Crocodilia

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Les crocodiliens (Crocodilia ou Crocodylia) forment un ordre de reptiles aquatiques ovipares et carnivores qui vivent dans les zones tropicales et subtropicales de la planète. Ils sont apparus sous leur forme actuelle depuis au moins 167,7 millions d'années[1], c'est-à-dire la fin du Jurassique. Les conceptions modernes situent l'origine des crocodiliens parmi un sous-groupe d'archosauriens terrestres du Trias ancien, il y a environ 240 Ma. De ce fait, ils sont considérés aujourd'hui comme les plus proches parents des oiseaux, lesquels descendent des dinosaures, autres archosauriens. Ces animaux possèdent certaines caractéristiques, tant au niveau du système de circulation sanguine qu'au niveau digestif, qui ont beaucoup surpris les premiers zoologistes à les examiner du fait de leur sophistication.

Leur peau est épaisse et recouverte d'écailles qui ne se chevauchent pas. Ils ont des dents coniques et une morsure puissante. Comme les oiseaux, ils ont un cœur à quatre chambres et un système unidirectionnel du flux d'air autour des poumons, mais comme d'autres reptiles, sont ectothermes. Carnivores, ils sont des prédateurs très économes en énergie. Ces animaux sont bien connus du public en raison de la crainte qu'ils inspirent, certains spécimens vivants pouvant atteindre jusqu'à 7 mètres de long et presque une tonne.

Il regroupe tous les crocodiliens actuels en deux ou trois familles. Les Crocodylidae (crocodiles et faux-gavials), les Alligatoridae (alligators et caïmans) et pour certaines classifications les Gavialidae (gavials). La systématique de ce groupe est très discutée depuis les années 2000.

Distribution[modifier | modifier le code]

Les crocodiliens se répartissent dans les zones humides des zones tropicales, et pour le crocodile marin le long des côtes du sud-est asiatique et d'Australasie, ce qui représente plus de 90 pays dans le Monde. Les Alligatoridae sont principalement néo-tropicaux à l'exception de l'Alligator de Chine. La seule espèce de Gavialidae vit dans le sous-continent indien. Les Crocodylidae disposent de l'aire de répartition la plus importante. Des fossiles ont été par contre découverts dans toutes les parties du globe, les climats ayant fortement changé depuis le début du Crétacé.

Distribution des crocodiliens dans le monde.

Les crocodiliens sont poïkilothermes, ils s'exposent par conséquent au soleil pour accélérer leur métabolisme et ils plongent pour le ralentir. Il s'exposent donc souvent au soleil après un repas et le matin. Ils chassent surtout en début de nuit. Les espèces les plus septentrionales comme les Alligators chinois ou américains hivernent en plongeant[2], et les plus méridionales peuvent passer le plus fort de la saison sèche dans des terriers.

Leur distribution dépend principalement de la température moyenne du mois le plus froid, elle doit être de plus de 5,5 °C pour que ces espèces puissent vivre. Le climat actuel de la planète impose une région à la température annuelle moyenne de plus de 14,2 °C pour répondre à cette condition. La survie des jeunes dépend aussi de la durée des périodes de chaleurs au cours de l'année. La présence ou non des fossiles de crocodiliens permet donc d'estimer les limites de ces températures à une époque donnée hors zones intérieurs désertiques et montagnes du moins[3].

Les crocodiles du Nil ne s'alimentent plus si la température est inférieur à 15,6 °C et ils ne sont plus capables de nager si la température est inférieur à 7,6 °C[4].

Systématique[modifier | modifier le code]

L'ordre des Crocodilia peut être décomposé en clade de niveau inférieur et dans cette hypothèse, et pour les espèces encore vivantes, seuls sont reconnus trois superfamilles, comme pour la classification d'ITIS (4 novembre 2013)[5]. En fait des centaines de fossiles, répartis en des dizaines de genre ont été découverts et plus d'une dizaine de genre n'ont pas pu, en 2013, être rattachés à aucun des sous-ordres, superfamilles ou familles proposés.

