Bataille de Hattin

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Bataille de Hattin
Gravure de Gustave Doré pour l'Histoire des Croisades de Michaud (1885).
Gravure de Gustave Doré pour l'Histoire des Croisades de Michaud (1885).
Informations générales
Date 4 juillet 1187
Lieu Hattin, à proximité de Tibériade
Issue Victoire musulmane décisive
Belligérants
Armoiries de Jérusalem.svg Royaume de Jérusalem
Cross-Pattee-red.svg Ordre du Temple
Cross of the Knights Hospitaller.png Ordre de l’Hôpital
Lazarus cross.svg Ordre de Saint-Lazare
Armoiries Albret.svg Principauté d'Antioche
Flag of Ayyubid Dynasty.svg Ayyoubides
Commandants
Armoiries de Jérusalem.svg Guy de Lusignan Reddition
Cross-Pattee-red.svg Gérard de RidefortReddition
Armoiries Tripoli.svg Raymond III de Tripoli
Armoiries Gérard de Ridefort.svg Gérard de RidefortReddition
Armoiries Ibelin.svg Balian d'Ibelin
Blason de la maison de Châtillon.svg Renaud de Châtillon Reddition
Blason Garnier de Naplouse.svg Garnier de Naplouse
Flag of Ayyubid Dynasty.svg Saladin
Flag of Ayyubid Dynasty.svg Al-Adel
Forces en présence
20 000 à 25 000 hommes 30 000 à 60 000 hommes
Pertes
17 000 morts, blessés ou prisonniers
Guerres contre Saladin
Batailles
Montgisard · Marj Ayoun · Gué de Jacob · Belvoir · Al-Fule · Hattin · Jérusalem · Saint-Jean-d'Acre · Arsouf
Coordonnées 32° 48′ 13″ N 35° 26′ 40″ E / 32.803611111111, 35.44444444444432° 48′ 13″ Nord 35° 26′ 40″ Est / 32.803611111111, 35.444444444444  

La bataille de Hattin ou bataille de Tibériade a lieu le 4 juillet 1187 près du lac de Tibériade, en Galilée. Elle oppose les armées du royaume chrétien de Jérusalem, dirigées par Guy de Lusignan, aux forces de Saladin. Ce dernier remporte une victoire écrasante, qui lui ouvre les portes de la Palestine.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après le décès, à Acre, du jeune roi Baudouin V de Montferrat, âgé de huit ans, le régent Raymond III de Tripoli est destitué, le trône de Jérusalem échoit à Guy de Lusignan, nouvel époux de Sibylle, la sœur du roi Baudouin IV le Lépreux, décédé le 16 mars 1185.

Fin 1186 ou début de 1187, Renaud de Châtillon, seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal, brise la trêve en vigueur depuis près de six ans entre Francs et musulmans en s'emparant d'une caravane, pourtant sous forte escorte, qui se rend du Caire à Damas. Il en massacre les hommes en armes et emprisonne les commerçants et les caravaniers dans sa citadelle de Kérak. Par la suite, il attaque d'autres caravanes de pèlerins allant à La Mecque, et projette même de détruire le lieu sacré de l'Islam.

Saladin essaie de se montrer patient et fait preuve de diplomatie, préférant se consacrer entièrement à la gestion de son pays. Son empire est délabré par de nombreuses années de guerre civile entre seigneurs arabes et les croisés. Il vient d'achever l’unification des musulmans, et même la ville de Mossoul, qu’il a assiégée à plusieurs reprises, a signé la paix (en 1186). La trêve, qu'il a personnellement signée avec Raymond de Tripoli, doit lui permettre de préparer la riposte, et il estime que le moment de la rompre n'est pas encore arrivé. Il envoie donc des émissaires porteurs de messages d’indignation à Renaud de Châtillon, mais le somme de respecter la trêve, de relâcher les prisonniers et de restituer les biens saisis. Méprisant, Renaud lui conseille de demander à Mahomet de venir les sauver.

Ne pouvant laisser cet affront impuni, Saladin réunit un peu plus de 12 000 soldats à Damas, puis dès le mois de mars assiège la citadelle de Al-Karak puis la citadelle de Shaubak, avant de se diriger vers Banias près de Tibériade. Les troupes musulmanes rencontrent par hasard une délégation de barons francs, qu'elles tuent ou font prisonniers.

De leur côté, les croisés s’enlisent dans leurs querelles internes. En mars 1187, Raymond de Tripoli, fort de la trêve de quatre ans signée avec Saladin et sûr de son soutien, refuse de prêter hommage au nouveau roi de Jérusalem. Celui-ci, désireux de se débarrasser de son rival qu'il accuse de complaisance envers les musulmans, se prépare à attaquer Tibériade, qui appartient à la femme du comte de Tripoli. Alerté, ce dernier conclut une alliance avec Saladin qui débloque la ville.

