Bourbonnais (dialecte)

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Bourbonnais
Bourbonnais
Parlée en France
Région Allier et sud-est du Cher.
Typologie SVO
Classification par famille
Échantillon
Premier article de la déclaration universelle des droits de l'homme : L'houme é nessu libre et anyère anvé des drets et d'la digneté. Al'a unhne aime et unhne radzon et tos les houmes douévent s'aidié ente ieux keme des frères.

Situés dans la région historique du Bourbonnais (centre de la France), c'est-à-dire dans tout le département de l'Allier et dans le sud-est du département du Cher (vers Saint-Amand-Montrond), les parlers bourbonnais se trouvent aux confins des domaines d'oïl, d'oc et du francoprovençal.

Bourbonnais : un terme ambigu[modifier | modifier le code]

Le bourbonnais parmi les langues de France.

Il y a en réalité deux langues autochtones dans le Bourbonnais :

  • La langue d'oïl, sous une forme dialectale, se parle dans les deux tiers du département de l'Allier, au nord d'une ligne Montluçon - St Pourçain - Lapalisse, ainsi que dans la partie bourbonnaise du Cher. Le dialecte est originaire de la région de Moulins, Bourbon l'Archambault et Souvigny.
  • L'occitan ou langue d'oc, dans sa variété auvergnate (altérée), se parle dans le tiers sud, vers Montluçon, Gannat et Vichy. Il s'agit des parlers occitans du Croissant, occupant le sud du Bourbonnais et le Nord du Limousin : ils connaissent des traits de transition vers le français mais leur caractère occitan reste dominant.
  • Au sud-est, dans la Montagne Bourbonnaise, l'occitan reçoit des influences du francoprovençal.

Le terme de bourbonnais est donc ambigu : il peut désigner aussi bien les parlers occitans (Bourbonnais d'oc) que les parlers français du Bourbonnais (Bourbonnais d'oïl). Il est en général utilisé pour désigner ces derniers.

État actuel des parlers bourbonnais[modifier | modifier le code]

Comme toutes les langues régionales de France, les parlers bourbonnais ont subi les effets du centralisme parisien, et ce d'autant plus que la présence des parlers d'oïl au nord, qui sont proches du français standard ou du francien (dialecte de l'Île-de-France), facilite l'assimilation linguistique en direction du Sud.

Comme la plupart des dialectes, les parlers bourbonnais sont surtout oraux et la littérature reste rare. Cependant, il existe des expériences en littérature. En particulier, l'écrivain Louis Péroux Beaulaton (1872-1946) a affiché une ambition littéraire pour son parler occitan de Montluçon.

Aujourd'hui seuls quelques passionnés ou des personnes âgées peuvent s'exprimer assez complètement dans les parlers occitans ou français du Bourbonnais. Cependant les dialectes n'ont pas totalement disparu et se sont immiscés dans le français courant, dans de nombreuses tournures ou expressions, et aussi dans le vocabulaire, si bien que les habitants de cette région parlent un français teinté de formes bourbonnaises sans même s'en rendre compte, alors que cela frappe les visiteurs.

Le bourbonnais - Langue d'oïl[modifier | modifier le code]

Dans cette partie, on se consacre à l'étude de la variante langue d'oïl du Bourbonnais.

Prononciation[modifier | modifier le code]

  • Quelques exemples de prononciation:
    • o prononcé ou : exemple tonner = tounner
    • oi prononcé oué, é ou è : exemple noir = nouère, droit = drèt
    • er prononcé ar : exemple merci = marci
    • re prononcé er : exemple bredin (voir vocabulaire) se dira berdin
    • au prononcé iau : exemple couteau = coutiau
    • -lier prononcé -yé exemple palier = pailler
    • r roulé à la campagne
    • -eur prononcé -eux exemple meneur = meneux
    • ch prononcé j : exemple cheval = j'val

Grammaire[modifier | modifier le code]

  • Le pronom adverbial Y est utilisé en lieu et place d'un pronom personnel représentant un objet, exemple fais-le = fais-y, donne-le(la) moi = donne-moi z'y, ne le casse pas = n'y casse pas, tu me le(la) prête = tu m'y prête etc.
  • On note la présence d'une forme de genre neutre en bourbonnais. En effet le pronom "al" désigne aussi bien un masculin qu'un féminin, pour les choses, comme pour les personnes. Ainsi le chien, comme la chienne pourra être désigné par ce pronom "al", tout comme un membre de la famille, ou une voisine. (exemple: al a tout mangé)

