Maroquinerie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La maroquinerie est un terme issu du mot maroquin désignant un cuir de chèvre tanné et teint du côté du poil[1], qui a donné son nom à l'industrie et au commerce de petits objets en cuir. La définition de la maroquinerie reste vague quant à ce qui est appelé « petits objets en cuir ». Le Petit Robert définit la maroquinerie comme « l'ensemble des industries utilisant les cuirs fins pour la fabrication et le revêtement de certains articles »[2]. On peut donc dire que par élimination, cela concerne tous les accessoires, mettant de côté la sellerie, les vêtements et chaussures en cuir[1].

La maroquinerie concerne alors la confection de sacs, de portefeuilles, de porte-monnaie, ceintures, bijoux etc. Ces objets deviennent d'indispensables accessoires du quotidien qui résistent au temps et aux chocs. Certains s'accordent à dire que le temps confère élégance et patine aux cuirs de toutes les époques et de toutes les civilisations[3].

Les objets de maroquinerie sont créés avec des cuirs multiples. On distingue les peaux classiques : le Box (ou cuir de veau), le cuir de bœuf ou de vache, le cordovan (ou cuir de chevreau originellement, maintenant cuir de cheval) et les peaux exotiques: de mammifères (éléphant, buffle, etc.), de reptiles (crocodile, serpent, etc.) et de poissons (galuchat, requin, raie, etc.)[4],[3].

L'art de la maroquinerie existe depuis la nuit des temps[Quand ?], le cuir étant une des premières ressources pour l'Homme. Elle s'est peu à peu développée, devenant une industrie à part entière, avec des maisons mondialement connues pour leurs créations artisanales. Par ailleurs, de par sa diversité de produit, la maroquinerie englobe une multitude de métiers divers, très spécialisés. Ces métiers font face aux changements de la société, ils doivent donc être en adéquation avec les nouveautés.

Histoire de la maroquinerie[modifier | modifier le code]

Il semble important de souligner que la maroquinerie a longtemps évolué au même rythme que le cuir. En effet, la maroquinerie, avant son véritable essor à la fin du XIXe siècle, n'a longtemps été qu'un complément de l'industrie, n'offrant que de petits accessoires complémentaires.

Apparition de la maroquinerie[modifier | modifier le code]

Depuis les débuts de l'Humanité, la peau animale est présente. Mais il a fallu attendre que les Hommes acquièrent les techniques de traitement du cuir pour parvenir à la mise en place d'objets en cuir. Dès l'Égypte antique, de petits objets en cuir entrent dans le quotidien  : harnais, instruments de musique, outres, souliers, etc[1]. Quant à la Grèce antique, pour sa part, l'habillement en cuir des cavaliers, s'accompagne également de protections telles que des jambières ou des épaulières en peau. On voit également apparaître, pour compléter la tenue de cuir des Romains, des gants fabriqués avec des lanières de cuir pour les combats de boxe[1].

Le terme "Maroquinerie" trouve son étymologie directe dans Maroc, pays où le travail du cuir était très perfectionné, notamment dans la Fès almohade. La technique du cuir fut transmise par les marocains à l'Europe à travers l'Andalus (cuir cordouan, Cordoue d'où dérive cordonnier)[5].

On a assisté à la création de nouvelles industries dans les villes de l'Europe du sud et du Maroc car une véritable révolution s'est mise en route grâce à la nouvelle clientèle bourgeoise. Dans les années 1180, le travail des peaux et des cuir se développa. Les ouvriers du cuir étaient en nombre considérables dans la cité. La brigandine s'accompagne alors de cartouchières, ceintures, étuis et autres accessoires[1].

Exemple de registre fiscal datant de 1228 : notaires, hommes de loi 147 ; métier de l'alimentation 346 ; bois, fer, maçonnerie 289 ; cuirs, peaux, fourrures 305 ; ouvriers du textile 101.

L'industrie du cuir connaît donc un essor considérable, surtout à la ville de Pise en Italie, mais le travail paraît assez indélicat, lourd et brut. Les peaussiers abandonnèrent la technique orientale du tannage à l'eau froide; procédé lent et coûteux pour adopter une technique différente de meilleur marché et offrant des cuirs moins souples.

