Affaire Omar Raddad

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L'affaire Omar Raddad est une série d'événements qui se sont déroulés en 1991 impliquant un jardinier marocain accusé du meurtre d'une de ses clientes, Ghislaine Marchal, une veuve financièrement aisée.

Le caractère très mystérieux et théâtral des lieux du crime et les rebondissements de l'enquête donneront lieu à l'un des procès les plus médiatisés de l'époque en France. Le roi du Maroc Hassan II est également intervenu.

Sommaire

[modifier] Les protagonistes

  • La victime, Ghislaine Marchal, 65 ans, une veuve financièrement aisée, héritière de la société Marchal. Elle vivait alors sur les hauteurs de Mougins dans sa villa La Chamade.
  • L'accusé, Omar Raddad, jardinier de Mme Marchal, âgé de moins de 30 ans au moment des faits. Il a été reconnu coupable par la justice.
  • Maître Jacques Vergès, l'avocat d'Omar Raddad.
  • Sofiane Haddad, le cousin d'Omar.

[modifier] Histoire

[modifier] La date du meurtre

Elle est fixée par trois médecins légistes au dimanche 23 juin 1991, ce qu'ils justifieront catégoriquement lors du procès. Toutefois une faute de frappe dans le rapport indique la date du 24 juin 1991, ce sur quoi la défense s'appuiera pour invoquer une pression du juge qui aurait fait avancer le moment officiellement reconnu du crime. Le 24, Omar Raddad avait un alibi : il était à Toulon.

[modifier] Le meurtre

Lardée de coups de couteau et de plusieurs coups de poutre par son/ses agresseur(s) au fond de la cave de sa villa, Ghislaine Marchal, pendant son agonie qui a duré près de vingt minutes, aurait commencé par écrire « Omar m’a tuer » (avec la faute de conjugaison ; selon la défense, Ghislaine Marchal n'aurait jamais fait une telle faute, mais on a trouvé au moins un document où elle l'avait commise « facture payer le... »). Puis elle aurait recommencé une nouvelle fois un peu plus loin sur une autre porte de la cave, jusqu’à tracer la deuxième phrase « Omar m’a t », inachevée, pour désigner ainsi le coupable.

Elle aurait également été capable malgré les coups portés, de déplacer le lit de plusieurs kilos pour le placer contre la porte, d'après l'enquête.

[modifier] Le procès

Inculpé d'homicide volontaire, Omar Raddad est écroué à Grasse le 27 juin 1991. Son procès s'ouvre en février 1994 devant les assises des Alpes-Maritimes. Maître Jacques Vergès met en avant les éléments suivants :

  • Dans une mise en scène machiavélique, le véritable meurtrier aurait utilisé la main de Mme Marchal pour faire accuser le jardinier.
  • Christian Veilleux, le fils, n'a pas une bonne relation avec sa mère.
  • L'amant de la femme de ménage, un personnage connu sous le sobriquet de « Pierrot le Fou », a peut-être joué un rôle.

Mais les enquêteurs et surtout les deux experts en écriture estimaient (avec une probabilité de deux-tiers), que l'auteur du message était bien Mme Marchal, scellant ainsi le sort du jeune Marocain : dix-huit ans de réclusion criminelle.

On retiendra la phrase choc de Maître Vergès faisant référence à l'affaire Dreyfus face aux journalistes : « Il y a 100 ans on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin. »

Quant à l'analyse génétique, elle n'avait pas été utilisée lors de la découverte du corps de Mme Marchal puisqu'en 1991, cette technique n'en était alors qu'à ses balbutiements.

Le dispositif de fermeture de la porte de la cave démontré par les gendarmes était composé d'un lit pliable, d'une barre en fer et de divers objets lourds. Dès l'arrivée des gendarmes, la porte était verrouillée par ces objets dans cette disposition : la barre était glissée sous la porte, le lit tenait la barre de l'intérieur, permettant à cette dernière de ne pas tomber et de ne pas verrouiller la porte de la cave. Les autres objets étaient placés derrière le lit. Ce dispositif montré par les gendarmes a été contesté par la défense. En effet, il était difficile à mettre en place, mais a néanmoins été utilisé comme preuve contre Omar Raddad à son procès.

Une autre preuve a semblé contestable : la phrase « Omar m'a tuer ». Une faute importante que Mme Marchal n'aurait pas pu commettre. Si les experts ne savent pas s'il s'agissait de l'écriture de Mme Marchal, ils ont en revanche reconnu que les inscriptions avaient bien été écrites avec son sang.

[modifier] La grâce

Le 10 mai 1996 le président Jacques Chirac accorde la grâce partielle à Omar Raddad réduisant sa peine de 7 ans et 8 mois. Le décret sera signé le 23 mai. Omar Raddad est libéré le 4 septembre 1998. Il a eu un comportement irréprochable en détention, d'où l’avis favorable émis en février de cette année-là par le comité consultatif de libération conditionnelle. Omar Raddad retrouve la liberté mais aux yeux de la justice, il demeure coupable.