Petit lexique[modifier | modifier le code]

Quelques mots de vocabulaire[modifier | modifier le code]

Mot bourbonnais Équivalent français Mot bourbonnais Équivalent français Mot bourbonnais Équivalent français
abonde grande quantité abraser détruire, casser, démolir adauber arranger, réparer
aluchon ou arluchon enfant de constitution faible voire malingre ajouter traire à l'écoué à l'abri
arcandier vaurien, filou artoupan personne suspecte, bizarre bachât auge des cochons et des porcs
baraille dispute barbitra écrit long et ennuyeux bauge grand sac
belet agneau bergot frelon. Ne pas confondre avec le veson (bourdon) berzin, berzine fou, folle, dépressif
besugne vêtement biaude grande blouse bigot (faire bigot) mettre bas
biziot propriétaire terrien parfois également agriculteur bounhoume paysan bourse porte-monnaie, portefeuille
bourri âne (animal) bousson paquet, tas d'habits en désordre, capharnaüm bredin simple d'esprit (cf. la débredinoire de Saint-Menoux)
brelotter secouer cacrot sommet du crâne catin poupée
chaleu veilleuse cheu chez ch'ti petit, chétif
cobi dindon crassou sale cro mare
dâler utilisé plus communément dans l'expression "ca dâle" à comprendre au sens suivant "le soleil cogne dur" décaniller mourir dépenailler déchirer
drille diarrhée ébouellé éventré, avachi écrapoire rateau
emmanche problème, complication figot feu gassouiller barboter
gibalbouser mettre le désordre gibalbouser (être) barbouillé (ex: al a trop bu, al est tout gibalbousé) gouiller marcher dans un trou d'eau
gounelles jupons gourgandine fille facile grenouillat petite mare (dire guernouillat)
jau coq maraud chat de gouttière mazibler abîmer
mouret abîmer ouaille brebis oyas pie
pluire pleuvoir potin bruit, tintamarre pochon sac en plastique
pontère fille de mauvaise vie rassouiller tremper ravauder bricoler
taillon quartier de fruit trace haie tuniaud idiot, incapable
verpi vipère zieu œil

Expressions apparues en français commun[modifier | modifier le code]

  • Aga don (v.): Regarde (diminutif de regarde donc)
  • Arpion (n.m.): Orteil
  • Beugner (v.): Cogner. Une beugne est un coup, une bosse.
  • Boucan (n.m.): Du bruit.
  • Bouchure (n.f.): Une trace (!), une haie si possible avec des ronces pour se piquer.
  • Bousiller (v.): Abîmer.
  • Chabrot (n.m.): Mettre du vin dans sa soupe (faire chabrot).
  • Ch'ti, ch'tite (n.m. ou f.): Petit, petite.
  • Crognon (n.m.): Extrémité du pain (le crognon ou le quignon de pain).
  • Dépenaillé (n.m.): Avoir les vêtements en désordre.
  • Jargeot (n.m.): Quelqu'un qui parle souvent et est un peu simple d'esprit.
  • Soulot (n.m.): Ivrogne. (préference de certains, mot rentré dans les mœurs)
  • Taloche (n.f.): Gifle.

Ces mots à consonances familières sont originaires du langage bourbonnais mais également utilisées (altérés ou non) dans le patois saintongeais (en de nombreux points similaire) ou dans le parlé chtimi. Les informations de cet article sont largement controuvées d'un point de vue linguistique; il suffit à cet égard de se reporter à un dictionnaire étymologique sérieux (articles étymologiques du TLF, en ligne, par exemple).

Le bourbonnais - Langue d'oc (zone du croissant)[modifier | modifier le code]

Dans cette partie, on se consacre à l'étude de la variante en langue d’oc du Bourbonnais.(dite « arverno-bourbonnais ») observée dans la commune de Busset, canton de Cusset.

