Romain Gary

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Romain Gary

Nom de naissance Roman Kacew
Autres noms Émile Ajar, Shatan Bogat, Fosco Sinibaldi
Activités diplomate, écrivain, cinéaste
Naissance 8 mai 1914
Vilnius[1], Empire russe
Décès 2 décembre 1980 (à 66 ans)
Paris, France
Langue d'écriture français, anglais
Genres roman
Distinctions Prix Goncourt (1956 et 1975)

Œuvres principales

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew (prononciation : katsef[2]), est un diplomate et romancier français, de langues française et anglaise, né le 8 mai 1914[3] à Vilna (Bильнa)[1] dans l'Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie, pendant l'entre-deux-guerres, Wilno en Pologne[4]) et mort le 2 décembre 1980 (à 66 ans) à Paris.

Important écrivain français de la seconde moitié du XXe siècle, il est le seul à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises dans sa vie ; la première sous son nom de plume habituel en 1956 et la seconde, en 1975, sous l’identité d’emprunt d’Émile Ajar.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Plaque sur la maison de Romain Gary à Vilnius (1917-1923).

Durant toute sa vie d'adulte[5], dans son œuvre, dont la relecture montre le « jeu picaresque de ses multiples identités »[6], mais aussi dans des déclarations aux médias, ainsi que dans des déclarations officielles, Roman Gary a donné des versions diverses de ses origines, faisant varier : son nom (Kacew ; de Kacew) ; son lieu de naissance (Nice, dans la région de Koursk en Russie, Wilno) ; la nationalité de son père (russe, géorgien, tatare, mongol) ; celle de sa mère (juive russe ; française), informations elles-mêmes souvent déformées par les médias (« Kiev »[7], « en Russie près de la frontière polonaise »[8]). Il va même jusqu'à renier son père, se présentant comme un « bâtard juif Russe, mâtiné de Tartare »[9]. Il a parfois aussi évoqué, dans les années 1930 et 1940, la possible paternité d'Ivan Mosjoukine.

En réalité, Roman Kacew est issu de deux lignées juives ashkénazes et est né à Wilno, ce qui est attesté par un certificat en hébreu en date du 15 mai 1914 (calendrier julien) du « Rabbinat du gouvernement de Wilno », établissant qu'il est le fils d'Arieh-Leïb Kacew et de Mina Owczyńska, mariés à Wilno le 28 août 1912. Ce certificat a été traduit en russe, puis en français par l'ambassade de France à Moscou en 1963[10].

Arieh-Leïb (« lion » en hébreu-en yiddish, d'où la francisation en « Léon ») Kacew (« boucher » en yiddish, de l'hébreu "katsav") est né en 1883 à Wilno ; en 1912, il est associé dans l'atelier et magasin de fourrures familial (rue Niemecka/Daïtsche Gas) et fait partie de la Deuxième guilde des marchands. Il est aussi administrateur de la synagogue de la rue Zawalna. Il fait donc partie de la moyenne bourgeoisie de Wilno.

Mina Owczyńska, fille de Josel (Joseph) Owczynski, est née en 1879 à Swieciany (actuelle Švenčionys en Lituanie, en polonais : Święciany), petite ville à 80 km de Wilno, où elle a fait des études secondaires en yiddish et en russe dans un établissement juif et où elle a participé à un groupe de jeunesse d'orientation socialiste, le « cercle Yehoash ». Parmi les frères de Mina, le plus important en ce qui concerne Romain Gary est Eliasz, lui aussi émigré en France, père de Dinah (née en 1906, épouse de Paul Pavlowitch (1893-1953) et mère de Paul-Alex Pavlowitch, né en 1942). Elle a d'abord été mariée à Reouven Bregsztein, originaire de Kovno comme la mère de Mina et en a divorcé, mais on ne sait pas grand-chose d'autre sur ce premier mariage.

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

En Russie (1914-1921)

Roman et ses parents ont au départ la nationalité russe, puis deviennent polonais lorsque Wilno et sa région sont intégrées à la Pologne rétablie après la Première Guerre mondiale.

