Gustave Moreau

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Gustave Moreau, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un peintre, graveur, dessinateur et sculpteur français.

Il est l'un des principaux représentants en peinture du courant symboliste, imprégné de mysticisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Paris, 7 rue des Saints-Pères, Gustave est le fils de Louis Moreau, architecte de la ville de Paris (1790-1862) et de Pauline Desmoutiers (1802-1884), fille d'un maire de Douai en 1795-1797 et 1815. Par sa mère, il est apparenté à de puissantes familles terriennes implantées en Flandre, les Brasme, les Le François, les des Rotours[1]. La famille Moreau s'installe en 1827 à Vesoul, Louis Moreau étant alors architecte du département de la Haute-Saône. Les Moreau retournent en 1830 à Paris, 48 rue Saint-Nicolas d'Antin, puis 16 rue des Trois-Frères[2].

De santé fragile, le jeune Gustave dessine depuis l'âge de 6 ans, encouragé par son père qui lui inculque une culture classique. Il entre au collège Rollin en 1838 où il reste interne pendant deux ans et remporte un prix de dessin le 20 août 1839. Sa sœur Camille (née en 1827) meurt en 1840. Tous les espoirs des parents Moreau se reportent alors sur leur unique fils qui poursuit ses études à domicile. En 1841, il effectue un premier voyage en Italie avec sa mère, sa tante et son oncle, un carnet de dessins réalisé à cette occasion étant conservé au musée Gustave-Moreau[3], puis en 1844, il devient élève dans l'atelier privé du peintre néoclassique François-Édouard Picot ; grâce à ses enseignements, il intègre l'École nationale supérieure des beaux-arts en 1846. Il échoue par deux fois au prix de Rome si bien qu'il quitte cette institution en 1849. Copiste au musée du Louvre en 1850, il se lie d'amitié avec Théodore Chassériau[2].

Il débute sa carrière en exposant au Salon en 1852 où il exposera jusqu'en 1880. Après une formation académique dont il retient le goût du dessin, ses parents lui achètent une maison-atelier (devenue le musée Gustave-Moreau) au cœur de la Nouvelle Athènes où toute la famille Moreau s'installe[4].

De 1857 à 1859, il effectue un deuxième voyage en Italie (Rome, Florence, Milan, Pise, Sienne, Naples, Venise), où il passe des mois à copier les œuvres du Titien, de Léonard de Vinci et les fresques de Michel-Ange de la chapelle Sixtine[3]. Il emprunte beaucoup aux maîtres de la Renaissance et intègre également des motifs exotiques et orientaux dans ses compositions picturales. C'est à l'occasion de ce voyage qu'il se lie d'amitié avec Edgar Degas. De retour à Paris en septembre 1859, il rencontre Alexandrine Dureux. À la fin de sa vie, il fera brûler toute la correspondance échangée[réf. nécessaire] avec elle, seule femme qu'il ait jamais aimée. Alexandrine mourra en 1890. Ils n'ont toutefois jamais été mariés.

En 1862, Gustave Moreau reçoit la commande d'un chemin de croix par l'intermédiaire d'un de ses amis, Eugène Fromentin ; il l'exécute de juin 1862 à février 1863 dans le plus parfait anonymat. Les toiles ont été très rapidement exécutées. On les a longtemps attribuées à l'un de ses élèves. Elles sont à présent aux Monuments historiques.

Chambre de Gustave Moreau dans sa maison de la rue de La Rochefoucauld.

En 1864, il accède à la notoriété lorsqu'il expose au Salon officiel sa toile Œdipe et le Sphinx qui est achetée 8 000 F par le prince Jérôme Napoléon[5].

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le , puis promu officier en 1883[6].

Six toiles et cinq aquarelles de l'artiste sont présentées à l'exposition universelle de 1878. En 1879, il se lance dans l'illustration des Fables de La Fontaine : une partie de ces 64 aquarelles est exposée en 1881 à la galerie Durand-Ruel, et l'ensemble, en 1886, dans la galerie Goupil grâce à Théo Van Gogh. C'est la seule exposition de Gustave Moreau de son vivant[7].

Élu à l'Académie des beaux-arts en 1888[8], Gustave Moreau est nommé professeur en 1892 aux Beaux-Arts de Paris où il succède à son ami Jules-Élie Delaunay. Il compte parmi ses élèves Adolphe Beaufrère, Auguste Brouet, Henri Matisse, Raoul du Gardier, Albert Marquet, Léon Lehmann, Georges Rouault, Léon Printemps, Louis Valtat, Henri Manguin, Charles Camoin[9].

