Piémontais

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piémontais
piemontèis, piemontese
Pays Italie
Région Piémont
Nombre de locuteurs environ 2 000 000
Typologie SVO syllabique
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 roa[1]
ISO 639-3 pms
IETF pms

Le piémontais (piemontèis en piémontais, piemontese en italien) est une langue parlée par plus de 2 millions de locuteurs dans le Piémont, une région du nord-ouest de l'Italie. Le piémontais fait partie de l'ensemble linguistique italien septentrional (avec le lombard, l'émilien-romagnol, le ligure, le vénitien et l'istriote) et se rattache au groupe occidental des langues romanes, comme le français, l'occitan, le francoprovençal et le catalan.Le piémontais est considéré comme une langue minoritaire distincte de l'italien par le Livre rouge de l'UNESCO[2].

Le piémontais était la langue maternelle des émigrés qui ont quitté le Piémont, au cours de la période 1850-1950, pour s'établir en France, en Argentine et en Uruguay.

Origines[modifier | modifier le code]

Les premiers documents en langue piémontaise, les sermones subalpini, datent du XIIe siècle, alors que la langue était encore très proche de l'occitan. Le piémontais littéraire s'est développé aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le piémontais n'a pas eu le succès littéraire du français ou de l'italien, autres langues utilisées au Piémont. Cependant, la littérature en piémontais n'a jamais connu d'interruption: elle comprend plusieurs genres: poésie, théâtre, roman et œuvres scientifiques.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Parmi les caractéristiques les plus remarquables de la langue piémontaise, l'on citera notamment:

  1. La présence de pronoms verbaux, qui donnent à la phrase piémontaise la forme suivante: (sujet) + pronom verbal + verbe, comme en mi i von [moi, je vais]. Les pronoms verbaux sont absents uniquement à l'impératif et dans la "forme interrogative piémontaise".
  2. La forme agglutinante des pronoms verbaux, qui peuvent se lier aux particules datives et locatives (a-i é [il y a], i-j diso [je lui dis])
  3. La forme interrogative, qui ajoute une particule enclitique interrogative à la fin de la forme verbale (Veus-to? [Veux-tu?…])
  4. L' absence de nombres ordinaux, à partir du chiffre sept (pour "septième" on dit Col che a fà set [Celui qui fait sept])
  5. La présence simultanée de trois interjections affirmatives (c'est-à-dire de trois façons pour dire "oui"): Si, sè (de la forme latine sic est, comme en italien); É (de la forme latine est, comme en portugais; Òj (de la forme latine hoc est, comme en occitan, ou peut-être illud est, comme en francoprovençal et en français)
  6. L' absence du son "ch" (comme dans "champ" en français, ou comme "sh" en anglais), généralement remplacé par S (comme dans "soleil")
  7. La présence de la combinaison graphique S-C (prononcée comme dans presse tchèque)
  8. La présence du son N- (prononcé comme dans la terminaison du gérondif anglais "going"), qui précède généralement une voyelle, comme dans lun-a [lune]
  9. La présence de la sixième voyelle piémontaise Ë, laquelle correspond à "e" en français
  10. L' absence de l'alternance phonologique qui existe en italien entre consonnes courtes (simples) et consonnes longues (doubles), par exemple, it. fata [fée] et fatta [faite].
  11. La présence du son Ë prosthétique, qui est intercalé quand deux consonnes se rencontrent, ce qui donne lieu à une combinaison difficile à prononcer. Donc, stèila [étoile] devient set ēstèile [sept étoiles].

Le piémontais possède divers dialectes, lesquels peuvent différer assez fortement de la "koiné" régionale. Ces variations concernent non seulement la grammaire, mais se traduisent aussi par une grande variété lexicale, certaines régions ayant conservé des mots d'origine germanique hérités des langues parlées par les Francs et les Lombards. L'on trouve aussi des apports lexicaux de plusieurs autres langues, y compris des langues maghrébines, mais la plupart des emprunts les plus récents proviennent de France.

Comparaison[modifier | modifier le code]

Piémontais Italien Français Catalan
cadrega sedia chaise cadira
pijé prendere prendre prendre
surtì uscire sortir sortir
travajé lavorare travailler treballar
droché/casché/tombé cadere tomber caure
ratavolòira pipistrello chauve-souris ratapenyada
ca/mison casa maison casa
brass braccio bras braç
nùmer numero nombre nombre
pom mela pomme poma
scòla scuola école escola
bòsch legno bois llenya
monsù signore monsieur senyor
madama signora madame senyora
istà estate été estiu (istiu dans certaines régions)
ancheuj oggi aujourd'hui avui
dman domani demain demà
jer ieri hier ahir
lùnes lunedì lundi dilluns
màrtes martedì mardi dimarts
mèrcol/merco mercoledì mercredi dimecres
giòbia giovedì jeudi dijous
vënner venerdì vendredi divendres
saba sabato samedi dissabte
dumìnica domenica dimanche diumenge

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Carte linguistique du piémontais

Comme ailleurs en Italie, l'italien standard, choisi comme langue officielle par les États de Savoie dès 1563, domine dans la communication quotidienne; il est parlé par la population bien plus que le piémontais. L'usage de la langue piémontaise a été découragé tout d'abord par le Royaume d'Italie et, après la Seconde Guerre mondiale, officiellement pour éviter la discrimination contre les immigrés du Sud de l'Italie, nombreux, surtout à Turin.

En 2004, le piémontais a été reconnu comme langue régionale du Piémont par le Conseil régional (assemblée législative régionale élue), mais il ne bénéficie d'aucune reconnaissance de la part du gouvernement central italien. En principe, le piémontais peut être enseigné aux enfants à l'école, mais dans la pratique cela est peu fréquent.

Au cours de la dernière décennie, l'on a publié du matériel pédagogique ainsi que des revues destinées au grand public. Des cours pour les adultes déjà sortis du système scolaire ont été organisés pour rattraper le temps perdu. Malgré ces progrès, la situation actuelle du piémontais reste préoccupante; selon une enquête récente[3], au cours des 150 dernières années, le pourcentage de personnes capables d'écrire en piémontais a diminué et n'est plus désormais que de 2 % de la population. En revanche, la même enquête a montré que le piémontais est toujours parlé par plus de la moitié de la population, à côté de l'italien. Ce résultat est confirmé par des sources, qui évaluent le nombre de locuteurs entre 2 (Assimil[4]) et 3 millions (Ethnologue.com[5]) sur une population totale de 4,2 millions d'habitants. Les efforts entrepris pour obtenir la reconnaissance du piémontais comme l'une des langues officielles des Jeux olympiques d'hiver 2006 de Turin ont échoué.

Références[modifier | modifier le code]

  1. code générique
  2. http://www.unesco.org/culture/languages-atlas/fr/atlasmap/language-id-399.html
  3. Connaissance et usage de la langue piémontaise dans la ville et la province de Turin: une enquête conduite par Euromarket, une société de recherches de Turin pour le parti politique Riformisti per l'Ulivo au sein du Parlement régional piémontais en 2003 (en italien).
  4. Assimil, F.RUBAT BOREL, M.TOSCO, V. BERTOLINO, Il Piemontese in Tasca, cours élémentaire et guide de conversation en langue piémontaise publié par Assimil Italia, 2006, ISBN 88-86968-54-X.[réf. à confirmer]
  5. (en) Fiche langue, dans la base de données linguistique Ethnologue[réf. à confirmer]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]