Durant cette guerre, son père est mobilisé dans l'armée russe, alors que Roman est encore un très jeune enfant. Mina et Roman quittent Wilno pour Swieciany où ils passent quelques mois, puis une mesure générale d'expulsion des Juifs de la zone du front les oblige à passer plusieurs années en Russie proprement dite, mais les informations sont assez obscures : dans ses livres, Romain Gary évoque des séjours à Koursk et à Moscou, un voyage à travers la Russie en traîneau et en train, la rencontre de matelots révolutionnaires dans un port non précisé ; durant cette période, Mina aurait été comédienne, participant aussi à l'agit-prop révolutionnaire[11].

En Pologne (1921-1928)

La présence de Mina Owczynska (et de Roman) à Wilno est attestée à partir de septembre 1921 par le registre des locataires d'un immeuble au no 16 de la rue Wielka Pohulanka, où ils vont vivre pendant quelques années. Leur retour est sans doute consécutif à la paix de Riga (mars 1921) mettant fin à la guerre entre la Russie soviétique et la République de Pologne.

Démobilisé, Leïb Kacew les rejoint à une date inconnue, mais il quitte le foyer en 1925 pour aller vivre avec une autre femme, Frida Bojarska, dont il a deux enfants, Walentyna (1925) et Pawel (1926). Le divorce de Mina et Leïb est prononcé en mai 1929[12] et il se remarie presque aussitôt avec Frida (les quatre membres de la nouvelle famille Kacew mourront durant la Seconde Guerre mondiale)[9]). Romain Gary n'a pratiquement rien dit ou écrit sur la période où son père vivait avec lui et Mina à Wilno, ni sur la séparation et le divorce. Il l'a cependant revu en 1933 à Varsovie[13]. Il évoque des cours particuliers (violon, escrime), mais pas les écoles qu'il a fréquentées. En mars-avril 1925, peu avant la séparation, sa mère l'emmène à Bordighera où il voit la mer pour la première fois[14].

Roman est ensuite élevé par sa mère, qu'il présentera comme une actrice de théâtre[15]. Après la séparation, elle connaît des problèmes financiers, car elle ne dispose plus des revenus du magasin de fourrures de son mari. Or, son petit atelier de chapeaux ne lui rapporte que très peu d'argent. En août 1925, elle et Roman quittent Wilno pour Swieciany, puis s'installent en 1926 à Varsovie, où sont déjà présents d'autres membres de la famille Owczynski, notamment un autre frère de Mina, Boris (1890-1949), avocat, chez qui ils sont hébergés[16]. Roman semble avoir été scolarisé dans un collège polonais (collège Gurskiego[17]), où il est en butte à un antisémitisme au moins verbal. Il suit aussi des cours particuliers de français.

En août 1928, ils obtiennent un visa touristique pour la France. Sa mère est persuadée que dans ce pays, son fils pourra s’accomplir pleinement en tant que diplomate ou artiste[18].

En France

Ils arrivent à Menton le 23 août 1928 et s'installent à Nice, où se trouvent déjà son frère Eliasz et sa famille ; le 1° octobre, Roman commence une nouvelle année scolaire au Lycée Masséna, directement intégré en classe de 4e. Mina fait ensuite les démarches pour obtenir une autorisation de séjour qui est accordée, mais sous réserve qu'elle n'occupe aucun emploi[19].

En fait, elle est obligée de gagner sa vie, vendant d’abord « au noir » des articles de luxe dans les grands hôtels de Nice ou de Cannes, puis s'occupant de vente immobilière[20] ; un des ses clients lui confie finalement la direction d'un petit hôtel, la « pension Mermonts », au 7 du boulevard Carlone (actuel boulevard François-Grosso)[21].

