Parlers gallo-italiques

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Les parlers gallo-italiques[1] (parfois dénommés gallo-italiens) sont des langues romanes parlées en Italie[2],[3]. Ils sont, au sein de la famille des langues indo-européennes, intermédiaires entre les groupes gallo-roman et italo-roman des langues romanes.

Représentation des langues et dialectes italiens, où les parlers gallo-italiques sont en vert dans le nord de la péninsule

Parmi les caractéristiques typiques des langues gallo-romanes, on remarquera l'affaiblissement des syllabes atones (surtout en émilien et en romagnol), la nasalisation de certaines voyelles, la sonorisation des consonnes occlusives intervocaliques et la réduction des géminées dans la même position (lénition), la chute dans de nombreux cas des consonnes finales et le manque d'épithèse ainsi que la présence, dans de nombreuses variantes de phonèmes vocaliques antérieurs arrondis (/y, ø/, appelées dans le passé des « voyelles troublées »). D'autres caractéristiques sont la résolution palatale autonome du groupe cl-, gl-, la palatisation de ca- et de ga- et le maintien jusqu'à un passé récent de -s[4],[5].

En font partie :

Ni le vénitien ni l'istriote ne font partie du gallo-italique. Cependant, ils constituent pour certains linguistes avec ces parlers un ensemble, non génétique, plus large, qualifié parfois d'italien septentrional.

Controverse sur le groupe italien septentrional[modifier | modifier le code]

Frontières linguistiques selon Def. 1
Frontière linguistique selon Def. 2, Ligne Massa-Senigallia
Frontières linguistiques selon Def. 3
Le superstrat, le royaume lombard sous Rothari (636-652)

L’italien septentrional serait l'ensemble des parlers gallo-italiques, des langues régionales (dialectes) qui appartiennent à la famille des langues romanes — dont est généralement exclu le vénitien considéré à part. Ces dialectes sont parlés dans tout le nord de l'Italie — au nord de la ligne Massa-Senigallia, et dans certaines régions voisines de l'Italie comme le (Tessin et Grisons en Suisse, l'Istrie en Croatie et la Slovénie, ainsi qu'à Monaco et Saint-Marin).

Les définitions données à cet « italien septentrional » sont contradictoires :

  • Déf. 1 : C’est un groupe de dialectes de la langue italienne, selon la linguistique romane traditionnelle (par ex. Gian Battista Pellegrini[6], Jacques Allières[7]. Cependant, pour que cette définition soit valable il faut entendre par langue italienne, comme dans les œuvres du linguiste allemand Gerhard Rohlfs[8], l'ensemble des dialectes romans d'Italie (et même le corse), parmi lesquels se dégage l'italien littéraire, dérivé du dialecte florentin de Dante, Boccace et Pétrarque, et langue officielle en Italie, au Tessin (et dans quatre vallées des Grisons) au sud des Alpes, ainsi qu'en Corse, jusqu'en 1853.
  • Déf. 3 : Certains considèrent chaque dialecte de l'italien septentrional comme une langue indépendante. C'est le cas du Summer Institute of Linguistics et de son site Ethnologue.com, ainsi que de la norme ISO 639-3 qui en découle[13],[14]. Cette opinion est rejetée par la majorité des linguistes traditionnels, sauf pour le piémontais, grâce au dynamisme particulier dont il fait preuve[réf. souhaitée]. En ce qui concerne l'usage dans la vie quotidienne, les dialectes de Vénétie qui sont classés à part de cet italien septentrional sont parmi ceux qui ont le mieux survécu à la diffusion de l'italien standard[réf. nécessaire].

Régions intéressées[modifier | modifier le code]

La coupure marquée par la ligne Massa-Senigallia (appelée de manière moins exacte ligne La Spezia-Rimini), divise les langues romanes en deux grands groupes : la Romania occidentale (incluant l'italien septentrional) et la Romania orientale (incluant l'italien central et méridional). Le groupe gallo-italique est à la fois séparé des autres groupes du nord-est (Vénétie, Trentin, Frioul, Tyrol du Sud) par une ligne qui passe à l'est de Bolzano et par la côte orientale du lac de Garde, au nord de Mantoue et du .

