Détecteur de mensonge

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Un détecteur de mensonge(s), ou polygraphe, est un ensemble d'appareils qui mesurent les réactions psychophysiologiques d'un individu lorsqu'il est interrogé, afin de déterminer s'il dit la vérité ou s'il ment[1]. Le postulat selon lequel est censé fonctionner le polygraphe est que le fait de mentir provoque une réaction émotionnelle et s'accompagne donc de manifestations psychophysiologiques mesurables. Par exemple, le stress engendré par le mensonge augmenterait la transpiration et donc la conductance cutanée.

Description[modifier | modifier le code]

L'idée d'utiliser les modifications physiologiques pour détecter qu'un individu est en train de mentir est loin d'être nouvelle : au Moyen Âge, les juges faisaient avaler de la farine aux accusés pour identifier ceux dont la bouche s'asséchait, censés être des menteurs[2] (cette technique était déjà utilisé depuis plus de 2000 ans en Chine où la farine était remplacée par des grains de riz[3]). L'utilisation de méthodes scientifiques pour la conception de détecteurs de mensonge remonte au XIXe siècle, notamment avec les travaux de Cesare Lombroso qui inventa en 1885 un détecteur de mensonge qui mesurait la pression sanguine[4],[5],[6].

Les principaux paramètres exploités par les détecteurs de mensonges contemporains sont : la fréquence cardiaque, la conductance cutanée, la fréquence respiratoire, la température corporelle, la pression sanguine et le diamètre pupillaire[7].

L'intérêt de mesurer plusieurs paramètres (d'où le préfixe poly- dans polygraphe) tient du fait qu'en l'état actuel des connaissances, il n'existe pas de relation univoque entre réponse physiologique et émotion sous-jacente. Par exemple, un ralentissement du rythme cardiaque s'observe à la fois quand un individu est dégoûté ou quand il est heureux car dans ces deux cas, il s'agit d'une activation du système autonome parasympathique. De plus, d'un individu à l'autre, voire chez un même individu, en fonction du contexte, les réponses physiologiques à une même émotion peuvent différer : la peur déclenche en général une augmentation de la conductance cutanée mais l'amplitude et la dynamique de cette réponse peuvent être variables. On voit donc la difficulté qu'il y a à passer non seulement, de la physiologie à l'émotion, mais encore de l'émotion au mensonge car il n'est pas non plus évident que le fait de mentir se traduise en une réponse émotionnelle systématique et qui soit la même chez tous les individus.

Fiabilité[modifier | modifier le code]

Depuis son origine, la fiabilité des détecteurs de mensonge a été vivement critiquée. En effet, ses critiques croient que certains individus très entraînés pourraient passer outre grâce à une grande maîtrise d'eux-mêmes, alors que des individus très émotifs impressionnés par la procédure pourraient être identifiés à tort comme menteurs. Les polygraphistes y répondent que ces préjugés ne reposent que sur la méconnaissance totale du fonctionnement du polygraphe.

Cependant, il existe les exemples réels des détenus et experts[8] ayant trompé l'appareil. Parmi les techniques les plus basiques on peut citer l'introduction d'une punaise dans la chaussure sur laquelle on appuie au moment de réponse, ce qui modifierait les réactions corporelles[9]. À part cela, tout dépend de la conviction de la personne qui passe le test en la fiabilité de la méthode. Ainsi, si elle pense que le détecteur ne fonctionne pas vraiment et qu’elle n’a rien à craindre, les réponses physiologiques de l'organisme seront moindres voire inexistantes[10]. Le cas d'Aldrich Ames, un officier de la CIA arrêté en 1994 pour faits d'espionnage au bénéfice de la Russie et de l'ancienne Union soviétique est assez caractéristique : l'espion le plus célèbre dans l'histoire du renseignement américain avait passé plusieurs fois avec succès le test du polygraphe sans être démasqué. Ses contacts en URSS lui auraient simplement conseillé d'être « détendu », et de garder en toutes circonstances une humeur égale[3].

D'autres techniques visant le même but existent : mesure des tremblements dans la voix, visualisation des mouvements du corps, détection de micro-expressions sur le visage trahissant des émotions, voire plus récemment imagerie fonctionnelle de l'activité du cerveau pour identifier de potentielles « aires cérébrales du mensonge. » Ces méthodes n'ont pas fait la preuve de leur fiabilité.

L’interprétation personnelle du polygraphiste (et donc sa neutralité dans la procédure en cours) peut également être remis en cause, rendant ainsi les résultats du détecteur de mensonges peu fiable, comme l'a souligné un jugement de la Cour suprême du Canada en 1978[11].

Dans la plupart des États, notamment au États-Unis, il ne peut d'être imposé au prévenu[3], mais le refus de s'y soumettre constitue un moyen de pression exercé par les enquêteurs contre ce dernier afin qu'il « passe aux aveux » : selon eux, si un suspect refuse de passer au détecteur de mensonge (qu'ils considèrent comme infaillible) c'est qu'il a quelque chose à se reprocher.

Valeur légale[modifier | modifier le code]

En Belgique, où il est utilisé comme méthode d'interrogatoire depuis 2001, il représente seulement une indication pour les enquêteurs et le magistrat, mais n'a pas plus de valeur légale[12].

Au Canada, il ne peut avoir de valeur légale qu'en matière civile[13].

Aux États-Unis, il est utilisé par la plupart des services de police y compris dans tout type d'affaires (civiles ou criminelles). Le FBI en fait même un usage intensif, allant jusqu'à l'exploiter dans le cadre du recrutement de ses personnels. Cependant suite à un arrêt de la Cour Suprême en 1998, les résultats obtenus par le polygraphe ne sont généralement plus admissibles devant les tribunaux[3]. En effet, la cour statuait que seul un jury était habilité à juger de la crédibilité des déclarations d'un accusé : « Par nature, la preuve par le polygraphe peut diminuer le rôle du jury dans la recherche de la crédibilité […] l’aura d’infaillibilité entourant le polygraphe peut conduire les jurés à abandonner leur devoir de s’assurer de la crédibilité et de la culpabilité »[11].

En France, le détecteur de mensonge n'a pas valeur de preuve auprès des tribunaux et n'est donc pas utilisé lors des interrogatoires.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]