Une majorité de cuirasses, heaumes et vêtements était fabriquée par ces artisans appelés « coriarii aque calde ». De plus, le développement du commerce et l'externalisation des échanges dans les années 1150 ont permis à ces ouvriers de développer leur industrie et de l'ouvrir au monde ; mais aussi de recevoir d'autres notions et apprentissages des différentes cultures. On assista donc à une véritable démocratisation du vêtement.

Cette industrie, grossière et primaire, issue du monde rural, a connu un essor important qui a pu la mener dans les premières places. Les métiers du cuirs se sont peu à peu transformés en « art du cuir » au fil des années ; et certaines villes ont maintenu cette prédominance jusqu'à la fin du Moyen Age. Ainsi, il devient alors de bon goût de décorer ses coffres de cuir, et ce, de par le monde

Dans les années qui ont suivi cet essor, le cuir redevint synonyme de mauvais goût et de ruralité que l'on associait aux paysans. Vers les années 1260, les besoins et modes des bourgeois évoluèrent vers une nouvelle tendance car ils recherchèrent désormais de la fourrure pour leurs vêtements ; ainsi que de la laine.

L'essor de la laine est le deuxième tournant de l'industrie du Moyen Age dans les villes d'Occident et se situe dans les années 1300[6].

Du XVIe siècle au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le sac, objet incontournable de la maroquinerie, a suivi l'histoire de la mode. Il est plus significatif de l'évolution vestimentaire que de sa fonction proprement dite. Au Moyen Âge, la différenciation des vêtements entre les hommes et les femmes apparaît, et avec celle-ci, le port de la bourse. En effet, elle était réservée aux hommes, tandis que les femmes portaient les objets dans des poches aménagées dans leurs robes[3].

À la Renaissance, le cuir illustre un certain art de vivre, l’atmosphère même du confort et du luxe[3].

En 1749 est créée une Manufacture royale du Cuir. Le XVIIIe siècle connaît un développement considérable des objets de luxe, réalisés par les maîtres-gainiers, (travaillant dans la gainerie) en passant du coffret à la malle, par le portefeuille, mais également que ce soit pour coudre, écrire en maroquin estampé, doré, ou en galuchat[3]. Le cuir a une double dimension  : pratique et prestigieuse. Distinction entre une simple valise et un bagage du malletier. Seuls les artistes se servent encore des malles profondes. Pour les autres, l’artisanat de luxe a su créer des modèles plus souples, plus légers, plus rationnels. Mais leur ligne, leurs finitions, leur qualité essentielle, les différencient au premier coup d’œil[3].

Comme pour de nombreux matériaux, le cuir passe dans les mains des industriels. Mais le terme "maroquinerie" n'apparaît qu'avec la création du portefeuille vers 1835, et deviendra par la suite une importante industrie. Le terme recouvre alors rapidement une foule d'objets de petites tailles[3].

Le cuir au XXe siècle[modifier | modifier le code]

C'est avec la mode révolutionnaire que le sac féminin s'extériorise et le terme sac à main apparaît au XXe siècle[3]. Au début du XXe siècle, les artisans de l'Art nouveau vont faire du cuir un support privilégié pour des créations en tout genre  : portefeuilles, sacs, reliures ornés de motifs floraux et animaliers.

Dans les années 1920, le cuir est abondamment utilisé pour le mobilier. Mais l'artisanat décline progressivement à la suite de la crise financière, à la mécanisation intensive et à l'invention du cuir synthétique en 1942 par Dupont de Nemours (de l'entreprise américaine DuPont)[3].

Maroquinerie au Texas[modifier | modifier le code]

Depuis leur installation, les pionniers américains ont fait du chemin. Les voilà devenus cow-boy. Avec eux se développe le rodéo. Les pratiquants portent alors des jambières en gros cuir (dites chaps) accompagnées de gants, de ceintures, de bandanas, le tout popularisé par les westerns[1].

L'essor de la maroquinerie[modifier | modifier le code]

Les avancées techniques concernant les moyens de locomotion vont permettre à l'industrie du cuir de se développer. Dans les années 1910, pour se protéger du froid, le cuir devient un élément indispensable des aviateurs. En plus d'enfiler une combinaison en cuir, ces derniers s'équipent de cagoules et de gants.