La limite septentrionale entre l’italien septentrional (y inclus le rhéto-roman) et les autres langues (romanes, germaniques ou slaves) correspond en gros aux frontières politiques entre les divers peuples germaniques dominants après les Invasions barbares, c'est-à-dire entre Lombards, Burgondes, Wisigoths et Bavarois, frontières qui se reflètent dans le superstrat linguistique des langues romanes actuelles :

Vers le nord, l'italien du Nord (et le rhéto-roman) font frontière avec le haut-allemand suisse, dérivé de la langue des Alamans et le haut-allemand bavarois, dérivé de la langue des Bavarois (parlé actuellement en Autriche et au Tyrol du Sud). Cette zone, la Romania submersa, a connu un processus de substitution linguistique du rhéto-roman. À l'est, l' italien du Nord (et le frioulan rhéto-roman) sont actuellement limitrophes de deux langues slaves: le slovène et le croate.

Classification et tableau comparatif[modifier | modifier le code]

L'on trouvera ci-dessous un essai de classification de ces langues régionales (ou dialectes, selon le point de vue). Une erreur fréquente consiste à confondre le gallo-italique - avec substrat celtique - avec tout le nord-italien, alors qu'il n'en est qu'une partie, les dialectes de Vénétie en effet n'ont pas de substrat celtique :

Classification Superstrat Substrat Phrase Territoire
Latin (Illa) Claudit semper fenestram antequam cenet.
florentin italien (florentin moderne) lombard étrusque (Ella) chiude sempre la finestra prima di cenare.
Toscan (florentin classique) Lei la 'hiude sempre la finestra pria di'ccenà.
Gallo-italique ou gallo-italien Piémontais celte, ligure ancien Chila a sara sempe la fnestra dnans ëd fé sin-a Piémont : Provinces de Turin, Coni (it. Cuneo), Asti, Verceil (it. Vercelli), Biella, Alexandrie (it. Alessandria) (partiellement)
Ligure Ligure ou ligurien ou génois (y compris le monégasque e l'intémélien) Lê a særa sénpre o barcón primma de çenâ. Ligurie : de Vintimille à La Spezia; enclaves: Monaco, Bonifacio en Corse, îlots de San Pietro et Sant'Antioco en Sardaigne); royasque (brigasque inclus), parler de de la haute Roya, de transition vers l'occitan
Ligure tabarquin Lé a sère fissu u barcun primma de çenò.
lombard lombard occidental (en) celte (Lee) la sara semper su la fenèstra primma de sena. Lombardie : Milan, Lodi, région du lac Majeur, provinces piémontaises de Novare et Verbania; sud de la Suisse, Tessin; Pavie (avec des traits émiliens); Crémone(avec des traits orientaux).
lombard oriental (en) (Lé) la sèra sèmper sö la finèstra prima de senà. Bergame, Brescia et Crema (ex République de Venise); Mantoue (avec des traits mixtes)
émilien-romagnol émilien, bolonais (Lî) la sèra sänper la fnèstra prémma ed dsnèr. Émilie-Romagne : Émilie: Plaisance, Parme, Reggio Emilia, Modène, Bologne
Romagnol, fanois (Fano, nord des Marches) grec byzantin Lìa chìud sèmpr la fnestra prema'de cnè. Émilie-Romagne : Romagne, Saint-Marin, nord des Marches
Vénitien lombard vénète Ła sàra/sèra senpre el balcón vanti senàr/dixnàr. Venise, Padoue, Vérone, Trévise, Belluno, Trente
Rhéto-roman Ladin Ladin nonois (Val di Non, Trento) Rhétique (Ela) la sera semper la fenestra inant zenar.
Romanche lombard, haut allemand Ella clauda/sèrra adina la fanestra avant ch'ella tschainia.
Frioulan lombard celte (Carnii, donc un peu différent des celtes plus occidentaux) Jê e siere simpri il barcon prin di cenâ.
Istriote celte Gila insiera senpro lo balcon preîma da senà. Côte sud de l'Istrie, istr. Rovèigno, it. Rovigno; cr. Rovinj, en Croatie.
Occitan wisigoth gaulois, ligure ancien, aquitain ancien (Ela) barra totjorn la fenèstra abans per sopar.
Francoprovençal burgonde gaulois Lè sare tozhor la fenètra devan ke sopâ.
Français franc gaulois Elle ferme toujours la fenêtre avant de dîner.

Le groupe italien septentrional est composé du sous-groupe gallo-italique et du vénitien, et parfois de l'istriote.

La classification de l'istriote est difficile et controversée. On le considère généralement soit comme un type particulier de vénitien, soit comme un dialecte distinct du vénitien, soit encore comme un idiome intermédiaire entre le vénitien et le dalmate.

