Murcien

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Langues et dialectes parlés en Espagne vers 1950

Le murcien (murciano) est un dialecte du castillan parlé dans la région de Murcie et dans les provinces limitrophes d'Albacete, d'Alicante et d'Almería, proche de l'andalou et influencé par le mozarabe (au niveau lexical), le catalan et l'aragonais.

Aujourd'hui c'est une langue en danger d'extinction, car elle est parlée essentiellement par les personnes âgées ; elle fut en effet rejetée et dénigrée pendant le XIXe siècle par la bourgeoisie murcienne.

Il est revendiqué comme une langue distincte du castillan par une association locale, L'Ajuntaera pa la Plática, l'Esturrie y l'Escarculle la Llengua Murciana.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines du murcien remontent à la Reconquista.

En 1241 et 1244, Alphonse X de Castille conquiert les principales places fortes du royaume de Murcie (Murcie et Mula, puis Carthagène et Lorca). Le monarque perd toutefois le contrôle du territoire suite à une révolte des Maures en 1261. En 1266, Jacques Ier d'Aragon s'impose définitivement face aux musulmans, et cède la zone reconquise à la couronne de Castille, non sans avoir au préalable fait un ensemble de concessions terriennes à certains colons catalans et aragonais mobilisés pour le repeuplement du royaume de Valence[1]. Plus tard, le territoire est repris par Jacques II d'Aragon et revient dans le giron de la Castillan au début du XIVe siècle. Tout au long du XVe siècle, les zones septentrionales restent rattachées au marquisat de Villena[2].

Cette configuration particulière se traduit dans une influence initiale de substrat arabe, aragonais et catalan. Par la suite, pour des raisons géographiques et politiques, le murcien a subi une profonde influence de l’andalou, et c'est ce qui le caractérise le plus nettement dans l’actualité, les traits archaïques tendant à être supplantés par d'autres plus diffusés[1].

Le panocho[modifier | modifier le code]

On nomme panocho le parler de la huerta de Murcie et la Vega Baja del Segura. Il est notamment caractérisé par une présence accrue de catalanismes[3].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Traits qui le rapprochent de l’andalou

  • Aspiration voire chute de [s] en position finale ou implosive. Autour de Carthagène, comme en andalou oriental, création d'une opposition voyelle fermée/voyelle ouverte pour retraduire le trait singulier/pluriel[4],[5],[6].
  • Assimilation du point d'articulation du [s] aspiré par la deuxième consonne (obippo, cáccara pour obispo et cáscara), voire disparition (bácula pour báscula) ; la nature fricative du [s] et son assourdissement antérieur sont des caractéristiques qui s'étendent aux consonnes sonores qui les suivent (las jallinas pour las gallinas, las fotas ou las votas pour las botas, los zeos, efaratar, ejarrar, ejraciao etc)[4].
  • Seseo autour de Carthagène, avec un [s] majoritairement coronal ou pré-dorsal, comme en andalou. Dans les régions valenciennes de parler murcien toutefois, le [s] est apical, comme en Castille[7].
  • Amuïssement de consonnes sonores intervocaliques, en particulier /d/ ([ð] en castillan standard) (comío ; pare pour padre, ou vocalisation paere), mais aussi /b/ (caeza), /g/ (juar) ou /r/[4],[5].
  • Neutralisation de /l/ et /ɾ/ en position implosive ou finale, comme en andalou (farta pour falta ou calpintero pour carpintero)[5],[4].
  • Assimilation régressive des consonnes dans des groupes intérieurs comme /ds/ (adscribir), /bs/ (substracción), /ks/ (exponente), /rs/ (intersticio), /ns/ (constar), /rn/ (carne), /rl/ (Carlos), /kt/ (contacto), /dk/ (adquirir) ou /gd/ (Magdalena), par redoublement de la deuxième consonne ([maðða'lena] pour [maɣðale'na], consonne qui finit même par chuter : [maða'lena]).

Traits d'ascendance catalano-aragonaise

  • Conservation des occlusives sourdes intervocaliques dans certains termes[8].
  • Cas de palatalisation de /l/ initial, comme en catalan[8].
  • Cas de conservation des groupes initiaux /pl/, /fl/ et /cl/, palatalisés en castillan[8].
  • Sur certains emprunts lexicaux, c'est l'affriquée [tʃ] et non la vélaire [x] qui est utilisée comme équivalent des palatales valenciennes : menchar (menjar en catalan, en castillan comer) etc.[8].
  • Diminutif en -ico (-iquio en panocho et -icho autour d'Albacete)[9]

Autres traits

Exemple de texte en murcien, castillan et français[modifier | modifier le code]

  • Murcien :
    • Páere noestro, qu'estás en er cielo, santificao sá tu mote, allegue a nusotros tu raino, hágase tu voluntá asina en la tierra como n'er cielo. Er pan e ca dia dánuslo hogaño y discurpa noestras ofensiones e la mesma moa que nusotros perdonamos a los qui nus ofenden. Non nos ejes cayer en la tentación y llíbranos der mal. Amén.[réf. nécessaire]
  • Castillan standard :
    • Padre nuestro que estás en el cielo santificado sea tu nombre, venga a nosotros tu reino, hágase tu voluntad así en la tierra como en el cielo. El pan de cada día dánoslo hoy y perdona nuestras ofensas como nosotros perdonamos a los que nos ofenden. No nos dejes caer en la tentación y líbranos del mal. Amén.
  • Français :
    • Notre Père qui êtes aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. Ainsi soit-il

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alvar 1977, chap. 18 (« Murciano »), p. 1
  2. Zamora Vicente 1967, p. 339
  3. (ca) Entrée panotxo, Gran Enciclopèdia Catalana.
  4. a, b, c et d Alvar 1977, chap. 18 (« Murciano »), p. 3
  5. a, b et c Zamora Vicente 1967, p. 341
  6. Ginés García Martínez, El habla de Cartagena, 1946, p. 54
  7. a et b Zamora Vicente 1967, p. 342
  8. a, b, c, d et e Zamora Vicente 1967, p. 340
  9. Zamora Vicente 1967, p. 343

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]