Le 30 avril 1187, conformément à leur alliance, Saladin demande à Raymond de Tripoli de laisser ses éclaireurs faire une reconnaissance du côté du lac de Tibériade. Le comte, embarrassé, ne peut refuser. Il exige cependant que les soldats musulmans quittent son territoire avant le soir et ne s’en prennent ni aux biens, ni aux personnes. Le 1er mai, 7 000 cavaliers passent sous les murs de la ville. Le soir même, alors qu'ils font le chemin en sens inverse, ils rencontrent 150 chevaliers de l'Ordre du Temple qui ont attaqué une colonne près de Séphorie, au nord de Nazareth. C'est le massacre. Seuls trois Templiers parviennent à s'enfuir, dont le maître de l'Ordre, Gérard de Ridefort.

Suite à ce désastre, Raymond de Tripoli se repent et met ses forces à la disposition de Guy de Lusignan. Le 24 juin, les Francs sont prêts. Ils ont réuni une grande armée constituée de 2 000 chevaliers (dont 1 200 Templiers et Hospitaliers) et 13 000 fantassins. Ils sont soutenus par 40 000 mercenaires, en majorité des musulmans, dont 2 500 cavaliers et 7 000 fantassins payés et armés par les Templiers. En face, de nouvelles troupes ont rejoint Saladin, qui dispose au total de plus de 60 000 soldats.

La marche fatidique[modifier | modifier le code]

Le 2 juillet, dans l'après-midi, l'armée des Francs arrive à Séphorie. Ils sont à l'abri de toute attaque et disposent là de vivres en quantité et d'eau à volonté, grâce aux fontaines de la cité. Pour forcer les Francs à venir à lui, Saladin attaque la cité de Tibériade où se trouve toujours la comtesse Échive de Bures, l'épouse de Raymond de Tripoli. Ses troupes réussissent à prendre la ville basse, qui est incendiée, et poussent la population à se réfugier dans la forteresse, tout en laissant passer des messagers qui rejoignent l'armée franque à Séphorie, distante d'environ vingt-sept kilomètres de Tibériade. Saladin espère ainsi pousser les Francs à l’affrontement avant que ses propres troupes ne se débandent.

Le soir même de l'attaque, le roi réunit un conseil. Face à la menace qui pèse sur Tibériade, les trois beaux-fils de Raymond de Tripoli veulent que l'armée vole au secours de leur mère, mais Raymond s'oppose à eux : selon lui, il convient d'attendre Saladin en position de force. Les Sarrasins seraient alors épuisés par leur progression sur des routes poussiéreuses et brûlantes, ainsi que par le manque cruel d'eau. Il déclare qu'il « préférerait perdre Tibériade et tout ce qu'elle renferme plutôt que l'unique armée du Royaume ». Renaud de Châtillon accuse Raymond de lâcheté. Néanmoins, c'est lui qui emporte la décision à la fin du conseil.

Après la fin du conseil, Gérard de Ridefort va s'entretenir personnellement avec le roi sous sa tente pour le convaincre de changer d'avis. Il rappelle la réputation de traîtrise de Raymond de Tripoli et argue que concéder une victoire aux Sarrasins alors que l'armée était si proche serait un signe de faiblesse. Il laisse également entendre que si le roi ne laisse pas ses hommes venger les morts de la fontaine de Cresson, les Templiers risquent fort de déserter. Guy de Lusignan se range à l'avis du Maître de l'Ordre.

L'armée franque, divisée en trois corps, se met en route à l'aube du 3 juillet. Les hommes souffrent de la chaleur et les réserves d'eau sont vite épuisées. Saladin a pris soin de faire combler les puits et d'empoisonner les trous d'eau. Sans jamais engager le combat, des cavaliers les harcelèrent de tous côtés de leurs flèches, et ralentissent la marche. Cette tactique réussit si bien, qu'au soir du 3 juillet, le roi propose de rejoindre le village de Hattin où se trouve l'un des rares points d'eau. Mais Saladin devine le projet et lui barre la route. À la nuit tombée, les Francs sont obligés de bivouaquer parmi les pierres brûlantes, sur le sable desséché. Leurs outres sont vides. Toute la nuit, ils sont harcelés, et doivent veiller pour la troisième nuit consécutive.

La bataille[modifier | modifier le code]

Mouvements des troupes jusqu'à la bataille.

Au matin du 4 juillet, la journée s'annonce encore plus chaude que la veille. De plus, les Francs se trouvent sous le vent. Saladin positionne ses troupes afin de bloquer toute tentative de sortie, et fait mettre le feu aux broussailles. Le vent pousse la fumée et le feu vers les croisés. Sans eau pour se rafraîchir, les Francs étouffent sous leur imposantes cuirasses. Avec l'énergie du désespoir, ils mènent cependant des combats pour tenter de percer les lignes ennemies et de gagner les rives du lac de Tibériade.

