Mégléno-roumain

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Mégléno-roumain
Limba vlășească
Parlée en (Balkans) Grèce, République de Macédoine, Roumanie
Nombre de locuteurs 5 000
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 roa[1]
ISO 639-3 ruq
IETF ruq

Le mégléno-roumain, dit aussi méglénite (μογλενίτικη γλώσσα en Grèce, мъгленитски en Rép. de Macédoine) d'après le massif du Meglen ou Moglen où cette langue était parlée, est considéré par certains linguistes comme une langue à part, faisant partie de la branche orientale des langues romanes, avec le roumain, l’aroumain et l’istro-roumain. Pour d’autres linguistes, c’est un dialecte du roumain, à côté de trois autres dialectes, le daco-roumain, l’aroumain et l’istro-roumain. Le mégléno-roumain n’est plus parlé que par une population estimée à 5 000 locuteurs[2] qui se donnent le nom de « Vlași »[3] (prononcé « Vlach »), et appellent leur langue « vlășească ». Elle était parlée dans quelques villages en Macédoine de Grèce, en République de Macédoine et (par émigration) en Roumanie. La plupart des quelque 50 000 Mégléno-Roumains (Méglénites) attestés au début du XXe siècle s’étaient convertis à l’islam dans les deux siècles précédents et, considérés comme Turcs par les autorités grecques, ils furent échangés en 1923 conformément au Traité de Lausanne, contre des Grecs Pontiques ou d’Asie Mineure. Une fois en Turquie, la plupart des Méglénites adoptèrent la langue turque.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le mégléno-roumain est la langue romane orientale dont l’histoire est la moins connue, puisqu’elle n’a pas d’attestations anciennes. Alors que l’aroumain se sépara des autres langues romanes orientales dès le IXe siècle, on suppose que le mégléno-roumain ne rompit son union avec l’aroumain qu’à une époque plus récente. L’une des hypothèses est que cela se produisit aux XIe ‑ XIIe siècles. Une autre théorie affirme que les Mégléno-roumains[4] ne furent accueillis dans la région où ils vivent actuellement qu’au XIVe siècle, par les Byzantins, venant des massifs du Durmitor, de Romanja Planina et de Stari Vlah (actuellement en Bosnie orientale/Serbie occidentale)[5].

Le mégléno-roumain n’est guère une langue écrite. Les premiers textes dans cette langue furent notés par des linguistes[6]. Il y a aussi quelques recueils de littérature folklorique[7] parus entre 1900 et 1930 et un seul ouvrage non folklorique, une brochure de vulgarisation sur la sériciculture[8], avec la graphie du roumain et des termes empruntés à cette langue.

Entre 1862 et 1912 il y eut quelques tentatives d’enseignement en roumain standard et d’introduction de celui-ci dans la liturgie orthodoxe destinée aux Mégléno-roumains.

Distribution géographique[modifier | modifier le code]

Le mégléno-roumain était parlé autour d’un massif frontalier entre la Grèce et la République de Macédoine : le Méglen (ou Moglen). On le rencontrait surtout en Macédoine de Grèce (préfectures de Kilkis et de Serrès), et dans plusieurs villages de la République de Macédoine. Après la Première Guerre mondiale, la majeure partie des quelque 50 000 Méglénites, qui s’étaient convertie à l’islam dans les deux siècles précédents, fut considérée comme "turque" par les autorités grecques, et conformément au Traité de Lausanne, fut échangée en 1923 contre des Grecs Pontiques ou d’Asie Mineure. Seuls restèrent les Méglénites chrétiens orthodoxes. Dans les années 1930, la plupart de ceux-ci émigrèrent en Roumanie, dans le village Cerna du département de Tulcea. En 1940, 30 familles environ s’établirent dans la région roumaine de Banat, dans les villages Variaș et Biled. Dans un seul village du Méglen macédonien, Houma, le mégléno-roumain était encore parlé par quelques habitants, âgés.

Quelques particularités par rapport au roumain[modifier | modifier le code]

Le mégléno-roumain est plus proche du roumain que l’aroumain, ce qui est interprété comme une séparation plus tardive du premier. Certains linguistes le considèrent comme une langue de transition entre les deux langues.

Phonétiques[modifier | modifier le code]

Phonèmes spécifiques (avec la notation de Theodor Capidan)
Phonème Description Exemple
entre [a] et [ə], plus près de [a] – seulement atone, initial de mot mpirat ’empereur’
i [i] un peu plus « aigu » (terme de Capidan) qu’en roumain izvor ’source’
ǫ [ɔ] – entre [o] et [a], plus près de [a] cǫnt ’je chante’
dz [d͡z] dzăc ’je dis’
l’ [ʎ] il’ă ’fille’
ł « l guttural » (terme de Capidan) – surtout en fin de mot cał ’cheval’
ń [ɲ] ńel ’agneau’
Phonèmes existant en roumain aussi, avec la notation de Capidan
Graphème Prononciation Lettre correspondante en roumain Exemple
[j] i undi ’où’
[w] u ou o ală ’pot’
[d͡ʒ] g (devant e et i) am ’vitre’
ts ou ț [t͡s] ț tser ou țer ’ciel’
[t͡ʃ] c (devant e et i) ărapă ’bas’ (vêtement)

Les lettres a, ă, b, c, d, e, f, g, h, j, l, m, n, o, p, r, s, ș, t, v, z, ainsi que les digraphes ch et gh rendent les mêmes phonèmes qu’en roumain, à moins qu’ils ne fassent partie de graphèmes notant des phonèmes du tableau ci-dessus.