La relation habituellement proposé entre les crocodiliens actuels et deux genres éteints à titre d'illustration est représenté par le cladogramme suivant, selon Brochu (1997)[6] :

Crocodylia 

Gavialoidea Adams, 1854




Borealosuchus




Pristichampsus


Brevirostres

Alligatoroidea Gray, 1844 (aves lesAlligatoridae)



Crocodyloidea Cuvier, 1807 (avec lesCrocodylidae)






D'autres groupes ont été proposés pour les fossiles comme :

  • Le sous-ordre des †Amphicoelia Owen 1860, qui regroupe deux genres
  • Le sous-ordre des †Trialestia qui se décompose en un genre
  • La famille des †Rhabdosauridae Bergounioux 1955 qui se décompose en un genre
  • La famille des †Pristichampsidae qui se décompose en un genre
  • La sous famille des †Mekosuchinae Willis, Molnar & Scanlon, 1993 qui regroupe 9 genres
  • La sous famille des †Diplocynodontinae qui se décompose en deux genres

La classification de ReptileDB ne reconnait que deux familles, le Gavial du Gange étant classé parmi les Crocodylidae. Les deux familles sont :

Les noms vernaculaires des crocodiliens ne recoupent pas la taxinomie. La position du faux-gavial de Malaisie (Tomistoma schlegelii), parmi les Crocodylidae pose question puisqu'une étude sur leur immunologie en 2007, montre sa proximité avec le Gavial du Gange. Dans les classifications qui reconnaissent la famille des Gavialidae, le Gavial du Gange (Gavialis gangeticus) n'en est que l'unique représentant, cette espèce est facilement reconnaissable à son long museau étroit.

La famille des Alligatoridae comprend 8 espèces : deux d'alligators (genre Alligator), et six de caïmans. Parmi ces six dernières, trois appartiennent au genre Caiman, deux au genre Paleosuchus. Le caïman noir est la seule espèce du genre Melanosuchus.

Les classifications de 2013 dénombrent classiquement 13 ou 14 espèces parmi les Crocodylidae, mais il en existe en fait peut-être plus[7]. Les Crocodylidae ont un museau plus étroit que les alligators, et sont faciles à distinguer du gavial du Gange. Le crocodile à front large appartient à un genre monotypique, Osteolaemus. Le faux gavial possède aussi un museau assez fin. Les 12 autres espèces appartiennent au genre Crocodylus.

Description[modifier | modifier le code]

Morphologie[modifier | modifier le code]

Bien que ressemblant à celle des sauriens, la morphologie des crocodiliens est très adaptée à leur vie aquatique. En effet, ils disposent d'un corps oblong et fortement aplati, de pattes placées latéralement qui leur permettent de se déplacer en faisant traîner leur corps sur le sol, d'une longue queue garnie d'écailles mais ils disposent tous par exemple de pattes semi-palmées et d'une large tête avec un long museau plat qui leur permet de rester immergé à l'exception de leur nez et leurs yeux. Les crocodiles grandissent tout au long de leur vie, la vitesse de croissance stagnant avec l'âge. Les espèces répertoriées mesurent donc de 1,2 mètre à plus de 12 mètres pour les espèces fossiles.

Leurs pattes sont fixées latéralement. Ce trait est en fait commun aux animaux occupant la même niche écologique. Cela a été le cas des mammifères Ambulocetidae, probablement ancêtres des cétacés. Les pattes sont courtes ; les crocodiliens sont capables de deux régimes de déplacement, la marche et le galop. Cependant même si leur démarche terrestre semble inefficace, les crocodiliens sont capables de se mouvoir très rapidement. Dans l'eau, le mouvement est assuré principalement par une ondulation horizontale, sans que les pattes n'interviennent. Le crocodile marin peut atteindre de 24 à 29 km/h dans l'eau et environ 17 km/h (4,7 m/s) sur terre.

Le grand tympan, comme les narines, se ferment en plongée par un clapet tandis que les yeux sont protégés d'une membrane nictitante et qu'un morceau de peau ferme la trachée.


