Georges Mathieu (artiste)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mathieu et Georges Mathieu.
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Georges Victor Mathieu, résistant et collaborateur français pendant la Seconde Guerre mondiale.

Georges Mathieu

alt=Description de l'image defaut.svg.
Nom de naissance Georges Victor Mathieu
Naissance 27 janvier 1921
Boulogne-sur-Mer
Décès 10 juin 2012 (à 91 ans)
Boulogne-Billancourt
Nationalité Drapeau de la France Française
Activités Artiste peintre
Graveur
Mouvement artistique Abstraction lyrique
Récompenses Légion d'honneur

Œuvres réputées

Dix francs Mathieu (1974)

Georges Mathieu[1], né le 27 janvier 1921 à Boulogne-sur-Mer, et mort le 10 juin 2012 à Boulogne-Billancourt[2], est un artiste peintre français considéré comme un des pères de l'abstraction lyrique.

Il est également célèbre pour sa pièce de dix francs de 1974, son logotype d'Antenne 2 de 1975, et ses timbres-poste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né au sein d'une famille de banquiers, Georges Mathieu s'oriente d'abord vers des études de droit, de lettres et de philosophie. Dès 1942, il décide de se tourner vers les arts plastiques et réalise ses premières peintures à l'huile. Il exerce pendant quelques années le métier de professeur avant de se lancer dans une carrière artistique. En 1946, il réalise sa première exposition à Paris au Salon des moins de trente ans.

En 1947, il expose au Salon des réalités nouvelles des toiles à la texture faite de taches directement jaillies du tube, revendiquant la paternité du dripping, technique attribuée à Jackson Pollock en 1945 (ou encore à Janet Sobel en 1944), les couleurs étant, dans le cas de Mathieu, écrasées par le doigt de l'artiste dès 1944.

Dès 1950, il expose aux États-Unis et au Japon.

À partir de 1954, il crée une multitude de tableaux, souvent lors de happenings ou performances minutées devant un public, qui mettent en valeur la rapidité et la virtuosité du geste. Ainsi, en 1956 au théâtre Sarah-Bernhardt à Paris, Mathieu, devant près de 2 000 spectateurs, crée un tableau de 4 × 12 mètres en utilisant pas moins de 800 tubes de peinture (cette toile intitulée Hommage aux poètes du monde entier disparaît en 1968 lors de l'incendie de son atelier[3]). Outre atlantique, la diffusion de ses créations font l'object de freins importants. En 1958, à New York, il tente également de créer des œuvres en public, mais cela lui est interdit. Il en vient à peindre en solitaire dans les galeries de son hôtel. Les galeries new-yorkaises refusent de l'exposer. Cette ostracisation de la part des institutions et des galeries américaines durera jusqu'à sa mort[4].

De 1953 à 1962, il est rédacteur en chef de la revue United States Lines Paris Review. En 1963, année de sa « Grande Rétrospective » au musée d'art moderne de la ville de Paris, il accède enfin à la consécration officielle.

En 1973, il réalise son unique œuvre architecturale. À la demande de l'industriel Guy Biraud, fabricant de transformateurs, il dessine les plans d'une usine à Fontenay-le-Comte. L'usine Mathieu qui en résulte est un ensemble original en étoile à sept branches inégales, et dont le pourtour intégralement vitré est vu par l'artiste comme un moyen de lier le lieu de travail à la nature environnante.

À partir de 1980, son œuvre peint tardif témoigne alors d'une nouvelle maturité où il rompt avec les derniers vestiges de classicisme et abandonne alors la figure centrale en même temps que sa palette se fait plus vaste.

Il meurt à 91 ans à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Il repose au cimetière de Montmartre (13e division).

Distinctions et décorations[modifier | modifier le code]

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Liste chronologique[modifier | modifier le code]

