Médecine traditionnelle chinoise

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Crystal Clear app fonts.svg Cette page contient des caractères spéciaux. Si certains caractères de cet article s’affichent mal (carrés vides, points d’interrogation, etc.), consultez la page d’aide Unicode.
Pharmacie traditionnelle à Hong Kong

La médecine chinoise traditionnelle est fondée sur une théorie du fonctionnement de l'être humain en bonne santé, d'un point de vue physiologique, psychologique, anatomique, etc. Elle tente également d'expliquer les causes des maladies et les mécanismes biologiques et psychiques qui en sont les conséquences. La médecine chinoise cherche à comprendre l'être humain dans son ensemble, aussi bien sain que malade, tant du point de vue des symptômes visibles qu'invisibles, par une gestion de l'équilibre de l'énergie interne appelée Qi ou Tchi[1],[2],[3],[4],[5].

C'est une médecine dont l'élaboration est généralement datée de 3000 ans avant J-C. Dans le premier traité de médecine chinoise connu (le Huangdi Nei Jing), on trouve par exemple la description de cinq organes (nommés Wu Zang) et des six entrailles (nommées Liu Fu) accompagnée de schémas.

La médecine chinoise traditionnelle pose de sérieux problèmes pour la biodiversité. En effet, la pharmacopée chinoise repose, entre autres, sur des organes d’espèces en voie d’extinction (comme la bile d’ours, les moustaches ou les os de tigres, la corne de rhinocéros, etc.).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les ouvrages de médecine chinoise[modifier | modifier le code]

Des systèmes de décompte du temps précis sont apparus très tôt en Chine, visibles sur les écrits oraculaires de la dynastie Shang, premiers exemples d’écriture chinoise. Néanmoins, l’utilisation exclusive de systèmes cycliques (cycle sexagésimal ou ères impériales) fait que la notion d’évolution linéaire n’est pas très présente. En ce qui concerne les livres de médecine, très souvent chaque époque ajoute son commentaire au texte d’origine sans procéder à une refonte. On retrouve donc dans le même ouvrage des chapitres d’âge et d’origine fort différents, et c’est ainsi que pour les Chinois, le Nei Jing Su Wen a autant de valeur qu’un livre moderne. Au début du Ling Shu, Huang Di demande à son ministre et instructeur Qi Bo non pas d’inventer une médecine, mais de restituer une ancienne doctrine.

La médecine antique[modifier | modifier le code]

Shennong
Huang Di

Elle est essentiellement marquée par trois figures légendaires, trois empereurs mythiques :

  • Fuxi : on lui attribue la rédaction du Yi Jing (Livre des Mutations), généralement considéré comme le plus ancien livre chinois
  • Shennong : père de l’agriculture et de la phytothérapie. Il est appelé le « divin laboureur ». On lui attribue le premier Bencao 本草(Traité des Matières Médicinales)
  • Huang Di : l’Empereur Jaune, créateur des rites et de la médecine. On lui attribue la rédaction du Nei Jing (Huang Di Nei Jing 黃帝內經 ou Classique de la Tradition ésotérique de l’Empereur Jaune) qui traversera les siècles.

Les plus anciens fragments du Nei Jing Su Wen remontent au Ve ‑ IIIe siècles avant J-C, et il semble avoir été divisé en deux vers la fin de cette période, sous les Qin :

  • le Su Wen (素問) « Simples Questions » en 9 chapitres, présenté sous forme de discussion entre l’empereur Huang Di et son conseiller Qi Bo 岐伯, discutant essentiellement de théorie.
  • le Ling Shu (靈樞) « Pivot Spirituel », en 9 chapitres également, axé sur la pratique.

On peut y adjoindre le Nan Jing (難經), Classique des Difficultés, traité en deux volumes constitué des commentaires de 81 passages difficiles du Nei Jing. Il contient en outre le premier exposé sur la théorie du pouls. Non mentionné dans les Annales des Han, il passe néanmoins pour antérieur à la période des Trois Royaumes (220-280).

Comme il a été dit plus haut, des commentaires sont rajoutés aux textes anciens considérés comme canoniques (Jing). Les auteurs de ces ajouts se retranchent derrière le nom et les idées des Anciens. En fait, les fascicules du Nei Jing ont subi de nombreux dommages et ont souvent été remaniés au cours des siècles, les parties manquantes étant remplacées par d’autres textes. Tout cela nous laisse un ensemble assez confus et désordonné comportant des contradictions. Il en existe plusieurs traductions en langue française, dont celles de Chamfrault et de Husson.