Petit lexique[modifier | modifier le code]

Quelques mots de vocabulaire[modifier | modifier le code]

Mot arverno-bourbonnais Équivalent français Mot arverno-bourbonnais Équivalent français Mot arverno-bourbonnais Équivalent français
abonde grande quantité abrasâ détruire, casser, démolir aigue eau
arcandji (arcandier) vaurien, filou, sans parole (un) aria objet sans valeur (i) arpions les orteils
bacha auge (prendre) baraille se disputer baïr, beïre boire
barji, barjire berger, bergère bauge grand sac belou mouton
bisbille dispute biziô petite bize brayes pantalon
buille bouillie brelot simple d'esprit bregira bruyère
cacouelle récipient (marmite, casserole) chaozir choisir chantcho morceau de pain
ch’mina cheminée couanâ crier comme un canard craïre croire
cuzina cuisine craô trou, creux daïir vite
degobillâ vomir deï doigt déjalâ / déjautâ dégeler
doussamin doucement ébouéler, égoueré écraser (mal) encarà mal lavé, mal luné
endreï endroit (feu) figo feu de branche, feu de joie Fiola Ivre
Froumaje fromage gadouille boue ginti, gintà beau, belle
gouère tarte gouillâ faire entrer de l'eau dans ses chaussures gouyarde serpe
goutte eau de vie houre heure coq
Journà journée laï les (féminin) lou (si le mot suivant commence par une consonne-ex: lou figo ; sinon:"i", que le mot soit masculin ou féminin-ex: i arpions, i auilles) les (masculin)
maïde midi mazibler cribler meïou meilleur
moumin moment noviaeu, novia jeune marié, jeune mariée ouaille brebis
ozio oiseau pleuille pluie pouéla poêle
quoque nun, quoque nune quelques-uns, quelques-unes ravaudâ faire du bruit, remuer des choses savaïr do bon soulager, améliorer
sinyâ sanglier sortchà sortie tabazer frapper, battre
treuilla truie vouïaje voyage voulant faucille
v’rpi vipère

Textes[modifier | modifier le code]

L'Oïasse de Gayette

Vé le bourg de Montoudre, su un teurau qu'y a des boés d'un coûta et des pra de Faute, forts-tarrains et fôrt-tarrines, veïez-vous l'hôpital de Gayette ? Ou é bin-n-aisant a vère dret-là : Ion que l'é, a semble un villadze. Ou é unhne retirance pre les vieux strôpiâs. Mais faudrun pas crère qu'ai é étâ bâti à l'esqueprê pre deveni unhne boéte à varmine. San unhne oïasse, a serun pas é pouvres. Ou essô un beau tsâquiau qu'unhne dame bin ritse habitô. Dans les vaissiyés, les sarvantes pouziant tous les dzours des pitsiés, des fourtsettes et des quilles en ardzent ; la dame avô tzôzi les filles les pu hounêtes dou pays, et dzamais presoune les ère acorpées de voul. Unhne de ieux z'aute enlevô unhne oïasse qu'un cheti gâavô dégniâ dans les brantses dou tsâgne. Ion qu'où embredzô les maufesans. « Têh ! li avô dit cou gâ bin fûtâ, ou te pourterâ bounheûr. » Et le li douni. La sarvante enleva que l'oïasse ; li apprenô à causer. Le lendemain d'un apport, la dame avisa ce que l'avô d'ardzentriun ; li manquô un quille. Le tretzi la gâte qu'avô randzâ les vaissiyés : ou essô mêmement la sarvante à l'oïasse. Le la fait empougner et le la questioune : Ta beau dire qu'où é pas se, le la condanhne et l'embredze au tsâgne des maufesans. Le disi, en mourant, la paure sarvante : « Vêla ce que m'a coûta mon oïasse que devô me pourter bounheûr ! » Un an après, en réparant la couvârture dou tsâquiau, sou unhne tuile, le couvreû trouve le quille predu. A cou moument, Toïasse empourtô au même endrêt unhne pièce de mounaie que le venô de prendre. Le couvreû y dit à la dame qui agour se tsagrine : « Paure sarvante qu'i ai fait meuri ! », que le disi. Deux anhnées pu tard, aile douni son tsâquiau et ses appartenances é pouvres de Varennes, de Montoudre, de Boucé, de Montaigu, de Rondzères, de Landzy, de Saint-Dzerand, de Crétsy, de Sanssat et des alentours. Velà ce que me disi Dzôzé, le vieu ancien meneû de loups qu'é mort y a mais de soixante ans, et que le monde cause inquère.