Les alligators diffèrent des crocodiles par :

  • leur tête plus large et plus courte, et leur museau plus obtus ;
  • leurs dents ne ressortent pas lorsqu'ils ferment leur gueule ;
  • le fait qu'ils ne possèdent pas la bordure irrégulière visible sur les pattes et les pieds arrière du crocodile, et les palmes entre les orteils des pattes arrière ne dépassent pas la moitié des intervalles ;
  • le fait que les alligators supportent mal la salinité et préfèrent nettement l'eau douce, tandis que les crocodiles peuvent tolérer l'eau salée, possédant des glandes spécialisées dans la filtration du sel ;
  • la tête des alligators en forme de U, tandis que les crocodiles ont une tête en forme de V ;
  • le fait que les crocodiles ont un museau plus étroit, avec des yeux plus en avant ;
  • leurs yeux sont bruns pour les alligators, alors que les crocodiles ont plutôt des yeux verts.

La mâchoire des crocodiles est beaucoup plus étroite (tête en forme de V), servant à déchirer les proies. En revanche, celle des alligators plus large (forme de U) est faite pour broyer les os.

Anatomie[modifier | modifier le code]

Les crocodiliens ont le système de circulation sanguine le plus élégant et complexe des vertébrés[8], combinant ce qu'il y a de meilleur chez les Sauropsida dont les oiseaux, leurs plus proches parents vivants, et des mammifères. La "tuyauterie" vasculaire appelé réseau admirable fascine les anatomistes et les physiologistes depuis le premier article de Bartolomeo Panizza en 1833.

Le squelette[modifier | modifier le code]

Différence entre un crâne de varan (à gauche) et un crâne de crocodile (à droite)
Exemple d'un squelette de crocodile : A. Vertèbres cervicales (nuque) B. Vertèbres thoraciques (dos) C. Vertèbres lombaires (région lombaire) D. Sacrum (cavité pelvienne) E. Vertèbres caudales (queue) 1. Crâne 2. Mâchoire inférieure 3. Os de l'épaule 4. Phalanges 5. Carpe 6. Ulna 7. Radius 8. Humérus 9. Côtes 10. Fémur 11. Fibula 12. Crurotarse 13. Tarse 14. Tibia.

Si plusieurs espèces notamment fossiles ressemblent aux crocodiliens, les taxonomistes ont relevé plusieurs détails anatomiques du squelette qui permettent d'identifier les crocodiliens. Comme les oiseaux, les lézards, les serpents et les sphénodons, les crocodiliens sont des tétrapodes diapsides, c'est-à-dire qu'ils possèdent un crâne qui dispose de deux fosses temporales à l'arrière des yeux[9]. Beaucoup d'espèces de ces groupes disposent également de Gastralia. Chez les crocodiliens les grandes espèces, comme le crocodile marin, se protègent principalement par leur taille, et leur protection osseuse est d'autant moins prononcée.

Contrairement à l'intuition basée sur l'apparence, les crocodiliens disposent de caractéristiques qui les éloignent des autres reptiles et les rapprochent des oiseaux, comme la présence de deux dépressions dans l'os du crane où, chez les autres reptiles, se trouvent deux ouvertures appelées fenêtres antéorbitaires[10].

Les crocodiliens modernes n'ont pas d'Anneau sclérotique, contrairement aux autres archosauriens, dont les oiseaux restent avec les crocodiliens, les seuls groupes ayant des espèces vivantes. En revanche ces os se retrouvent sur les fossiles d'espèces éteintes de proches parents des crocodiliens, comme les Metriorhynchidae[11], des crocodylomorphes.