D'après Pierre Bec[15], dans le passé, il a dû exister une certaine unité diachronique entre l' italien du Nord et le groupe rhéto-roman : romanche en Suisse, ladin et frioulan en Italie. Ce lien étroit et évident a été étudié plus à fond par le linguiste australien Geoffrey Hull, déjà cité (voir plus haut, définition 2).

Italien régional septentrional[modifier | modifier le code]

Si les dialectes (ou langues locales) italiens septentrionaux sont comparables au wallon ou à l'occitan, l'italien régional de Milan est comparable au français de Liège ou de Montpellier, dans lequel il est possible de distinguer des variations phonétiques et certains usages communs.

À titre d'exemple, les consonnes doubles (géminées) sont parfois réduites à des consonnes simples fatto (fr. fait), ayant plus ou moins la même valeur que fato (fr. sort) (car il y a une subtile différence de longueur de la voyelle, qui les distingue). Le s est toujours sonore (comme dans fr. « rose » entre deux voyelles (rosa, cosa, caso) et la nasalisation des voyelles suivies d'un n ou d'un m est très sensible, comme en français, à cause de l'influence du substrat celtique.

L'ordre de la phrase est plus proche du français : SVO (sujet-verbe-objet), tandis que la norme grammaticale de l'italien permet l'inversion libre, en fonction de l'intonation : « a casa, sei stato? » (« Est-ce chez toi que tu es rentré ? »). L'on souligne alors emphatiquement l'importance d'être rentré « chez soi », au lieu de « sei stato a casa? », mais cette inversion est bien plus rare au nord.

Dans tout le Nord, il est fréquent d'entendre un interlocuteur dire bon (o nasalisé) au moment de prendre congé ou de changer de sujet de conversation.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Migliorini, Storia della lingua italiana, Sansoni, Florence, 1987.
  • « Carta dei dialetti d'Italia », dans Francesco Bruni, L'italiano: Testi e documenti, UTET, Turin 1984 (reproduction autorisée de l'œuvre de M. Cortellazzo, directeur du Centro di Studio per la Dialettologia Italiana (en collaboration avec le CNR).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le terme est surtout utilisé au pluriel. Ces dialectes sont parfois qualifiés de « haut-italiens » ou de « cisalpins », selon un terme employé par Giovan Battista Pellegrini en 1973.
  2. a et b La définition précise d'un italien septentrional (même le nom est contesté et comporte de nombreuses variantes : italien du Nord, cisalpin, etc.), comme d'un ensemble de parlers apparentés, ne fait pas l'unanimité. Selon Jean-Marie Klinkenberg, spécialiste belge des langues romanes, la bonne définition et le bon titrage serait parlers gallo-italiques, alors qu'il n'existe pas un italien septentrional
  3. Jean-Marie Klinkenberg, Des Langues romanes, Louvain-la-Neuve, Duculot, 1994
  4. A. A. Sobrero, A. Maglietta, Introduzione alla Linguistica Italiana
  5. G. B. Pellegrini, "Il “Cisalpino” e l’italo-romanzo", in Archivio Glottologico Italiano, LXXVII, 1992, p. 272-296.
  6. Pellegrini, G.B. (1975) I cinque sistemi dell'italoromanzo, Saggi di linguistica italiana (Turin: Boringhieri), p. 55-87
  7. Allières, Jacques (2001), Manuel de linguistique romane, coll. Bibliothèque de grammaire et de linguistique, París: Honoré Champion
  8. Rohlfs, Gerhard, Rätoromanisch. Die Sonderstellung des Rätoromanischen zwischen Italienisch und Französisch. Eine kulturgeschichtliche und linguistische Einführung (Munich: C.H. Beek'sche, 1975), p. 1–20
  9. Schmid, Heinrich (1956) Über Randgebiete und Sprachgrenzen", Voz Romanica, XV, p. 79-80
  10. Schorta, Andrea (1959) "Il rumantsch - grischun sco favella neolatina", Annalas da la Società Retorumantscha, LXXII, p. 44-63).
  11. Hull, Geoffrey (1989) Polyglot Italy:Languages, Dialects, Peoples, CIS Educational, Melbourne
  12. Hull, Geoffrey (1982) The linguistic unity of Northern Italy and Rhaetia, thèse de doctorat, University of Western Sydney.
  13. [1]
  14. Site de l'ISO 639-3
  15. Bec, Pierre (collab. Octave NANDRIS, Žarko MULJAČIĆ) (1970-71), Manuel pratique de philologie romane, Paris: Picard, 2 vol, vol 2, p. 316