En dehors de ces figures légendaires, on considère que les premiers écrits médicaux attestés, datant d’entre 580 et 320 avant Jésus-Christ, apparaissent dans le Zuo Zhuan composé au début du Ve siècle av. J.-C.. Ils seraient donc contemporains des textes grecs hippocratiques. Cela ne signifie pas, bien entendu, que la médecine chinoise date de cette époque, car avant d’être écrite, elle se transmettait oralement de façon ésotérique. À cette époque où s’organisent les rites et l’administration, les médecins (Yin) constituent pour la première fois une corporation indépendante des prêtres et des magiciens. Le premier personnage « historique » cité est Bian Que 扁鵲 ( 430?-350 ? av. J.-C.), qui est peut-être un nom générique désignant plusieurs personnages différents. On dit qu’il connaissait la technique de la prise du pouls (Mo Fa 摸法) et certains historiens lui attribuent le Nan Jing

Zou Yan 鄒衍 (vers 305-240 av. J.-C.) introduit en Chine la théorie des Cinq éléments qui va se développer sous les Han et imprégner tous les systèmes de connaissance, dont la médecine et l’alchimie, associant, par exemple, un organe à un point cardinal, une saison, un goût etc. Il semble qu’il y ait à cette époque des échanges importants entre la Chine, l’Inde et la Perse. À la même période, la médecine chinoise se tourne vers l’étude des poisons, des remèdes végétaux et minéraux, la diététique, la recherche des drogues d’immortalité, la pratique des techniques respiratoires, de la culture physique et la sexologie.

Les remèdes d’immortalité[modifier | modifier le code]

Les remèdes d’immortalité (《长生不老药》, chángshēng bù lǎo yào ou « médicaments de longue vie et de jouvence ») ont alimenté les recherches de la médecine chinoise et du taoïsme, notamment lors du règne de Qin Shihuangdi (Qin Shihuang). Ces remèdes étaient basés essentiellement sur les « cinq substances canoniques » (五石散 wǔ shísàn) également nommées « substances froides » (寒石散 hán shísàn), le réalgar, le soufre, l’ovre, la turquoise et l’améthyste. Certaines étant toxiques, un entraînement progressif d’immunisation était nécessaire.

L'empereur Qin Shihuang parcourut les côtes de Chine orientale afin de trouver ces remèdes, et envoya vers les mythiques îles des immortels une vaste expédition menée par Xu Fu accompagné de 3 000 filles et garçons vierges, de gardes et de vivres.

Des Han aux Sui (206 av. J.-C. - 589)[modifier | modifier le code]

Hua Tuo soignant Guan Yu, héros des Trois Royaumes

Peu après la mort de Qin Shihuang, la dynastie Han (206 av. J.-C. - 220) remplace celle des Qin. Après une période de splendeur, l’empire se morcelle en Trois Royaumes (220-280). Malgré une restauration éphémère opérée par la dynastie des Jin occidentaux (265-316), la Chine ne résiste pas aux invasions barbares. Ainsi s’ouvre une période confuse caractérisée par des luttes incessantes entre les dynasties barbares du nord et les dynasties nationales du sud. Contemporain de l’empire romain et de l’empire sassanide, l’empire des Han constitue la première émergence de la civilisation chinoise sur le plan mondial. C’est alors que s’ouvre la « route de la soie » (122 av. J.-C.) ainsi que la « route de la Birmanie » (115 av. J.-C.), que s’établissent de nombreux contacts maritimes, commerciaux et culturels entre la Chine, la Perse, l’Inde, l’Asie du Sud-Est et la Méditerranée.

Grâce à la paix qui règne sous les Han, de nombreux ouvrages sont rédigés. Ils sont mentionnés dans les Annales des Han (Han Shu) sous les catégories suivantes :

  • Yijing 醫經: Classiques de la Médecine
  • Jin fang 金方 : Recueils de Recettes
  • Fangzhong 房中 : Traités de la Chambre à Coucher
  • Shenxian 神仙: Méthode et Recettes pour Devenir Immortel

Seul le Nei Jing, classé parmi les "Classiques de la Médecine" et attribué à l’Empereur Jaune, nous est parvenu.

