Valdôtain

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le dialecte de la Vallée d'Aoste. Pour les habitants de la Vallée d'Aoste, voir Valdôtains.

Le valdôtain est une variété de la langue francoprovençale (arpitane), l'une des trois langues traditionnelles de l'espace gallo-roman, avec la langue d'oïl au Nord et l'occitan au Sud. La Vallée d'Aoste se trouve à la limite Sud-Est du domaine francoprovençal, qui comprend toute la Suisse romande (sauf le canton du Jura), une partie du Jura français, la Bresse, le Bugey, le Dauphiné, le Lyonnais, le Forez, et la Savoie.

Les parlers valdôtains font partie du domaine linguistique francoprovençal, également appelé arpitan.

Usage[modifier | modifier le code]

Les Valdôtains appellent ce parler simplement patois, et c’est la langue de communication usuelle en Vallée d’Aoste, surtout dans des domaines d’activité caractéristiques de la réalité locale, tels que l’élevage, l’agriculture, ainsi que dans l’administration publique, où quand même le français occupe une position plus privilégiée.

La Vallée d'Aoste constitue à présent le seul îlot linguistique où la langue francoprovençale s'est conservée en tant que langue vivante.

Description[modifier | modifier le code]

Il n’existe pas un seul patois valdôtain, puisque chaque village a ses particularités, parfois même à l’intérieur d’une même commune on a du mal à trouver une variante homogène. Les patois valdôtains se divisent grosso modo en deux grands groupes, les patois de la haute vallée et ceux de la basse vallée d’Aoste, c’est-à-dire respectivement à l’ouest et à l’est du chef-lieu régional Aoste, où le patois (dénommé habituellement Patoué de la Veulla = Patois de la ville) présente des affinités avec le français standard, seule langue officielle de la région jusqu'au début du XXe siècle. Cette division, qui relève de la géographie, de la culture et de l’histoire valdôtaine, se reflète dans l’expression orale de ses habitants : la haute vallée, proche de la France, présente beaucoup d’affinités avec les patois savoyards, ainsi que le Valpelline et la Vallée du Grand-Saint-Bernard avec le Valais et la basse vallée avec le Piémont. On peut quand même affirmer que, malgré les différences parfois remarquables que l’on peut relever entre les patois valdôtains, les habitants de cette petite région–carrefour de l’Europe parviennent sans problème à se comprendre entre eux, en formant ainsi une unité d’un point de vue linguistique.

Particularités[modifier | modifier le code]

Tout au long de son histoire, le patois valdôtain a suivi un développement différent par rapport aux deux langues limitrophes, le français et l'italien, comme :

  • Pour définir les jours de la semaine, aussi bien le français que l'italien utilisent le modèle LUNÆ DIES, MARTIS DIES, etc., qui a donné Lundi, Mardi, ainsi que Lunedì, Martedì, tandis qu'en patois le modèle inverse, DIES LUNÆ, DIES MARTIS, s'est imposé : deleun, demars, demëcro, dedzou, devèndre, desandre, demèndze sont les jours de la semaine ;
  • Le mot Forié indique le printemps, du latin FORAS, c'est-à-dire dehors, ce qui indique sans doute la saison où l'on sort les vaches de l'étable ;
  • Le mot Tsalènde pour indiquer Noël, du latin KALENDÆ, qui était utilisé pour le premier jour de chaque mois, et par conséquent de l'année aussi. Au VIIIe siècle le début de l'année fut fixé à Noël, ce qui fit en sorte que le nom de ce jour commença à indiquer la fête aussi ;
  • Certains substantifs présentent un genre opposé aussi bien à l'italien qu'au français, comme pour « La sa » (Le sel) et « Lo nét » (La nuit).

