Affaire Grégory

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L'affaire Grégory est une affaire judiciaire française qui a pour point de départ le meurtre, le 16 octobre 1984 de Grégory Villemin, âgé de quatre ans. Les médias français et étrangers ont très largement couvert et exploité cette affaire[1].

Les faits[modifier | modifier le code]

1984 : corps de Grégory découvert dans la Vologne[modifier | modifier le code]

La Vologne, rivière où a été découvert le corps de l'enfant.

Le 16 octobre 1984, vers 17 heures, Grégory Villemin, né le 24 août 1980, disparaît alors qu'il joue sur un tas de sable dans le jardin devant la maison de ses parents Christine (ouvrière à la Manufacture de confection vosgienne) et Jean-Marie Villemin (contremaître à l'usine de pièces de voitures Autocoussin) à Lépanges-sur-Vologne (Vosges). Sa mère était alors en train de repasser et part à sa recherche, en vain. Elle signale sa disparition aux gendarmes à 17 h 50. Vers 21 h 15, le corps de l'enfant mort noyé est découvert, tout habillé, plaqué contre un barrage dans la Vologne, à Docelles, à sept kilomètres en aval de Lépanges-sur-Vologne. Son corps ne présente pas de trace de violence mais une cordelette lui lie jambes et mains croisées sur son ventre. Philippe Jéchoux et Patrick Gless, pigiste et photographe au quotidien La Liberté de l'Est, assistent au repêchage du corps de Grégory par les pompiers[2]. La photo (un pompier encordé tenant dans ses bras l'enfant vêtu d'un anorak bleu, d'un pantalon velours vert foncé et d'un bonnet de laine, rayé de bleu et blanc, rabattu sur son visage)[3] de Patrick Gless est publiée dans la presse le lendemain et va traumatiser la France entière.

Les recherches ciblées dans la Vologne s'expliquent par un mystérieux corbeau qui fait part du crime par un appel téléphonique donné à 17 h 32 à l'un des frères de Jean-Marie Villemin, Michel, précisant que l'enfant avait été jeté dans la rivière. Le lendemain, le 17 octobre, une lettre anonyme adressée à Jean-Marie Villemin revendique le crime : « J'espère que tu mourras de chagrin, le chef. Ce n'est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance, pauvre con. » La lettre a été postée à Lépanges-sur-Vologne, le jour du meurtre, avant la levée de 17 h 15 (d'après l'oblitération). Ce corbeau à la voix rauque harcelait le couple Villemin depuis environ quatre ans et la mort de Grégory est une exécution des menaces proférées au cours de ces quatre années[4].

1984 : Bernard Laroche est accusé[modifier | modifier le code]

Bernard Laroche, né le 23 mars 1955, cousin germain de Jean-Marie Villemin, est dénoncé[5] par Murielle Bolle, sa belle-sœur alors âgée de 15 ans. Ses graves déclarations devant les gendarmes sont réitérées en audition devant le juge d'instruction d'Épinal, Jean-Michel Lambert, le 5 novembre 1984, qui inculpe Bernard Laroche le jour même, les journaux faisant la une avec « l'assassin Laroche ». Le lendemain, la famille de Murielle lui demande de passer chez elle (les gendarmes considérant que la jeune fille fragile et vite dépassée par les événements a pu subir des pressions pour changer sa version des faits)[6] et la jeune fille se rétracte devant micros et caméras, clamant l'innocence de son beau-frère. Mais le juge Lambert a d'autres éléments à charge contre Bernard Laroche : la première étude graphologique, qui le désignait comme le corbeau, un foulage « L B » au bas de la lettre de revendication du meurtre par le corbeau qui correspond exactement à la signature de Bernard Laroche. Ce foulage ayant été égaré par les enquêteurs, il ne pourra pas être exploité durant plusieurs années avant qu'une copie du rapport établi, comportant des photos, soit retrouvé. De surcroît cette pièce maîtresse du dossier a été abîmée lors de la recherche d'empreintes (une poudre noire y a été déversée dans le but de rechercher des empreintes digitales, rendant impossible ultérieurement la recherche de traces ADN notamment), sans le témoignage de la jeune Murielle, le dossier reste bien maigre sur le plan judiciaire comme le pointe l'avocat de Laroche, Gérard Welzer. Même si, pour la gendarmerie, la jalousie de Bernard Laroche pour la réussite sociale et familiale de son cousin forme un mobile valable.