L’Agrôle et le Rena

En 1850, le bétchio parlève inquère ; v’la c’quo disève :

Un jou d’hivia, quou ne fasève pas trop biau,

L’agrôle ère juchade au bout d’un baliviau

L’ère su daut moutade,

Pa fère son dinâ que l’aye prépara.

Embéi un groua fromage vainhiu de Chambéra

Le rena dépeu treis jous que n’aye pas de pain,

Aussitôt s’appeurché en fasant le câlin.

Eh, bonjou note dame, coumant vous pourtez-vous ?

Hela ! qué sé contint de vous véire chia n’zote !

Et vous trouve si gente embé quo nail mantiau !

Présoune dé le boux n’en pourte un aussi biau !

Votés souliés sont faits d’iune piau qué tant fine,

Et creyes que le ré n’en a pas de parés pindus à sa souline.

Ar sé é vous écouti dire iune chansou

Et cregus, oui ma foué, quou ére le rossignou

Si zère chabretère, par avi voté jeu

E’ doniau, é n’en jure, la méta de ma queue.

L’agrôle qu’ère enchantade de se veire vantade

Pa li douna l’aubade se meté à couana,

Son froumage dévalé dé la gueule do renâ,

Alle resté su-daut le bé bada.

Ma l’autre, li dissé, en migeant son fricot,

Ne si’a don pas si buse un autre co.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Enquête de l'IFOP pour le compte de la section auvergnate de l'Institut d'études occitanes, 2006.
  • Marcel Bonin (1984) Dictionnaire général des patois bourbonnais, Moulins, impr. Pottier. (ISBN 978-2950068712)
  • Pierre Bonnaud (1992 [date non indiquée]), Grammaire générale de l’auvergnat à l’usage des arvernisants, coll. Eubransa / Travaux, Chamalières, Cercle Terre d’Auvergne.
  • Pierre Bonnaud, Nouveau dictionnaire général français-auvergnat, Nonette, Créer,‎ juin 1999, 776 p. (ISBN 2909797325 et 978-2909797328)
  • J.L. Bourioux, Le parler de Busset, association "dà coutà d'vé Buss".
  • Jean-Pierre Chambon et Philippe Olivier (2000), « L’histoire linguistique de l’Auvergne et du Velay: notes pour une synthèse provisoire », Travaux de linguistique et de philologie 38, pp. 83-153.
  • Wolfgang Dahmen (1985), Étude de la situation dialectale dans le Centre de la France : un exposé basé sur l’Atlas linguistique et ethnographique du Centre, Paris, CNRS.
  • Simone Escoffier (1958) La rencontre de la langue d’oïl, de la langue d’oc et du franco-provençal entre Loire et Allier : limites phonétiques et morphologiques, coll. Publications de l’Institut de linguistique romane de Lyon, vol. 11, Paris, Les Belles Lettres
  • Simone Escoffier (1958) Remarques sur le lexique d’une zone marginale aux confins de la langue d’oïl, de la langue d’oc et du francoprovençal, coll. Publications de l’Institut de linguistique romane de Lyon, vol. 12, Paris, Les Belles Lettres
  • Michel Labonne, Alain Muller, Sylvie Vilatte, Mémoires du patois de Sologne bourbonnaise. Langage et société, Moulins, Société d'émulation du Bourbonnais (prix Achille-Allier, 2014).
  • Louis Péroux-Beaulaton (1940), Les parlers populaires en le Centre de la France : pays de Combrailles, voisinages du Berry, du Limousin et de l'Auvergne, sn., Montluçon [1re éd. sd., vers 1907].
  • Karl-Heinz Reichel, Grand dictionnaire général auvergnat-français, Nonette, Créer,‎ 3 décembre 2005 (ISBN 9782848190211 et 2848190213)
  • Jules Ronjat (1930-1941), Grammaire istorique [sic] des parlers provençaux modernes, 4 vol. [rééd. 1980, Marseille, Laffitte Reprints, 2 vol.]
  • Jean Roux, L'auvergnat de poche, Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne), Assimil, coll. « Assimil évasion »,‎ 2002 (ISBN 9782700503197 et 2700503198)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]