L'héritage celtique[modifier | modifier le code]

Les Valdôtains se réclament également d'un héritage celtique en raison de l'origine celtique des Salasses, les anciens habitants de la Vallée ayant résisté aux Romains qui ne les ont soumis que partiellement sous Auguste (dont vient le nom d'Augusta Prætoria Salassorum, aujourd'hui Aoste). Quelques expressions indiscutablement celtiques (gauloises), telles que Blétsé (traire les vaches), Berrio (pierre), Modze (génisse), Bren (son de la farine), Verna (aulne), Breuill (plan lacustre alpin marécageux), Baou (étable)[1] ont été conservées dans le patois francoprovençal valdôtain actuel.

La « Langue d'O » et la « Langue d'A »[modifier | modifier le code]

Parmi les parlers valdôtains on rencontre une différence de base : la langue d’O et la langue d’A, comme déjà le remarquait l’abbé Jean-Baptiste Cerlogne, auteur des premières études sur le patois valdôtain, c’est-à-dire la tendance à prononcer les mots avec des 'A' ou bien avec des 'O', comme tabla ou tobla (= table).

Le « h » aspiré[modifier | modifier le code]

Dans la basse vallée on aperçoit la proximité aux patois cisalpins (italiens) avec la comparaison d’un h aspiré qui disparaît en français (où ce processus est d’habitude signalé par un accent circonflexe) et dans les patois valdôtains de la haute vallée, comme pour tsahté (= château), qui devient tsaté en patois de la haute vallée, mais castello en italien.

Pour bien comprendre, voilà un autre exemple :

Râteau (français) > Raté (patois de la haute vallée) > Rahtél (patois de la basse vallée) > Rastel (piémontais) > Rastrello (italien).

Le renard au Val d'Aoste[modifier | modifier le code]

La position géographique de la Vallée d'Aoste, au carrefour de deux cultures, se reflète dans le lexique de ses patois. Ainsi, on aperçoit une variété qui dépend de la géographie, de l'usage, des influence extérieures et des traditions.

Un exemple en ce sens nous est fourni par la traduction du mot Renard :

  • Dans la haute vallée, Lo reinard, près du français ;
  • Dans la basse vallée, Lo gorpeuill, semblable à l'ancien français Goupil ;
  • Dans les zones frontalières au Piémont, Voulp, semblable au latin et au piémontais (Volp) ou l'italien (Volpe).

Les variantes mêlangées (« Patoué mëscllia »)[modifier | modifier le code]

Les patois ayassin et gabençois se différencient des autres patois valdôtains par le fait d’avoir été exposés dans le passé aux patois alémaniques valaisans.

Le patois cognein présente des affinités avec le francoprovençal piémontais, parce que les habitants du haut val de Cogne rejoignirent cet endroit à partir des vallées arpitanes du Piémont.

Tableau de comparaison[modifier | modifier le code]

Français La Thuile La Salle Rhêmes-Saint-Georges Saint-Oyen Sarre Valsavarenche Oyace Cogne Quart Fénis Champorcher Valtournenche Ayas Émarèse Arnad Gaby
Râteau Rassi Râhé Rahi Râti Rati Rahi Râti Raté Raté Râté Rati Râté Rahtél Rahté Rahté Rahtél
Fleur Flôr Fleu Fleur Flôr Fleur Fleure Fleu Fieur Fleur Fleur Fior Flour Fiour Fiour Fiour Fiour
Renard Rèinâr Rèinâ Rèinar Rèinâ Rèinâr Rèinâr Rèinâr Rèinèar Rèinâr Rèinar Verpeuill Gorpeul Gorpéi Gorpeui Gorpeui Voulp
Oui Voué Vouè Vouè Ouè Ouè Ouè Vouè Vouài Vouè Ouè Ouèi Ò Òi Òi Òi Òi

Tableaux de comparaison[modifier | modifier le code]

Général[modifier | modifier le code]