Du côté des spécialistes, trois grandes figures marquent cette époque :

Chúnyú yì 淳于意 ( 215 av. J.-C. ou 216 av. J.-C.167 av. J.-C.)[modifier | modifier le code]

Pendant 10 ans, il fut à la fois médecin et fonctionnaire (chef des greniers publics). Il a laissé une liste des maladies qu’il était capable de soigner, le nom de ses maîtres, de ses malades et de ses livres, ainsi que ses diagnostics et les traitements prescrits. À travers ses observations (anamnèse, examen clinique, diagnostic, pronostic, traitement, pathogénie, discussion des symptômes et justification de traitements), on reconnaît diverses maladies telles que la cirrhose du foie, l’hernie étranglée, le lumbago traumatique, l’abcès péritonéal, l’angine infantile, la pyélonéphrite, la congestion pulmonaire, la goutte, paralysie progressive, l’hémoptysie, etc. Il possédait une bibliothèque importante dont le Nei Jing, encore une fois, est le seul rescapé.

Zhāng Zhòngjǐng 張仲景/张仲景 (158-166)[modifier | modifier le code]

On l’appelle l’ « Inventeur de la symptomatologie et de la thérapeutique chinoise ». il est considéré comme l’Hippocrate chinois. Il est le premier à avoir nettement différencié les symptômes Yang des symptômes Yin. C’est lui qui rédigea le Shānghán zá bìng lùn 傷寒雜病論/simplifié : 伤寒杂病 (Traité de la fièvre typhoïde et des diverses maladies ou Shānghán zú bìng lùn (傷寒卒病論/伤寒卒病论, Traité de la fièvre typhoïde et des maladies subites). Par la suite, on a scindé cet ouvrage en Shang han lun proprement dit et Jīn kuì yào lüè (金匮要略 Bréviaire du coffre d’or). Zhāng Zhòngjǐng y analyse diverses sortes de fièvres, distingue entre maladies aiguës et maladies chroniques, et recherche la cause de nombreuses maladies.

Huá Tuó 華佗/华佗 (110-207)[modifier | modifier le code]

C’est le grand chirurgien de l’époque. On lui attribue la découverte de la narcose (Májué fǎ 痲覺法/痲觉法) et l’« Art des ouvertures abdominales » (Kāifù shù 開腹術/开腹术). Les chroniques de l’époque relatent ses opérations fameuses (laparotomie, lithotomie, greffes d’organes, résections intestinales, etc.) faites sous anesthésie générale au chanvre indien (canabis sativa). Il aurait encore inventé la suture, des onguents contre les inflammations, des traitements contre les ascaris. Il aurait été le premier à choisir la phalange comme unité de mesure. Il préconisait la balnéothérapie et l’hydrothérapie.

Huá Tuó est également connu dans l’histoire de l’obstétrique. Il diagnostique la mort intra-utérine d’un jumeau aux hémorragies consécutives à la naissance d’un premier enfant. Il soulage la parturiente par acupuncture, avant de retirer l’enfant mort-né dont le corps était déjà noir.

Il note aussi que la culture physique facilite la digestion et la circulation, et qu’elle fortifie le corps. Il invente l’exercice de gymnastique dit « Jeu des cinq animaux » (五禽之戲/五禽之戏 Wǔ qín zhī xì), comprenant tigre, cerf, ours, singe et grue.

Autres[modifier | modifier le code]

À ce trio médical célèbre, il faut encore ajouter :

  • HuángFǔ Mì 皇甫謐/皇甫谧 (215-282) auteur d’un classique sur l’acupuncture, le Zhēnjiǔ jiǎyǐ jīng 針灸甲乙經/针灸甲乙经, premier ouvrage de « vulgarisation » de la médecine chinoise.
  • Wáng Shūhé 王叔和 (210-280) auteur du Mài jīng 脈經/脉经, « Traité des vaisseaux sanguins/pouls ». Cet ouvrage sera traduit en tibétain, arabe et persan pendant le Moyen Âge. Il influencera encore, par ses traductions en latin et en langues vulgaires occidentales, les pulsologues des XVIIe et XVIIIe siècles.

