Jean de Mandeville

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Portrait de Jean de Mandeville, 1459[1].

Jean de Mandeville ou Jehan de Mandeville (?, † à Liège le 17 novembre 1372) est un explorateur et auteur d'un ouvrage intitulé le Livre des merveilles du monde (titre original en latin : Itineraria, c'est-à-dire voyages) qu'il rédigea à l'issue d'un voyage de 34 ans en Égypte, et dans différents pays d'Asie, jusqu'en Chine. Ce titre évoque le fameux Livre des merveilles, que l'on attribue couramment à Marco Polo, et qui, dicté par celui-ci à son compagnon en prison, s'intitulerait plutôt Devisement du monde. Jehan de Mandeville, professeur de médecine, a affirmé être un chevalier anglais.

Son voyage[modifier | modifier le code]

Jean de Mandeville a d'abord étudié la médecine. Il est parti pour l’Égypte le jour de la Saint Michel de 1322. Il a affirmé à son retour avoir été un mercenaire au service du sultan, alors en lutte avec les Bédouins. Passé d’Égypte en Palestine, il a suivi la route de la soie et a visité l’Inde, l'intérieur de l'Asie, et la Chine. Il aurait servi quinze années dans l’armée du grand khan.

Après une absence de 34 ans, il est revenu en 1356, c'est-à-dire quelques années après la peste noire du XIVe siècle, qui a entraîné une saignée démographique en Europe dans les années 1347-1350.

On connaît la date de sa mort grâce à la description que le géographe Abraham Ortelius a donnée de son tombeau[2], qui se trouvait dans le couvent des Guillemins de Liège. L'épitaphe en latin était la suivante :

« Ici repose le noble D. Jean de Mandeville, aussi appelé à la barbe, guerrier, seigneur des Champs, né en Angleterre, professeur de médecine très pieux, orateur, et bienfaiteur très généreux des nécessiteux qui, ayant fait le tour du monde, finit sa vie à Liège. L'an du Seigneur 1371, le 17e jour du mois de novembre. »

Sur la stèle était gravé un portrait de l'homme en armes, portant une barbe fourchue, le pied sur un lion, une main bénissant son visage, avec ces mots en langue vernaculaire[3] :

« Vos qui paseis sor mi, pour l’amour deix proïes por mi. »

De cette stèle du Couvent des Guillemins, il ne reste que des noms. Derrière la monumentale Gare des Guillemins, s’étire la rue Mandeville.

Si ce n'est son séjour en Égypte, le récit de ses voyages est souvent considéré comme une imposture, en raison du ton employé et des emprunts à d'autres explorateurs antérieurs.

Le récit de son voyage[modifier | modifier le code]

À son retour, il a décidé, avec l’aide d’un médecin de Liège, de coucher sur papier les histoires dont il avait été le témoin, mais aussi l'acteur. Son recueil est devenu l’un des ouvrages les plus célèbres du Moyen Âge, et probablement le plus lu par ses contemporains (Christine de Pisan, Jean Sans Peur, le duc de Bourgogne).

Entre récit de voyage et traité savant, il décrit le monde connu au XIVe siècle, notamment l'Asie extrême-orientale, qui était encore très peu connue à cette époque des occidentaux : seuls quelques missionnaires franciscains et dominicains, ainsi que Marco Polo, s'étaient aventurés dans ces régions lointaines. Les récits de ces premiers missionnaires (Guillaume de Rubrouck) ou explorateurs (voir le Devisement du monde, récit du voyage de Marco Polo) étaient peu diffusés en occident à cette époque, et la grande peste venait de faire de grands ravages.

Jean de Mandeville fait référence aux possibilités théoriques de « circumnavigation » du monde, que l'on connaissait au XIVe siècle, puisque les grands lettrés (Albert le Grand…) avaient intégré cette notion. C'est sans doute ce qui a rendu son ouvrage si populaire à la fin du Moyen Âge. On sait en effet que Jean de Mandeville a eu une certaine influence sur Christophe Colomb.

Jean de Mandeville a décrit des itinéraires, inséré des histoires et des légendes fabuleuses dans un récit mélangeant références bibliques et considérations religieuses.

L'ouvrage est ainsi une compilation et une synthèse d'un ensemble de voyages incluant :

  • les propres voyages de l'auteur en Égypte (fruit d’observations personnelles, car après une étude approfondie du texte, tous les critiques s’accordent pour affirmer qu’il a réellement séjourné dans ce pays), en Inde, dans l'intérieur de l'Asie, et en Chine ;
  • des voyages antérieurs effectués par des missionnaires franciscains et dominicains. Il aurait donc décrit des terres qu'il n'a pas vues, et aurait introduit les déformations habituelles des géographes du Moyen Âge, la compilation d'ouvrages de voyageurs dominicains ou franciscains tels que Guillaume de Boldensele, Guillaume de Tripoli ou bien encore Odoric de Pordenone ;
  • des références aux grands classiques de la littérature antique comme Flavius Josèphe, Pline le Jeune, et Solinus ;
  • des références au « Speculum Historiale » de Vincent de Beauvais, qui était une encyclopédie reconnue à l'époque.

Il a été reproduit à plus de 250 exemplaires dans dix langues, ce qui est considérable pour l'époque. Cela permet de penser qu'un grand nombre de personnes en occident considérait la terre comme sphérique.

L'étude critique de cet ouvrage, faite par Christiane Deluz, montre qu'il a été rédigé dans trois versions :

  • la version insulaire, en parler anglo-normand (25 manuscrits) ;
  • la version continentale, en parler continental ;
  • la version Ogier avec interpolation de textes mettant en scène Ogier le Danois.

La version insulaire serait la plus ancienne. Ces trois versions ont été traduites dans diverses langues vernaculaires.

La diversité des sources, des références, des versions initiales, des traductions en langues vernaculaires rend difficile l'authentification des informations.

Postérité[modifier | modifier le code]

Située à Liège, derrière la gare des Guillemins, la rue Mandeville est nommée en l'honneur du « célèbre voyageur anglais » enterré en l'église du prieuré des Guillemins de Liège. La rue porte ce nom depuis le 6 mars 1863 à la suite d'une proposition de l'échevin Bourdon. Théodore Gobert s'étend longuement sur le personnage, contemporain de Jean d'Outremeuse, dans son ouvrage Les Rues de Liège. Il le voit plutôt comme un romancier ou un affabulateur, inspirateur de Jean d'Outremeuse[4].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stephen A. Schwarzman Building / Spencer Collection
  2. Abrahami Ortelii et Ioannis Viviani, Itinerarium per nonnullas Galliæ Belgicæ partes, 1584, [lire en ligne], p. 16
  3. en wallon : Vo qui passé sor mi, pour l'amour-dieu, prèyé por mi
  4. Théodore Gobert, Les Rues de Liége, tome VII, page 453 ss. de la ré-édition de 1976.

Annexes[modifier | modifier le code]

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