Guerre de la Conquête

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Guerre de la Conquête
Description de cette image, également commentée ci-après
La bataille de Sainte-Foy par George B. Campion
Cette bataille fut la dernière victoire des Français durant la guerre de la Conquête.
Informations générales
Date 1754 à 1763
Lieu Amérique du Nord
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau de la Nouvelle-France Nouvelle-France
Drapeau du royaume de France Royaume de France

Dix mille soldats réguliers français au maximum aidés des milices coloniales de Nouvelle-France

Alliés amérindiens :

Drapeau de la Grande-Bretagne. Grande-Bretagne
Red Ensign of Great Britain (1707-1800).svg Amérique du Nord britannique

Quarante-cinq mille soldats réguliers britanniques au maximum aidés des milices coloniales britanniques

Alliés amérindiens :

Commandants
Marquis de Vaudreuil
Chevalier de Lévis
Marquis de Montcalm
Jeffrey Amherst
Edward Braddock
James Wolfe
William Shirley
Lord Loudoun
James Abercrombie
George Washington
Forces en présence
10 000 hommes45 000 hommes

Batailles

Jumonville Glen (1754) · Fort Necessity (1754) · Fort Beauséjour (1755) · 8 juin 1755 · Monongahela (1755) · Petitcoudiac (1755) · Lac George (1755) · Fort Bull (1756) · Fort Oswego (1756) · Kittanning (1756) · En raquettes (1757) · Pointe du Jour du Sabbat (1757) · Fort William Henry (1757) · German Flatts (1757) · Lac Saint-Sacrement (1758) · Louisbourg (1758) · Le Cran (1758) · Fort Carillon (1758) · Fort Frontenac (1758) · Fort Duquesne (1758) · Fort Ligonier (1758) · Québec (1759) · Fort Niagara (1759) · Beauport (1759) · Plaines d'Abraham (1759) · Sainte-Foy (1760) · Neuville (1760) · Ristigouche (navale) (1760) · Mille-Îles (1760) · Signal Hill (1762)

La guerre de la Conquête (1754 – 1763) est le nom donné au théâtre militaire nord-américain avant et pendant la guerre de Sept Ans. Aux États-Unis, on désigne fréquemment ce conflit sous l'appellation de French and Indian War (« guerre contre les Français et les Indiens »). Elle voit s'affronter les Français, leurs milices de la Nouvelle-France et leurs alliés amérindiens d'un côté, et les Britanniques, leurs milices américaines et leurs alliés iroquois de l'autre, pour la domination coloniale de l'Amérique du Nord. Les hostilités commencent en 1754, deux ans avant le déclenchement de la guerre de Sept Ans en Europe, lors d'accrochages dans la vallée de l'Ohio.

Depuis la fin du XVIIe siècle, Français et Anglais étendent leurs possessions nord-américaines les uns aux dépens des autres et se trouvent confrontés, au travers de ces rivalités maritimes, coloniales, territoriales et commerciales, par le biais de plusieurs conflits militaires en Amérique qui se superposent aux guerres européennes d'alors. Devant la résistance de la Nouvelle-France aux attaques ennemies qui n'ont, jusque-là, pu enlever aux Français que l'Acadie, les treize colonies britanniques, au milieu du XVIIIe siècle, se trouvent toujours encerclées à l'ouest et au nord par un vaste mais finalement faible empire français, reposant plus sur les alliances avec les Amérindiens et la combativité de ses colons que sur un réel soutien de la part de la métropole. Lorsque, après 1749 et la troisième guerre intercoloniale, les rivalités franco-britanniques renaissent avec force, cristallisées par la volonté des deux camps de s'étendre sur la vallée de l'Ohio, un nouveau conflit paraît inévitable et éclate effectivement dès 1754.

D'abord ponctué par une série de succès français lors de ses trois premières années, le conflit ne tarde pas à prendre une ampleur inattendue du fait de l'intensification des opérations en Europe et de la volonté, de la part de Londres, de réduire la présence française en Amérique du Nord. Ainsi, à la suite de l'envoi d'un fort contingent armé britannique dans les colonies en 1758, d'un manquement par une mauvaise gestion locale et d'approvisionnement de vivres par la France qui provoqua la famine de 1757 à 1758 (cumulant mauvaises récoltes en 1757, malversations de commerçants, accroissement de consommateurs et diminution de producteurs, ces derniers étaient aussi mobilisés l'été, climat)[1], du blocus imposé par la Royal Navy (qui s'impose progressivement en maîtresse des mers) aux ports français, et aussi du fait d'une intensification des opérations militaires de la France en Europe, la guerre finit par tourner à l'avantage des Anglais qui peuvent, en 1759, envahir la Nouvelle-France.

Le siège le plus impressionnant est celui de sa capitale Québec, la même année. La prise de Montréal, en 1760, met fin à la guerre en Amérique et consacre la victoire écrasante de l'Empire britannique sur son concurrent le plus menaçant jusqu'alors. Le territoire français est attribué aux Britanniques en 1763 lors du traité de Paris, à l'exception des îles Saint-Pierre-et-Miquelon, près de Terre-Neuve[2].

Contexte géopolitique et géographique[modifier | modifier le code]

L’Amérique du Nord vers 1755. Les territoires français sont représentés en bleu, les territoires anglais en rouge, les espagnols en orange.

La situation géographique vers 1750[modifier | modifier le code]

À cette époque, la France possédait la grande majorité de la région explorée du nouveau continent, plus de la moitié de l'Amérique du Nord. Elle comptait une partie du Québec actuel (la baie d'Hudson et Terre-Neuve n'étaient pas sous contrôle français depuis 1713) plus une grande partie de l'actuel centre des États-Unis. Sa frontière s'étendait, au nord, de la limite de l'actuel Labrador, faisait une parabole passant au-dessous de la baie James pour aller contourner le lac Manitoba et le lac Winnipeg, au centre de l'actuel Manitoba, et descendait jusqu'au golfe du Mexique, en suivant, plus à l'ouest, le fleuve Mississippi. Ces territoires immenses formaient une écharpe longue d’environ 4 000 kilomètres et large de 600 à 2 000 kilomètres[3].

