Royaume du prêtre Jean

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Le royaume du prêtre Jean est un État chrétien mythique, qu'au Moyen Âge, des rumeurs venues d'Arménie et de Venise situaient en Afrique ou en Inde.

La naissance de la rumeur[modifier | modifier le code]

La première mention du prêtre Jean apparaît au milieu du XIIe siècle dans la Chronique de l'évêque allemand Otton de Freising : il y est fait mention d'un évêque syrien nommé Hugues de Gabala, arrivé en Occident pour y annoncer la chute de la ville d'Édesse, tombée aux mains des musulmans, le premier revers sérieux des Croisés en Terre Sainte. Hugues raconte également que :

« … un certain prêtre Jean habitant en Extrême-Orient, au-delà de la Perse et de l'Arménie, roi et prêtre, chrétien mais nestorien, aurait fait la guerre aux rois perses et mèdes appelés Sarmiades et les aurait chassés de leur capitale, Ecbatane. »

— Marie-Paule Caire-Jabinet, Le Royaume du prêtre Jean, p. 37.

Vers 1165, commence à circuler dans l'entourage des rois chrétiens, une lettre en latin adressée à l'empereur Manuel Ier Comnène de Byzance. Rédigée par un certain « prêtre Jean », elle décrit l'existence d'un royaume chrétien tout à l'est :

« Au-delà de la Perse et de l'Arménie, s'étend un merveilleux royaume dirigé par le prêtre Jean. Cette terre est traversée par un fleuve provenant du Paradis, charriant émeraudes, saphirs et rubis. Toutes les valeurs chrétiennes sont respectées à la lettre. Le vol, la cupidité, le mensonge sont inconnus. Il n'y a pas de pauvres. Surtout pas le prêtre Jean, dont le palais sans fenêtre est éclairé de l'intérieur par toutes les pierres précieuses dont il est paré… »

À l'époque des croisades, le mythe du prêtre Jean prend de l'ampleur. Il pourrait devenir un soutien potentiel de l'Europe contre les musulmans. Au cours des dernières croisades, certains écrivains considèrent son existence comme certaine. Marco Polo dans ses souvenirs, dictés entre 1296 et 1299 à un certain Rusta de Pise alors qu'il était incarcéré à Gênes, mentionne l'existence de communautés nestoriennes en de multiples régions de Chine, situe sa capitale (sans doute suite à une confusion linguistique le conduisant à assimiler la légende à un potentat local[1]) en une ville qu'il appelle Ciorcia (qui serait en chinois Iou-Tchi, Mongolie extérieure[2]) et le précise comme vassal de Genghis Khan ; Jean de Joinville est convaincu que le royaume du prêtre Jean a existé, mais qu'il a été vaincu récemment par les peuples tartares (mongols) environnants.

Par la suite, les conquêtes ottomanes, notamment la chute de Constantinople en 1453, donnèrent aux Européens l'impression d'être assiégés. La perspective d'une terre chrétienne au-delà des terres musulmanes permettait d'envisager de prendre les infidèles en tenaille. La recherche de ce royaume poussa les Européens à s'avancer vers les Indes, persuadés d'y trouver un soutien chrétien.

Les Portugais, en particulier, n'auront de cesse de le chercher, et leurs missions atteindront finalement l’Éthiopie chrétienne du negus.

L’Éthiopie chrétienne du negus[modifier | modifier le code]

En 1323, dans ses Mirabilia, Jourdain de Séverac, identifie le prêtre Jean au negus, empereur de la lointaine Éthiopie et souverain des monophysites. Vers la fin du XVe siècle, des missions portugaises atteignent l'Éthiopie. Parmi les membres de ces expéditions se trouve notamment Pêro da Covilhã qui arrive en Éthiopie en 1490 et présente au negus negest chrétien une lettre du roi du Portugal, adressée au prêtre Jean.

Auparavant, les Européens avaient également cru reconnaître le mythique royaume du prêtre Jean dans l'empire mongol dirigé par un petit-fils de Gengis Khan dont l'épouse, Börte, était une fervente chrétienne qui se rendait à la messe tous les jours.

Il existait d'autres communautés chrétiennes sans lien avec l’Occident, dont :

Le prêtre Jean aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'héritage supposé du prêtre Jean sert de point de départ au roman de John Buchan, Le Prêtre Jean. La recherche de son royaume est la base de l'intrigue du roman Baudolino, d'Umberto Eco. Elle a aussi inspiré une série de livres-jeux jamais terminée publiée par Hachette : la Saga du prêtre Jean.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Livre de Marco Polo ou le Devisement du monde, p. 144.
  2. Note de A.t'Serstevens in Le Livre de Marco Polo ou le devisement du monde, p. 144.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Livre de Marco Polo, ou le devisement du monde (1319), texte intégral mis en français moderne par A.t'Serstevens, collection le Livre de Poche, Albin Michel, 1955, p. 144-150, et anecdote p. 227-230.
  • Édith et François-Bernard Huyghe, La Route de la soie ou les empires du mirage, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 2006.
  • Marie-Paule Caire-Jabinet, Le Royaume du Prêtre Jean, dans : L'Histoire, no 22, avril 1980, p. 36-43.
  • Hervé Pennec, Des jésuites au royaume du Prêtre Jean (Éthiopie), Paris, Centre culturel Calouste Gulbenkian, 2003, 372 p.
  • (en) Matteo Salvadore, « The Ethiopian Age of Exploration : Prester John's Discovery of Europe (1306-1458) », Journal of World History, vol. 21, no 4, décembre 2010, p. 593-629.

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