Par la suite, l'essor de l'automobile va jouer un rôle crucial pour le développement de la maroquinerie. En effet, l'automobile comme le coupé ou le cabriolet, symbole de luxe, entraîne dans son sillage la mise en avant de multiples petits accessoires tels que les gants pour Madame, assortis au cuir intérieur de la voiture, comble du raffinement[1]. C'est à cette époque que la maroquinerie va devenir la véritable industrie que l'on connait aujourd'hui. En effet, elle se développe grâce aux bagages. De grandes maisons saisissent l'opportunité de développer leurs commerces grâce à des bagages plus faciles à transporter. En ajout à ces modèles, les grandes maisons proposent aussi une multitude d'accessoires comme les gants, les ceintures. D'autres maisons vont, quant à elles, surtout se spécialiser dans des malles compartimentées qui tendent alors à tous les rangements nécessaires pour les escapades automobiles[1].

Le tournant au milieu du siècle[modifier | modifier le code]

L'image du cuir change, et donc les accessoires de maroquinerie évoluent. Si la maroquinerie dans le secteur des sacs à mains perdure dans le temps, on voit apparaître des accessoires dont l'image est détournée.

Tout commence avec les années rebelles. Les rockeurs des années 1950 comme Elvis Presley arborent des bracelets de force, des gants en cuir (autrefois considérés comme le summum de l'élégance.) Cette image rebelle est également apparente chez le motard qui accompagne son manteau de cuir clouté, de gants, de casques en cuir et autres accessoires. Cette rupture se développera de plus en plus. Le cuir détourné donnera naissance à des accessoires hétéroclites. Le cuir devient alors synonyme de rébellion, de démarcation avec les codes classiques et est le symbole de la liberté, que les punks copieront dans les années 1970, revêtant eux aussi des accessoires tels que les bracelets de cuir[1].

Un détournement important de l'image du cuir survient avec le sadomasochisme. En effet, le cuir, ici, n'a plus la connotation de raffinement qu'il avait lors de l'essor de la maroquinerie à la fin du XIXe siècle. Les accessoires en cuir n'ont comme limite que l'imagination: colliers de cuir, ceintures cloutées, masques de cuir.

Ce détournement viendrait des homosexuels qui ont utilisé l'image virile du cuir transmise par les rockeurs et les motards pour en faire un de leur symbole[1].

Les métiers de la maroquinerie[modifier | modifier le code]

De par l'étendue de la maroquinerie, il existe beaucoup de métiers s'en rapportant. Les principaux sont :

  • Maroquinier : celui qui travaille les peaux de chèvre tannées (maroquin)
L'introduction en France du maroquin date du XVIIe siècle grâce à Granger qui a importé le sumac (plante utilisée pour le tannage et la coloration) et à Sigismond d'Adelin, issu d'une famille de tanneurs de Montélimar, qui a ramené deux soldats du Maroc connaissant le tannage et la teinture du maroquin. Avant ces importations, seules les peaux de Courdoue parvenaient en France. Elles étaient uniquement utilisées pour les cuirs de décorations et d'ameublement.
  • Tanneur : celui qui transforme la peau "brute" en un matériau imputrescible.
  • Corroyeur : celui qui assouplit le cuir après le tannage et pratique donc le corroyage
  • Baudroyeur : celui qui corroyoit les cuirs de couleur
Au Moyen Âge, les tanneurs et les corroyeurs s'organisent en corporations. Et avec les baudroyeurs en 1345, ils obtiennent des statuts et règlements.
  • Maître-Gainier : celui qui fabrique ou vend des articles recouvert de gainerie, c'est un étui qui recouvre et protège l'objet comme le cuir par exemple.
  • Malletier : celui qui fabrique les bagages
  • Relieur : celui qui joint les feuilles d'un livre[3]
  • Designer : celui qui s'occupe du design d'un produit
  • Assembleur : celui qui s'occupe de l'assemblage des pièces d'un produit
  • Coupeur : celui qui découpe les pièces qui composent un produit

Les grands noms de la maroquinerie[modifier | modifier le code]

  • Goyard : fondée en 1792, c'est le plus ancien des malletiers français dont la maison tient encore enseigne. Il propose des accessoires en peau pour accompagner ses mallettes de toiles enduites à chevrons.
  • Hermès : fondée en 1837 (ancienne manufacture de harnais et de selles) par Thierry Hermès (1801-1878) à Paris.
  • Vuitton : fondée en 1854 (ancien atelier de fabrication de malles de voyage) par Louis Vuitton (1821-1892) à Paris.
  • Lancel : fondée en 1876 par Angèle et Alphonse Lancel à Paris.
  • BALENCIAGA : fondée en 1914 par Cristóbal Balenciaga et basée à Paris.
  • L'Aiglon : fondée en 1889 par François Bayon en France.
  • Trussardi : fondée en 1911 à Bergame en Italie.
  • Gucci : fondée en 1921 (fabrique d'articles en cuir) par Guccio Gucci (1881-1953) à Florence en Italie.
  • Longchamp Paris : fondée en 1948 à Paris.
  • Bottega Veneta : fondée en 1966 à Vicence en Italie, par Michele Taddei et Renzo Zengiaro. Célèbre par sa marque de fabrique, l'intrecciato.