L’Amérique anglaise se réduisait à une bande de 300 à 500 kilomètres de large qui se dépliait du nord au sud de la côte atlantique sur environ 2 000 kilomètres[3]. Elle correspondait au territoire des treize colonies britanniques d’Amérique. Elle commençait par les quatre colonies de la Nouvelle-Angleterre (New Hampshire, Massachusetts, Rhode Island et Connecticut) situées au contact des pays laurentiens, puis c’était les quatre colonies comprises entre les contreforts des Appalaches et l’Océan (New York, New Jersey, Pennsylvanie et Delaware), où se trouvaient les principaux ports, enfin les cinq colonies méridionales (Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie[3], voir la carte ci-jointe).

Le poids du peuplement français et anglais vers 1750[modifier | modifier le code]

La Nouvelle-France et la Louisiane ne comptent guère que 60 à 70 000 habitants[4] dont les familles souches proviennent de la France de l’Ouest[5]. Depuis les années 1700, le flux de l’émigration s’est limité pour l’essentiel aux militaires et aux marins[5]. La croissance démographique de la colonie française (qui se limitait à 2 000 habitants en 1660, 16 000 vers 1700) est due à une natalité exceptionnelle de l’ordre de 65 pour 1 000 (la famille des LeMoyne d’Iberville en témoigne)[6]. L’Etat n’a guère encouragé les Français à s’installer en Nouvelle-France et en Louisiane ou bien a pris des mesures stupides comme l’interdiction faite aux Protestants de s’établir au Canada[5]. L’interminable hiver canadien a aussi rebuté nombre de candidats potentiels à l’émigration[6]. En 1755, le quart de la population canadienne vit dans les villes de Québec (7 à 8 000 habitants), Montréal (4 000) et Trois-Rivières (1 000). Un effort est également fait pour accélérer le peuplement de Détroit, la clé de voute des Grands Lacs[7].

Les treize colonies anglaises, regroupées sur une bande côtière plus étroite, possèdent 2 millions d’habitants vers 1750[5] (il y en avait 4 700 vers 1630[8]). La croissance démographique est due à l’émigration – volontaire et surtout forcé – des minorités religieuses protestantes (Puritains, Quakers…) venues trouver leur terre promise de l’autre côté de l’Atlantique[5]. Cette identité religieuse est très marquée : les colons anglo-américains détestent les « papistes » (catholiques) canadiens qui le leur rendent bien. Comme en Nouvelle-France, la majorité des colons vivent à la campagne, mais les villes portuaires (Philadelphie, New York, Boston) sont en pleine croissance[8].

Les deux Amériques s’opposent également par leur mode de gouvernement. La tolérance religieuse (entre églises protestantes) et la pratique du self government (beaucoup de gouverneurs sont élus et il y a des assemblées locales) favorisent l’essor économique des colonies anglaises[5], même si celles-ci, étroitement surveillées par Londres, n’ont pas la liberté d’investir leurs bénéfices dans des entreprises industrielles, car la métropole craint leur concurrence[8]. Le Canada est régi par l’absolutisme administratif et seigneurial, ce qui n’exclut pas l’esprit d’entreprise, comme celui des marchands de Montréal[5], ni l’idée que c’est aussi une terre de liberté : pas de gabelle, pas de taille et la possibilité de parcourir l’été, sans limite, les immensités forestières d’Amérique du Nord en frayant avec les Indiens pour y trouver des fourrures[6].

Des deux côtés, les pionniers ont noué bon gré mal gré, des relations commerciales et politiques avec les Sauvages, liens formalisés par des traités afin d’obtenir leur appui guerrier[5]. En ce domaine, la balance penche nettement en faveur des Français qui se sont montrés beaucoup plus curieux et respectueux du mode vie des nations indiennes que les Anglais qui généralement les méprisent, refusent toute mixité et ne voient en eux que des auxiliaires contre les Français. A la veille de la guerre, l’écrasante majorité des Indiens de la région des Grands Lacs se disent alliés d’« Onontio Goa » (Louis XV).

Alliance franco-amérindienne[modifier | modifier le code]

Conférence entre responsables français et chefs indiens vers 1750.

Les Français étaient alliés avec presque toutes les nations amérindiennes d’Amérique du Nord. Les Amérindiens constituaient une force importante dans la défense de la Nouvelle-France. Comme les miliciens, ils étaient efficaces dans la guerre d'embuscade. Même si chaque nation amérindienne a ses propres rites et traditions, il est possible d'observer une constante dans les tactiques de guerre et les stratégies adoptées par les Amérindiens qui prennent part au conflit. D'abord, ceux-ci ne se battent jamais en terrain à découvert ; les tactiques de l'embuscade et de camouflage sont plutôt le propre de ces alliés. En fait, l'attaque-surprise est leur plus fort atout. Elle prend de court les soldats européens habitués à la bataille en rangée et fait, en conséquence, beaucoup de ravages. Quant aux préparatifs de guerre, malgré quelques variantes d'un groupe à l’autre, on observe certains éléments communs : de longues discussions avant le départ, accompagnées du calumet de la guerre et de danses. Les rêves prémonitoires étaient également très populaires pour prédire l'issue d'une guerre ou si elle représentait un danger pour un individu ou une nation entière[9]. Les armes utilisées par les Amérindiens étaient en général des couteaux, des haches et des fusils[10].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Au Canada, comme dans l’Amérique anglaise, la plupart des colons détiennent des armes. « Les hommes sont rudes, violents, prêts à faire parler la poudre pour défendre leurs biens » (André Zysberg[5]). Nombre d’entre eux servent dans des régiments de milice.

Milices de la Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Une véritable éthique militaire marque le Canada dont la société, pour survivre, a pris spontanément un caractère militaire, presque dès sa fondation[11]. Légalement formée en Nouvelle-France depuis 1669, les milices étaient constituées de tous les hommes valides âgés entre 16 et 60 ans. Les miliciens préféraient la guerre d'embuscade, c'est-à-dire cachée dans les bois. Les miliciens étaient des hommes recrutés en campagne et en ville, qui n'avaient pas de formation de soldat. En temps de conflit, ils étaient obligés de prendre les armes[12]. Sans uniforme militaire, les miliciens recevaient à chaque campagne une partie de l'équipement. Les troupes s'armaient elles-mêmes et il était attendu d'elles qu'elles soient en possession d'une bonne provision de plomb, de poudre et de mèche. L'intendant fournissait un fusil à ceux qui n'en possédaient pas[13].