Comme pour les mammifères, les dents des crocodiliens sont enchâssées dans des cavités de la mâchoire, mais elles sont coniques, sans racines et remplacées régulièrement comme chez les requins. Les crocodiliens étaient autrefois inclus dans le clade des Thecodontia, aujourd'hui considéré comme obsolète, qui se basait sur ce type de mâchoires et de dents. Le terme de thécodonte est cependant toujours utilisé pour décrire ce genre de denture. Les crocodiliens possèdent trois types de dents, deux groupes de dents maxillaires et une longue rangée de dents mandibulaires, et ont, pour la plupart des spécimens des espèces vivantes, de 51 à 84 dents. Le nombre de dents présentes dépend de l'espèce mais peut varier au sein de chacune d'entre elle, sans pour autant qu'une ambiguïté sur l'espèce puisse naitre de l'examen d'une denture. La forme des dents indique également le régime alimentaire et donne donc une indication sur l'espèce, autrement dit les formes des dents d'un gavial, piscivore, sont différentes de celles des crocodiles. La nouvelle dent pousse à l'intérieur de l'ancienne, et lorsque la vieille dent tombe, une autre est déjà là. Un crocodile peut produire jusqu'à 6000 dents durant sa vie, leur production ralentit cependant en fin de vie, de sorte que les vieux crocodiliens peuvent être édentés. Les dents sont changées tous les deux ans.

Le crâne est relativement plat, les narines, les yeux et les oreilles sont alignées. L'articulation de la mâchoire se rattache à l'articulation atlo-occipitale, ce qui permet une large ouverture. La forme du museau de crocodiliens actuels varie entre les espèces. Les Alligatoridae ont un museau plus large que celui des Crocodylidae, et encore plus large que celui des Gavialidae. La musculature pour fermer leur mâchoire est très puissante, une des plus puissantes du règne animal.

La forme et la musculature des mâchoires des ancêtres des crocodiliens avait déjà tendance à être beaucoup plus meurtrière que celles des dinosaures. Une étude publiée en 2003 indique que la force de morsure d'un alligator américain a été mesurée à 9 450 N[12] tandiqu'une autre étude publiée 2012, mesure la morsure d'un crocodile marin a 16 000 N. Cette étude a également montré qu'il n'y a aucune corrélation entre la force de morsure et la forme du museau. En revanche, les mâchoires extrêmement allongés des gavials sont relativement faibles[13]. Les muscles qui ferment les mâchoires sont nettement plus puissants que ceux qui permettent de l'ouvrir[14], un homme peut d'ailleurs aisément empêcher un crocodilien d'ouvrir la gueule mais non l'empêcher de se fermer.

Posture des archosaures : semi-érigée chez les crocodiliens, érigée en contrefort chez les dinosaures, et érigée en pilier chez les rauisuchiens.
Comparaison des chevilles des Archosaures : adapté avec la permission de Palaeos
     Tibia           Fibula           Astragale           Calcaneum
Mésotarse des chevilles des Archosauromorphes excepté pour les Archosaures (dont les oiseaux et les crocodiliens donc), Euparkerides, Erythrosuchidae.
Crurotarse d'une cheville de crocodiliens.
Crurotarse inversé trouvé chez les Euparkeria et les Ornithosuchidae.
Mésotarse « avancé » des dinosaures et Ptérosaures, probablement en fait tous les Ornithodira.

La forme de leur sacrum est, contrairement aux attentes, caractéristique des animaux bipèdes et trahit une bipédie chez les ancêtres de ces espèces, mais aussi pour les dinosaures, ptérosaures et les autres espèces regroupés par le clade des archosauriens. Cependant c'est la configuration anatomique du bassin qui permet de différentier les groupes issue de ces archosauriens. En effet chez les rauisuchiens, un des groupes d'archosaures frère des Crocodilia, la stature érigée connue sous le nom de posture "érigée en pilier" (pillar-erect posture)[15] s'est développée grâce à une rotation de l'ilion vers une position horizontale, orientant ainsi l'acetabulum presque ventralement[16],[17],[18]. Chez les dinosaures (et les ornithodires d'une manière générale), la stature dressée fut acquise en gardant une position verticale des os du bassin et en tournant la tête du fémur médialement afin qu'elle s'articule dans la cavité de l'acetabulum qui s'ouvre latéralement[19], une posture dite "érigée en contrefort" (buttress-erect posture)[15]. La position est dite semi-érigée chez les crocodiliens, elle permet aussi grâce aux articulations de la cheville de marcher plus "haut" et donc plus efficacement que les varans par exemple.