Latin Valdôtain Français Piémontais Catalan Occitan Italien
clavis cllou clef / clé ciav clau clau chiave
cantare tsanté chanter canté cantar cantar (nord occ. chantar) cantare
capra tchiévra chèvre crava cabra cabra (nord occ. chabra, gasc. craba) capra
lingua lenva langue lenga llengua lenga lingua
nox, noctis nét nuit neuit nit nuèch (nuèit, gasc. nueit) notte
sapo, saponis savon savon savon sabó sabon (gasc. sablon) sapone
sudare sué suer sudé / strasué suar susar (suar, gasc. sudar) sudare
vitae via vie vita vida vida (gasc. vita) vita
pacare payé payer paghé pagar pagar (nord Occ. paiar) pagare
platea place place piassa plaça plaça piazza
ecclesia éllésé église gesia / cesa església glèisa chiesa
caseus (formaticus) fromadzo fromage formagg / formaj formatge formatge (gasc. hromatge) formaggio

Agnus Dei en patois[modifier | modifier le code]

Tiré de la messe en patois[2] célébrée lors de la 7ème Fête internationale des patois[3], ayant eu lieu à Aoste du 4 au 5 septembre 2010.

Latin Français Italien Valdôtain
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,

Miserere nobis.

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,

Dona nobis pacem.

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde,

Prends pitié de nous.

Agneau de Dieu, qui enlèves les péchés du monde,

Donne-nous la paix.

Agnello di Dio, che togli i peccati del mondo,

Abbi pietà di noi.

Agnello di Dio, che togli i peccati del mondo,

Dona a noi la pace.

Agnë de Dzeu, que te toute le pètsà di mondo,

Prèn pédia de no.

Agnë de Dzeu, que te toute le pètsà di mondo,

Bailla-no la péce.

Les chansonniers[modifier | modifier le code]

Un rôle de premier plan dans la défense et illustration du patois valdôtain a été joué par les recueils de chants traditionnels, parus notamment au XXe siècle.

Le premier recueil de chansons traditionnelles en patois valdôtain et en français, entitulé Chansonnier valdôtain, fut réalisé en 1912 à l'initiative de la Ligue valdôtaine pour la protection de la langue française. Il recueillit l'héritage des cahiers à chansons manuscrits et fut le modèle de toutes les publications successives. Pour cette raison, sa parution représente une étape très importante dans la tradition du chant populaire en Vallée d'Aoste.
Le Chansonnier de 1912 contient 27 chansons pour la plupart valdôtaines, mais aussi d'origine française, notamment une poésie de Chateaubriand mise en musique (Le montagnard émigré). Tous les textes sont en français, à l'exception d'une composition en patois de l'abbé Cerlogne sur l'air de la Marseillaise.

En 1932, l'abbé Trèves publia un nouveau recueil intitulé Valdôtains, chantons !, repris et complété par Aimé Berthet en 1948. Il en sortit le Nouveau chansonnier valdôtain contenant 70 mélodies en patois et en français.

Depuis lors, de nombreuses publications de même nature ont vu le jour, contenant aussi bien des chants traditionnels que des mélodies de nouvelle composition.

En 1951 naquirent des concours régionaux de chants ou Festivals de chants choral, connus aussi localement surtout sous la dénomination de Floralies vocales. Aujourd'hui encore, l'Assemblée régionale de chant choral s'organise chaque année dans le but de valoriser la tradition et le patrimoine du chant et de la culture musicale populaires.

L'argot[modifier | modifier le code]

Dans certaines communes la vitalité du patois a même créé des sous-codes linguistiques, des jargons qui avaient la fonction de ne pas se faire comprendre par les autres. Il s'agit essentiellement d'argots de métier, liés à des groupes sociaux pratiquant la migration saisonnière ou qui, comme les colporteurs, entraient fréquemment en relation avec d'autres populations.