Chacune des milices appartenaient à un siège d’un gouvernement régional. En Nouvelle-France, ceux-ci étaient au nombre de trois, Québec, Trois-Rivières et Montréal. La milice de Montréal était réputée pour être la plus active et la plus efficace en raison du fait qu'elle était composée de plusieurs voyageurs qui faisaient la traite des fourrures. En conséquence, celle-ci était entraînée surtout pour les combats d'embuscades dans les bois (aussi appelé la petite guerre), ce qui a d'ailleurs valu à ses hommes d'être surnommés les « Loups blancs » par les autres districts et par les Amérindiens. En 1759, environ 5 455 miliciens de Montréal sont mobilisés, dont 4 200 se rendent à Québec pour le siège. La plupart sont positionnés sur la côte de Beauport[14].

Les milices américaines[modifier | modifier le code]

Pour protéger les colons américains des Treize colonies contre les attaques et les raids franco-indiens, une unité spéciale, les Rangers, est formée. Ils deviennent une arme importante dans les tactiques américaines ; ils sont incorporés à l'armée régulière. En fait, en 1755, Lord Loudoun s'aperçoit que les embuscades pratiquées par ces Rangers, combinées avec les nouvelles tactiques et unités des troupes régulières britanniques, pourraient s'avérer un atout puissant. Ainsi, on trouve des Rangers à partir de ce moment sur tous les fronts[15].

Parallèlement aux Rangers, il faut compter, parmi les effectifs américains au sein des forces britanniques, les Colonial Pioneers. Ces derniers étaient constitués des troupes de terre américaines. Ces soldats étaient entraînés environ huit mois par an par leur législature provinciale et étaient payés et équipés par leur colonie respective. C’est au Massachusetts, colonie la plus populeuse, qu’on trouve le plus grand nombre de Colonial Pioneers : ils sont au nombre de 6 800 en 1759. D'après les documents qui subsistent du conflit, ces militaires n'ont pas participé directement aux combats et étaient plutôt utilisés pour construire et maintenir les fortifications, batteries et campements britanniques[16].

La non-paix de l’entre-deux-guerres (1748 – 1755)[modifier | modifier le code]

Le gouverneur La Galissonière définit en 1748 la stratégie française pour mettre la main sur la vallée de l’Ohio.

La paix de 1748 rend à la France l’île de Cap Breton avec la forteresse de Louisbourg [17]. Ce retour au statu quo ante mécontente les Anglo-Américains à un moment où débute la lutte pour le contrôle des grands espaces de l’Ouest américain[18].

La stratégie française[modifier | modifier le code]

Elle est ambitieuse et elle est définie dès septembre 1748, par le rapport au roi du gouverneur La Galissonière[18]. Ce document met l’accent sur l’importance de l’Ouest américain pour les intérêts français à long terme, dans la mesure où le conflit franco-anglais est désormais une donnée majeure de la politique mondiale[18].

Le pays des Illinois, tribus indiennes alliées de la France, n’a pas grande valeur du point de vue économique. Les postes qu’on y entretient sont même, pendant longtemps, une lourde charge financière pour la colonie : tout le matériel et le ravitaillement des garnisons doit être amené du Canada, parfois même de la métropole. Les marchandises qu’on y propose aux Indiens doivent être vendues à perte, afin de lutter contre la concurrence anglaise[18]. Pourtant ces postes sont indispensables pour l’avenir de la colonie car ils représentent une barrière à l’expansion anglaise et ils permettent la domination française sur les Indiens jusqu’à la Louisiane[18].

Le Canada n’est pas particulièrement prospère. Son commerce, en déclin, se limite à un chiffre d'affaires de 150 000 livres par an et les Anglais, mieux placés, fournissent de meilleurs produits à meilleurs marchés[18]. En attendant d’en faire une éventuelle colonie de peuplement en mettant en valeur ses espaces agricoles, la Nouvelle-France a une grande valeur stratégique car les Anglais attachent une telle importance à leurs treize colonies américaines qu’ils sont prêts à distraire des forces importantes, pour les défendre, force qu’ils ne pourront employer en Europe[18].

Or si la vallée de l’Ohio, qui relie les Grands Lacs au Mississippi, est abandonnée, le commerce du Canada est perdu, la Louisiane menacée et le Mexique, qui appartient à l’allié espagnol est également menacé[18]. Il faut donc encercler les colonies anglaises pour inquiéter le gouvernement de Londres, qui immobilisera flotte et armée. On pourra sauver le commerce français avec les Antilles et mettre un terme à l’expansion anglaise sans même avoir une marine pour lutter à armes égales avec la Royal Navy[18]

En construisant des forts dans l’Ohio, on pourrait très bien se passer de la flotte qui correspondrait normalement à l’importance des intérêts économiques et coloniaux de la métropole. Ce raisonnement particulièrement audacieux correspond aux nécessités de l’heure (la grande infériorité navale de la marine de guerre française) et préfigure la stratégie de Napoléon, qui, avec le blocus continental, croyait pouvoir vaincre l’Angleterre après Trafalgar sans disposer d’une flotte de guerre capable de vaincre la Royal Navy[18]. Que cette réflexion stratégique viennent d’un homme qui est membre de la marine royale – presque tous les gouverneurs du Canada en sont issus – ne doit rien au hasard[19].

La montée des tensions (1748 - 1754)[modifier | modifier le code]

Carte de la vallée de l’Ohio en 1755. Surligné en bleu : les forts français ; surligné en jaune : les forts anglais.
Copie de l’une des plaques de plomb enterrées en 1749 par Céloron de Blainville pour affirmer la souveraineté française sur l’Ohio.

Dès 1749, Français et Anglais reprennent leur marche en avant en Amérique du Nord. Pour surveiller Louisbourg et avoir un port où faire hiverner ses escadres, Londres décide d’établir 3 000 colons protestants dans la baie de Chibouctou et y fonde le port d’Halifax. Le général Cornwallis s’y installe en tant que gouverneur de la Nouvelle-Ecosse[17]. Cette même année, les Anglo-Américains décident de s’emparer de l’Ohio à partir de la Virginie car ils ont besoin de terres nouvelles. Ils créent la Compagnie de l’Ohio, dotée d’une charte royale, dont le but est la répartition et la mise en valeur de 500 000 acres de terres « vierges », c'est-à-dire prises aux Indiens[20]. Cette affaire reçoit le plein appui des spéculateurs, des milices et des planteurs les plus riches (le jeune George Washington a des intérêts dans l’affaire[18]).