Le 4 février 1985, le juge, contre l'avis du ministère public, libère Bernard Laroche, qui reprend son travail[7]. Ce jour-là, devant les journalistes, Jean-Marie Villemin annonce son intention de le tuer à la sortie de son travail. Marie-Ange Laroche demande alors, pour son mari, la protection de la gendarmerie qui la lui refuse (mais la gendarmerie n'était plus chargée du dossier à ce moment-là). Le 29 mars 1985, Bernard Laroche est abattu d'un coup de fusil par Jean-Marie Villemin comme celui-ci l'avait annoncé, car il lui imputait l'assassinat de son fils. Il repose au cimetière de Jussarupt. Marie-Ange Laroche a ensuite obtenu la condamnation de l'État pour ne pas avoir empêché la mort annoncée de son mari[8].

Parallèlement, une ampoule et une seringue d'insuline sont retrouvées le 9 novembre 1984, près du local des pompiers où le corps de Grégory aurait pu être jeté dans la Vologne, ce lieu étant désigné par Muriel Bolle comme étant l’endroit ou Bernard Laroche serait descendu de voiture avec Grégory. Ces éléments matériels peuvent suggérer l'utilisation de ce produit pour provoquer sur Grégory un coma hypoglycémique avant de le jeter dans la rivière[9].

1985 : Christine Villemin est accusée[modifier | modifier le code]

La rumeur dans la région laisse entendre que le corbeau et meurtrier pourrait être la mère de Grégory, qui aurait été vue à la poste le jour du drame par les témoignages concordants de trois collègues de travail. Le 5 juillet 1985, le juge Lambert inculpe Christine Villemin d'assassinat et la place sous mandat de dépôt. Les éléments à charge sont une nouvelle étude graphologique la désignant comme le corbeau, ainsi que des cordelettes identiques à celles ayant ficelé Grégory retrouvées dans la cave du domicile familial. Onze jours plus tard, la chambre d'accusation de Nancy, sur instruction du procureur relevant l'insuffisance des motifs de mise en détention provisoire, prononce son élargissement et sa remise en liberté provisoire. Mais elle confirme dans le même temps l'ordonnance de mise en accusation, qui sera annulée ensuite par la Cour de cassation, et la place sous contrôle judiciaire. Son cas divise radicalement les acteurs de l'affaire, entre ceux qui sont persuadés de son innocence et ceux qui la considèrent coupable.

De nombreuses rumeurs infondées et relayées par des journalistes avides de sensationnel la font meurtrière de son enfant non désiré, complice de Bernard Laroche, voire même sa maîtresse, afin de lui trouver un mobile. Elle aurait découvert son enfant noyé dans sa baignoire et monté ce subterfuge invraisemblable de la noyade dans la Vologne car elle se serait trouvée en situation compromettante avec son amant. Mais de tels scénarios qualifié de « romans » par l'enquêteur Étienne Sesmat ne sont étayés par aucune preuve[10].

L'enquête fera l'objet de nombreux dérapages : violations du secret de l'instruction et de la vie privée ; parti-pris de la presse ; manque de précautions des enquêteurs dans la collecte des indices ; indécision des magistrats ; rivalité exacerbée entre la gendarmerie et le SRPJ ; inexpérience du juge d'instruction[11],[12], autopsie trop légère pour rendre le corps de l'enfant le moins abîmé possible à ses parents[13]. Denis Robert, envoyé de Libération à l'époque, considère avec le recul l'affaire comme « ce qu'il y a de pire dans tous les dysfonctionnements de l'appareil médiatico-judiciaire »[14].

1987 : le dépaysement de l'affaire et la création de la STIC[modifier | modifier le code]

En mars 1987, la Cour de cassation renvoie l'affaire devant la cour d'appel de Dijon. Celle-ci ordonne un supplément d'information, successivement mené par le président Maurice Simon jusqu'au 28 janvier 1990 (date à laquelle il tombe dans le coma victime d'un infarctus et souffre d'amnésie à son réveil), puis par son successeur le président Jean-Paul Martin jusqu'en septembre 1992, la chambre d'accusation de la cour d'appel de Dijon se réunissant les 21 et 22 septembre 1992 pour se prononcer sur la culpabilité de Christine Villemin[15].

