Pierre Desproges

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Pierre Desproges

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Pierre Desproges sur scène (1985).

Naissance 9 mai 1939
Pantin, Seine-Saint-Denis
Décès 18 avril 1988 (à 48 ans)
Paris, France
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession
Autres activités

Pierre Desproges, né le 9 mai 1939 à Pantin et mort le 18 avril 1988 à Paris, est un humoriste français réputé pour son humour noir, son anticonformisme et son sens de l'absurde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Pierre Desproges (2e personne sur la gauche, en arrière plan) à Châlus, le 26 septembre 1958.

Issu d'une famille de commerçants de Châlus (Haute-Vienne), Pierre Desproges passe une partie de son enfance à Luang Prabang (Laos), où son père enseigne le français avant de devenir professeur à Paris[1]. Élève moyen, il passe un baccalauréat sans grand relief. En 1959, il accomplit son service militaire. Envoyé en Algérie, il y passe vingt-huit mois. Il conservera de cette période un souvenir exécrable. De retour à la vie civile et ne sachant trop que faire pour gagner sa vie, il entreprend des études de kinésithérapie qu'il abandonne assez vite, écrit des romans-photos réalisés avec des amis et qui sont publiés, vend des assurances-vies (qu'il rebaptise "assurances-morts") puis des poutres en polystyrène expansé[2].

L'Aurore[modifier | modifier le code]

Il devient ensuite journaliste à L'Aurore, où il entre grâce à son amie d'enfance, la journaliste Annette Kahn, dont le frère, Paul-Émile, était son condisciple au lycée Carnot à Paris. Le chef de service des informations générales, Jacques Perrier, qui n'aime pas son humour et ne le supporte pas, le fait renvoyer. Il travaille alors à Paris Turf, journal hippique appartenant au même groupe de presse. Lorsque Perrier est à son tour licencié, en mai 1968, Bernard Morrot, nommé pour le remplacer, le fait revenir à L'Aurore et lui confie une rubrique de brèves insolites à l'humour acide que Pierre Desproges appelle la « rubrique des chats écrasés ». Jugé un peu trop caustique, il évite son licenciement grâce à Françoise Sagan, qu'il interviewera plus tard pour Le Petit rapporteur[3], et qui écrit une lettre au journal en affirmant qu'elle n'achète L'Aurore que pour la rubrique de Desproges[4]. Remarqué par ses confrères de la télévision, il devient chroniqueur dans l'émission télévisée de TF1 Le Petit Rapporteur. Sa prestation dans cette émission dominicale de Jacques Martin, au côté de son complice Daniel Prévost, demeure gravée dans l'esprit des amateurs d'humour noir et de cynisme. Il finit toutefois par claquer la porte, car ses interventions sont de plus en plus souvent coupées au montage, et retourne à L'Aurore, où il se sent mieux.

Radio et télévision[modifier | modifier le code]

En procureur humoristique (à gauche) du Tribunal des flagrants délires sur France Inter en 1980

Il participe ensuite à plusieurs émissions de radio sur France Inter :

  • en 1978 et 1979, il anime en compagnie de Thierry Le Luron l'émission hebdomadaire Les Parasites sur l'antenne ;
  • en 1980 et 1981, il collabore à Charlie Hebdo avec une petite chronique intitulée Les étrangers sont nuls ;
  • entre 1980 et 1983, il est le procureur du Tribunal des flagrants délires en compagnie de Claude Villers et Luis Rego. Ses féroces réquisitoires commencent invariablement par son célèbre : « Françaises, Français, Belges, Belges… » et par « Public chéri, mon amour ! » pour se terminer par une sentence sans appel : « Donc, l'accusé est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi. » ;
  • il anime en 1986 une chronique quotidienne intitulée Chronique de la haine ordinaire, où il traite de sujets qui le révoltent, à travers des coups de gueule de deux ou trois minutes environ.

En 1982, il collabore quelques mois au scénario de l'émission Merci Bernard sur FR3. C'est Desproges lui-même qui trouve le titre énigmatique de l'émission, en hommage à Bernard Morrot, l'homme qui lui offrit une seconde chance à L'Aurore[réf. nécessaire].

Il assure également sur cette chaîne, entre 1982 et 1984 (cent émissions), une chronique intitulée La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède qui, selon lui, divise la France en deux : « Les imbéciles qui aiment et les imbéciles qui n'aiment pas. »

Au début de l'année 1988, quelques semaines avant sa mort, Pierre Desproges tourne une publicité parodique avec Les Nuls. Le tournage est difficile comme le révèle Alain Chabat dans le livre Desproges est vivant. Sur le plateau de l'émission L'assiette anglaise du 20 février 1988, Pierre Desproges prétend s'être fêlé une côte durant l'enregistrement du sketch, ce qui explique sa fatigue du moment. Cette remarque est sujette à caution, Hélène Desproges ayant révélé des années plus tard que Pierre Desproges était maintenu dans l'ignorance du cancer qui le rongeait. Cette fatigue était plus vraisemblablement due à la progression du cancer qu'à une hypothétique côte fêlée.