Exemple de fabrication artisanale d'un sac[modifier | modifier le code]

La confection d'un sac est un processus long nécessitant l'intervention de plusieurs professionnels. La première phase est déléguée au styliste qui doit concevoir les modèles en fonction des conditions qui lui sont imposées et du type de cuir choisi pour le futur sac. En effet, il existe des cuirs très souples et d'autres beaucoup plus rigides, le sac doit donc être conçu en fonction de ce critère. Ensuite, un maître artisan du cuir va choisir le modèle qui convient le mieux avec le type de cuir pour lequel il a été créé.

Une fois que le modèle du styliste est sélectionné, c'est à partir de celui-ci qu'un prototype du sac en papier va être réalisé par un fabricant de patron. Le sac commence petit à petit à se former sous forme papier jusqu'à devenir impeccable. C'est à ce moment que le coupeur de cuir intervient et sculpte minutieusement le cuir choisi tout en le préparant pour la couture. Pour effectuer cette tâche qui est accomplie à la main, il doit être particulièrement expérimenté et averti afin de connaître les avantages et inconvénients de la peau qu'il doit travailler. En effet une erreur commise sur un cuir coûteux représente une perte d'argent et de temps considérable que les confectionneurs ne peuvent pas se permettre. La découpe se fait souvent à la presse avec emporte-pièce ou à l’aide d’un tranchet. Une fois cela terminé il faut coudre le sac, un banconista ou assembleur accomplit cette tâche, elle est le plus souvent réalisée à la main hormis pour les étapes qui requièrent plus de précision. Cette tâche doit être accomplie avec attention et précision pour que les coutures soient jolies, linéaires et symétriques. Le cuir est une matière où la moindre erreur de couture reste apparente et certains cuirs rigides sont plus délicats à travailler, une excellente connaissance des peaux et un goût pour la minutie sont primordiaux.

La couture n'est pas la dernière étape de fabrication du sac, il reste encore le rivetage qui permet d'assembler les différentes pièces du sac à l'aide de rivets, le soudage qui est une autre technique d'assemblage par fusion. Enfin les détails sont ajoutés comme les fermetures, boucles, boutons ou peaufinés tels que des fils à brûler... La finition est donc l'étape ultime, durant laquelle le sac est observé attentivement afin d'en repérer le moindre défaut ou élément manquant[7].

Vers une nouvelle maroquinerie ?[modifier | modifier le code]

De nombreux objets ou accessoires en cuir sont apparus au fil du temps il existe notamment des trousses, des étuis pour lunettes et pour couteaux mais aussi des fournitures de bureau comme les pots à crayon ou les sous-main. Qui plus est la maroquinerie s'est développée et s'est adaptée aux nouvelles technologies et innovations comme les téléphones portables, smartphones, ou autres tablettes tactiles pour lesquels on trouve aujourd'hui des étuis en cuir permettant de les protéger.

De nos jours de nouvelles matières synthétiques remplacent parfois le cuir. En effet elles sont moins coûteuses et donc plus abordables et font partie de la composition d'un grand nombre de sacs à dos, valises ou ceintures actuels.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Anne-Laure Quilleriet, Cuir, Assouline,‎ 2004 (ISBN 978-2843235375)
  2. [ Le Nouveau Petit Robert de la Langue Française 2006, Édition Dictionnaire Le Robert-Paris, 2005.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Pierre Rival et François Baudot, Métiers choisis, les secrets du savoir-faire (ISBN 9782080124302), p. 145-160
  4. Jean-Jacques Ficat, L'Art de se bien chausser (ISBN 2-7459-1596-7), p. 72-78
  5. Etymologie de Maroquin sur le site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales
  6. Jacques Heers, Que sais-je ? Le travail au Moyen Age, Édition Presses Universitaires de France, 1975
  7. Voir le processus de fabrication de la société Gleni en ligne

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]