En application du programme défini par La Galissonière, les Français décident de leur barrer la route et de s’implanter militairement dans l’Ohio[20]. En 1749, le gouverneur français envoie 230 hommes, consistant en un amalgame de miliciens canadiens, de troupes de marines et d’Indiens Abénaquis. Leur mission est de décrire, d’effectuer des reconnaissances, de dresser des cartes et de planter les armes de la France[20]. Céloron de Bienville, major de Détroit qui commande l’expédition, y enterre des plaques de plomb pour acter la prise de contrôle française[17]. En 1752, est lancée la première offensive française : Langlade, un métis franco-amérindien à la tête d’une troupe de Chippewas et d’Ottawas, balaye toutes les implantations anglaises dans la région[17]. Il détruit Pickawillany, leur base la plus avancée chez les Miamis, tue un de leur chef pro-anglais et reprend le contrôle des tribus[20].

La Jonquière, successeur de La Galissonière en 1749, s’est efforcé d’être moins menaçant, plus persuasif, mais en 1752, lui succède Duquesne de Menneville, qui reprend sans ménagement la politique de La Galissonière et décide de passer à l’étape suivante : l’implantation de forts occupés en permanence[20]. La campagne de 1753 lancée avec une forte troupe de 2 200 hommes commandées par Paul Marin de la Malgue, un vétéran des troupes de marine (300 soldats, 200 Indiens, 1 700 miliciens) est un semi-échec[20]. Elle essuie de lourdes pertes dues aux conditions naturelles et Paul Marin, qui se tue littéralement à la tâche, meurt d’épuisement après avoir tenté de diriger tambour battant la construction de trois forts[21].

En revanche, la campagne de 1754, qui permet d’achever les travaux lancés par Paul Marin de la Malgue est un succès complet. Commencée, selon la tradition indienne, dès le mois de février, elle aboutit à l’installation de 100 hommes à Fort Le Bœuf, sur un affluent de l’Allegheny et de 100 hommes à Presqu’île, sur la rive sud du lac Erié, tandis que Le Gardeur de Saint-Pierre établit le Fort Venango sur la rivière Alleghany. La construction de ces trois forts en à peine plus d’un an est un authentique exploit mais qui pose de redoutables problèmes compte tenu des distances à parcourir pour les ravitailler car pour 500 hommes de garnison établis dans l’Ouest, il en faut 1 500 pour assurer le support logistique[20].

Il a donc fallu augmenter les effectifs. Le Ministre de la marine y a consenti, ce qui montre aussi que la politique expansionniste de La Galissonière définie en 1748-1749 avait été approuvée par le roi. En avril 1750, Louis XV avait décidé d’augmenter le nombre de compagnies franches de la marine présentes dans la vallée du Saint-Laurent en les faisant passer de 28 à 30 et en augmentant le nombre d’hommes de chacune. Il créa aussi une compagnie de canonniers-bombardiers. L’envoi de 1 000 recrues en 1750 permit de faire passer les effectifs de 787 à 1 500 hommes tout en congédiant ceux qui n’étaient plus en état de servir[22].

En Virginie, on s’alarme de cette poussée française. Le gouverneur Dinwiddie décide de réagir. Ses milices sont de qualité supérieure à celle de Nouvelle-Angleterre[20]. George Washington, lieutenant colonel de la même milice (à 22 ans) passe les Appalaches à la tête d’une colonne, bien décidé à obtenir le retrait des Français des fourches de l’Ohio. L’échec est complet : les Français ne bougent pas malgré les sommations qui leurs sont faites[17]. Dinwiddie décide alors de faire bâtir un fort au confluent de l’Ohio et de la Monongahela. Nouvel échec : les Français l’en chassent puis Contrecœur et les frères Villiers installent à sa place un quatrième établissement militaire : le fort Duquesne (aujourd’hui Pittsburgh[20]).

En mai, Washington reparait sur les lieux à la tête d’une colonne de 150 miliciens virginiens. L’enseigne Coulon de Jumonville se porte à sa rencontre pour le sommer de quitter la région. Il est abattu dans des circonstances obscures alors qu’il cherche à parlementer (on ne sait pas si Washington a donné l’ordre de tirer où si ce sont ses alliés indiens qui l’ont précédé) et ses compagnons sont capturés[17]. Poursuivi par le frère de Jumonville, Washington s’enferme dans Fort Necessity (un petit fortin de bois fraichement construit en face de Fort Duquesne) où il se retrouve cerné. Craignant d’être massacré, il est forcé de capituler le 3 juillet 1754 et de reconnaitre par écrit qu’il y a eu « assassinat » puis est libéré sur parole. Il se rétracte ensuite, affirmant que l’interprète l’a trompé[17]… Quoi qu’il en soit « c’est le seul président des États-Unis à avoir capitulé devant un ennemi » (Luc Lépine)[23] au terme d’une équipée qui relève plus de l’« amateurisme » (Fred Anderson)[24] que d’une véritable opération militaire.

Les choix diplomatiques et militaires de 1755[modifier | modifier le code]

Benjamin Franklin, qui plaide pour l'union des colonies américaines contre les Canada français, vient à Londres demander de l’aide.
Louis XV veut éviter la guerre avec l’Angleterre, mais veut aussi défendre ses intérêts au Canada en y envoyant des renforts.

Les succès français de 1754 ont trois conséquences.

D’abord, les Français, après deux campagnes dominent la vallée de l’Ohio[20]. Sur le terrain, les milices américaines se sont révélées médiocres, ce qui renforce le mépris des Canadiens pour leur adversaire et laisse optimiste le gouverneur Duquesne de Menneville qui écrit en 1754[20] : « je suis convaincu que nous battrons toujours ces troupes si mal organisées qu’elles ne sont pas du tout opérationnelles. » Les Canadiens vont avoir tendance, dans l’euphorie de la victoire, à sous-estimer l’adversaire.