À la suite des insuffisances de l'investigation criminelle de la gendarmerie lors de cette affaire, les pouvoirs publics décident la création de la Section technique d'investigation criminelle (STIC), futur Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale[16].

Jean-Marie Villemin est libéré le 24 décembre 1987. Placé sous contrôle judiciaire, il est assigné à résidence dans l’Essonne où le couple s'installe. Il réside toujours à Étampes avec ses trois enfants en 2014, Christine travaillant à mi-temps, Jean-Marie dans l'immobilier[2].

1993 : non-lieu pour Christine Villemin et procès de Jean-Marie Villemin[modifier | modifier le code]

Christine Villemin bénéficie finalement d'un non-lieu le 3 février 1993, non-lieu rendu pour « absence totale de charges », une première en droit pénal (il s'agissait par là de rappeler que le dossier d'instruction était vide de charges contre elle ; habituellement un non-lieu est rendu pour absence suffisante de preuves ou d'éléments de preuve, dans le cas de Christine Villemin le non-lieu rendu est une véritable réhabilitation). L'arrêt de 100 pages rendu par la cour d’appel de Dijon explique que « l'enquête a été rendue difficile par les insuffisances des investigations initiales, les erreurs de procédure, la rivalité police-gendarmerie, les querelles des spécialistes, la médiatisation extrême de ce drame mystérieux ». Le tribunal pointe « des charges sérieuses » contre Bernard Laroche pour l'enlèvement de l'enfant, mais indique qu'il « est impossible d'affirmer que Grégory a été tué par Bernard Laroche »[17].

Jean-Marie Villemin est jugé pour l'assassinat de Bernard Laroche en novembre 1993 à Dijon, où l'affaire a été dépaysée. Après six semaines d'audience, il est condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis. Sa peine étant couverte par la détention préventive, il est libéré deux semaines après l’annonce du verdict.

Lors du procès, l'instruction initiale du juge Jean-Michel Lambert est vivement critiquée par l'avocat général Jacques Kohn, qui le qualifie dans son réquisitoire de « mémorable funambule de la pensée »[18]. Pour Paul Prompt, avocat de Marie-Ange Laroche, « c'est sur le juge d'instruction seul que la colère publique s'est abattue. Celle de l'avocat général, celle du président Ruyssen, celle des journalistes, celle de l'opinion. Pour une certaine hiérarchie judiciaire, comme pour le pouvoir politique de l'époque, focaliser l'attention sur le seul juge Lambert a permis d'atténuer l'échec de l'institution judiciaire dans cette affaire. »[19]

2000 : analyse ADN[modifier | modifier le code]

À la demande des parents de l'enfant, en juin 2000, l'enquête est rouverte et l'espoir est relancé par l'analyse de l'ADN présent sur un demi-timbre qui aurait pu conserver la salive du « corbeau ». Mais les analyses ne donnent rien, les experts déclarant à l'époque l'ADN inexploitable. Le 11 avril 2001, la cour d’appel de Dijon clôt définitivement l’instruction de l’affaire Grégory, ce qui fixe la prescription au 11 avril 2011.

2002-2007 : l'État condamné[modifier | modifier le code]

En mai 2002, la cour d'appel de Versailles condamne l'État à verser 63 000 euros à Marie-Ange Laroche et Muriel Bolle en réparation d'une « inaptitude à remplir sa mission » et souligne un « manque total dans la maîtrise et dans la conduite de l'enquête et de l'instruction »[20]. Ces critiques s'étendent au supplément d'instruction mené à partir de 1987[21].

Cette condamnation fait suite à une jurisprudence de 1998 : avant cette date l'État n'était que très difficilement condamné pour ses défaillances en matière de protection préventive des personnes (protection relevant de la police administrative). Les consorts Bolle-Laroche saisissent le Tribunal des conflits qui rend un arrêt le 19 octobre 1998[22]. La veuve peut alors demander une réparation à l'État du fait de l'absence de protection de Bernard Laroche.

