Langues germaniques occidentales

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Langues germaniques occidentales
Région à l'origine, entre le Rhin, les Alpes, l'Elbe et la Mer du Nord ; répartition mondiale aujourd'hui
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-5 gmw
IETF gmw

Les langues germaniques occidentales forment la plus grande des trois branches de la famille des langues germaniques, incluant notamment l'allemand, l'anglais et le néerlandais, mais également l’afrikaans, le frison et le yiddish.

Histoire[modifier | modifier le code]

Expansion des tribus germaniques, de 750 av. J.-C. à 1 ap. J.-C. :
  •       Installation avant 750 av. J.-C.
  •       Installation avant 500 av. J.-C.
  •       Installation avant 250 av. J.-C.
  •       Installation avant 1 ap. J.-C.

Origines et caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les langues germaniques sont traditionnellement divisées en trois groupes : les langues germaniques occidentales, orientales et septentrionales[1]. Leurs relations exactes sont difficiles à déterminer du fait des indices épars fournis par les inscriptions runiques ; de plus, demeurant mutuellement intelligibles tout au long des Grandes invasions, certaines variétés individuelles ne sont pas aisées à classer. Les dialectes dont les caractéristiques définissent la branche occidentale sont nés du proto-germanique à la fin de la culture de Jastorf (vers le Ier siècle av. J.-C.). Le groupe germanique occidental est caractérisé par plusieurs innovations phonologiques et morphologiques absentes des autres groupes, telles que[2] :

  • la perte du w après ng ;
  • la gémination des consonnes (r excepté) avant le /j/ ;
  • le remplacement de la désinence -t par -i à la seconde personne du singulier au prétérit ;
  • l’apparition des formes brèves des verbes être debout et aller (allemand stehen et gehen, néerlandais staan et gaan contre le vieux norrois standa et ganga) ;
  • le développement du gérondif.

Cependant, de nombreux linguistes doutent de l’existence d’un ancêtre commun aux langues germaniques occidentales plus récent que le proto-germanique, c’est-à-dire d'un « proto-germanique occidental »[2]. Ainsi, certains pensent qu’après la séparation du groupe oriental, les langues germaniques restantes se sont divisées en quatre dialectes principaux[3] : le germanique septentrional et trois autres groupes, appelés collectivement « germanique occidental » :

  1. le germanique de la mer du Nord, ou ingvaeonique, ancêtre de l’anglo-frison et du bas allemand ;
  2. le germanique de l’Elbe, ancêtre du haut allemand ;
  3. le germanique de la Weser et du Rhin, ancêtre du francique et du néerlandais.

Les preuves de cette théorie viennent de plusieurs innovations linguistiques que l'on retrouve à la fois dans les langues germaniques septentrionales et occidentales[2], dont :

De ce point de vue, les propriétés communes des langues germaniques occidentales ne proviennent pas d’un « proto-germanique occidental » originel, mais sont plutôt issues des contacts que les peuples germaniques ont eu entre eux en Europe centrale et desquels les peuples scandinaves ont été privés. Néanmoins, il a été argumenté que, d’après leur syntaxe quasi identique, les langues germaniques occidentales étaient, au début du moins, suffisamment proches pour être mutuellement compréhensibles[5].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Durant le Moyen Âge, les langues germaniques occidentales se retrouvèrent divisées du fait du développement insulaire du moyen anglais d’une part, et de la seconde mutation consonantique sur le continent d’autre part. La seconde mutation consonantique sépara le haut allemand des autres langues germaniques occidentales. Au début des temps modernes, une grande variété de dialectes existait entre le haut alémanique au sud (le haut-valaisan étant le dialecte germanique vivant le plus méridional) et le bas saxon septentrional au nord. Bien que ces deux extrêmes soient considérés comme des dialectes germaniques, ils ne sont pas mutuellement intelligibles. En effet, au contraire des dialectes du sud, ceux du nord n’ont pas été affectés par la seconde mutation consonantique.

Parmi les variantes de l’allemand moderne, le bas allemand est le plus proche de l’anglais moderne. Le district d’Angeln, qui a donné son nom à l’Angleterre, se situe à l’extrême nord de l’Allemagne, près de la frontière danoise et de la mer Baltique. Au sud de l’Angeln se trouve la région où les Saxons vivaient (aujourd’hui incluse dans le Schleswig-Holstein et la Basse-Saxe). Les Anglo-Saxons, deux tribus germaniques, étaient un mélange de nombreux peuples du nord de l’Allemagne et de la péninsule du Jutland.