Deuxième conséquence : l’intervention de la Grande-Bretagne[20]. Les avancées françaises enflamment d’abord les opinions publiques dans les treize colonies[25]. Avant même la conclusion de ces succès, un congrès se réunit à partir de juin 1754 à Albany. Benjamin Franklin, le délégué de Pennsylvanie, excite l’assemblée contre le Canada et demande des troupes à Londres. Il propose aussi l’union des Treize colonies afin de coordonner la lutte contre les Français, mais cette proposition, considérée plus tard comme prophétique n’est pas retenue[20]. En réalité, tous les États ne participent pas à cette réunion (la Virginie est absente) et les délégués sont divisés. Les New-Yorkais, qui commercent avec le Canada, sont partisans de la paix tandis que les commerçants en fourrure qui sont en relation avec les Iroquois militent pour l’intervention armée. Le congrès d’Albany ne décide finalement de rien[20].

C’est de Londres, où l’opinion est de plus en plus remontée contre la France que vient l’intervention militaire, alors même que le gouvernement anglais, dominé par le chancelier de l’Échiquier Henry Pelham et son frère le duc de Newcastle, a longtemps été partisan de l’apaisement[17]. Depuis novembre 1749, une commission spéciale franco-anglaise se réunissait à Paris pour régler les problèmes américains. Les délégués des deux pays menèrent jusqu’en juillet 1755 un véritable dialogue de sourd pour tenter de tracer une frontière claire entre les deux Amériques. Mais les positions étaient trop divergentes et les cartes pas assez précises pour y voir clair[26]. En 1754 (ou 1755) Benjamin Franklin vient à Londres pour y soutenir la cause des colons américains et y déclare qu’il n’y a « point de repos à espérer pour nos treize colonies tant que les Français seront maîtres du Canada »[27]. De plus en plus de gens sont de cet avis, encouragés par les gazettes qui mènent campagne contre la France.

En mars 1754, à la mort d’Henry Pelham, le gouvernement anglais ne résiste plus à la vague belliciste qui domine la Chambre des Communes[25]. Les aspirations du lobby colonial sont ardemment soutenues par William Pitt, le ténor ultra-nationaliste qui domine au Parlement. À la fin de l’année 1754, le duc de Newcastle donne son aval à un plan d’action contre la Nouvelle-France et obtient à cet effet (mars 1755) le vote d’un crédit d’un million de livres afin de « sauvegarder les justes droits et les possessions de la Couronne en Amérique[28] ». Avec cet argent, il est décidé de lever Outre-Atlantique deux régiments de « réguliers » (l’équivalent des compagnies franches de la marine), et surtout, d’envoyer deux régiments d’infanterie de ligne[20]. Ces quatre régiments sont placés sous le commandement du général Braddock. Il a pour mission, avec l’aide des miliciens de Virginie, de s’emparer de la vallée de l’Ohio tandis qu’une autre opération est préparée en Acadie[25].

Troisième conséquence : L’appui militaire de la France à sa colonie du Canada. Lorsque la mort de Jumonville est connue en France, la réaction de l’opinion est tout aussi vive qu’en Angleterre. Plusieurs odes sont composées pour célébrer sa mémoire et flétrir ses assassins[25]. L’ambassadeur de France, Mirepoix, proteste, mais pas au point de rompre[17]. Louis XV, qui veut éviter la guerre, maintient les négociations, mais veut aussi assurer la sécurité du Canada. Lorsque l’information sur l’expédition Braddock parvient à Versailles, il est aussitôt décidé d’y faire face en envoyant une force équivalente, soit 3 à 4 000 soldats[29]. Pour la première fois depuis 1665 (régiment de Carignan-Salières), la France envoie des troupes de l’armée de terre au Canada. Huit bataillons sont prélevés sur six régiments différents[30]. Placés sous le commandement du baron de Dieskau, officier général vétéran des guerres d’Allemagne, ils doivent renforcer les garnisons de Louisbourg, Québec et Montréal. Leur mission est strictement défensive ; tandis que l’infanterie métropolitaine défend les villes fortifiées, les troupes de la colonie doivent pouvoir mener des actions offensives dans l’Ouest. Il n’est pas du tout question, à l’origine, pour les troupes de ligne, d’aller faire une guerre à l’européenne avec des moyens aussi réduits[20].

Ce contingent s’embarque à Brest en avril 1755, dans une escadre de quatorze navires placée sous le commandement du lieutenant général Dubois de La Motte. Elle est composée pour l’essentiel de vaisseaux armés en flûte (onze), c’est à dire en transporteurs faiblement artillés[20]. L’envoi de ce renfort, perçu comme intolérable par Londres, provoque aussitôt une surenchère militaire. Edward Boscawen, qui commande l’escadre d’Amérique à Halifax, reçoit l’ordre de l’intercepter à l’entrée du Saint-Laurent en capturant ou en coulant sans préavis tous les bâtiments français[20]. Le 8 juin 1755, au large de Terre-Neuve, deux vaisseaux français isolés sont capturés après une violente canonnade[31] (voir la guerre navale ci-après). La guerre entre la France et l’Angleterre n’est pas encore déclarée (elle ne le sera officiellement qu’en mai 1756). Elle vient pourtant de commencer, après des années de montée des tensions en Amérique.

La rupture progressive des liens navals avec la France[modifier | modifier le code]

Résistance (1755 - 1757)[modifier | modifier le code]

Le combat du 8 juin 1755 ouvre les hostilités navales entre la France et l’Angleterre au large de Terre-Neuve.
Le dispositif défensif français à Louisbourg en 1757 réussit à tenir la Royal Navy éloignée de la place.

Sur le plan naval, la guerre s’annonce dès le départ très délicate pour la France. Louis XV a consenti, après les pertes de la guerre de Succession d’Autriche, à un réel effort de modernisation de sa flotte. Les plus vieilles unités ont été mises à la casse et quarante-trois vaisseaux ont été lancés entre 1748 et 1755[32]. Malgré cela, les Français se retrouvent grosso modo à un contre deux : soixante vaisseaux et une trentaine de frégates contre cent-vingt vaisseaux et soixante-quinze frégates pour la Royal Navy[33]. Outre le Canada, il faut aussi ravitailler et défendre les Antilles françaises, les comptoirs sur les côtes d’Afrique et ceux de l’Inde. « Du côté français, tout dépend de la mer, même si les colons canadiens et leurs alliés indiens retardent l’échéance » (Patrick Villiers[34]).