  • 1942 : Oxford Street by Night
  • 1950 : Flamence rouge, Hommage à la mort
  • 1952 : Hommage au Maréchal de Turenne
  • 1954 : La Bataille de Bouvines, Les Capétiens partout
  • 1956 : Couronnement de Charlemagne, La Bataille de Hastings (voir la genèse de ce tableau). Quatre fresques en hommage au prophète Elie, Centre d'études carmelitaines (Paris).
  • 1957 : La Bataille des Esperous d'or
  • Seventh Avenue, peinte à New York et aujourd'hui conservée au musée Unterlinden de Colmar.
  • 1958 : La Bataille de Tibériade
  • 1959 : Hommage au Connétable de Bourbon, Le Massacre de la Saint-Barthélemy
  • 1961 : Saint Georges terrassant le dragon
  • 1961 : Réalisation de l’étiquette du château Mouton Rothschild
  • 1963 : La Victoire de Denain. Hommage à Jean Cocteau, fresque pour la Maison de la radio, (Paris)
  • 1965 : Paris, Capitale des arts
  • 1966 : Tapisserie des Gobelins pour le Salon d'honneur du Pavillon français à l'Exposition universelle de Montréal
  • 1967 : Hommage à Condillac, faculté des sciences de Grenoble
  • 1967 : Air France lui commande plusieurs toiles qui illustreront 14 affiches pour une campagne publicitaire. Il dessine également les plans de l'usine étoile de Fontenay-le-Comte en Vendée
  • 1968 : Hommage aux poètes disparus
  • 1969 : Hommage à Monsieur Vauban, conservée au musée Unterlinden de Colmar
  • 1971 : L’Élection de Charles Quint
  • 1973  : L'usine Mathieu à Fontenay-le-Comte. Décors pour l'opéra de Béla Bartók, Barbe bleue, à la Deutsche Oper de Berlin. Sculpture pour le collège de Bourgueil (Indre-et-Loire)
  • 1974 : Dessin de la pièce française de dix francs type Mathieu
  • 1975 : Conception du nouveau logotype d'Antenne 2[6]
  • 1976 : Courtray
  • 1977 : médaille République française pour La Monnaie de Paris, diamètre 100 mm, 330 gr.
  • 1978 : Matta Salums. Batoumi
  • 1979 : Période des œuvres « Stellaires » : L'Astre du jour. Période des « Supersignes » : Ibéride
  • 1980 : Timbre postal, L'Appel du 18 juin 1940, commémoration de la mort du général de Gaulle en 1970. 1980-1982. Sculpture monumentale pour le complexe sportif de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine)
  • 1981-1985 : À la France, tapisserie des Gobelins
  • 1982 : Signal pour le CES de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) Célébration du feu, École nationale supérieure de céramique industrielle de Limoges (Haute-Vienne). La Délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc
  • 1984 : Le Cycle de Saturne, série
  • 1985 : Trophée, 7 d'or, pour la télévision. Le Massacre des 269
  • 1988 : Le Paradis des orages
  • 1989 : L'Immortalité ruinée
  • 1991 : Rumeur de paradis

Le choix des titres[modifier | modifier le code]

Les titres des toiles de Georges Mathieu se rapportent parfois aux mathématiques (Théorème d'Alexandrov), à la physique (Principe de Pauli), ou encore à la logique (Grand syllogisme conjonctif), mais le plus souvent à l'Histoire (La Bataille de Bouvines, Les Capétiens partout, La Bataille de Hastings, Le massacre de la Saint-Barthélemy, L’Élection de Charles Quint, etc…). Plutôt que d'attribuer un numéro à une toile, l'artiste préfère en effet des références par exemple historiques, certes gratuites, mais potentiellement évocatrices[7].

Genèse d'une œuvre[modifier | modifier le code]

En 1956, Georges Mathieu est invité à réaliser une exposition à Londres, occasion à laquelle il décide de peindre, notamment des tableaux de grand format. L'atelier initialement prévu étant trop exigu, Georges Mathieu s'installe en pleine rue, étalant pinceaux, couleurs et matériel divers à même le sol, captant ainsi l'attention des passants. Le critique d'art Toni del Renzio note alors minute par minute chaque geste, coup de pinceau, changement de couleur, et mouvement de recul du peintre pour mieux saisir l'ensemble[8],[9]. Au bout de cent treize minutes de peinture, la toile géante La Bataille de Hastings est achevée.

  • Samedi 23 juin 1956 - genèse de La Bataille de Hastings :
  1. Calligraphie blanche au pinceau (17h 00)
  2. Calligraphie rouge au pinceau (17h 04)
  3. Calligraphie bleue au pinceau (17h 07)
  4. Calligraphie rouge au chiffon (17h 08)
  5. Violet au tube (17h 10)
  6. Blanc au tube (17h 11)
  7. Blanc et violet au pinceau (17h 12)
  8. Jaune au tube et travail au pinceau (17h 15)
  9. Cramoisi au pinceau (17h 18)
  10. Violet et bleu ciel au tube (17h 21)
  11. Rouge de cadmium au tube (17h 24)
  12. Jaune d'or au tube (17h 27)
  13. Bleu ciel au pinceau (17h 28)
  14. Bleu outremer au tube (17h 29)
  15. Cramoisi au tube (17h 31)
  16. Blanc au tube (17h 32)
  17. Cramoisi au tube (17h 35)
  18. Cramoisi au pinceau (17h 37)
  19. Noir au pinceau (17h 38)
  20. Rouge de cadmium au tube (17h 41)
  21. Dessin au pouce (17h 42)
  22. Rouge au pinceau (17h 43)
  23. Noir au tube (17h 46)
  24. Blanc au tube (17h 47)
  25. Dessin avec la paume de la main, jaune et jaune d'or au tube (17h 48)
  26. Violet et bleu outremer au tube (17h 49)
  27. Rouge de cadmium et bleu outremer au tube (17h 51)
  28. Bleu ciel au tube (17h 53)
  29. Violet au tube (17h 54)
  30. Bleu outremer au tube (17h 56)
  31. Jaune d'or au tube (17h 57)
  32. Rouge de cadmium au tube (17h 58)
  33. Rouge de cadmium à la main (18h 00)
  34. Bleu outremer au tube (18h 01)
  35. Noir au tube (18h 02)
  36. Rouge au tube (18h 03)
  37. Mathieu dit « Maintenant commence la partie difficile. » - Rouge au pinceau (18h 04)
  38. Bleu ciel au tube (18h 07)
  39. Bleu outremer et bleu ciel au tube (18h 09)
  40. Rouge de cadmium au tube (18h 10)
  41. Blanc au tube (18h 12)
  42. Violet et bleu outremer au tube (18h 14)
  43. Noir au pinceau (18h 15)
  44. Jaune et jaune d'or au tube (18h 16)
  45. Blanc au tube (18h 18)
  46. Dessin avec la main (18h 19)
  47. Dessin avec un vêtement trempé dans du bleu (18h 23)
  48. Rouge au tube (18h 24)
  49. Jaune d'or et noir au tube (18h 26)
  50. Jaune pâle au tube (18h 30)
  51. Jaune d'or au tube (18h 33)
  52. Jaune pâle, rouge de cadmium et noir au tube (18h 35)
  53. Jaune d'or et cramoisi au tube (18h 37)
  54. Noir au tube (18h 38)
  55. Bleu outremer au tube (18h 39)
  56. Blanc au tube (18h 40)
  57. Mathieu dit « Le tableau est terminé. » (18h 53)