Utilisant désormais son prénom francisé (Romain), son fils se distingue au lycée en français, obtenant en 1929 le premier prix de récitation et en 1931 et 1932 celui de composition française, mais « dans les autres matières, excepté l'allemand qu'il parle et écrit très correctement, il est médiocre »[22]. Ses amis de l'époque sont comme lui étrangers ou issus de familles d'origine étrangère : François Bondy[23] (1915-2003 ) ; Alexandre Kardo Sissoeff[24] ; Sigurd Norberg[25] ; René et Roger Agid, dont les parents dirigent plusieurs grands hôtels de Nice (et un à Royat, Puy-de-Dôme), principalement L'Hermitage à Cimiez[26] ; à ce titre, ils connaissent directement la mère de Romain.

Il est reçu au baccalauréat Philosophie en juillet 1933 avec mention « Passable ».

Études supérieures et débuts littéraires[modifier | modifier le code]

Après avoir commencé des études de droit à Aix-en-Provence en octobre 1933, Romain Kacew part l'année suivante les poursuivre à Paris, probablement grâce à l'aide financière que lui apporte son père à l'occasion de leur rencontre à Varsovie durant l'été 1934[27]. Il obtient sa licence en juillet 1938, tout en suivant parallèlement une Préparation militaire supérieure au Fort de Montrouge : « En attendant son incorporation dans l'armée française, Gary, au terme de médiocres études, bûchait sa procédure. »[28]. Il révise au petit jour et passe l'essentiel de son temps à écrire.

C'est à cette époque qu'il publie ses premières nouvelles dans Gringoire, un hebdomadaire qui n'est pas au départ orienté à l'extrême-droite : « Gary renonça courageusement aux généreuses rétributions (...) quand le journal afficha des idées fascistes et antisémites. Il écrivit à la rédaction une lettre pour dire en substance : « je ne mange pas de ce pain-là »[29]. » En 1935, sa nouvelle L’Orage paraît dans Gringoire, ce qui lui permet de ne plus dépendre financièrement de sa mère qui, minée par un diabète insulinodépendant, s'est usée à la tâche pour préparer l'avenir de son fils. En 1937, plusieurs éditeurs refusent son premier roman, Le Vin des morts[30].

Le soldat et le Résistant[modifier | modifier le code]

Le service militaire

Naturalisé français en juillet 1935, il est appelé en novembre 1938 au service militaire dans l'aviation à Salon-de-Provence, puis est envoyé à l'école de l'air d'Avord près de Bourges. Au terme de sa formation, il passe l'examen de sortie de l'école en mars 1939, mais est un des deux élèves officiers de la promotion à avoir échoué, probablement en raison de sa naturalisation trop récente. Il doit se contenter du grade de sergent[31].

En août 1939, il devient instructeur de tir à l'école de l'air d'Avord et suit son école à Bordeaux-Mérignac où elle se replie fin août. En février 1940, il obtient une permission pour se rendre à Nice, au chevet de sa mère atteinte d'un cancer de l'estomac. C'est la dernière fois que Romain voit sa mère : elle meurt en février 1941[32].

La France libre

Fervent admirateur du général de Gaulle, il s'évade, le 20 juin 1940, de Bordeaux-Mérignac en avion jusqu'à Alger, se rend en car à Casablanca d'où un cargo britannique l'emmène à Glasgow. Il s'engage aussitôt dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL). Il sert au Moyen-Orient, en Libye, et à Koufra en février 1941, en Abyssinie puis en Syrie où il contracte le typhus. Après sa convalescence, il sert dans la défense côtière de la Palestine où il participe à l'attaque d'un sous-marin.

En février 1943, il est rattaché en Grande-Bretagne au Groupe de bombardement Lorraine. C'est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary (signifiant « brûle ! » à l'impératif en russe alors qu’Ajar signifie « braise »[33]) qui deviendra son pseudonyme et qui fut le nom d’actrice de sa mère[34]. Observateur sur bombardier (et non pilote, à cause de son échec à l'école de l'air d'Avord), il est affecté à la destruction des bases de lancement des V1.

Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944 alors qu'il commande une formation de six appareils. Il est blessé, son pilote Arnaud Langer[35] est aveuglé, mais il guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène son escadrille à sa base. Il effectue sur le front de l'Ouest plus de 25 missions, totalisant plus de 65 heures de vol de guerre. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine de réserve à la fin de la guerre[36].

Le diplomate[modifier | modifier le code]

Après la fin des hostilités, il entame une carrière de diplomate au service de la France. À ce titre, il séjourne en Bulgarie (1946-1947), à Paris (1948-1949), en Suisse (1950-1951), à New York (à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies (1951-1954), à Londres (1955) puis en qualité de consul général de France à Los Angeles de 1956 à 1960[37]. De retour à Paris, il demeure sans affectation jusqu'à sa mise en disponibilité du ministère des Affaires étrangères en 1961.

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

En janvier 1945, Romain Gary voit son premier roman, Éducation européenne, publié par les éditions Calmann-Lévy ; il est distingué par le prix des Critiques. Mais c'est avec Les Racines du ciel qui est récompensé du prix Goncourt en 1956, que sa notoriété d'écrivain grandit auprès du public. À partir de la publication de La Promesse de l'aube, en 1960, il se consacre de plus en plus à son activité d'écrivain, également sous divers pseudonymes dont l'ultime et le plus connu, Émile Ajar, marque la fin de sa carrière et ses quatre derniers romans avant sa mort. Fait unique, il obtient pour La Vie devant soi un second prix Goncourt en 1975, déclenchant à la fin des années 1970 « l'affaire Émile Ajar ».

Dès l’immédiat après-guerre, entre 1946 et 1956, la figure littéraire du rescapé de la Shoah hante l’œuvre romanesque de Romain Gary qui interroge leur conduite : comment vivre après Auschwitz ? C’est Tulipe, dans le récit éponyme (1946), qui au sortir de Buchenwald s’installe dans le « nouveau monde » de Harlem ; c’est Vanderputte, dans Le Grand vestiaire (1948), qui a dénoncé un réseau de Résistants ; c’est le Compagnon de la Libération, Jacques Rainier, dans Les Couleurs du jour (1952) qui voit l’idéal de la France Libre se déliter et s’engage comme volontaire en Corée ; c’est Morel, dans Les Racines du ciel (1956) qui a survécu à l’expérience concentrationnaire en imaginant des troupeaux d’éléphants battre la savane. Ce n'est qu'avec l'œuvre d'Émile Ajar qu'une réponse viendra sublimer ses premiers écrits : « Celle d'un altruisme désintéressé, d'une banalité du bien qui contraste avec la banalité du mal d'un Eichmann[38],[39]».

Romain Gary et la mort[modifier | modifier le code]

En 1978, lors d'un entretien avec la journaliste Caroline Monney[40], lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m'arrivera pas. Jamais. J'imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j'ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J'ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais »[41].

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 avec un revolver Smith & Wesson de calibre 38, se tirant une balle dans la bouche[42]. Il laisse une lettre mystérieusement datée « Jour J » et dans laquelle est notamment écrit  : « Aucun rapport avec Jean Seberg » (l'actrice s'est elle-même suicidée le 30 août 1979)[43]. Compagnon de la Libération, il a droit aux honneurs militaires lors de ses obsèques à l'Église Saint-Louis des Invalides le 9 décembre 1980. Le 15 mars 1981, sa dernière compagne Leïla Chellabi disperse ses cendres, selon son vœu, en mer Méditerranée au large de Menton[44].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Dans un recueil de confidences sous la forme d'entretiens livrés à la radio en 1980, Romain Gary faisait cette déclaration : « La seule chose qui m'intéresse, c'est la femme, je ne dis pas les femmes, attention, je dis la femme, la féminité »[45]. Parmi les amours de jeunesse de Roman Kacew, on peut citer Christel Söderlund, une jeune journaliste suédoise qu'il rencontre à Nice en juillet 1937. Jeune mère de famille, mariée, elle suit Romain à Paris et envisage de divorcer, mais décide après quelques mois de rentrer en Suède retrouver son mari[46].