Pendant toute l’année 1754 la tension ne cesse de monter, mais Londres et Versailles restent officiellement en paix. Au printemps 1755, les hostilités s’engagent sans déclaration de guerre lorsque la Royal Navy tente d’intercepter au large de Terre-Neuve un gros convoi de quatorze bâtiments porteur de 3 à 4 000 soldats à destination des garnisons du Canada[31] (voir aussi ci-dessus). C’est un semi échec : deux navires seulement sont capturés (un escorteur et un transporteur), mais à l’automne, la marine anglaise réussit une immense rafle en s’emparant de trois-cent navires de commerce dans l’Atlantique[35]. Elle capture ainsi plus de 6 000 marins qu’elle refuse de relâcher pour affaiblir le fragile réservoir humain de 50 000 matelots seulement dont dispose la France[36].

Malgré cela, grâce à la qualité de ses chefs (Beaussier de L'Isle, Dubois de La Motte), la marine française réussit encore en 1756 et 1757 à ravitailler le Canada. En 1756, trois vaisseaux et trois frégates partis de Brest transportent Montcalm et 1 500 hommes qui débarquent sans accroc à Québec malgré les patrouilles anglaises[37]. En 1757 les efforts se concentrent sur la défense de Louisbourg, qui verrouille l’accès au Saint-Laurent. Trois divisions françaises parties séparément de janvier à mai y font leur jonction, soit dix-huit vaisseaux et cinq frégates[38]. Elles y restent jusqu’à l’automne. Cette concentration navale impose le respect aux Anglais qui disposent pourtant de forces équivalentes (dix-neuf vaisseaux, treize frégates ou corvettes) et d’un corps de débarquement. Ils n’osent pas attaquer puis se font balayer des parages de l’île Royale par une tempête[39]. C’est la dernière opération victorieuse de la marine française dans cette guerre[40].

Effondrement (1758 - 1762)[modifier | modifier le code]

Modèle réduit du Machault, l’un des derniers navires français à avoir tenté de ravitailler le Canada en 1760.

1758 est l’année charnière du conflit. L’escadre qui revient de Louisbourg est minée par le typhus. Elle contamine la ville de Brest et ses environs, y faisant plus de 10 000 morts[41]. Cette catastrophe sanitaire désorganise complètement les armements bretons alors que la Royal Navy, inlassablement, continue ses rafles de navires civils (pêche, cabotage, commerce) pour tarir le recrutement des équipages militaires[42]. Les difficultés sont aussi financières : à Toulon, les marins qui n’ont pas été payés depuis un an désertent en masse[43]. Six vaisseaux réussissent cependant à être armés à destination des Antilles et du Canada, mais ils ne parviennent pas à franchir le détroit de Gibraltar barré par des forces très importantes (les dix-huit vaisseaux de Saunders et d’Osborn). Ils se réfugient dans un port espagnol pour y attendre des renforts (dont une partie est capturée) puis doivent finalement rentrer sur Toulon[44].

Les navires partis de l’Atlantique (Brest, Rochefort) qui réussissent à franchir le blocus sont désormais insuffisants pour empêcher les Anglais d’attaquer Louisbourg. Ils le font avec des forces encore plus importantes que l’année précédente : vingt à vingt-deux vaisseaux, quinze à dix-huit frégates, cent à cent-cinquante bâtiments de charge embarquant une armée de 12 à 14 000 hommes[45]. Louisbourg, défendue par 3 000 hommes doit capituler pendant l’été. Les six vaisseaux et les frégates qui y avaient apporté quelques renforts et que l’on n’a pas cru bon de laisser repartir tant que c’était encore possible sont détruits ou capturés[46]. Un seul navire réussit à s’échapper : une frégate corsaire qui file – en vain – sur Bayonne demander de l’aide. Un vaisseau solitaire arrivé tardivement a préféré rebrousser chemin à la vue du dispositif anglais[47]... La défaite de Louisbourg est en partie masquée par le succès terrestre de Montcalm au fort Carillon. Elle ouvre cependant la porte du Saint-Laurent à la flotte anglaise.

À l’automne 1758, Bougainville, trompant le blocus sur un petit navire corsaire, vient demander des renforts en dressant un portrait très sombre de la situation à Québec[48]. Il repart en mars 1759 avec un petit convoi de vivres et 400 soldats, juste à temps pour participer à la défense de la ville assaillie en juin 1759 par vingt-deux vaisseaux, vingt-deux frégates et soixante-dix bâtiments de charge porteurs d’une armée de 10 000 hommes[49]. Des brûlots sont lancés contre les bâtiments anglais. En vain. Québec capitule le 18 septembre, après un long siège et une bataille mémorable (voir ci-dessous).

Le gouvernement de Louis XV a-t-il « abandonné » Québec alors qu’il savait que la ville serait l’objectif de 1759 en Amérique du Nord ? Les propos malheureux du ministre de la marine à Bougainville – « on ne cherche point à sauver les écuries [c'est-à-dire le Canada] quand il y a le feu à la maison [en Europe][50] » – peuvent le laisser croire. En fait, le sort du Canada s’est aussi décidé dans les eaux européennes : en 1759, Versailles a joué le tout pour le tout en voulant concentrer l’escadre de Toulon et de Brest afin de débarquer une puissante armée en Angleterre pour y sceller le sort de la guerre[51]. Le succès de ce plan aurait contraint l’Angleterre à capituler chez elle et aurait sauvé, par contrecoup, le Canada. Mais les escadres françaises ont été balayées aux batailles de Lagos et des Cardinaux, laissant la maitrise des mers à la Royal Navy et précipitant le chute de presque tout l’empire français[51].

En avril 1760, un renfort symbolique de cinq navires marchands porteurs de vivres, de munitions et de 400 soldats escortés par une frégate tentent encore de forcer le passage. Tous sont capturés ou détruits, sans rien changer au sort de Montréal qui capitule en septembre de cette année. En 1762, dans un ultime effort, les Français tentent de se saisir de Terre-Neuve[52]. Une petite force de deux vaisseaux, une frégate et deux flûtes porteuse de 570 hommes réussit à débarquer à Saint-Jean (juin) et à détruire des centaines de navires de pêche[53]. Mais ce succès est sans lendemain car le petit corps expéditionnaire est défait à la bataille de Signal Hill et la Royal Navy qui a beaucoup plus de navires, reste maitre de la région[54]. Ce combat isolé signe la fin du conflit en Amérique du Nord et la perte définitive du Canada Français.