Liste et classification[modifier | modifier le code]

Langues germaniques occidentales
  •      Néerlandais (bas francique, germanique occidental)
  •      Bas allemand (germanique occidental)
  •      Moyen allemand (haut allemand, germanique occidental)
  •      Haut allemand (haut allemand, germanique occidental)
  •      Anglais (anglo-frison, germanique occidental)
  •      Frison (anglo-frison, germanique occidental)
  • Langues germaniques septentrionales
  •      Langues scandinaves orientales
  •      Langues scandinaves occidentales
  •      Ligne de partage entre les langues germaniques occidentales et septentrionales

Les divisions entre sous familles des langues germaniques occidentales sont rarement précisément définies et forment plutôt des continua linguistiques, les dialectes adjacents étant inter-compréhensibles au contraire des dialectes plus distants.

Comparaison[modifier | modifier le code]

Le tableau suivante montre les relations qui unissent les principales langues germaniques occidentales (anglais, néerlandais et haut allemand) à l’aide des mots issus des racines proto-germaniques *se/*þe, *hwa, et *he. (Ces racines sont en réalité des simplifications de trois ensembles de racines de formes similaires, partageant la même consonne initiale ou alternant entre deux consonnes dans le cas de *se/*þe.)

Tableau comparatif de mots issus de trois racines dans des langues germaniques occidentales modernes
Description Anglais Néerlandais Allemand
De *Se/*þe De *Hwa De *He De *Se/*þe De *Hwa De *He De *Se/*þe De *Hwa De *He
Nominatif Masc. the who he de wie hij, ie der wer er
Neutre that what it dat wat het das was es
Fém. she (who) hoo[tab 1] zij, ze (wie) sie, die (wer)
Pluriel they (who) zij, ze (wie) sie, die (wer)
Démonstratif this dit, deze dies-
Adverbial/Nominal so, thus while zo, dus wijl so Weile
Relatif such which each zulk welke elk solch- welch- elch-[tab 2]
Duel whether weder
Description Anglais Néerlandais Allemand
Datif Masc./Neuter whom him hem dem wem ihm
Fém. (whom) her haar der (wem) ihr
Pluriel them (whom) 'em hen/hun den (wem) ihnen
Génitif Masc./Neut. whose his wiens des(sen) wessen
Fem./Plural their her wier haar der(en) ihr-
Locatif there where here daar waar hier da, dar- wo, war- hier
Allatif thither whither hither der her her
Ablatif thence whence hence (von) dannen
Instrumental why, how hoe wie
Temporel/ Conjonctif I then when dan wanneer dann wann
II than (when) (dan) (wanneer) denn wenn
Description De *Se/*þe De *Hwa De *He De *Se/*þe De *Hwa De *He De *Se/*þe De *Hwa De *He
Anglais Néerlandais Allemand
  1. Moyen anglais / West Midlands English
  2. Moyen haut-allemand

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John A. Hawkins et Bernard Comrie (éditeur), The World's Major Languages, Oxford University Press,‎ 1987 (ISBN 0-19-520521-9), « Germanic languages », p. 68–76
  2. a, b et c (en) Orrin W. Robinson, Old English and Its Closest Relatives, Stanford University Press,‎ 1992, poche (ISBN 978-0-8047-2221-6)
  3. (en) Hans Kuhn, « Zur Gliederung der germanischen Sprachen », Zeitschrift für deutsches Altertum und deutsche Literatur, vol. 66,‎ 1955–56, p. 1–47
  4. Mais voir aussi Fausto Cercignani, Indo-European ē in Germanic, in «Zeitschrift für vergleichende Sprachforschung», 86/1, 1972, p. 104-110.
  5. Graeme Davis (2006:154) fait remarquer : « les langues du groupe germanique durant l’ancienne période sont bien plus proches qu’on le croyait auparavant. En effet, il ne semble pas déraisonnable de la voir comme des dialectes d’une langue unique. Ils sont sans aucun doute bien plus proches entre eux que ne le sont les divers dialectes du chinois moderne, par exemple. Une analogie moderne raisonnable serait l’arabe, où une diversité dialectale considérable existe au sein du concept d’une seule langue arabe." In: (en) Graeme Davis, Comparative Syntax of Old English and Old Icelandic: Linguistic, Literary and Historical Implications, Bern, Peter Lang,‎ 2006, poche (ISBN 978-3-03910-270-9, LCCN 2006275614)

Voir aussi[modifier | modifier le code]