Il tombe ensuite amoureux d'Ilona Gesmay, une jeune juive hongroise de quatre ans son aînée, qui inspirera l'auteur de La Promesse de l'aube, de La nuit sera calme et d'Europa. Sa famille lui ayant coupé les vivres, elle décide de rentrer à Budapest en mars 1940 ; elle survivra à la guerre, mais deviendra schizophrène et ne reverra jamais Romain[47].

En avril 1945, Roman Kacew épouse la femme de lettres britannique Lesley Blanch rencontrée l'année précédente, mais l'amour d'Ilona continue à le hanter[48]. En 1959, il fait la connaissance de l’actrice américaine Jean Seberg dont il tombe amoureux et avec qui il entame une liaison. En 1963, il divorce pour se marier avec Jean Seberg. Leur fils, Alexandre Diego Gary, naît cette même année. Il tournera ses deux films avec Jean Seberg comme actrice principale. Ils se séparent en 1968. Il rencontre en 1978 Leïla Chellabi, danseuse puis mannequin, animatrice de radio et parolière. Elle sera sa dernière compagne et son ayant-droit[49].

L'affaire Émile Ajar[modifier | modifier le code]

Après la disparition de Romain Gary, on apprend que, sous le pseudonyme d’Émile Ajar, il est également l'auteur de quatre romans dont la paternité avait été attribuée à un proche parent, Paul Pavlowitch, son petit cousin. C’est lui qui a assumé le rôle d’Ajar auprès de la presse (notamment auprès d’Yvonne Baby dans Le Monde et de l'hebdomadaire Le Point qui retrouve « Ajar » dans le Lot et publie deux semaines durant en 1973 des articles et une interview littéraire de Paul Pavlowitch par Jacques Bouzerand, à la veille du prix Goncourt). Romain Gary a déjà envoyé en 1930 des manuscrits à la NRF sous les pseudonymes de François Mermont (du nom de l’hôtel-pension à Nice dont sa mère est gérante) ou de Lucien Brûlard (voir plus loin) qui ne sont cependant pas acceptés.

Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir jamais été, par volonté de mystification ambiguë (Gary et Ajar signifient respectivement brûle ! et la braise en russe ; des phrases de l'un sont dans l'autre), récompensé deux fois par le prix Goncourt, la première fois sous son nom courant, pour Les Racines du ciel, en 1956 et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975.

La mystification Ajar/Gary ne serait pas passée inaperçue de tous. Dans son roman autobiographique Le Père adopté, Didier van Cauwelaert rapporte qu'une étudiante de la Faculté de lettres de Nice, qu'il nomme Hélène, aurait préparé, deux ans avant la révélation publique, un mémoire soutenant, au grand désarroi de ses professeurs, que Gary et Ajar étaient une seule et même personne[50].

Ajoutons qu'Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes puisqu'il est aussi l'auteur d'un polar politique sous le nom de Shatan Bogat, Les Têtes de Stéphanie, et d'une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi (les lettres s, i et n masquant les g, a et r de Gar-ibaldi), L'Homme à la colombe.

Renommée et postérité[modifier | modifier le code]

Plaque en mémoire de Romain Gary apposée sur son domicile parisien au no 108 de la rue du Bac.

Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma, notamment Clair de femme (1979) par Costa-Gavras, avec Yves Montand et Romy Schneider dans les rôles principaux, et La Vie devant soi (1977) par Moshé Mizrahi, qui remporta l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, et dans le rôle de Madame Rosa, Simone Signoret remporta le César de la meilleure actrice. En 1958, l'Américain John Huston a réalisé Les Racines du ciel avec Trevor Howard, Errol Flynn, Juliette Gréco, Orson Welles. C'est Romain Gary qui en écrivit le scénario. Il a également réalisé deux films pour lesquels il tint en même temps le rôle de réalisateur et celui de scénariste. Cette partie de son œuvre n'a guère connu de succès.