La guerre sur le continent américain[modifier | modifier le code]

L’armée de Braddock écrasée par les Français et leurs alliés indiens à la bataille de la Monongahela.
Le baron de Dieskau capturé par les Anglais et leurs alliés indiens au combat du lac George.

La campagne de 1755[modifier | modifier le code]

Il n’est pas certain que l’envoi du corps expéditionnaire de Dieskau soit un si bon choix pour la défense du Canada[20]. En effet, les troupes de l’armée de terre sont mal adaptées à la guerre coloniale : les longues marches, les rigueurs du climat canadien, l’abandon de la tactique classique du combat en ligne pour le combat en tirailleur diminuent fortement leurs capacités opérationnelles[20]. S’y ajoute la dualité du commandement qui va se révéler néfaste à la bonne marche des opérations, car ni Dieskau, (et ni son successeur Montcalm) ne vont être de véritables subordonnés du marquis de Vaudreuil, le nouveau gouverneur du Canada, en dépit des instructions formelles du roi. Dieskau ne conçoit la guerre qu’à l’européenne, c'est-à-dire selon les « règles », et méprise la « petite guerre » qui s’est pourtant révélée très efficace jusque là[20]. Or il n’en a pas véritablement les moyens, mais ne comprend pas la spécificité de la guerre « à l’américaine », liée à l’espace, aux difficultés de ravitaillement, à la collaboration nécessaire avec les Indiens. Ces erreurs de conception vont coûter cher au corps expéditionnaire. Cependant, les commandants anglais qui débarquent dans le Nouveau Monde partagent les mêmes préjugés et la campagne de 1755 va se révéler dans l’ensemble bénéfique pour les Français[20].

Le général Edward Braddock débarque en Amérique le 16 février 1755[55]. Il y prend son poste de commandant en chef et prépare l’attaque principale contre la Nouvelle-France. Optimiste, il compte se saisir facilement de Fort Duquesne, puis prendre les autres postes français jusqu’à Fort Niagara[55]. George Washington lui sert d’aide de camp volontaire. Il tente de recruter des Amérindiens provenant de tribus qui ne sont pas alliées aux Français, mais sans succès. Nombres d’Amérindiens de la région, comme le chef delaware Shingas, restent neutres[55].

Braddock quitte le Maryland le 29 mai 1755[55]. Alors qu’il a minutieusement préparé son armée, il commet l’erreur tactique de se lancer à travers les bois avec une colonne de 2 200 hommes alourdie par de l’artillerie et des bagages, exactement comme s’il s’agit de faire campagne dans les Flandres ou en Allemagne[20]. Il est très faiblement soutenu par les colons américains. Seul Benjamin Franklin, alors directeur des postes de Pennsylvanie, remplit son engagement de fournir cent-cinquante chariots[17]. La lourde colonne avance lentement dans les forêts en traçant une route pour faire passer l’artillerie, ce qui laisse largement le temps aux éclaireurs de la repérer. En face, Charles de Langlade réunit une troupe franco-amérindienne de 850 hommes[56] détachées depuis Fort Duquesne et qui combattent selon la tactique de la « petite guerre ». Le 9 juillet, ils surprennent les Anglo-américains sur les rives de la Monongahela et les mettent en déroute après une furieuse bataille. Braddock est tué, 1 500 de ses hommes sont mis hors de combat (blessés ou tués), tandis que tout son bagage (y compris ses archives), toute son artillerie et 400 chevaux tombent entre les mains des Franco-amérindiens, dont les pertes sont faibles[57].

En revanche, le baron de Dieskau connait un grave échec, pour avoir voulu appliquer la tactique européenne, c'est-à-dire les mêmes méthodes que Braddock. Les renseignements montrent que les New-Yorkais veulent envahir le Canada par le lac Champlain[20]. Vaudreuil confie 1 500 hommes à Dieskau, qui descend la rivière Richelieu pour affronter la milice coloniale du colonel William Johnson. Dieskau attaque Fort Edward sur l’Hudson, tombe dans une embuscade, est blessé puis fait prisonnier le 8 septembre 1755. Les Anglais en profitent pour construire fort William Henry, au sud du lac George. Pour neutraliser cette nouvelle position, les Français construisent aussitôt Fort Carillon, entre le lac Champlain et le lac George. Ces deux établissements renforcent la « frontière militaire » qui sépare les deux Amériques[20].

Au printemps 1755, un autre échec militaire avait précédé celui de Dieskau au lac Georges : les Anglo-américains avaient réussi leur offensive sur le nord de l’Acadie[25]. En juin, les miliciens de Boston (environ 2 000 hommes embarqués sur une trentaine de navires), commandés par le colonel Monkton, s’étaient emparés des forts Beauséjour (après un bref siège) et Gaspareaux (abandonné par sa garnison). Ces deux établissements étaient la clé de l’isthme de la Chediak qui rattachait la Nouvelle-Ecosse à l’Acadie restée française. A la suite de ce coup demain, l’armée anglaise envahit l’Acadie au nord de la baie de Fundy. Cette occupation ouvrit la porte à une véritable opération de nettoyage ethnique : le « grand dérangement », qui venait de commencer dans l’Acadie anglaise[25].

La déportation des Acadiens[modifier | modifier le code]

L’Acadie en 1754, à la veille du « Grand Dérangement ».
Lecture de l'ordre de déportation des Acadiens à Grand-Pré en 1755.

La déportation des Acadiens en 1755, fait partie des évènements que les Historiens classent dans la période dite du « Grand Dérangement » et qui s’étire jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. L’expression désigne l’expropriation massive et la déportation des Acadiens, peuple francophone d'Amérique, lors de la prise de possession, par les Britanniques, d'une partie des colonies françaises en Amérique.

Après l’annexion de 1713, 10 000 paysans français étaient demeurés en Acadie[20]. Fort des garanties accordées par le traité d’Utrecht, ils étaient passés sous le contrôle de l’autorité britannique. Considérés comme « Français neutres » depuis 1730, ils s’étaient tenus tranquilles pendant la guerre de Succession d’Autriche, malgré les sollicitations canadiennes, ce qui n’empêchait pas les gouverneurs anglais de les redouter et de multiplier, à leur égard, les mesures de surveillance[20]. Le clergé catholique était particulièrement visé car il jouait un rôle central dans la direction des communautés acadiennes.