C’est également sous la dynastie Han que commence la grande période du taoïsme qui s’étend du IIe siècle avant Jésus-Christ au VIIe siècle après Jésus-Christ. L’alchimie et les recherches en matière de pharmacopée et de médecine font partie des activités de nombreux maîtres taoïstes. Dans la préface du Commentaire du Traîté des matières médicinales de Shennong, Tao Hongjing précise que cet ouvrage s’adresse autant aux pratiquants de la Voie qu’à ceux qui cherchent un remède. Son Rapport sur l’entretien du principe vital pour prolonger la vie (養性延命錄/养性延命録录 yǎngxìng yánmìng lù, littéralement « Inscription/enregistrement sur la nutrition de l'humeur pour la longévité » ) est d’ailleurs inclus dans le canon taoïste.

Gě Hóng 葛洪 (283343)[modifier | modifier le code]

L’un des taoïstes les plus connus de la période qui s’étend de la fin des Han aux Sui est Gě Hóng. Il rédige un traité d’alchimie, de diététique et de magie, le Bàopǔzi nèipiān 抱朴子內篇/抱朴子内篇 (vers 326) et deux traités de médecine : les Médications du Coffre d’Or (Jīnkuì yàofāng 金匱藥方/金匮药方) et les Prescriptions d’Urgence [après la prise du pouls] (Zhǒu hòu bèi jífāng 肘後備急方/肘后备急方). Dans ces livres, sont donnés des conseils de médecine préventive pour prolonger la vie et éviter les maladies.

Gě Hóng développe deux techniques de longévité : Dáo yǐn 導引/导引 : renforcer le Qi par des pratiques respiratoires visant à rejeter le « vieux » Qi pour accueillir le « nouveau » Fú qì 服氣/服气 : accroître le sang par des aliments et drogues.

En pathologie, on lui doit la description de la variole (500 ans avant Rhazès, 864-925), introduite dans l’empire par les Huns, mais aussi de la phtisie, le béribéri, la peste bubonique.

Ge Hong a voulu mettre à la portée de tous des remèdes bon marché et faciles à trouver. Il donne le traitement de l’ictère épidémique par l’armoise, la rhubarbe et le gardénia ; le traitement de l’asthme par l’éphédra, la cannelle, la réglisse et l’amande d’abricot ; de l’ascite par le draba, l’euphorbe et le daphné. Il livre aussi sa propre expérience de l’utilisation de la jusquiame dans les démences ; des badigeons au soufre et à l’ail dans la prévention des morsures de tiques ; des bouillottes d’eau chaude sur le ventre dans les gastro-entérites.

Alchimiste, il donne également la formule d’une pilule d’immortalité à base d’or, de mercure, de jade, de soufre, de cinabre et d’orpiment, le tout dissout ou mélangé dans des préparations végétales.

Táo Hóngjǐng 陶弘景 (456-536)[modifier | modifier le code]

Un autre personnage important est Táo Hóngjǐng, qui n’était d’ailleurs pas le premier de sa famille à rassembler et annoter des textes de pharmacopée car son grand-père et son père l’avaient fait avant lui. Son principal travail est le Commentaire du Traité des matières médicinales (本草集注, běncǎo jízhù) (494~ 500), nouvelle version du plus ancien ouvrage de référence pharmaceutique connu, qu’il corrige et complète d’après ses propres recherches. Il rajoute ainsi 365 nouvelles espèces aux 365 d’origine, invente une nouvelle classification selon la catégorie naturelle (plante, insecte...) au lieu des trois niveaux d’utilité du premier texte, qui sera reprise par la suite. Il classe les remèdes selon les symptômes qu’ils soignent, précise les relations entre le lieu de production, la récolte, le temps d’infusion et l’efficacité, ainsi que la forme sous laquelle ils doivent être utilisés : pilule, poudre, etc. Perdu, cet ouvrage a été reconstitué d’après les larges extraits cités dans des traités ultérieurs, en particulier le Zhenglei bencao 證類本草 et le běncǎo gāngmù 本草綱目/本草纲目. Un manuscrit de la préface a été retrouvé à Dunhuang. Táo Hóngjǐng a aussi complété les Prescriptions d’urgence de Gě Hóng pour produire Cent une prescriptions (肘後百一方/肘后百一方, zhǒu hòu bǎiyī fāng).