En 2007-2008, La Vie devant soi est adaptée au théâtre par Xavier Jaillard dans une mise en scène de Didier Long et remporte trois Molières (Meilleure adaptation théâtrale, meilleure comédienne, meilleure production théâtrale). En 2007-2008, Christophe Malavoy incarne Romain Gary au théâtre dans Gary/Ajar.

Le nom de Romain Gary a été donné à une promotion de l'École nationale d'administration (2003-2005), de l'institut d'études politiques de Lille (2013) et de l'Institut d'études politiques de Strasbourg (2001-2002), en 2006 à la place Romain-Gary dans le 15e arrondissement de Paris et à la bibliothèque patrimoniale de Nice.

À l'étranger, l'Institut français de Jérusalem porte également le nom de Romain Gary.

Décorations[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Anthologie de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Sous le nom de Romain Kacew 
Sous le nom de Romain Gary 
Sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi
Sous le pseudonyme de Shatan Bogat
Sous le pseudonyme d’Émile Ajar

Films[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Il utilise dans ses écrits l'orthographe polonaise Wilno.
  2. « Kacew » étant un nom polonais ou le « c » se prononce « ts » ; en russe : Кацев, correspondant aussi à la prononciation katsef.
  3. 8 mai : dans le calendrier julien utilisé en Russie jusqu'en 1917 ; le 21 mai dans le calendrier grégorien.
  4. Selon le critique Tadeusz Kowzan, il serait en réalité né à Moscou.
  5. Cf. Myriam Anissimov, Romain Gary, 2004, pp. 655-658, qui donne une liste (non exhaustive) des divers états civils de Romain Gary.
  6. Alain Bosquet, « Romain Gary picaresque », dans Combat, no 7200, 7 septembre 1967.
  7. Femmes d'aujourd'hui, 2 mai 1957.
  8. Le Soir, 30 janvier 1957.
  9. a et b Guy Amsellem, Romain Gary. Les métamorphoses de l'identité, Éditions L'Harmattan,‎ 2008, p. 20.
  10. Anissimov, chapitre 1, 2004, pp. 24-25.
  11. Anissimov, 2004, pp. 34-37.
  12. Anissimov, 2004, p. 44.
  13. Photographie de Leïb et Roman Kacew, avec Sigurd Norberg, dans une rue de Varsovie, dans Anissimov, 2010, p. 46.
  14. Anissimov, chapitre 6, 2004, p. 49.
  15. Julien Roumette, Romain Gary. L'ombre de l'histoire, Presses Universitaires du Mirail,‎ 2007, p. 197.
  16. Anissimov, chapitre 11, 2004, pp. 67-73.
  17. Anissimov, 2004, p. 69.
  18. Mireille Sacotte, Anne Simon, Romain Gary. Écrivain-diplomate, Ministère des Affaires étrangères,‎ 2003, p. 132.
  19. Cf. dossier de Mina Kacew, Centre des archives de Fontainebleau, dossier n° 116 050, cité par Anissimov, chapitre 11, 2004, pp. 71-72.
  20. Anissimov, chapitre 15, 2004, pp. 88-90.
  21. Christian Arthaud, Éric L. Paul, La Côte d'Azur des écrivains, Édisud,‎ 1999, p. 79.
  22. Myriam Anissimov, chapitre 17, 2004, p. 100 ; dans son roman La Promesse de l'aube, il reconnaît lui-même les difficultés qu'il a rencontrées lors de ses études secondaires et le manque d'intérêt qu'il éprouve pour les études supérieures, faites essentiellement pour répondre aux désirs de sa mère.
  23. François Bondy est le père du dramaturge Luc Bondy (né en 1948) ; le fils de Fritz Bondy (Anissimov, chapitre 19, 2004, pp. 109-110), né à Prague, écrivain (sous le pseudonyme de N.O. Scarpi) et cinéaste suisse de langue allemande. Voir : Wikipédia anglaise : François Bondy et allemande : Fritz Bondy