Peu à peu, les Francs sont repoussés et contraints de se rassembler sur une élévation appelée les Cornes de Hattin, un piton basaltique dominant la plaine voisine. Raymond de Tripoli réussit à se créer une sortie vers Séphorie en emmenant avec lui le fils du prince d'Antioche, ses chevaliers et quelques barons syriens. Quelques détachements réussissent également à s'enfuir vers Tyr.

Le reste des forces défendent leur position élevée sur les Cornes de Hattin. Selon les récits des chroniqueurs, la bataille est terrible et les morts nombreux des deux côtés. La chute de la tente royale symbolise la défaite franque, alors que le roi et ses grands barons parviennent à trouver refuge dans la forteresse de Tibériade.

Suites[modifier | modifier le code]

Exécution de Renaud de Châtillon (Historia de Guillaume de Tyr, BNF, Mss.Fr.68, folio 399).

Le lendemain, 5 juillet, sans espoir de secours, les barons sortent de la forteresse et se rendent à Saladin. Parmi les prisonniers de marque :

Le roi de Jérusalem est conduit à Damas, avec les autres nobles capturés, en vue d'être libérés contre rançon. Tous les Templiers et Hospitaliers survivants, à peu près 300, sont immédiatement mis à l'écart et décapités en place publique, car considérés comme les plus redoutables ennemis de l'Islam. Les autres chevaliers francs sont faits prisonniers, mais leurs vies sont épargnées, hormis celle de Renaud de Châtillon, décapité par Saladin. Les soldats turcs et musulmans au service des Francs, les turcopoles, considérés comme traîtres et renégats, sont massacrés sans pitié. Les autres combattants francs sont faits prisonniers et réduits en esclavage.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les États latins d'Orient en 1190 : trois ans après Hattin, les possession franques en Palestine sont réduites à Tyr, Tripoli et Antioche.

Un peu plus de 30 000 soldats meurent en une journée des deux côtés. La fine fleur de la chevalerie franque est décimée, et les défenses du royaume de Jérusalem quasiment réduites à néant. Les musulmans infligent aux croisés une dure défaite psychologique, car ils ont perdu la relique de la Vraie Croix, emblème de la chrétienté.

La Palestine passe sous l'emprise de Saladin. Lors du seul mois de juillet, il prend la citadelle de Tibériade (le 6 juillet), les cités de Saint-Jean-d'Acre, de Césarée de Sidon et de Jaffa. Cette dernière résiste plus longtemps à l’armée d'al-Adel venue d’Égypte mais finit par tomber, et ses habitants sont vendus en esclavage. Le 6 août, c'est au tour de Beyrouth, avant Ascalon le 4 septembre et Gaza le 5. Le 20, Saladin commence le siège de Jérusalem, qui n'est plus défendue que par 6 000 hommes levés en hâte parmi les habitants et dirigés par Balian d'Ibelin.

La ville sainte tombe le 2 octobre 1187. Elle n'est pas pillée, et les habitants qui en ont les moyens sont libérés ; les autres finiront esclaves. Les Templiers négocient leur sortie. Saladin conclut un marché avec notamment Balian d'Ibelin qui promettait de détruire les lieux saints musulmans si la ville et ses habitants n'étaient pas épargnés. Cependant, Saladin en tenant sa promesse a évité de verser inutilement du sang. De même qu'il avait permis aux chevaliers d'Acre et d'Ascalon de s'exiler à Tyr, ceux de Jérusalem rejoignent aussi Tyr, dernier bastion de la résistance franque.

En novembre, Saladin vient mettre le siège devant Tyr, défendue par le baron Conrad de Montferrat. Les Francs réussissent à incendier une partie de la flotte musulmane, et obligent Saladin à abandonner le siège, son importante armée devant être démobilisée à l'entrée de l'hiver. Sur le chemin du retour, il s'empare encore des villes de Lattaquié, Tartous, et Safed en territoire syrien.

Hattin modifie considérablement l'équilibre des forces au détriment des chrétiens. Cependant, cette défaite des croisés, une fois connue en Occident, va provoquer un vigoureux sursaut des principaux souverains de la chrétienté : l'empereur Frédéric Barberousse, le roi de France Philippe Auguste et le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion, étant le seul qui obtiendra quelques résultats. Des renforts considérables vont commencer à affluer. La troisième croisade commence peu après.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

  • Début du 5e épisode : La politique par d'autres moyens, de la série : Les grandes erreurs militaires, sur Planète+.