L'argot des ramoneurs du val de Rhêmes[modifier | modifier le code]

Argot Patois rhêmein Français
Grîllio / Grîllie Pée / Mée Père / Mère
Broûdo / Broûda Frére / Séròi Frère / Sœur
Meurqué Meudjé Manger
Piotché Drumui Dormir
Côpa Mèison Maison
Nîcho Couiti Couteau
Dzou Pan Pain
Couèitse Couèitse[4] Patron
Tchââo Veuladzo Village
Roûda Traaille Travail
Gâillo Gâillo[5] Apprenti
Vouéca Vouéca[6] Cheminée

L'argot des scieurs en long et des sabotiers d'Ayas[modifier | modifier le code]

Argot Patois ayassin Français
Cherro / Cherra Pare / Mare Père / Mère
Broûédo / Broûéda Frare / Sèroù Frère / Sœur
Péhquia Tchèr Viande
Gouassa Éva Eau
Ortole / Tselle Tsôque Sabots
Chérehc / Gueutcho Beur / Bel Laid / Joli
Rôbio Foûec Feu
Messer Coutèl Couteau
Biéhc Paìs Pays
Nifie / Breuf Rèn Rien
Tchavo Mîète Maison
Grep Résse Scie

Les instituts d’étude[modifier | modifier le code]

Le principal institut d’étude du francoprovençal valdôtain est le Bureau régional pour l’ethnologie et la linguistique (abrégé en BREL), créé en 1985 à Aoste, dont le but est la sauvegarde du patois valdôtain à travers le recueil et le classement de données à partir d’enquêtes et de recherche sur le territoire. L'activité du BREL a permis la création d'une archive en collaboration avec la Médiathèque du Valais - Mediathek Wallis, d'une mise au point de la graphie à adopter pour écrire le francoprovençal valdôtain, et d'un manuel pour l'apprentissage (par les soins de Xavier Favre). Sur cette base, le BREL organise depuis une dizaine d’années des cours réguliers de patois, auxquels s’ajoutent parfois en été des séjours en montagne comme bains de langue. Les enseignants de l'École populaire de patois tiennent des cours aussi à Neuchâtel, en Suisse, qui fait également partie de l’espace francoprovençal.

Un autre institut régional est le Centre d'études francoprovençales (CEFP) de Saint-Nicolas qui travaille en prise directe avec le BREL, ainsi qu’avec d’autres instituts de recherche et d’étude linguistique de l’aire francoprovençal.

Les études menées par le BREL au cours des dernières décennies ont permis la création du « Gnalèi » (v. lien externe au fond de l'article), mot signifiant en patois « nid », mais indiquant également le pain que l'on cuisait autrefois avant la Noël pour toute l'année. Il s'agit d'un site internet entièrement trilingue (français-patois-italien), accueillant toutes les données recueillies, et présentant en particulier un glossaire trilingue avec support audio pour la prononciation.

La situation actuelle[modifier | modifier le code]

Au début du XXIe siècle le patois est une langue bien vivante seulement en Vallée d’Aoste, les politiques d’anéantissement mises sur pied par les gouvernements français et suisse ayant atteint leur but dans les autres régions d’expression francoprovençale. Toutefois, au Val d’Aoste la situation a été compromise par la pression anti-francophone mise en place par le régime fasciste et par les flux migratoires en entrée de l’Italie et en sortie du Val d’Aoste (surtout vers la France) tout au long du XXe siècle. Même si l’italien a désormais pris le dessus à Aoste dans la vie quotidienne, la connaissance du patois demeure un élément très important dans le processus d'intégration dans la société locale, et devient essentiel dans les communes valdôtaines en dehors de la capitale. Le français standard joue de nos jours quand même un rôle assez important surtout au niveau culturel et politique.

Les activités culturelles en patois sont nombreuses, et concernent surtout la poésie, avec des auteurs tels que Marco Gal, et surtout le théâtre, avec les manifestations théâtrales du Charaban et du Printemps théâtral : au premier événement, mis en scène à Aoste, participe une seule compagnie, tandis que le second est itinérant et réunit toutes les compagnies valdôtaines, composées surtout par des jeunes.