  24. Né en 1914 à Moscou, de parents russes nés à Tiflis et à Gori.
  25. Romain voyage avec lui en Pologne en 1933 et en Suède en 1939.
  26. Sur la famille Agid : Anissimov, chapitre 14, 2004, pp. 84-87. René Agid est le père d'Yves Agid.
  27. Myriam Anissimov, 2006, deuxième partie, p. 140.
  28. Myriam Anissimov, Romain Gary, Le Caméléon, Folio, 2006, deuxième partie, p. 150.
  29. Romain Gary, Le Caméléon de Myriam Anissimov, Folio, 2006, deuxième partie, p. 147 ; entretien avec René Agid, recueilli par Variety Moszinsky. Les recherches de Myriam Anissimov sur l'hebdomadaire Gringoire sont par ailleurs très complètes ; voir notamment p. 145-147. En 1935, le journal payait 1 000 francs la page, alors que Gary recevait moins de 300 francs mensuels de sa mère.
  30. Fabrice Larat, Romain Gary. Un itinéraire européen, Georg Editeur,‎ 1999, p. 32
  31. Myriam Anissimov, Romain Gary, Le Caméléon, Folio, 2006, deuxième partie, p. 170-172.
  32. Prévenu par une lettre de son ami René Agid, Romain Gary, alors en Afrique, ne pourra se rendre à l'enterrement.
  33. Patrice Delbourg, Les jongleurs de mots, Ecriture,‎ 2008, p. 307
  34. Entretien avec Caroline Monney, Romain Gary, L’affaire homme, Folio, 2005, p. 300.
  35. Arnaud Langer sera fait lui aussi Compagnon de la Libération.
  36. a et b Romain Gary sur le site de l'Ordre de la Libération.
  37. Kerwin Spire, « Romain Gary, écrivain diplomate », in Laurence Badel et al. (dir.), Écrivains et diplomates : l'invention d'une tradition XIXe-XXIe siècles, Armand Colin, Paris, 2012, p. 363-377.
  38. Kerwin SPIRE, « Comment vivre après Auschwitz ? Romain Gary et l'écriture de l'après (1946-1956) »
  39. Diasporas no 22, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, octobre 2013, p. 216-225.
  40. Caroline Monney, « Vingt questions à Romain Gary », dossier ajouté à Charge d'âme, éd. Jules Tallandier, février 1978.
  41. Romain Gary, L'Affaire homme, « Vingt questions à Romain Gary », Gallimard, coll. « Folio », F8, 2006.
  42. Mireille Sacotte, Mireille Sacotte commente la promesse de l'aube de Romain Gary, éd. Gallimard, 2006, p. 223.
  43. Note suivante au pied de son lit :
    « Jour J.
    Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs.
    On peut mettre cela évidemment sur le compte d’une dépression nerveuse. Mais alors il faut admettre que celle-ci dure depuis que j’ai l’âge d’homme et m’aura permis de mener à bien mon œuvre littéraire. Alors, pourquoi ? Peut-être faut-il chercher la réponse dans le titre de mon ouvrage autobiographique : « La nuit sera calme » et dans les derniers mots de mon dernier roman : « Car on ne saurait mieux dire ».
    Je me suis enfin exprimé entièrement. »
    cité par D. Bona, Romain Gary, Paris, Mercure de France-Lacombe, 1987, p. 397-398.
  44. Jean-François Hangouët, Romain Gary. À la traversée des frontières, Gallimard,‎ 2007, p. 86-87
  45. Les femmes et les mythes de Romain Gary, article du Figaro, 12 juin 2014.
  46. Myriam Anissimov, Romain Gary, Le Caméléon, Folio, 2006, deuxième partie, p. 152-160.
  47. Myriam Anissimov, Romain Gary, Le Caméléon, Folio, 2006, deuxième partie, p. 161-169.
  48. « Si jamais on la retrouve, évidemment elle vivra avec nous. » annonça Romain à Lesley (cité dans Myriam Anissimov, Romain Gary, Le Caméléon, Folio, 2006, deuxième partie, p. 162).