En février 2004, la dépouille de Grégory est exhumée du cimetière de Lépanges et incinérée à Épinal, le couple Villemin ayant conservé la moitié des cendres[23].

L'État français est à nouveau condamné le 28 juin 2004 à verser 35 000 euros d'indemnités pour « faute lourde » à chacun des époux Villemin[24].

Contre l'avis du parquet, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris rejette en 2007 la demande de réhabilitation de Jean-Marie Villemin, condamné en 1993 à cinq ans d'emprisonnement pour l'assassinat de son cousin Bernard Laroche, qu'il suspectait d'avoir tué son fils. Jean-Marie Villemin n'a jamais contesté être l'auteur du meurtre de son cousin mais la loi permet à tout condamné de déposer une requête en réhabilitation, ce qu'il avait fait en avril 2005[précision nécessaire]. Il bénéficia automatiquement de sa réhabilitation en décembre 2008[réf. nécessaire].

2008 : réouverture de l'instruction[modifier | modifier le code]

À la demande des parents de l'enfant, le 9 juillet 2008, le procureur général de la cour d'appel de Dijon a annoncé qu'il requerrait la réouverture de l'instruction judiciaire concernant l'assassinat du garçonnet pour procéder à nouveau à des tests sur l'ADN, jugé inexploitable en 2000, et qui aurait pu être laissé par le « corbeau » sur un timbre[25]. Le 3 décembre 2008, la cour d'appel de Dijon a ordonné la réouverture de l'enquête[26]. La réouverture de l'enquête prolonge automatiquement le délai de prescription de l'affaire Grégory jusqu'en 2018[27].

Le 22 octobre 2009, Le Parisien[28] annonce que l'expertise, réalisée par le laboratoire lyonnais Biomnis (ex-Mérieux), a révélé la présence de deux traces ADN, qui sont celles d'un homme et d'une femme. Ces traces ne sont pas celles des parents de Grégory. Le dossier va être rouvert, et les protagonistes de l'affaire de nouveau entendus.

Le 2 novembre 2009, invitée dans l'émission Les Grandes Gueules sur la radio RMC, Marie-Ange Laroche affirme qu'elle ne s'opposera pas à l'exhumation du corps de son mari Bernard Laroche à des fins d'analyse ADN si cela se révélait nécessaire.

2010[modifier | modifier le code]

Les analyses ADN faites sur la lettre du corbeau envoyée aux Villemin ne donnent rien. En effet, les traces identifiées ne correspondent à aucun des cent cinquante protagonistes de l'affaire.

Le laboratoire chargé de ces expertises concluait uniquement qu'aucun des profils établis dans le cadre de la présente mission ne ressortait des mélanges présents sur les cordelettes, sur les vêtements et sur les enveloppes en l'absence de corrélation évidente entre les profils de l'ensemble des personnes étudiées avec les mélanges présents sur les scellés, absence de corrélation imputée à une insuffisance de matériel biologique sur les scellés examinés, une perte de matériel biologique sur les vêtements et cordelettes ayant séjourné dans l'eau et la contamination des scellés, excessivement manipulés par des tiers. Ces scellés n'étaient donc pas exploitables.

La police scientifique décide d'analyser plus minutieusement les appels téléphoniques passés à la famille[29]. Les époux Villemin demandent cependant une nouvelle analyse ADN, demande reportée plusieurs fois par la justice[30],[31].

Le 20 octobre 2010, Jean-Marie Beney, le procureur général de la cour d'appel de Dijon, ordonne que la justice rouvre l'enquête pour « l'analyse du cheveu retrouvé sur le pantalon du petit Grégory », « l'analyse du cœur des cordelettes » ayant servi à l'attacher[32], « la comparaison des enregistrements des voix du corbeau et les voix des différents protagonistes de l'affaire », « la recherche des traces digitales sur les parties collantes des enveloppes » et « la recherche des traces de foulage sur la lettre de revendication du crime »[33]. Le 16 janvier 2012, le procureur général, Jean-Marie Beney annonce qu'« il n'a pas été possible d'extraire d'ADN du nœud des cordelettes ». Le cheveu a, quant à lui, révélé un ADN mitochondrial qui n'a pu être mis en relation avec personne[34].