La musique[modifier | modifier le code]

La scène musicale valdôtaine est fortement caractérisée par la musique et les chants traditionnels.

Les chanteurs les plus connus sont :

  • Louis de Jyaryot, originaire d'Ayas, auteur-chanteur de chansons en francoprovençal ayassin ;
  • Maura Susanna, (née à Aoste le 24 septembre 1956 mais originaire de Saint-Vincent), est auteur et interprète de chansons en patois, français et italien. Parmi les chanteurs valdôtains contemporains, elle n'appartient pas au domaine de la musique folk traditionnelle, mais chante de la musique de variétés. Outre sa voix remarquable, le fait de chanter ce type de répertoire en patois, ce qui n'avait jamais été fait auparavant, l'a rendue célèbre.
  • La découverte des chants et des mélodies traditionnels du Val d'Aoste font l'objet depuis 25 ans environ de l'activité du groupe Trouveur valdotèn, cette formation étant la plus connue au niveau régional pour ce genre musical, à côté de groupes tels que L'Orage.
  • Magui Bétemps, originaire de Valtournenche et décédée prématurément en 2005, a été qualifiée la plus importante autrice-chansonnière valdôtaine contemporaine. Son activité continue d'être célébré par des concerts et son héritage est bien vivant.
  • Enrico Thiébat, décédée prématurément en 1992, artiste de cabaret, chanteur et sculpteur, considéré comme l'héritier de Magui Bétemps.
  • Philippe Milleret, chansonnier folk et blues en patois.

Le Concours Cerlogne[modifier | modifier le code]

C'est un concours de patois organisé chaque année par le biais de l'administration régionale en collaboration avec le BREL et le CEFP. À partir de la première édition en 1963, chaque année environ 2000 enfants d'écoles maternelles et primaires provenant de toute la Vallée d'Aoste, ainsi que de la Savoie, du Valais, des vallées francoprovençales piémontaises et des deux communes francoprovençales des Pouilles se réunissent dans une commune valdôtaine pendant trois jours vers la fin de mai pour exposer les résultats de recherches et d'apprentissage de leur patois : ils mettent en scène des pièces, ils chantent des chansons, ils récitent des poèmes. Les parents aussi prennent part à cet événement.

Auteurs principaux[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

Prose[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Chansonniers[modifier | modifier le code]

Anthologie[modifier | modifier le code]

Cllier et seren lo ten apré la piôdze / Clair et serein le temps après la pluie

Cé bé soleil que torne égueeyìno la Val / Ce beau soleil qui retrourne égayer la vallée

I sorton le feumélle ch'achèté su la lôye, / Les femmes sortent s'asseoir sous les arcardes,

In precassèn de queut tant bien que mal / en bavardant de tout le monde, tant bien que mal

[...]


Esplojon de meuseucca. / Explosion de musique.

Feusette de joèce. / Fusée de joie.

Tsarriemèn de note que chorton / Charriage de notes que sortent

Su lé, iou lé clliotse dzalaouse / La haut, où les cloches jalouses

Le vardon a catson. / Les gardent en cachette.

[...]


De nët euna leumiére / Durant la nuit une lumière

I berdzè l’at paru; / Aux bergers apparut

Un andze vin leur dëre: / Un ange vint leur dire

Lo Sauveur l’est neissu. / Le Sauveur est né.

Un pouro baou l’est son palatse, / Une pauvre étable est son palais

Et sat pei de fen in traver / Et sept brins de foin en travers

Compouson lo deur matelatse / Composent le dur matelas

De ci gran Rei de l’univer; / De ce grand Roi de l’univers

Et din la rigueur de l’iver / Et dans la rigueur de l’hiver

De dò trei lindzo l’est queuver. / De deux ou trois linges il est couvert.