Les Sui et les Tang : la médecine classique[modifier | modifier le code]

Une réunification de la Chine a lieu sous les Sui (581 ou 589 - 618) et les Tang (618-907).

La médecine chinoise atteint son apogée entre le VIIe et le VIIIe siècle. En 624 est créé le Grand Service médical qui supervise les études de médecine et organise la recherche. On décrit systématiquement et précisément de nombreuses maladies : lèpre, variole, rougeole, gale, dysenterie aiguë et chronique, choléra, hydropisie, maladies carentielles (béribéri, héméralopie, rachitisme, goitre), maladies vénériennes, tuberculose pulmonaire et osseuse, adénopathie cervicale, diabète, tumeurs.

La thérapeutique chirurgicale connaît déjà le traitement de la cataracte, le traitement orthopédique des fractures, l’extraction des séquestres osseux.

La carie dentaire est traitée par obstruction et plombage (amalgame mercuriel).

L’un des médecins les plus célèbres de l’époque est le moine-médecin Sun Simiao 孫思邈 (581-682), dont les principaux ouvrages sont :

  • Qian Jin Fang 千金方 : Mille Recettes de Valeur (30 chapitres)
  • Fu Lu Lun 福祿論 : Traité du Bonheur (3 chapitres)
  • She Sheng Zhen Lu 攝生真錄 : Recueil sur l’hygiène (1 chapitre)
  • Zhen zhong Su Shu 枕中素書 : Au sein de l’oreiller (1 chapitre)
  • Yin Hai Jing Wei 銀海經緯 : Connaissance exhaustive de la Mer d’argent (traité d’ophtalmologie)
  • San Jiao Lun 三教論 : Traité des Trois Religions (1 chapitre)

De la fin des Tang à l’avènement des Ming[modifier | modifier le code]

À l’époque de la dynastie Song (960-1279) on assiste à d’importants progrès techniques (imprimerie, boussole, poudre à canon) et scientifiques (mathématiques, biologie). C’est l’époque des grands savants polyvalents tels que Chen Kua (1031-1095) qui était à la fois architecte, agronome, médecin, historiographe et ambassadeur.

Qian Yi 錢乙 (1035-1117) est le plus grand des pédiatres chinois. Il distingue, le premier, la varicelle, la rougeole, la scarlatine et la variole.

La médecine légale fait sa première apparition avec le Xi Yuan Ji Lu 洗冤集錄 Recueil pour laver les injustices (1247) de Song Ci 宋慈 (1188-1249). Ceci coïncide avec un renouveau de l’anatomie. Une dissection est datée de 1106.

La matière médicale est extrêmement développée et s’enrichit de nombreux médicaments exotiques (mandragore, myrrhe, thériaque, fenugrec, opium).

Wang Wei Yi 王惟一 (vers 1026), à la fois médecin et sculpteur, rédige un compendium d’acupuncture et fond deux « hommes de bronze » (statuettes) bien souvent reproduits depuis. Ils permettent le repérage aisé des points d’acupuncture.

La conquête mongole s’accompagne d’une série de dévastations et de destructions qui viennent s’ajouter aux grandes famines. Toutefois, c’est un État florissant que nous décrit un peu plus tard Marco Polo, un État qui atteint les extrêmes limites de son expansion territoriale, de la Corée au Viêt Nam, de la mer de Chine à l’Adriatique.

Durant cette période, quelques noms dominent le monde de la médecine :

  • Hu Zheng Qi Huei (en exercice vers 1314-1330), mongol, nom chinois Hu Sihui (忽思慧, 和斯輝 ou 忽斯慧). Diététicien impérial, il décrit les maladies carentielles et leur traitement par une diététique rationnelle, à l’exclusion de toute autre médication. Il est l’auteur du Yinshanzhengyao 飲膳正要 Précis d’alimentation qui contient des recettes intégrant des ingrédients aux vertus thérapeutiques, dont beaucoup font partie de l’alimentation des peuples du Nord et du Nord-Ouest (94 plats, 35 soupes, 29 recettes contre le vieillissement).
  • Hua Shou 滑壽 (vers 1341), encore appelé Bowen 伯仁, découvre les taches d’un blanc bleuâtre qui, sur la muqueuse de la bouche, caractérisent les prodromes de la rougeole, mais il est surtout célèbre pour ses commentaires des classiques (Nan Jing notamment).

