'initiative de ce bulletin provient d'un groupe d'étudiants membres de l'association des étudiants d'Action française. Il s'agit d'une revue royaliste et ouvertement réactionnaire. Elle est également proche du personnalisme d'Emmanuel Mounier et des "non-conformistes des années 30". Elle ne cacha pas sa sympathie pour le fascisme et la montée des régimes autoritaires.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Reçu premier à l'agrégation de droit et de sciences économiques, il inaugure sa carrière universitaire à Strasbourg, en 1937. Fait prisonnier lors de la défaite de 1940, il est rapatrié sanitaire à la fin de 1942 et enseigne à Clermont-Ferrand de 1943 à novembre 1945. La paix le ramene à sa première chaire, et il est élu en 1952 doyen de la faculté de droit et des sciences économiques de Strasbourg.

Il enseigne l'économie politique ensuite à Paris de 1953 à sa retraite en 1976. Son enseignement d'une économie culturelle s'oppose à celui de Henri Guitton, son collègue dans la même faculté, plus tourné vers les modèles mathématiques.

Structuration de l'Histoire de la Pensée économique et sociale[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage “Histoire de la Pensée économique et analyse des Théories contemporaines”[2] , André Piettre fournit une intéressante structuration du mouvement de la Pensée économique et sociale.

L'évolution de la pensée économique et sociale de l'Antiquité à nos jours[modifier | modifier le code]

L'Économie de service[modifier | modifier le code]

Dans laquelle trois appels sont émis successivement :

L'Économie de liberté[modifier | modifier le code]

Au XVIII°s, la société de l'Europe occidentale passe d'un statut subordonné ( à un ensemble de normes, coutumes, traditions acceptées comme telles) à un statut indépendant. Les contraintes, l'autorité, les dogmes voilà ce que remettent en cause les Hommes du XVIII°. “La majorité des Français pensaient comme Bossuet. Tout d'un coup les Français pensent comme Voltaire : C'est une révolution”[3] ” Les répercussions de ce mouvement sont visibles à 3 niveaux :

  • l'émergence générale du libéralisme
  • l'impact sur le domaine économique et monétaire
  • l'impact dans le domaine social

L'Économie d'Intervention[modifier | modifier le code]

Après l'économie subordonnée et l'économie indépendante, vient le troisième âge de l'économie dirigée D'où une ré-évaluation de la dimension sociale sur le plan interne ( démocratie sociale ) et sur le plan externe ( ré-équilibre des Nations ) D'où les notions nouvelles:

  • réaction sociale sous des formes variées : socialisme, marxisme et du réformisme
  • réaction nationale sous forme de protectionnisme de conquête pour l'Allemagne, de richesse pour les États-Unis, de défense pour la France.
  • réaction intellectuelle et méthodologique avec les écoles historique, sociologique et Institutionnaliste.

L'analyse des théories contemporaines[modifier | modifier le code]

Alors que la pensée économique avait jusque là suivi une voie d'affinement depuis la Nature ( Physiocrates ) à l'homme ( Smith, Condillac...) pour déboucher vers les mécanismes ( marginalisme et théories de l'équilibre ), la démarche des théories contemporaines va selon André Piettre “procéder à une remontée inverse, curieusement symétrique. En partant d'une analyse révisée des mécanismes fondamentaux, elle est conduite à retrouver l'Homme et ses données psychologiques en ce qu'ils président aux grandes fonctions économiques, pour aboutir finalement à replacer toute l'activité économique dans son milieu historique et sociologique ( étude des structures et des systèmes)” .

Avant la révolution keynésienne: le renouvellement théorique par l'analyse des mécanismes[modifier | modifier le code]

Les mécanismes mis en avant par les classiques avaient centré l'attention sur :

  • la valeur et les prix
  • la répartition et les relations fondamentales d'équilibre
  • La monnaie et les échanges extérieurs.