Cette chronologie rend concrète la genèse d'une œuvre en temps réel. Elle a ainsi permis au public de suivre le déroulement sur la toile de la bataille de Hastings. Le tableau final est une huile sur toile, de 200 x 500 cm, actuellement exposée au musée d'art moderne et contemporain de Toulouse (Les Abattoirs).

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1954 : La Bataille de Bouvines, Robert Descharnes
  • 1956 : Le Couronnement de Charlemagne, R. Descharnes
  • 1959 : La Saint-Barthélémy, ORTF productions
  • 1959 : Hommage au Connétable de Bourbon, A. Rainer
  • 1961 : Georges Mathieu, J. Mousseau et J. Feller
  • 1965 : Paris, capitale des arts, ORTF prod.
  • 1967 : Georges Mathieu, F. Warin
  • 1968 : Georges Mathieu, P. Lhoste et G. Roze
  • 1971 : Georges Mathieu, L. Thorn
  • 1971 : Georges Mathieu ou la fureur d'être[10], documentaire de Frédéric Rossif montrant le peintre en train de peindre deux toiles ; texte de François Billetdoux, musique de Vangelis
  • 1979 : À la recherche de Georges Mathieu, D. Lecomte
  • 1986 : Georges Mathieu, P. Ducrest
  • 1992 : Spectacle son et lumière donné en août 1992 dans la cour du château de Boulogne-sur-Mer, Th. Choumitzky

Publications[modifier | modifier le code]

  • Au-delà du tachisme, 1963
  • Le Privilège d'être, 1967, réédité en 2006 aux éditions Complicités[11] (texte accompagné d'un entretien inédit de Georges Mathieu daté de décembre 2005.)
  • De la révolte à la Renaissance, Gallimard,‎ 1973 (ISBN 978-2070352791)
    Présenté dans Italiques, deuxième chaîne de l'ORTF, 30 mars 1973
  • Désormais seul en face de Dieu, Lausanne, L'Âge d'Homme,‎ 1998, 349 p. (ISBN 2825111449, OCLC 40815288)
    Autoportrait esthétique et spirituel composé de documents de et sur Georges Mathieu rassemblés par lui-même.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Autorité[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Né Georges Victor Mathieu, dit parfois « Georges Victor Mathieu d'Escaudœuvres ». L'ajout de la mention « d'Escaudœuvres » à son patronyme reposerait sur une question posée par Georges Mathieu lui-même : « Suis-je le dernier héritier des Sires Gérard et Jean, Chevalier d'Escaudœuvres et bienfaiteurs de l'abbaye de Prony, en même temps, comme on l'a toujours prétendu dans la famille de ma mère, que le descendant de Godefroy de Bouillon… » dans son livre Désormais seul en face de Dieu (1998), mais elle ne figure pas sur sa fiche sur le site de l'Académie des beaux-arts.
  2. Notice d'autorité de la BNF.
  3. Georges Mathieu, Le privilège d'être : précédé d'un entretien inédit avec Christine Blanchet-Vaque, Paris, Les Éditions Complicités,‎ 2006 (initialement publié en 1967 aux éditions Robert Morel, à Forcalquier), 158 p. (ISBN 2-35120-004-7)
  4. Aude de Kerros, « Conflits autour de l'art abstrait », Nouvelle Revue d'Histoire, n°75 de novembre-décembre 2014, p. 35-36
  5. Photo du tableau sur le site de l'espace Fernet Branca.
  6. Académie-des-beaux-arts.fr
  7. Georges Mathieu [1984]. L'abstraction prophétique, Éditions Gallimard, Paris, p.  34.
  8. Georges Mathieu [1998]. "Désormais seul en face de Dieu, Éditions L'Âge d'Homme, Lausanne (Suisse), p. 226-229.
  9. Mathieu : Autour de la bataille de Hastings, Toulouse, Éditions ARPAP,‎ 1995, 48 p. (ISBN 2-905992-57-3)
  10. Site du film
  11. Le privilège d'être

Lien externe[modifier | modifier le code]