Le texte définitif du Nan Jing aurait été achevé par Hua Cheu vers 1361, et la version gravée pour impression en 1366.

La médecine à l'époque moderne[modifier | modifier le code]

Poussée au pouvoir par une révolution populaire paysanne, la Dynastie Ming (1368-1644) s’intercale entre deux dynasties de conquête, celle des Mongols et celle des Mandchous. Elle libère Beijing et y établit sa capitale.

La Chine connaît alors un nouvel âge d’or. Zheng He se rend, en bateau et à plusieurs reprises, jusqu’en Afrique occidentale (1405-1433). Le R.P. Matteo Ricci arrive à Beijing en 1601. Les Jésuites apportent avec eux la médecine occidentale, mais elle restera réservée au seul empereur. On traduit en chinois les textes consacrés à l’anatomie et à la circulation du sang. L’empereur Kangxi les juge très intéressants pour lui mais très dangereux pour le peuple.

La Chine produit à cette époque un chef-d’œuvre de la médecine : le Grand Traité de Matière Médicale 本草綱目 de Li Shizhen 李時珍 (1518-1593), résultat de presque 30 ans de travail. Il s’agit non seulement d’un grand traité de pathologie et de thérapeutique, mais encore d’un traité d’histoire naturelle donnant une classification des produits minéraux, végétaux et animaux. Cette encyclopédie est complétée par des chapitres de technologie chimique et industrielle, des données géographiques, historiques, diététiques, culinaires, cosmologiques, philosophiques et philologiques. Elle a été traduite dans toutes les langues de l’Extrême-Orient et dans les principales langues occidentales. Elle mentionne la syphilis qui apparaît en Chine vers 1505-1506, à peu près au même moment où elle est signalée par les médecins occidentaux, arabes et indiens.

Le plus grand acupuncteur de la dynastie des Ming est Yang Jizhou 楊繼洲. C’est lui qui rédige les 10 chapitres du Zhen Jiu Da Cheng 針灸大成 (gravé en 1601). Il s’agit d’une encyclopédie d’acupuncture comportant un excellent historique non seulement des classiques, mais aussi des traditions orales. L’ouvrage renferme en outre une partie technique très complète, une partie clinique et une section thérapeutique. Le dernier chapitre est consacré au diagnostic en pédiatrie et au traitement de l’enfant par le massage.

Chen Yu Fa a publié un traité de massothérapie pédiatrique Chenshi xiao'er anmojing 陳氏小兒按摩經 Traité de massage pour les jeunes enfants de M. Chen qui est un véritable manuel de secourisme, et qui contient une partie sémiologique conduisant au diagnostic, ainsi qu’une partie thérapeutique. On y trouve des manœuvres de kinésithérapie, des cataplasmes, des emplâtres, la manière de provoquer le vomissement, des conseils concernant l’utilisation des moxas, sans oublier les amulettes et les incantations, car le taoïsme a encore une incidence sur la médecine. Un traité en particulier, le Jing Ming Gui Je (vers 1622), détaille la théorie des « Champs de cinabre ».

Les éléments de la thérapie[modifier | modifier le code]

La médecine chinoise s'appuie en pratique sur des éléments thérapeutiques primordiaux :

  1. la pharmacopée chinoise comprenant la phytothérapie (plantes), les minéraux les substances animales voire humaines (ex. : le placenta). Le premier ouvrage de matière médicale est le Shennong bencao jing, le Classique de la matière médicale de Shennong, datant des alentours du début de notre ère. La phytothérapie chinoise contient des milliers de plantes, décoctions, poudres etc. Elles ont une action importante dans la médecine chinoise. Enfin, la pharmacopée rejoint souvent la cuisine chinoise avec l'usage des saveurs.
  2. L'acupuncture et la moxibustion (combustion d'une herbe aidant à faire circuler l'énergie vitale, le Qi)
  3. La diététique
  4. Le massage traditionnel chinois, An Mo / Tui Na.
  5. Le Qi Gong, ou Gymnastique chinoise, qui permet par une pratique régulière, d'équilibrer le Qi, donc de prévenir les maladies. Accompagnée des autres éléments thérapeutiques, elle aide au soin du malade.
  6. La gestion des émotions

De par sa forte imbrication dans la culture chinoise, on retrouve en médecine l'ensemble des concepts de sa culture d'origine : le Yin et le Yáng (symboles de la bipolarité des choses), le Qi (l'énergie de l'être)[6],[7],[8].