Comme tous les vertébrés possédant des chevilles, les crocodiliens disposent d'astragales. Ceux-ci se sont transformés au cours de l'évolution de façon à permettre aux crocodiliens de poser les pattes sous leur corps à la manière des mammifères. La forme de ces deux os est caractéristique de la lignée des crocodylomorphes et des espèces proches.

Les pattes avant sont munies de cinq doigts, les pattes arrières de quatre, palmées qui plus est[2].

La peau[modifier | modifier le code]

Leur Ostéoderme est recouverte de scutelles qui ne se chevauchent pas et de plaques dermiques. Les scutelles sont composées de β-keratine. Les crocodiliens ne muent pas. Leur derme est très vascularisé favorisant l'échange de chaleur avec le milieu ambiant[2].

Appareil digestif[modifier | modifier le code]

L'estomac des crocodiliens rappelle celui des oiseaux et est divisé en deux poches. Ces poches sont homologues au proventricule et au gésier des oiseaux. Le gésier contient des pierres avalées. Ces gastrolithes permettent aux crocodiliens de broyer les aliments, mais aussi peut-être de plonger plus facilement en lestant son corps. Ces pierres ont aussi été retrouvées chez certains dinosaures. La seconde poche recueille les sécrétions permettant la dégradation des aliments. Leur estomac est l'un des plus acides des vertébrés[2]. Les proies sont avalées sans être mâchées.

Pour ingurgiter des proies trop grosses pour être avalées, les crocodiles du Nil s'associent pour les démembrer. Ils les enfuissent également sous l'eau de manière à ce qu'elles commencent à ce décomposer, ce qui leur permet alors d'arracher des morceaux.

La digestion a lieu plus rapidement pour des températures plus élevées. La nourriture est stockée sous forme de graisse principalement dans la queue. Jusqu'à 60% de l'apport alimentaire peut être converti en graisse[2]. Les crocodiliens ont un Métabolisme de base très bas et, par conséquent, ont de faibles besoins énergétiques. Cela leur permet de survivre pendant plusieurs mois, voir années, sur un seul gros repas.

Le cœur et circulation sanguine[modifier | modifier le code]

Comme pour les oiseaux et les mammifères, leur cœur est composé de ventricule quatre chambres étanches mais il existe une porosité au niveau des aortes, via le foramen de Panizza. Le formen permet au sang chargé en CO2 qui sort du ventricule droit de pénétrer dans l'aorte droite reliée du ventricule gauche et qui charrie elle le sang riche en O2. Le contrôle de la pression sanguine permet à l'animal de gérer le flux de sang, certaines espèces ont même une valve crénelée qui l'empêchent. Cette valve est ouverte en plongée, les poumons n'apportant plus d'oxygène. En surface elle est fermée, de manière à ce que le sang riche en dioxygène ne soit pas « pollué » pas du sang dit « vicié » par le dioxyde de carbone[20].

La position des aortes est aussi singulière en comparaison de celle observée chez les mammifères et pour une moindre mesure chez les oiseaux. Sans cette position, l'échange sanguin via une valve ne serait pas possible.

Le cœur des crocodilien a longtemps été considéré comme une évolution intermédiaire entre celui des oiseaux, complètement étanche comme chez les mammifères, et le cœur des Autarchoglossa qui est lui plus ou moins divisé. Les amphibiens ne possédant eu qu'un seul ventricule[21]. Mais cette interprétation n'est pas conforme au principe de la théorie de l'évolution, le cœur des crocodiliens cachent en fait une adaptation surprenante. Outre de diminuer la résistance à l'écoulement du sang[20], cette anastomose permet aux crocodiliens d'augmenter, à moindre cout, l'acidité de leur estomac et donc d'augmenter l'efficacité de leur digestion[20]. En effet, un sang plus riche enCO2 facilite la production de H2CO3.

La circulation sanguine accélère lorsqu'ils remontent en surface, permettant ainsi à leur corps de se réchauffer plus vite au soleil[4].

Toutes ces caractéristiques contribuent à baisser leur métabolisme.