2012[modifier | modifier le code]

Marie-Ange Laroche, la veuve de Bernard Laroche, un temps suspecté de l'assassinat du petit Grégory Villemin, a été condamnée à 1 000 euros d'amende avec sursis pour avoir diffamé Étienne Sesmat, premier enquêteur sur l'affaire[35].

Maître Thierry Moser, avocat des époux Villemin, déclare à la presse le 1er septembre 2012 que l'expertise de la voix du corbeau, conservée sur des cassettes audio aujourd'hui numérisées, sera désormais possible : « Les gendarmes de l'IRCGN, après consultation des techniciens, ont répondu que l'expertise peut être tentée malgré les difficultés de faisabilité »[36] La nouvelle enquête consistant à comparer la voix du corbeau avec les enregistrements réalisés par des journalistes lors de reportages[37].

2013[modifier | modifier le code]

Le Parisien révèle le 16 avril 2013 que les profils ADN de dix personnes auraient été isolés sur les cordelettes ayant servi à entraver le petit Grégory Villemin. Il resterait maintenant à identifier ces profils en les comparant aux prélèvements génétiques réalisés au cours de l’enquête ainsi qu’au fichier des empreintes génétiques. Une source judiciaire appelle cependant à la prudence : « Durant toutes ces années, ces scellés ont été souvent manipulés. Les traces ADN appartiennent peut-être à un magistrat ou à un enquêteur...».

Le 24 avril 2013, le procureur général de la cour d'appel de Dijon, Jean-Marie Beney, annonce que les nouvelles expertises ADN[38] menées sur les vêtements et les cordelettes de Grégory Villemin ne permettent d’identifier l’ADN d'aucun des protagonistes de l’affaire, de même l’analyse des enregistrements audio, si elle révèle bien les voix d’un homme et d’une femme ne permet pas non plus d’identifier une personne précise[39], le procureur ajoute qu'il y a « toujours un espoir dans la mesure où le dossier n'est pas fermé. Mais, d'un point de vue scientifique, l'espoir s'éloigne »[39].

L’innocence de Bernard Laroche sort réaffirmée de ces expertises selon l'avocat de sa famille[39]. Selon Me Thierry Moser, l'un des avocats des parents de la victime, « les chances de parvenir à la manifestation de la vérité s'éloignent. Pour autant, le combat judiciaire est loin d'être terminé » car « il reste encore des pistes à creuser et des investigations à réaliser »[39]. Selon Me Marie-Christine Chastant-Morand, également avocate de la famille Villemin, « tout espoir scientifique n'est pas perdu » et elle ajoute qu'il « n'est pas dit que, parce qu'on n'a pas pu comparer les quatre ADN trouvés sur les vêtements à ceux de toutes les personnes qui ont été prélevées, ça les innocente ou ça les disculpe totalement ». Selon elle, « Christine et Jean-Marie Villemin ont aidé Gregory à s'habiller, la nourrice l'a aussi aidé. Donc, on aurait dû retrouver leurs ADN sur les vêtements de Grégory », ce qui ne semble pas être le cas « par conséquent, si les ADN de ceux qui ont touché les vêtements n'ont pas été trouvés, l'ADN de l'assassin a pu aussi ne pas être trouvé » conclut Me Chastant-Morand[40].

Traitement de l'affaire[modifier | modifier le code]

L'affaire a été traitée par de nombreux journalistes, qui accusèrent les différents protagonistes. En 2014, près de 3 000 articles de presse, une cinquantaine de travaux universitaires, un téléfilm et une quinzaine d'ouvrages (récits, romans ou souvenirs de protagonistes) ont traité de l'affaire[41].

Marguerite Duras, dans un article publié par le quotidien Libération, intitulé « Sublime, forcément sublime Christine V. », tient Christine Villemin pour une mère infanticide tout en la défendant d’avoir pu commettre un tel geste, geste pour lequel elle a été beaucoup critiquée[42].