Sur scène[modifier | modifier le code]

En 1975 et les années suivantes, Pierre Desproges est à l'Olympia sur scène aux côtés de Thierry Le Luron. En 1977-1978, il interprète des sketches avec Evelyne Grandjean, notamment Le Banc. En 1978-79, il débute en tête d'affiche sur scène dans un petit théâtre du quartier Mouffetard, le Théâtre des 400 coups. Il joue devant un maigre public une pièce de théâtre drolatique : « Qu'elle était verte ma salade… ». Il est aussi avec Thierry Le Luron à Bobino.

Il introduit à plusieurs reprises les tours de chant de Dalida. Dans les coulisses, les rapports sont houleux avec Orlando, le frère de la chanteuse, qui ne comprend pas toujours le second degré de l'humoriste.

Aidé par Guy Bedos, il remonte sur scène en 1984 au Théâtre Fontaine et en 1986 au Théâtre Grévin.

Mort et inhumation[modifier | modifier le code]

Tombe au cimetière du Père-Lachaise. Mort le jour de la Saint-Parfait, ses cendres ont été directement mélangées à la terre, sans croix ni dalle, selon sa volonté.

En 1986, une douleur dorsale le foudroie alors qu'il joue au golf avec le chanteur Renaud. Les médecins qui l'opèrent ne peuvent que constater les dégâts : ses deux poumons sont atteints par un cancer, l'humoriste est condamné. En accord avec Hélène Desproges, son épouse, ils décident de lui cacher la vérité et prétendent avoir retiré une tumeur sans conséquence. Lentement, l'état de santé de Pierre se dégrade. L'humoriste ressent une fatigue chronique mais continue d'honorer ses engagements professionnels sans se douter que le cancer le ronge. Pour tenir le rythme de la tournée de son spectacle, des cocktails de remontants lui sont administrés directement dans les muscles. En mars 1988, il accepte d'interrompre sa tournée pour reprendre des forces à l'hôpital. Il y meurt le 18 avril 1988, entre les deux tours de l’élection présidentielle[5]. Ses obsèques se déroulent au cimetière du Père-Lachaise à Paris après une messe. Ses cendres sont inhumées après sa crémation dans une tombe provisoire puis dans la division 10. Sa sépulture est un minuscule jardinet entouré d'une grille avec une simple plaque, où une partie des cendres a été mélangée à la terre (sur dérogation de la Ville de Paris) [réf. nécessaire]. La tombe est située en face de celle de Michel Petrucciani et non loin de celles de Frédéric Chopin, Claude Chabrol et Mano Solo.

Hélène le rejoint dans sa dernière demeure en 2012[6].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Un humour grinçant[modifier | modifier le code]

Le collège Pierre Desproges à Châlus.

Célèbre pour son humour grinçant mis en valeur par une remarquable aisance littéraire, Desproges s'est notamment illustré avec des thèmes souvent évités, quoique mal à l'aise face à certaines personnes, « stalinien pratiquant », « terroriste hystérique » ou « militant d'extrême-droite »[7]. Comme il le disait lui-même : « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde »[8],[9].

Ses traits d'humour révèlent généralement un personnage bon vivant, individualiste et anticonformiste. Différentes sources le qualifient d'« anarchiste de droite »[10],[11], bien que sa prédilection pour les provocations destinées à prendre en permanence son public à contre-pied des positions convenues le rende difficilement classable. Il n'hésite pas à s'attaquer aux sujets les plus sensibles avec une verve féroce.

Contrairement à ce que prétend la légende, ce n'est pas lui qui a rédigé la dépêche annonçant sa mort (« Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non ? » en référence à la phrase de conclusion rituelle sur FR3 de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède), mais Jean-Louis Fournier, réalisateur de la Minute nécessaire et proche de Desproges. Au départ, cette dépêche devait être « Pierre Desproges est mort d'un cancer sans l'assistance du professeur Schwartzenberg », proposée par Hélène Desproges. Mais elle a finalement renoncé à inclure cette précision afin d'éviter d'éventuelles poursuites.

Thèmes récurrents[modifier | modifier le code]

Certains thèmes revenaient de manière fréquente dans ses sketchs : le plaisir sous toutes ses formes (les femmes, la bonne chère, le vin, etc.), mais aussi le cancer, la mort, ou encore le nazisme, l'antisémitisme et autres formes de racismes sont parmi les sujets qu'il aborde régulièrement. Certains éléments narratifs reviennent également, à la manière de gimmicks, dont voici quelques exemples hautement ironiques :