Omar Raddad, très affecté par cette condamnation, a fait 45 jours de grève de la faim et a tenté de mettre fin à ses jours en avalant des rasoirs.

[modifier] Les doutes

Le 2 février 2000, la Commission de révision des condamnations pénales ordonne de nouvelles investigations et notamment, une nouvelle expertise graphologique pour savoir si Mme Marchal est l'auteur des inscriptions « Omar m'a tuer ». Deux experts sont nommés : Anne Bisotti et Françoise Ricci D'Arnoux. Le 31 octobre 2000 ces deux graphologues remettent un rapport de 150 pages dans lequel elles se disent incapables de certifier que la victime est bien l'auteur des inscriptions. Par contre le sang qui a permis la rédaction des messages est bien celui de Ghislaine Marchal.

Le 14 janvier 2001, la justice ordonne une nouvelle expertise sur un chevron de bois ayant servi à tuer Ghislaine Marchal.

Le 20 février 2001, l'ADN masculin retrouvé sur la porte de la chaufferie n'est pas celui d'Omar Raddad. Les experts ne peuvent préciser à qui appartient cette empreinte génétique, ni sa provenance. En revanche, deux ADN masculins ont bien été retrouvés sur la porte. Mêlé au sang de la victime (rendant impossible l'hypothèse d'ADN d'enquêteurs), ils ne peuvent appartenir qu'aux personnes ayant participé au meurtre.

En 2008, Omar Raddad change d'avocat. Il révoque Me Vergès et choisit Me Sylvie Noachovitch pour déposer une nouvelle requête en révision (la première ayant été rejetée en 2002). Le mensuel Le Courrier de l'Atlas (n° 20, novembre 2008), révèle que le détective privé de Raddad, Roger-Marc Moreau, s'apprête à demander à la garde des Sceaux, Rachida Dati, l'enregistrement des ADN retrouvés sur la porte au fichier national ADN. Les personnes qu'il soupçonne et dont il tait les noms ayant eu des antécédents avec la Justice.

Mme Marchal aurait été membre de l'ordre du temple solaire et aurait souhaité quitter la secte selon un témoin : Guy Mouyrin. Se présentant comme l'ancien chauffeur de Joseph Di Mambro, il aurait pu conduire les assassins sur le lieu du crime[1].

[modifier] Voir aussi

[modifier] Sources

  • Pascale Nivelle, « Homme de peine », 5 février 2003, Libération. Consulté le 9 octobre 2007

[modifier] Bibliographie

  • Françoise Bouzon-Thiam, Omar n'a pas tué : l'assassin a signé son crime, Naturellement, Paris, 1997, 337 p. (ISBN 2-911064-01-1) 
  • Georges Cenci, Omar l'a tuée : vérité et manipulations d'opinion, L'Harmattan, 2002, 375 p. (ISBN 2-7475-2477-9) 
  • Christophe Deloire, Omar Raddad : contre-enquête pour la révision d'un procès manipulé, R. Castells, Paris, 1998, 216 p. (ISBN 2-912587-39-5) 
  • François Foucart. L'Affaire Omar Raddad. Le dossier pour servir la vérité. François-Xavier de Guibert, 1998, 214 p.
  • Gauthier, Jean-Paul. Expertise en écritures : quel poids dans la balance ? : les affaires, Dreyfus, Villemin, Omar Raddad. Villeurbanne : Éd. Golias, 2000, 141 p. (ISBN 2-911453-91-3)
  • Livet, Ève. L'Affaire Omar : mensonges et vérités. Paris : Éd. la Découverte, 1999, 276 p. (Enquêtes). (ISBN 2-7071-2928-3)
  • Raddad, Omar. Pourquoi moi ? / avec la collab. de Sylvie Lotiron. Paris : Éd. du Seuil, 2003, 173 p. (ISBN 2-02-051689-6)
  • Rouart, Jean-Marie. Omar : la construction d'un coupable. Paris : de Fallois, 1994, 165 p. (ISBN 2-87706-215-5). Nouv. éd. augm. Paris : de Fallois, 2001, 203 p. (ISBN 2-87706-215-5)
  • Vergès, Jacques. "Omar m'a tuer" : histoire d'un crime. Paris : M. Lafon, 1994, 237 p. (ISBN 2-840980-32-0)

[modifier] Notes et références de l'article

  1. Cette piste est toutefois considérée comme très douteuse. Journal télévisé, France 3, Édition nationale, « Affaire Omar Raddad » sur INA, 5 janvier 2002. Consulté le 3 octobre 2007
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