L'affaire a également mis en avant la guerre des polices. L'enquête est menée jusqu'en février 1985 par le capitaine Étienne Sesmat qui commande la compagnie de gendarmerie départementale d’Épinal et qui « croit en la culpabilité de Bernard Laroche ». Elle est confiée par la suite au service régional de police judiciaire de Nancy dirigée par le commissaire principal Jacques Corazzi et qui a privilégié la piste Christine Villemin[12] Lors de l’enquête policière, les accusations contre la mère sont « relayées principalement par le réseau du fait-diversier Jean-Michel Bezzina, ami du commissaire Corazzi[43] ». Les époux Villemin et la journaliste Laurence Lacour dans son livre sur l'affaire Villemin intitulé « Le Bûcher des innocents » dénoncent notamment la dérive médiatique de Jean-Michel Bezzina et son épouse Marie-France Bezzina-Lefèvre qui imposent la thèse de la mère infanticide sur RTL et dans huit autres médias nationaux comme France-Soir, Le Figaro, Le Parisien, Le Quotidien de Paris et dans lesquels ils collaborent[44]. Marie-France Bezzina-Lefèvre qui a attaqué en justice les époux Villemin pour avoir dénoncé les Bezzina comme des « journalistes ayant oublié leur mission d'information dans un but personnel et également dans un but lucratif », est déboutée de sa plainte en diffamation en 1996[45].