  49. Christian Arthaud, Eric L. Paul, La Côte d'Azur des écrivains, Édisud,‎ 1999, p. 79
  50. Didier Van Cauwelaert, Le Père adopté, Albin Michel, 2007, p. 272-273.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Biographies d'ensemble
  • Myriam Anissimov, Romain Gary Le caméléon, Paris, Denoël, 2004 (ISBN 2207248356) (Gallimard, coll. « Folio », 2006) [références : Anissimov, 2004 ; Anissimov, 2006]
  • Myriam Anissimov, Romain Gary L'enchanteur, Textuel, coll. « Passion », 2010 [documents commentés]
  • Dominique Bona, Romain Gary, Mercure de France, 1987
  • Pierre Bayard, Il était deux fois Romain Gary, PUF, coll. « Le texte rêve », 1990
  • Jean-Marie Catonné, Romain Gary, de Wilno à la rue du Bac, Actes Sud, 2010
Thèmes divers
  • Carine Marret, Romain Gary Promenade à Nice, Baie des Anges, 2010.
  • Jean-Marie Catonné, Romain Gary / Émile Ajar, Pierre Belfond, coll. « Les dossiers Belfond », 1990.
  • Valéry Coquant, Romain Gary L'homme face à l'action, Éditions France Empire, Paris, 2012.
  • Nancy Huston, Tombeau de Romain Gary, Actes Sud, 1995.
  • Dominique Rosse, Romain Gary et la modernité, Nizet, Paris, 1995.
  • Jean-François Hangouët, Romain Gary À la traversée des frontières, Gallimard, 2007.
  • Pol-Serge Kakon, Romain Gary-Jean Seberg, un amour à bout de souffle, Hugo et Cie, 2011.
  • Fabrice Larat, Romain Gary Un itinéraire européen, Georg Éditeur, 1999.
  • Mireille Sacotte, Romain Gary et la pluralité des mondes, PUF, 2002.
  • Dominique Rosse, Europa ou la défense Gary, Lausanne, Droz, Échiquiers d'encre, 1998.
  • Guy Amsellem, Romain Gary Les métamorphoses de l'identité, L'Harmattan, 2008.
  • Paul Audi, La fin de l'impossible Deux ou trois choses que je sais de Gary, Christian Bourgois, 2005.
  • Paul Audi, Je me suis toujours été un autre : Le paradis de Romain Gary, Christian Bourgois, 2007.
  • Jean-François Pépin, Aspects du corps dans l'œuvre de Romain Gary, L'Harmattan, 2003. (Consulter sur amazon.fr)
  • Julien Roumette, Étude sur La Promesse de l'aube Romain Gary, Ellipses Marketing, 2006.
  • Julien Roumette, Romain Gary, l'ombre de l'histoire, Presses Universitaires du Mirail, Toulouse, 2008.
  • Philippe Brenot, Le Manuscrit perdu Gary/Ajar, L'Esprit du Temps, 2005.
  • Sarah Vajda, Gary and Co, Infolio, Gollion, 2008
  • Nicolas Gelas, Romain Gary ou l'humanisme en fiction S'affranchir des limites, se construire dans les marges, L'Harmattan, 2012
  • Virginie Deluchat, Désenchantement et réenchantement dans les œuvres romanesques d'Emmanuel Bove et de Romain Gary, 2012.
  • Philippe Brenot, Romain Gary, de Kacew à Ajar, Histoire d'un manuscrit inédit, L'Esprit du Temps, 2014
Témoignages
  • Lesley Blanch, Romain, un regard particulier, Actes Sud, 1998.
  • Leïla Chellabi, Romain mon amour, LCD Médiation, coll. « Conscience et Vie », édition augmentée 2005.
  • Paul Pavlowitch, L'homme que l'on croyait « Ajar », Fayard, 1981. « Tom », Ramsay, 2005
Collectifs
En anglais
  • David Bellos, Romain Gary A Tall Story, Éd. Harvill Secker, 2010
  • Ralph Schoolcraft, Romain Gary : The Man Who Sold His Shadow, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 2002

Liens externes[modifier | modifier le code]

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