  • Son individualisme viscéral, qui lui fait fuir instinctivement toutes les formes de groupes, qui ne sont pour lui que des lieux où s'exprime la bêtise : « Quand on est plus de quatre, on est une bande de cons, alors a fortiori moins de deux, c'est l'idéal ».
  • Il prend souvent Dieu à témoin : « Dieu me tripote », « Dieu me turlute », « Einstein, Dieu ait son âme… et moi-même, Dieu lâche la mienne… », le remerciant parfois : « Merci mon Dieu ».
  • Il parle de Hitler, s'étonnant ironiquement du sentiment général d'antipathie qu'il inspire, parlant alors du « chancelier Hitler », se demandant si ce qui déplaît le plus aux gens chez lui, « c'est le peintre ou l'écrivain »[12].
  • De même pour Himmler, à qui il attribue des citations équivoques, comme « Qu'on puisse être juif et allemand, moi, ça me dépasse, il faut choisir son camp »[13], ou, visitant les Pays-Bas, « On ne peut pas être à la fois au four et au moulin », ou encore « Mieux vaut entendre ça que d'être juif ».
  • Il fait référence à la Collaboration comme « l'amitié franco-allemande », disant que c'était « un moyen d'apprendre une jolie langue étrangère à peu de frais ».
  • Toujours dans cette veine, il s'étonne de la disparition du nazisme, « tombé en désuétude après 1945 »[14].
  • Il s'en prend aux jeunes, et plus particulièrement « à leurs problèmes de jeunes, quoi » tout en conseillant aux vieux « de mourir sans les déranger ».
  • Les auditeurs et lecteurs sont malmenés, « sous-doués végétatifs gorgés d'inculture crasse et de Coca-Cola tiède »[15], « drogués de télévision », « bande de légumineuses surgelés du cortex ».
  • La Seine-et-Marne — alias le 77 — et Vierzon reviennent souvent.
  • L'armée en prend également pour son grade, par exemple lors du réquisitoire contre Jacques Séguéla, où il profite de son temps de parole pour asséner : « En 1939 déjà, tout le monde, en France, savait que le général Gamelin était un con, sauf les militaires. C'est ça, un secret militaire. ».
  • L'Académie française, « gérontodrome » où les quarante « papy-la-tremblotte » se réunissent pour que chacun se « déguise périodiquement en guignol vert avec un chapeau à plumes à la con et une épée de panoplie de Zorro », le tout afin de savoir « s'il y a un « n » ou deux à zigounette »[16].
  • Julio Iglesias, Tino Rossi « roucouleur radiophonique » (« le jour de la mort de Tino Rossi, j'ai repris deux fois des moules »), Francis Lalanne et le groupe Indochine font partie de ses têtes de Turc de la musique.
  • Yves Montand, dont il raille plusieurs fois dans ses spectacles les prises de position politiques.
  • Viennent également, en vrac : le Boléro de Ravel, dont il ne connaît jamais l'auteur (« Mozart était tellement précoce, qu'à huit ans et demi, il avait déjà composé le Boléro de Ravel ! ») ; la paroisse Saint-Honoré-d'Eylau, représentative du catholicisme bourgeois, la « Tata Rodriguez » et ses « improbables préparations à base de morue, envoyées par paquets fado » à Luis Rego, la Troisième Guerre mondiale imminente, son amour des femmes (« plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien, plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne »), qui n'a d'égal que son amour des bons vins de Saint-Émilion, dont le Figeac 71, sa haine du sport en général et du football en particulier, notamment du duel Saint-Étienne-Sochaux.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Posthumes[modifier | modifier le code]

Diffusion sur Internet[modifier | modifier le code]

En septembre 2008, les ayants droit de Pierre Desproges ont passé un accord avec le site Dailymotion pour mettre en ligne des vidéos de l'humoriste, diffusant gratuitement et légalement de nombreux sketches[17].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

  • A bobo bébé (45 tours), Garima, 1977
  • Ça, ça fait mal à l'ouvrier (45 tours), RCA, 1986

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1] Le Figaro, 2006
  2. Deuxième épisode du Feuilleton Desproges (France Inter)[Quand ?]
  3. http://www.youtube.com/watch?v=Q-L_0ZC01fI Interview de Françoise Sagan par Pierre Desproges
  4. « Je ne lis pas L'Aurore mais je l'achète chaque matin pour Desproges », Françoise Sagan (Desproges, portrait de Marie-Ange Guillaume (ISBN: 9782757803653)
  5. Desproges, portrait de Marie-Ange Guillaume (ISBN: 9782757803653)
  6. Ouest France, Hélène Mourain-Desproges inhumée hier à Paris, 1er février 2012
  7. Réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen.
  8. Interview Télérama du 24 novembre 1982
  9. Desproges.fr, Citations : Réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen / Tôt Ou tard CD 3 - Éditions du SEUIL
  10. Michel Musolino, 150 idées reçues sur la France, Éditions générales First,‎ 2012, 365 p. (ISBN 978-2754032407, lire en ligne)
  11. « Pierre Desproges, anar de droite », L'Événement du jeudi, no 733-739,‎ 1998 (lire en ligne)
  12. Lors de son réquisitoire contre Gérard Zwang.
  13. Lors de son réquisitoire contre Daniel Cohn-Bendit.
  14. Dans l'article National-socialisme de son Dictionnaire.
  15. Réquisitoire contre Léon Zitrone.
  16. Lors de son réquisitoire contre Jean d'Ormesson.
  17. Guerric Poncet, « Dailymotion diffuse Desproges », sur www.lepoint.fr, Le Point,‎ 9 septembre 2008 (consulté le 18 mars 2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]