Le tournage en 2005 du téléfilm L'Affaire Villemin relance la polémique médiatique, mettant en scène les journalistes et enquêteurs divisés en deux « pools », l'un s'efforçant de faire porter les soupçons sur Bernard Laroche et l'autre sur Christine Villemin[46].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La fièvre journalistique, telle qu'elle s'est développée ces dernières années, pousse à entrer dans le premier registre. L'information d'abord, dans un traitement de plus en plus nerveux… [...] Il faut lire le récit minutieux de l'affaire Grégory fait par Laurence Lacour, dans Le Bûcher des innocents (éd. Plon), pour comprendre quelle spirale infernale s'est ainsi peu à peu installée » écrit Vincent Hugeux, « L'éthique des journalistes », Étvdes, 2004/2 - Tome 400, p. 223-236.
  2. a et b « Affaire du petit Grégory : 30 ans de mystère », sur La Dépêche du Midi,‎ 16 octobre 2014
  3. « Affaire Grégory : les images et les lieux d'un drame », sur L'Est républicain ,‎ 11 octobre 20013
  4. Marc Lemonier, Tour de France insolite du Crime, City Edition,‎ 2014, p. 41
  5. Dans sa déclaration initiale, la belle-sœur avait dit qu'ils étaient allés ensemble, en voiture, chercher Grégory chez lui puis, accompagnés du fils de Bernard Laroche, s'étaient rendu aux bords de la Vologne. Elle affirmait l'avoir vu partir avec Grégory puis « revenir seul » un peu plus tard
  6. Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles, Pascal Michel,‎ 2009, p. 49
  7. Pascal Michel, op. cit., p. 50
  8. TC 19 octobre 1998 Demoiselle Bolle
  9. Affaire Grégory – L’insuline, les cordelettes et les moulages
  10. Étienne Sesmat, Les Deux Affaires Grégory, Place Des Editeurs,‎ 2010, p. 157
  11. Pascal Lardellier, Violences médiatiques : contenus, dispositifs, effets, L'Harmattan, 2003, pages 176-177
  12. a et b « Affaire Grégory : la justice plaide coupable », sur La Dépêche du Midi,‎ 26 septembre 2002.
  13. Affaire Grégory – L’autopsie
  14. Denis Robert : « J'ai dérapé au moment de l'inculpation de Bernard Laroche », 20 Minutes, 26 octobre 2006
  15. Étienne Sesmat, op. cit., p. 303
  16. Jacques Pradel, Police scientifique la révolution : les vrais experts parlent, Telemaque,‎ 2011, 304 p. (ISBN 2753301263)
  17. Philippe Boggio, « Philippe Boggio: l'affaire Grégory, une saga si familière », sur Slate.fr,‎ 27 septembre 2009
  18. Selon Denis Robert, Au cœur de l'affaire Villemin : Mémoires d'un rat, Paris, Hugo doc,‎ 2006, 439 p. (ISBN 978-2-7556-0112-1), p. 389. L'expression est également rapportée par Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents, Paris, les Arènes,‎ 2006, 652 p. (ISBN 978-2-35204-011-8), p. 607
  19. Paul Prompt, L'Affaire Grégory : la justice a-t-elle dit son dernier mot ? : Pour la première fois l'avocat de Laroche parle, Paris, Balland,‎ 2007, 280 p. (ISBN 978-2-35315-013-7), p. 220-221
  20. Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents, Paris, les Arènes,‎ 2006, 652 p. (ISBN 978-2-35204-011-8), p. 625.
  21. Paul Prompt, L'Affaire Grégory : la justice a-t-elle dit son dernier mot ? : Pour la première fois l'avocat de Laroche parle, Paris, Balland,‎ 2007, 280 p. (ISBN 978-2-35315-013-7), p. 235-237
  22. Voir l'arrêt 03088 sur Légifrance
  23. « Vingt ans après Grégory, que sont-ils devenus? », sur La Dépêche du Midi,‎ 18 octobre 2004
  24. Laurence Lacour, Le Bûcher des innocents, Paris, les Arènes,‎ 2006, 652 p. (ISBN 978-2-35204-011-8), p. 626
  25. Affaire Grégory : la justice ne renonce pas, Geoffroy Tomasovitch, Le Parisien, 10 juillet 2008.
  26. « La justice rouvre l'enquête sur la mort du petit Grégory », Le Monde, 3 décembre 2008.
  27. « Affaire Grégory: l'enquête est réouverte », sur 20minutes.fr,‎ 3 décembre 2008
  28. « Affaire Gregory : deux ADN ont été identifiés », Le Parisien, 22 octobre 2009.
  29. «Affaire Grégory: le parquet de Dijon confirme l'absence de piste», NouvelObs.com, 5 mai 2010.
  30. «Affaire Grégory: vers de nouvelles analyses ADN ?», NouvelObs. com, 30 juin 2010
  31. «Nouvelles analyses dans l'affaire Grégory : décision reportée au 20 octobre»
  32. La justice rouvre l'affaire du petit Grégory, le parisien. fr, le 20 octobre 2010
  33. L'affaire grégory sous l'angle de la police scientifique, "police-scientifique.com", 17 février 2011
  34. [1]
  35. [2] [Libération] du 31 janvier 2012
  36. le point.fr, Affaire Grégory, La dernière piste, 1er septembre 2012
  37. « Affaire Grégory : les voix analysées ? », Le Figaro, 1er septembre 2012.
  38. selon de nouvelles techniques réalisées par un laboratoire de Bordeaux
  39. a, b, c et d http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/04/24/affaire-gregory-les-analyse-adn-n-ont-rien-donne-mais-le-dossier-n-est-pas-ferme_3165647_3224.html
  40. http://www.europe1.fr/France/Affaire-Gregory-des-pistes-a-creuser-1494579/
  41. « Affaire Grégory : 30 ans de mystère et d'erreurs », sur Le Point,‎ 15 octobre 2014.
  42. Jean Christaki de Germain , Les Damnés de la presse , Éditions Le Rocher, 13 mars 2014, p. 125.
  43. L’ Affaire Grégory
  44. Patricia Tourancheau, « L'affaire Grégory, le mystère imaginaire », sur Libération,‎ 2 octobre 2006.
  45. « Une journaliste déboutée face aux époux Villemin. », sur Libération,‎ 29 mai 1996
  46. Thomas Calinon, « Le tournage d'une fiction divise de nouveau les protagonistes. », sur Libération,‎ 13 septembre 2005


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Bien public du 1er juillet 2010 : Me Marie-Christine Chastant-Morand l'un des avocats des époux Christine et Jean Marie Villemin.
  • Jean Christaki de Germain , Les damnés de la presse, Éditions Le Rocher, 2014 (ISBN 978-2268075822)
  • Pascal Michel, 40 ans d'affaires Criminelles 1969-2009 (chapitre : L'affaire Grégory Villemin) pages 46 à 57, 17 avril 2009, 208 pages, (ISBN 978-1-4092-7263-2)

Documentaires télévisés[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]