À partir de 1895, il fait transformer en musée la maison familiale du 14 rue de La Rochefoucauld. Il lègue cette maison et tout ce qu'elle contient à l'État à sa mort en 1898, et le musée national Gustave-Moreau ouvre ses portes en 1903.

Gustave Moreau est inhumé au cimetière de Montmartre, (22e division)[10].

Postérité[modifier | modifier le code]

Toute sa vie, Gustave Moreau a collectionné dessins, photographies, livres illustrés qui ont servi de base à son inspiration picturale.

Il a légué à l'État français, le [11], son atelier, situé dans un hôtel particulier du 14 rue de La Rochefoucauld (9e arrondissement de Paris), contenant près de 850 peintures ou cartons, 350 aquarelles, plus de 13 000 dessins et calques, et 15 sculptures en cire[12]. L'atelier, transformé en musée fut officiellement ouvert au public le [13].

En 1912, André Breton visite ce musée et en ressort profondément bouleversé par les œuvres du peintre :

« La découverte du musée Gustave Moreau, quand j’avais seize ans, a conditionné pour toujours ma façon d’aimer. La beauté, l’amour, c’est là que j’en ai eu la révélation à travers quelques visages, quelques poses de femmes. Le “type” de ces femmes m’a probablement caché tous les autres : ç’a été l’envoûtement complet. Les mythes, ici réattisés comme nulle part ailleurs ont dû jouer. Cette femme qui, presque sans changer d’aspect, est tour à tour Salomé, Hélène, Dalila, la Chimère, Sémélé, s’impose comme leur incarnation indistincte. Elle tire d’eux son prestige et fixe ainsi ses traits dans l’éternel. […] Ce musée, rien pour moi ne procède plus à la fois du temple tel qu’il devrait être et du,“mauvais lieu” tel… qu’il pourrait être aussi. J’ai toujours rêvé d’y entrer la nuit par effraction, avec une lanterne. Surprendre ainsi la Fée au griffon dans l’ombre, capter les intersignes qui volettent des Prétendants à l’Apparition, à mi-distance de l’œil extérieur et de l’œil intérieur porté à l’incandescence[14]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Musée Gustave-Moreau à Paris[modifier | modifier le code]

  • Autoportrait, 1850
  • Cantique des cantiques ou La Sulamite, 1852
  • Darius après la bataille d'Arbelles, 1853
  • Hésiode et les muses, 1860, agrandi en 1882
  • Les Prétendants, 1852-60, agrandi en 1882
  • Les Rois mages, 1860, dessin, encre
  • La Vie de l'Humanité, neuf panneaux, 1866
  • Jupiter et Europe, 1868
  • Prométhée, 1868
  • Décollation de saint Jean-Baptiste, 1873
  • Messaline, 1874, aquarelle
  • Orphée sur la tombe d'Eurydice, 1890
  • Poète mort porté par un centaure, aquarelle, 1890
  • Le Poète voyageur, 1890
  • Jupiter et Sémélé, 1895, esquisse et huile sur toile
  • Hercule et l'Hydre de Lerne, 1869-76, esquisse huile sur toile
  • Salomé tatouée, 1878-85, aquarelle
  • Les Argonautes, 1897
  • Orphée ou la fille portant la tête d'Orphée, 1865, tableau, huile sur bois

Musée d'Orsay à Paris[modifier | modifier le code]

Autres musées[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

Gustave Moreau n'a que très peu écrit de manière officielle (discours de réception ou notices pour son musée) mais il existe de très nombreuses notes ainsi que des commentaires en marges de dessins[16].

Une quinzaine de statuettes en cire a été découverte après sa mort à son domicile, constituant son seul apport à la sculpture[17].

Salons[modifier | modifier le code]

  • 1852, année de sa première exposition
  • 1866, Orphée
  • 1880, année de sa dernière exposition

Prix, récompenses[modifier | modifier le code]