Article détaillé : Wuxing (cosmologie).

On retrouve aussi le Wuxing (Cinq Phases) : ce sont cinq qualités qui permettent d'étudier les caractéristiques de tout symptôme, ainsi que leurs interactions. Ces cinq mouvements sont le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau. Médicalement parlant, chacun d'entre eux est en relation avec des organes des saisons, des énergies, des organes atelier (Yin), des organes trésor (Yáng), des sens et des sentiments.

L'acupuncture en Occident[modifier | modifier le code]

Article détaillé : acupuncture.
Carte des points d'acupuncture

Dans la médecine traditionnelle chinoise, les différentes méthodes de soin (pharmacopée, rituels, acupuncture...) sont intimement liées.

La communauté scientifique s'est penchée sur ces méthodes. Plusieurs pays de l'Union Européenne et d'Amérique du Nord ont donné une place dans leur système de soin à l'acupuncture : Canada, Angleterre, Allemagne au travers des heilpraktikers qui sont pris en charge par le système de santé etc. En France, le conseil de l'ordre des médecins tolère la pratique par les médecins titulaires ayant suivi une spécialisation de quelques années, mais est hostile à la pratique par des personnes issues de formations non reconnues comme médicales en France.

La notion de qi (énergie) et de méridiens est totalement étrangère à la médecine occidentale. Néanmoins, l'acupuncture ayant des effets[réf. nécessaire], elle peut être parfois utilisée en complément d'un accompagnement médicalisé pour lutter contre certains problèmes liés aux stress, à la douleur. C'est dans ce cadre qu'elle est parfois proposé à des patients.

Certains hôpitaux français ont un service d'acupuncture (ex. : Hôtel-Dieu, Tenon, Saint-Jacques...).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Deng Yu et al. « Ration of Qi with Modern Essential on Traditional Chinese Medicine Qi: Qi Set, Qi Element » Journal of Mathematical Medicine (Chinese) 2003, 16(4)
  2. Deng Yu, Zhu Shuanli, Deng Hai. « Generalized Quanta Wave with Qi on Traditional Chinese Medecine » Journal of Mathematical Medicine (Chinese) 2002, 15(4)
  3. Deng Yu, Zhu Shuanli, Xu Peng et al.邓宇,朱栓立,徐彭,« 五行阴阳的特征与新英译 [New Translator with Characteristic of Wu xing Yin Yang] » Chinese Journal of Integrative Medicine中国中西医结合杂志,2000;20(12)
  4. Deng Yu邓宇,等 « 藏象分形五系统的新英译 [Fresh Translator of Zang Xiang Fractal five System] » Chinese Journal of Integrative Medicine中国中西医结合杂志; 1999
  5. Deng Yu邓宇等,« 数理阴阳与实质 [Nature with Math Physics Yin Yang] » Journal of Mathematical Medicine数理医药学杂志, 1999年。
  6. Deng Yu et al.邓宇等, 阴阳的科学本质及数理化建构,Chinese Journal of basic medicine in traditional chinese medicine <<中国中医基础医学杂志>>1998,2:59-61.
  7. Deng Yu邓宇等,TCM Fractal Sets中医分形集,Journal of Mathematical Medicine<<数理医药学杂志>> ,1999,12(3),264-265
  8. Deng Yu, Zhu Shuanli, Xu Peng et al.邓宇,朱栓立,徐彭等,Essence and New Translator of Channels经络英文新释译与实质,Chinese Journal of Integrative Medicine中国中西医结合杂志,2000,20(8):615

Sources[modifier | modifier le code]

  • Chine information
  • (en)Maciocia, Foundations of chinese medicine 2nd edition, Churchill Livingstone 2005
  • Marié, Précis de médecine chinoise, Dangles 1997
  • (en)Bensky, O'Connor, Acupuncture, a comprehensive text, Eastland Press 1984
  • Ottino, Dictionnaire de médecine chinoise, Larousse 2001