Royaume du prêtre Jean

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Au Moyen Âge, des rumeurs venues d'Arménie et de Venise faisaient état d'un mystérieux royaume chrétien, celui du Prêtre Jean, que l'on ne savait situer, en Afrique ou en Inde, tant les données géopolitiques étaient confuses. Dans une lettre, le Prêtre Jean disait régner sur l'ancienne Babylone ainsi que sur une des trois Indes. On pensait à l'époque que les trois Indes correspondaient plus ou moins à la Chine, à l'Inde actuelle ainsi qu'à l'Éthiopie.


La naissance de la rumeur[modifier | modifier le code]

La première mention du Prêtre Jean apparaît au milieu du XIIe siècle dans la Chronique de l'évêque allemand Otton de Freising : Il y est fait mention d'un évêque syrien nommé Hugues de Gabala, arrivé en Occident pour y annoncer la chute de la ville d'Édesse, tombée aux mains des musulmans, le premier revers sérieux des Croisés en Terre Sainte. Hugues raconte également que :

« ... un certain Prêtre Jean habitant en Extrême-Orient, au-delà de la Perse et de l'Arménie, roi et prêtre, chrétien mais nestorien, aurait fait la guerre aux rois perses et mèdes appelés Sarmiades et les aurait chassés de leur capitale, Ecbatane[1]. »

Vers 1165, commence à circuler dans l'entourage des rois chrétiens, une lettre en latin adressée à l'empereur Manuel Ier Comnène de Byzance. Rédigée par un certain « prêtre Jean », elle décrit l'existence d'un royaume chrétien tout à l'est :

« Au-delà de la Perse et de l'Arménie, s'étend un merveilleux royaume dirigé par le Prêtre Jean. Cette terre est traversée par un fleuve provenant du Paradis, charriant émeraudes, saphirs et rubis. Toutes les valeurs chrétiennes sont respectées à la lettre. Le vol, la cupidité, le mensonge sont inconnus. Il n'y a pas de pauvres. Surtout pas le Prêtre Jean, dont le palais sans fenêtre est éclairé de l'intérieur par toutes les pierres précieuses dont il est paré… »

À l'époque des croisades, le mythe du prêtre Jean prend de l'ampleur. Le prêtre Jean pourrait devenir un soutien potentiel de l'Europe contre les musulmans. Au cours des dernières croisades, certains écrivains considèrent son existence comme certaine. Marco Polo (dans ses souvenirs dictés entre 1296 et 1299 à un certain Rusta de Pise alors qu'il était incarcéré à Gênes) mentionne l'existence de communautés nestoriennes en de multiples régions de Chine, situe sa capitale (sans doute suite à une confusion linguistique le conduisant à assimiler la légende à un potentat local[2]) en une ville qu'il appelle Ciorcia (qui serait en chinois Iou-Tchi, Mongolie extérieure[3]) et le précise comme soumis en tant que vassal par Genghis Khan ; Jean de Joinville est convaincu que le royaume du prêtre Jean a existé, mais qu'il a été vaincu récemment par les peuples tartares (mongols) environnants.

Par la suite, les conquêtes ottomanes en Europe, notamment la chute de Constantinople en 1453, donnèrent aux Européens l'impression d'être assiégés. La perspective d'une terre chrétienne au-delà des terres musulmanes permettait d'envisager de prendre les infidèles en tenaille. La recherche de ce royaume poussera les Européens à s'avancer vers la destination mystérieuse que sont les Indes, persuadés d'y trouver un soutien chrétien. Les Portugais, en particulier, n'auront de cesse de le chercher, et leurs missions atteindront finalement l'Ethiopie chrétienne du Négus.

L’Éthiopie chrétienne du Négus[modifier | modifier le code]

En 1323, dans ses Mirabilia, Jourdain de Séverac, identifie le Prêtre Jean au Négus, empereur de la lointaine Éthiopie et souverain des monophysites. Vers la fin du XVe, des missions portugaises atteignent l'Éthiopie. Aiguillonnés par la vieille croyance en l'existence d'un royaume chrétien en Extrême-Orient, diverses expéditions européennes sont parties à la recherche du royaume du prêtre Jean. Parmi les membres de l'expédition se trouve notamment Pêro da Covilhã qui arrive en Éthiopie en 1490, et ayant enfin atteint le célèbre royaume, présente au Négus Negest (effectivement chrétien) une lettre du roi du Portugal, adressée au prêtre Jean.

Auparavant, les Européens avaient également cru reconnaître le mythique royaume du Prêtre Jean dans l'empire mongol dirigé par un petit-fils de Gengis Khan dont l'épouse, Börte, était une fervente chrétienne qui se rendait à la messe tous les jours.

En fait, il existait alors bien d'autres communautés chrétiennes coupées de l’Occident par la force des choses, on peut citer entre autres :

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Plus récemment, la recherche du royaume de prêtre Jean est la base de l'intrigue du roman Baudolino, d'Umberto Eco. Il a aussi inspiré une série de livres-jeux jamais terminée publiée par Hachette, la Saga du prêtre Jean.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Livre de Marco Polo, ou le Devisement du monde (1319), texte intégral mis en français moderne par A.t'Serstevens, collection le Livre de Poche, Albin Michel, 1955, p. 144-150, et anecdote p. 227-230.
  • Édith et François-Bernard Huyghe, La Route de la soie ou les empires du mirage, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 2006.
  • Marie-Paule Caire-Jabinet, Le Royaume du Prêtre Jean, dans : L'Histoire, n°22, avril 1980, p. 36-43.
  • Matteo Salvadore, « The Ethiopian Age of Exploration : Prester John's Discovery of Europe (1306-1458) », Journal of World History, vol. 21, n° 4, décembre 2010, p. 593-629.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité dans Marie-Paule Caire-Jabinet, Le Royaume du prêtre Jean, p. 37.
  2. Le Livre de Marco Polo ou le Devisement du monde, p. 144.
  3. Note de A.t'Serstevens in Le Livre de Marco Polo ou le Devisement du monde, p. 144.