Évolutions spécifiques de certains phonèmes
Roumain Mégléno-roumain Traduction
voyelles toniques de durée moyenne voyelles toniques longues : [aː], [eː], [iː], [oː], [uː]
[a] initial atone : afară absence de [a] initial atone : fară ’dehors’
[ə] : rău [ɔ] : rǫ ’méchant’
[ɨ] : cânt [ɔ] : cǫnt ’je chante’
[e] atone : capete [i] : capiti ’têtes’
[o] atone : dormim [u] : durmim ’nous dormons’
[f] initial devant [i] et [j] : fier absence de [f] initial : er ’fer’
[t͡ʃ] : ceva [t͡s] : tsiva ’quelque chose’
[d͡ʒ] : ginere [z] ou [d͡z] : ziniri ’gendre’
[h] initial ou final de mot : hrănesc absence de [h] : rănes ’je nourris’
[vi] : viu [gi] : ghi ’vivant’

Morphologiques[modifier | modifier le code]

Roumain Mégléno-roumain Traduction
masculin pluriel en -i semi-vocalique : lupi indistinct du singulier : lup ’loups’
génitif (al) unui împărat lu un ạmpirat ’d’un empereur’
datif unui împărat la un ạmpirat ’à un empereur’
indicatif présent, 2e personne, singulier, IVe conjugaison dite « à suffixe » servești sans -ti : sirbeș ’tu sers’
infinitif infinitif court à valeur verbale : putem face ceva infinitif long à valeur verbale : putem fatsiri tsiva ’nous pouvons faire quelque chose’
gérondif plângând la terminaison -ăra ajoutée au gérondif proprement-dit : plăngǫndăra ’en pleurant’
la catégorie d’aspect verbal inconnue en roumain : încep să învârt nvărtes (aspect inchoatif) ’je commence à tourner’

Dans l’ordre des mots[modifier | modifier le code]

Il est à noter la préférence du mégléno-roumain à placer les adjectifs démonstratifs et possessifs, ainsi que l’épithète et aussi le complément du nom au génitif devant le nom déterminé.

Roumain Mégléno-roumain Traduction
dracul acesta ou acest drac tsista drac(u) ’ce diable’
stăpânul meu meu stăpǫn ’mon maître’
fata împăratului lu ạmpiratu il’ă ’la fille de l’empereur’

Lexicales[modifier | modifier le code]

À côté des vocables d’origine latine, le lexique mégléno-roumain contient beaucoup d’emprunts aux langues environnantes : la plupart au macédonien, mais aussi au grec et au turc. Les emprunts à ce dernier sont plus nombreux que dans les autres langues romanes orientales.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. code générique
  2. (en) Fiche langue, dans la base de données linguistique Ethnologue
  3. Appellation qui peut prêter à confusion, puisqu’elle est utilisée également pour désigner les Aroumains.
  4. Appellation qui n'est pas utilisée par la population en cause, mais par les linguistes.
  5. La première attestation des Valaques dans le Méglen se trouve dans un document de la bibliothèque de la Megali Lavra (’Grande Laure’, un monastère du Mont Athos), de 1094: c'est une réponse du Basileus Alexis Comnène aux plaintes des moines contre les bergers valaques du Méglen, qui ne payaient pas toute la dîme. Par la suite, les études de Ioan Nenițescu (1895), George Murnu (1913), Theodor Capidan, Ovid Densușianu et Tache Papahagi (XXe siècle) ont identifié ces Valaques comme une population intermédiaire entre les Roumains nord-danubiens et les Aroumains sud-danubiens : voir l'article Origine des roumanophones
  6. Le premier: WEIGAND, Gustav, Vlacho-Meglen, eine ethnographisch-philologische Untersuchung, Leipzig, 1892.
  7. CANDREA, I.-Aurel, Texte meglenite. Grai și suflet (Textes mégléno-roumains. Parole et âme), 2 fascicules, 1923, 1924 ; PAPAHAGI, Pericle, Românii din Meglenia. Texte și glosar (Les Roumains de Mogléna. Textes et glossaire), Bucarest, 1900 ; PAPAHAGI, Pericle, Meglenoromânii. Studiu etnografico-filologic (Les Mégléno-roumains. Étude ethno-philologique), 2 vol., Bucarest, 1902.
  8. Cum si cată bubili (Comment élever les vers à soie), Thessalonique, 1907.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Atanasov, Petar, « Le mégléno-roumain de nos jours. Une approche linguistique », 1990, dans Balkan-Archiv, nouvelle série, supplément, tome 7, Hambourg, 1990
  • (ro) Capidan, Theodor, Meglenoromânii (Les Mégléno-roumains), tome 1, Istoria și graiul lor (Leur histoire et leur dialecte), Cultura Națională, Bucarest, 1925
  • (ro) Sala, Marius et al., Enciclopedia limbilor romanice (Encyclopédie des langues romanes), Editura Științifică și Enciclopedică, Bucarest, 1989, (ISBN 973-29-0043-1)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (de) Atanasov, Petar, Meglenorumänisch (Le mégléno-roumain)
  • (ro) Capidan, Theodor, Meglenoromânii (Les Mégléno-roumains), tome 2, Literatura populară la meglenoromâni (La littérature folklorique chez les Mégléno-roumains), Cultura Națională, Bucarest, 1928
  • (ro) Capidan, Theodor, Meglenoromânii, tome 3, Dicționar meglenoromân (Dictionnaire mégléno-roumain). Monitorul Oficial și Imprimeriile Statului, Imprimeria Națională, Depozitul General Cartea Românească, Bucarest
  • (en) Koukoudis, Asterios, Studies on the Vlachs (Études sur les Valaques)
  • (en) « Report – The Vlachs » (Rapport – Les Valaques), dans Greek Monitor of Human & Minority Rights, tome 1., no 3, 1995, décembre