  • Extrait d'un poème de Césarine Binel (Champdepraz, 1897-1956), exemple de patois de la basse vallée

Y son vignà de bon matèn / Ils sont venus de bon matin

à désèi lo for / pour allumer le four

Adeline e Dzeusepèn / Adeline et Josephin

son lé prumì dou tor / sont les premiers

Pôrton lo bôch de biôla / Ils apportent du bois de bouleau

é eun grou sac pesàn / et un gros sac lourd

lo vouidon su la tôla / le renversent sur la table

pé fare lo bon pan / pour faire du bon pain


  • Extrait d'un poème d'Anaïs Ronc-Désaymonet (Arpuilles, 1890 - Aoste, 1955), dite tanta Neïsse (= tante Anaïs)

Dz'é vu su 'na louye, quase presta à tsére ba, / Je les ai vu sur un rebord, elle était prête à tomber

Dé géragnon coleur lilà. / Des géraniums couleur lila

Dz'é vu su 'na viéille fenétra, flourì i soleil, / Je les ai vu sur une vieille fenêtre, fleurir au soleil,

Dé géragnon blan comme la nèi. / Des géraniums blancs comme la neige

Dz'é vu pendre, de la terrasse de 'na villà, / Je les ai vu pendre, de la terrasse d'une villa

Dé géragnon coleur di fouà. / Des géraniums couleur du feu

Fleur di pouro, fleur di reutso, géragnon / Fleur des pauvres, fleur des riches, géraniums

Vo-éte la garniteura de totte le meison / Vous êtes le décor de toutes les maisons

Vo no portade lo sourire di bon Djeu, / Vous nous apportez le sourire du bon Dieu

Afeun de no rendre tcheu moén malereu / Afin de nous rendre tous moins malheureux

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jules Brocherel, Le Patois et la langue française en Vallée d'Aoste éd. V. Attinger, Neuchâtel
  • (fr) Aimé Chenal, Le franco-provençal valdotain. Morphologie et Syntaxe, Aoste, Musumeci éditeur, 1986, ISBN 8870322327
  • (fr) Alexis Bétemps, La langue française en Vallée d'Aoste de 1945 à nos jours, Milan, T.D.L.,
  • (fr) Hans-Erich Keller, Études linguistiques sur les parlers valdôtains, éd. A. Francke S.A., Berne, 1958.
  • (fr) Ernest Schüle, Histoire linguistique de la Vallée d’Aoste, dans "Bulletin du Centre d’études francoprovençales" n° 22, Imprimerie Valdôtaine, Aoste, 1990.
  • (fr) Xavier Favre, Histoire linguistique de la Vallée d’Aoste, dans "Espace, temps et culture en Vallée d’Aoste", Imprimerie Valdôtaine, Aoste, 1996.
  • (fr) François-Gabriel Frutaz, Les origines de la langue française en Vallée d’Aoste, Imprimerie Marguerettaz, Aoste, 1913.
  • (fr) Édouard Bérard, La langue française dans la Vallée d’Aoste, Aoste, 1861.
  • (fr) Alexis Bétemps, Les Valdôtains et leur langue, préface de Henri Armand, Imprimerie Duc, Aoste, 1979.
  • (fr) Alexis Bétemps, Le bilinguisme en Vallée d’Aoste : problèmes et perspectives, dans "Les minorités ethniques en Europe", par les soins de A.-L. Sanguin, l’Harmattan, Paris, 1993, pages 131-135.
  • (fr) Bétemps, Alexis, Le francoprovençal en Vallée d’Aoste. Problèmes et prospectives, dans Lingua e comunicazione simbolica nella cultura walser, VI. Walsertreffen (6ème rencontre des Walsers), Fondazione Monti, Ausola d’Assola, 1989, p. 355-372

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les parlers valdôtains.
  2. La messe en francoprovençal.
  3. Voir la page concernée sur le site officiel du patois valdôtain
  4. Ce mot est entré dans le langage courant.
  5. Ce mot est entré dans le langage courant.
  6. Ce mot est entré dans le langage courant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]