Autres caractéristiques[modifier | modifier le code]

La trachée et l’œsophage sont complètement séparés contrairement à l'homme. Une valve palatale, ferme hermétiquement la trachée lors des plongées et permet aux crocodiliens d'ouvrir la gueule, et d'avaler sans risque, une fois émergé. Cette valve est fixée sur la mâchoire inférieur.

Éthologie[modifier | modifier le code]

Les crocodiliens sont des animaux territoriaux. Les adultes protègent leurs petits.

La chasse[modifier | modifier le code]

C'est une chasse à l'affut, la plupart du temps de nuit.

La communication[modifier | modifier le code]

Les crocodiliens sont capable d'émettre une grande quantité de sons.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Toutes espèces de crocodiles sont ovipares, ils enterrent leurs œufs à l’instar des tortues[2]. Ils creusent des nids dans le sable ou la boue. Les adultes et plus particulièrement les femelles surveillent les œufs jusqu'à l'éclosion qui se produit pour tous les petits en même temps. La boue séchée pouvant être très solide, les petits poussent des petits cris et les adultes les aident alors à sortir. Les adultes peuvent rester avec les jeunes durant plusieurs semaines[2]. Les jeunes peuvent continuer à rester encore ensemble pendant plus longtemps.

Comme pour plusieurs espèces de reptiles dont les tortues, le sexe est déterminé par la température d'incubation de l'œuf. Les spécimens qui se développent à basse température, c'est-à-dire environ 30 °C, sont des femelles, tandis que les mâles se développent à haute température, jusqu'à environ 35 °C. Suivant les types d'emplacement pour la ponte : les marais humides (à 30 °C), les marais secs (de 30 à 34 °C) et la terre ferme élevée (à 34 °C), la proportion de mâles ou de femelles change. La femelle semble tenir compte de la température, et elle préfère les sites qui sont les plus proches de son propre site d'incubation. Elle a donc tendance à choisir un site où seules des femelles vont naître. Mais le nombre de ces sites est limité, obligeant les femelles à se déplacer vers des régions où la température est légèrement plus haute. C'est donc le choix qu'ont les femelles pour le site d'incubation qui détermine le sexe de la portée.[réf. nécessaire]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme de crocodilien dérive de celui de crocodile (grec ancien κροκόδῑλος [krokódῑlos], « vers cailloux »). Le nom de groupe est souvent orthographié crocodylia par souci de cohérence avec le genre Crocodylus Laurenti, 1768. Cette confusion est accentuée par l'existence d'autres taxons avec un « y », comme le super-ordre des Crocodylomorpha. Toutefois, lorsqu'il en publie le nom en 1842, Richard Owen utilise le « i ». Cette orthographe est d'ailleurs plus conforme au terme grec.

Le mot crocodile est souvent utilisé pour désigner l'ensemble des crocodiliens. Cependant, il s'applique à certain membres de la famille des Crocodylidae, afin de distinguer le crocodile, du faux-gavial, de l'alligator, du caïman et du gavial.

Le terme latin suchus utilisé pour nommer scientifiquement certaines espèces de cet ordre dérive d'un terme égyptien antique via le grec ancien σοῦχος[22]. Petsuchos était d'ailleurs le nom grec attribué au crocodile sacré de Crocodilopolis. Ce terme est utilisé par plus d'une trentaine de taxons, genres, espèces ou sous-espèces comme Crocodylus niloticus suchus, mais aussi beaucoup d'espèces rappelant plus ou moins précisément une caractéristique vraie ou supposée de ces espèces, comme le poisson Bagarius suchus.

Histoire évolutive[modifier | modifier le code]