Élèves[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • 1850, Autoportrait
  • 1858, Portrait en pieds, appuyé sur une canne, photographie en studio, auteur anonyme, papier albuminé sur carton, dim; h : 9 cm × l: 5,3 cm (Paris Musée Gustave Moreau, collection de l'artiste)
  • Après 1862, Portrait debout coupé à mi-jambes, derrière un fauteuil, photographie de Robert Jefferson Bingham, papier albuminé, cachet du photographe, dim; h: 8 cm × l: 5,7 cm, (musée Gustave-Moreau n° inv : 16057). Base Joconde.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire Bénézit
  • Encyclopédie Larousse
  • « Centenaire de la mort de Gustave Moreau (1898) ; colloque du 23 octobre 1998 », Fondation Singer-Polignac & Soc. J.-K. Huysmans, Paris, 2001
  • Gustave Moreau - Mythes & chimères : aquarelles et dessins secrets du musée Gustave-Moreau, catalogue d'exposition, sous la direction de Marie-Cécile Forest et Daniel Marchesseau, musée de la vie romantique, Paris, 2003
  • Gustave Moreau, 1826-1898, catalogue de l'exposition aux galeries nationales du Grand Palais, Paris, 29 septembre 1998 - 4 janvier 1999, Chicago, The Art Institute, 13 février - 25 avril 1999 et New York, The Metropolitan Museum of Art, 24 mai - 22 août 1999, Réunion des musées nationaux, 1998
  • Paysages de rêve de Gustave Moreau, catalogue d'exposition au monastère royal de Brou, Bourg-en-Bresse, puis musée des beaux-arts de Reims et Versailles, Art Lys, 2004
  • Geneviève Lacambre, Gustave Moreau : Maître Sorcier, 1997, Gallimard & Réunion des musées nationaux (ISBN 2-07-053388-3)
  • George Desvalliéres « L’Œuvre de Gustave Moreau », Paris, 1911
  • Gilbert Bou, Gustave Moreau à Decazeville, Rodez, France, 2010 (ISBN 978-2-8126-0136-1)
  • Gustave Moreau, Écrits sur l'art, édition de Peter Cooke, Bibliothèque artistique et littéraire, Fontfroide, 2002
  • Marie-Anne Sarda (éd.), Paysages de rêve de Gustave Moreau, Paris, 2004 (ISBN 2-85495-2189)
  • Marie-Cécile Forest (dir.), L'Homme aux figures de cire, Paris, 2010 (ISBN 9782757203231)
  • Paul Bittler & Pierre-Louis Mathieu, Musée Gustave Moreau. Catalogue des dessins de Gustave Moreau, Paris, 1983
  • Paul Flat, Le Musée Gustave Moreau. L’artiste, son œuvre, son influence, Paris, 1899
  • Peter Cooke, Gustave Moreau et les arts jumeaux : peinture et littérature au dix-neuvième siècle, Berne, 2003
  • Peter Cooke, « La pensée esthétique de Gustave Moreau à travers ses écrits », dans Dossiers de l’art, no 51, 1998, p. 16-26
  • Pierre-Louis Mathieu, Gustave Moreau : monographie et nouveau catalogue de l'œuvre achevé, ACR Édition, Paris, 1998
  • Pierre-Louis Mathieu, Gustave Moreau, L'assembleur de rêves, ACR Éditions, Paris, 1998
  • Pierre-Louis Mathieu, Le Musée Gustave Moreau, Réunion des musées nationaux, Paris, 2005

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Geneviève Lacambre, Gustave Moreau : Maître sorcier, Paris, Gallimard,‎ (ISBN 978-2070533886).
  2. a et b Jean Selz, Gustave Moreau, Flammarion,‎ 1978, p. 94
  3. a et b (it) Gustave Moreau e l'Italia, Skira,‎ 1996, 227 p.
  4. Dominique Camus, Le Guide des maisons d'artistes et d'écrivains en région parisienne, La Manufacture,‎ 1995, p. 78.
  5. Jean Selz, Gustave Moreau, Flammarion,‎ 1978, p. 39.
  6. Croix d'Officier de la Légion d'honneur, sur le site rmn.fr, consulté le 30 janvier 2015.
  7. Jean-Jacques Lévêque, Jean de la Fontaine, ACR Édition,‎ 1995, p. 90.
  8. Fauteuil IX - Site de l'Académie des Beaux-Arts.
  9. Marie-Cécile Forest, Gustave Moreau. L'homme aux figures de cire, Somogy,‎ 2010, p. 149.
  10. Tombeau de Gustave Moreau, sur le site appl-lachaise.net, consulté le 30 janvier 2015.
  11. Extrait du testament de Gustave Moreau, du 10 septembre 1897, sur le site gallica.fnf.fr, consulté le 30 janvier 2015.
  12. Exposition des sculptures au musée Gustave-Moreau.
  13. Geneviève Lacambre, « Gustave Moreau et son musée », sur le site mairie9.paris.fr, consulté le 31 janvier 2015.
  14. André Breton, préface de Ragnar Von Holten, L'Art fantastique de Gustave Moreau, Paris, Pauvert, 1960.
  15. 81,3 × 66 cm. Collection David et Ezra Nahmad. Reproduction dans Connaissance des arts no 717, juillet-août 2013, p. 52.
  16. « Gustave Moreau en ses écrits », Dossier de l'art, janvier 2015, n° 225, p. 26-27.
  17. Joseph W, « De la peinture à la sculpture », Dossier de l'art, janvier 2015, n° 225, p. 26-27.

Notices[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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