Les théories contemporaines ne tardent pas à les remettre en cause

La révolution keynésienne : le renouvellement théorique à base d'analyse fonctionnelle[modifier | modifier le code]

Comme le dit Keynes dès les premières lignes de son ouvrage : “J'ai appelé ce livre “Théorie Générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie”, en entendant mettre l'accent sur le préfixe "générale" . L'objet de ce titre est de montrer l'opposition entre la teneur de mes arguments avec ceux de la théorie "classique" sous lesquels j'ai grandi et qui ont dominé la pensée économique -à la fois sur le plan pratique et théorique- des gouvernants et du corps académique de cette génération pendant une centaine d'années ”.

Le système keynésien tient dans une triple affirmation quant à la notion d'équilibre :

  • Il n'est pas assuré par les mécanismes classiques
  • Il s'établit sous l'effet de certaines fonctions de caractère psychologique
  • Il s'établit spontanément à un niveau de sous-emploi, qui réclame et commande l'intervention

Après la révolution keynésienne : le renouvellement théorique à base d'analyse dynamique[modifier | modifier le code]

Jusque là, la notion de dynamique économique n'est pas absente mais reste incomplète :

Suite à la révolution Keynésienne, l'étude de la dynamique économique reprend consistance selon plusieurs axes :

  • L'étude des flux et de leur évolution ( amplifications,anticipations, expansions ...)
  • L'étude des forces ( techniques, démographiques, psycho-sociologiques, domination...) qui meuvent le processus économique
  • l'étude élargie de la dynamique des structures et des systèmes.

Humaniste engagé[modifier | modifier le code]

Il entra à l’Académie des sciences morales et politiques en 1971. Sa pensée fut marquée par un profond humanisme chrétien. Président fondateur de la revue Sursaut (1970), André Piettre collabora à de nombreuses revues économiques et à la Revue des Deux Mondes, s'opposant au marxisme et à l'abandon moral. En 1976, il sera l'un des fondateurs de l'association d'inspiration chrétienne sociale Évangile et société.

Distinctions[modifier | modifier le code]

André Piettre est commandeur de la Légion d'honneur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La création était encouragée par Georges Bernanos, et la direction assurée par Jean de Fabrègues.
  2. Lib Daloz Paris 1970 et 1983
  3. Paul Hazard, La crise de la conscience européenne (1680-1715), Paris 1939

Citations[modifier | modifier le code]

"J'ai bâti ma maison tout en haut d'un piton, Et si quelque érudit épluche mes écrits, Qu'il sorte de son bagne et monte ma montagne !"

"Un pays riche doit s'ouvrir aux autres, ils se sont fermés sur le plan commercial au moment même où, sur le plan financier, ils voulaient trop gagner. Tout s'apprend, même le métier de faire fortune" (à propos des États-Unis durant les années 1920)

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1937 : Économie dirigée et commerce international (thèse de droit)
  • 1938 : La politique du pouvoir d’achat
  • 1947 : Colbertisme et dirigisme
  • 1950 : Humanisme chrétien et économie politique
  • 1952 : L’économie allemande contemporaine
  • 1955 : Les trois âges de l’économie (3e éd. 1983)
  • 1957 : Marx et marxisme (5e éd. 1973)
  • 1959 : Histoire de la pensée économique et analyse des théories contemporaines (8e éd. 1983)
  • 1963 : Lettres à la jeunesse
  • 1966 : Ad lucem (poésie)
  • 1967 : Monnaie et économie internationale du XIXe siècle à nos jours
  • 1969 : La culture en question. Sens et non-sens d’une révolte.
  • 1969 : Histoire économique et problèmes économiques contemporains (initiation économique) (2e éd. 1973)
  • 1970 : Pour comprendre la vie économique, t. I. (2e éd. 1971)
  • 1972 : Lettre aux voyous du cœur (sur le prix et le mépris des formes)
  • 1976-1977 : Les grands problèmes de l’économie contemporaine, 2 vol.
  • 1978 : Église missionnaire ou Église démissionnaire ?
  • 1983 : Esthétique d’abord
  • 1984 : Les chrétiens et le socialisme
  • 1986 : Les chrétiens et le libéralisme