Crocodylomorphe précoce Protosuchus

Curieusement, à l'exception de l'emplacement de leurs narines, les Phytosaures ressemblaient plus à des crocodiles modernes qu'aux ancêtres des crocodiliens actuels cependant les études sur la comparaison des squelettes permettent de reconnaitre les espèces de la lignée des crocodiliens. Plus précisément même, d'identifier les espèces du groupe des Pseudosuchia, divergé il y a 250 Ma de la lignée des archosauriens qui regroupe aussi les ptérosaures, les dinosaures. Les Crocodylomorpha sont les seuls Pseudosuchia avoir survécu à l'extinction du Trias-Jurassique d'il y a 201,3 Ma. Au début du Jurassique, les dinosaures deviennent les espèces terrestres dominantes et les crocodylomorphes se différencient pour remplir les niches écologiques vacantes par des groupes récemment éteints. Les fossiles montrent que les crocodylomorphes du Mésozoïque présente une bien plus grande diversité de formes que les crocodiliens modernes. Certains sont devenus des rapides petits insectivores, d'autres des piscivores pélagiques totalement adaptés à la vie marine et même des herbivores pour certains[23]. Les Mesoeucrocodyliens, un de ce groupe de crocodylomorpha, apparait de la fin du Trias au Jurassique inférieur, c'est-à-dire entre 200 et 170 Ma et ils se diversifient largement au cours du Jurassique et du Tertiaire. Initialement, ce sont des petits animaux principalement terrestres avec museaux courts et longs membres. Plusieurs modifications de leur crane leur permet de respirer par les naseaux, la bouche ouverte sous l'eau, par exemple, l'os frontal est fusionné en un os unique. Les Mesoeucrocodylia possèdent une sorte de palais secondaire, formé par l'extension postérieure de la suture des os palatins. L'ouverture otique des membres de ce clade est bloquée en arrière par l'os squamosal[24].

Le Eusuchiens apparaissent, eux, au Crétacé inférieur, il y a 146 à 100 Ma. Les fossiles Hylaeochampsa trouvé sur l'Île de Wight en sont les plus anciens représentant connus. Leur squelette se renforce pour plus de puissance et le processus d'adaptation à la vie amphibie se poursuit.

Ils atteignent parfois de grandes tailles, comme le primitif Sarcosuchus. Un crâne de deux mètres de long, attribué à une espèce également géante appelée Deinosuchus et découverte au Texas. Elle est supposée être l'ancêtre des Crocodylidae le plus ancien. Ce genre serait apparu il y a 84 Ma, durant le Crétacé. La morphologie de son fossile est comparable à tous les Crocodylidae modernes.

Leur squelette musculo-squelettique s'est également adapté au cours de l'évolution : ayant acquis une importante force de morsure (celle de Crocodylus porosus atteint la valeur maximale de 16 414 Newton, soit une pression de 1 200 N/mm², leur taille du corps ainsi que leur mâchoire (position et forme des dents) se sont adaptées pour diversifier leur régime alimentaire avec des proies de genre et de taille variés[25].

Les trois branches principales des crocodiliens ont divergé d'ici la fin du mésozoïque. Les fossiles, assez diversifié, d'Alligatoridae et de Gavialidae les plus ancien connus ont été découverts en Amérique du Nord et en Europe et ont été datés du Campanien c'est-à-dire de 83,6 Ma à 72,1 Ma. Leur diversification laisse pensé que la divergence doit être plus ancienne encore. Bien que les plus anciens crocodyloidea connus ne sont datés que du Maastrichtien, de 72,1 Ma à 66 Ma, cette lignée doit avoir été aussi présente au cours du Campanien. Il y a 5 Ma, plus de quarante espèces morphologiquement différentes existaient encore[26].

Les crocodiliens et l'homme[modifier | modifier le code]

Mythes et folklore[modifier | modifier le code]

Sobeck

Les crocodiliens ont inspiré de nombreux mythes et légende dans de nombreuses cultures les ayant côtoyés.

Les divinités prennent d'une manière plus ou moins directe un des aspects des crocodiliens comme c'est le cas du monstre Makara de la mythologie indienne ou du dieu Aztèque de la fertilité nommé Cipactli qui protégeait les récoltes. Le dieu de la pluie Maya Chac est un monstre à l'aspect de dragon avec une tête de crocodile et des oreilles de cerf[27]. Dans la religion de l'Égypte antique, il est est plus facilement identifiable encore. Quelque fois effrayant comme Ammout, le dévoreur d'âmes indignes démoniaque ou plus positif, comme Sobek, le dieu de la puissance, protection et de la fertilité. Cela reflète du talent d'observation des égyptiens qui avaient bien noté à la fois le rôle du crocodile du Nil dans l'écosystème et son aspect terrifiant. Le crocodile était l'un des animaux que les Égyptiens ont momifié. Les Crocodiles ont également été associés à diverses divinités de l'eau par des tribus de l'Afrique de l'Ouest.

Dans la mythologie maya, la terre était le dos d'un alligator géant reposant dans un bassin rempli de nénuphars[28].

Certaines hypothèses ont été avancées, le Léviathan décrit dans le livre de Job de la Bible pourrait être un crocodile.

Les crocodiliens apparaissent également dans des fables indiennes, malaises, timoraises, aborigènes d'Australie, ou afro-américaines. Une série de timbre indien commémore même le conte du singe et du crocodile[29].

Élevage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ferme d'alligators.
Élevage de crocodiles au Cambodge vu du ciel.

L'élevage des reptiles, qui reste marginal par rapport aux autres types d'élevage, se développe dans différents points du globe. Ainsi, l'élevage d'alligator, principalement pour sa peau mais aussi pour sa viande, est en expansion en Floride, au Texas et en Louisiane. La production de ces trois États s'élève à 45 000 peaux par an. Une peau d'alligator, utilisée par la maroquinerie de luxe se négocie à environ 300 $ pièce en 2010[30]. En Asie, ce sont les crocodiles qui sont de plus en plus présents dans les fermes. Certains devenaient tellement rares à l'état sauvage qu'il ne pouvaient plus faire l'objet d'une exploitation commerciale. L'apparition des élevages dans les années 1960, quand on a réussi à faire reproduire cet animal en captivité, a permis de redonner espoir quant à la sauvegarde de certaines espèces dans la nature[4]. L'élevage peut produire des crocodiles destinés à être abattus pour leur viande, qui sont consommés dans divers pays d'Asie comme la Chine, mais le débouché le plus recherché est la maroquinerie. Il faut toutefois veiller à ce que les peaux soient en parfait état pour être introduites dans ce marché, et pour cela il faut souvent passer par des cages individuelles pour que les animaux ne se battent pas entre eux et se blessent.

Dangers des crocodiliens pour l'homme[modifier | modifier le code]

Les crocodiliens ont une réputation de mangeurs d'homme et peuvent en effet présenter un véritable danger. Ils deviennent particulièrement dangereux pendant la période de reproduction, durant laquelle ils protègent leur territoire contre tout intrus. Ainsi ils attaquent parfois des pirogues traversant leur territoire sans forcément s'en prendre aux passagers. Des cas plus sérieux d'humains se baignant ou lavant du linge dans la rivière et emportés par un crocodile se produisent aussi régulièrement. Aux États-Unis environ 200 attaques d'alligators ont été relevées depuis 1948, dont 14 mortelles[31]. En Australie on comptabilise en moyenne une attaque mortelle de crocodile marin par an, généralement dans le nord du pays[32]. Mais c'est clairement en Afrique que les crocodiles font le plus de victimes. Il est toutefois difficile d'avoir des données claires car les naissances et les décès ne sont pas forcément tous recensés, on ne peut pas toujours savoir si une disparition a été causée par une attaque de crocodile. On estime cependant le nombre de morts à la suite d'attaques de crocodiles à plusieurs centaines par an en Afrique sub-saharienne[33].

Galerie de photographies[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fossilworks Paleobiology Database, consulté le 2 novembre 2013
  2. a, b, c, d, e, f et g Animal Diversity Web, consulté le 30 novembre 2013
  3. « Fossil crocodilians as indicators of Late Cretaceous and Cenozoic climates: implications for using palaeontological data in reconstructing palaeoclimate », sur sciencedirect.com
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Publication originale[modifier | modifier le code]

  • (en) Owen, On British fossil reptiles, vol. 11, coll. « Report of the British Association for the Advancement of Science »,‎ 1842, p. 60-204.
  • (en) Monroe W. Strickberger, Evolution, Jones & Bartlett Learning,‎ 2005, 722 p. (ISBN 9780763738242)

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]