En 1750 – 1754 les Acadiens sont au nombre d’environ 17 000, dont 13 000 en Nouvelle-Écosse, les autres étant installés à Cap Breton, dans l’île Saint-Jean (île du Prince-Édouard) et dans la péninsule (aujourd’hui le Nouveau-Brunswick[20]). Contrairement aux stipulations du traité d’Utrecht, l’administration anglaise gène l’exercice du culte catholique puis essaie de leur imposer, en juin 1755, un serment d’allégeance à la Couronne britannique. Les Acadiens refusent, surtout par crainte du service militaire[58]. Poussés par des agents français et le clergé catholique, ils se soulèvent contre la Couronne britannique.

La riposte anglaise est brutale : le gouverneur Charles Lawrence décide la déportation des 8 000 Acadiens qu’il accuse de faire du renseignement pour les autorités de Louisbourg et de pousser les Indiens Micmacs et Abénaquis à attaquer les établissements anglais, tandis que les missionnaires comme le père Le Loutre prêchent la résistance à l’Anglais[20]. Avec la chute de fort Beauséjour et Gaspareaux, c’est sur l’Acadie restée française en 1713 que déborde l’opération de nettoyage ethnique. En juillet, le conseil d’Halifax décide de déporter les 6 000 Acadiens qui restent sous tutelle britannique[20].

Les Acadiens sont traités sans ménagement par le colonel Monkton, qui parcourt le pays pour détruire les villages, les églises et rassembler les populations avant leur transfert[20]. Des scènes dignes des conflits du XXème siècle se produisent : des familles sont dispersées avant leur déportation dans d’autres colonies anglaises (où elles sont très mal reçues) où vers la Louisiane. 1 200 personnes sont cachées par les Micmacs dans les bois, mais beaucoup meurent de froid et de faim tandis que d’autres sont pourchassés par les Anglais comme rebelles et hors-la-loi[20]. Certains reviennent s’établir en France (à Belle-Ile ou dans le Poitou[58]). Environ 20 % de la population d'Acadie réussit à s'enfuir au Québec[59]. Avec l’arrivée de colons anglais sur les terres prises aux Acadiens, le peuplement de la région se retrouve bouleversé.

La campagne de 1756[modifier | modifier le code]

Victoires françaises[modifier | modifier le code]

Les principales batailles ou sièges de 1754 à 1760 entre l'Amérique anglaise et l'Amérique française.

Les deux combats de l’été 1755 prolongent leurs effets tactiques l’année suivante. La débâcle anglaise sur la Monongahela a eu un retentissement considérable sur les tribus amérindiennes de l’Ouest qui se rangent massivement aux côtés de la France[60]. Braddock les avait méprisés, ils apprennent qu’un détachement a défait son armée pourtant trois fois supérieure et équipée d’artillerie. Les Amérindiens y voient une preuve éclatante de la supériorité guerrière d’Onontio[60]. De même, la bataille du lac George où a été vaincu et capturé Dieskau apparait comme une victoire à la Pyrrhus des Anglais[60]. Les Français y ont certes été repoussés, mais les vainqueurs ont eu des pertes supérieures aux vaincus, et, plus grave, les alliés iroquois ont payé un lourd tribu humain, dont un chef influent[61]. Ces pertes les éloignent durablement des Anglais. C’est pourquoi, au début de 1756, les Français disposent du quasi monopole des alliances amérindiennes et voient arriver dans les forts de l’Ouest des centaines de guerriers prêts à se lancer dans des raids contre les implantations anglaises[60].

En bon adepte de la petite guerre, Vaudreuil profite de l’avantage pour ordonner l’envoi d’un nombre considérable de partis alors que c’est encore l’hiver[62]. Le plus célèbre est celui mené contre Fort Bull. L’expédition, conduite par Chaussegros de Léry avec un peu plus de 350 hommes, quitte Montréal le 25 février et s’infiltre dans les forêts denses grâce aux guides amérindiens. Surpris, les 60 hommes qui composent la garnison du fort n’opposent qu’une résistance limitée et capitulent le 27 mars 1756[62]. Le butin est important. La saisie des munitions et des provisions conduit à l’annulation de l’offensive de printemps prévue par les Anglais. Plus grave pour eux, la chute de ce poste intermédiaire expose le Fort Oswego, relativement esseulé, à porté d’une attaque française[62].

Quelques semaines plus tard, trois vaisseaux et trois frégates arrivent à Québec avec un renfort de 1 500 hommes et le successeur de Dieskau : le marquis de Montcalm (accompagné de son aide de camp, le comte de Bougainville)[63]. Le jugement des historiens a beaucoup varié sur ce chef militaire. Comme Dieskau (ou Braddock), ses conceptions militaires sont « européennes » : formé au combat en ligne avec de gros effectifs dans des plaines dégagées, il méprise la « petite guerre » à la canadienne[64]. Pourtant, l’homme est un battant : il va guerroyer avec succès pendant trois ans, bien secondé par d’excellents adjoints comme le Chevalier de Lévis et le colonel Bourlamaque[65]. Ses relations avec le gouverneur Vaudreuil – à qui il est en théorie subordonné – ne sont pas bonnes, mais dans un premier temps, c’est sans conséquence pour la défense du Canada.

La meilleure des défenses étant l’attaque, Montcalm rassemble une troupe de plus de 3 000 hommes (Français et Indiens) au fort Frontenac puis marche sur Fort Oswego, pour exploiter la victoire de Chaussegros de Léry à Fort Bull. Fort Oswego est le principal point d’appui anglais sur la rive sud-est du lac Ontario[65]. La flottille anglaise du lac ne parvient pas à le stopper[66]. Le 14 aout, après quelques jours de siège, la place capitule. Deux forts voisins, de plus petite taille, sont détruits aussi. Cette victoire éclatante permet à Montcalm de faire entre 1 300 et 1 700 prisonniers[67], de s’emparer d’une importante artillerie et de plusieurs navires. Tout le lac Ontario passe sous influence française[62] et plusieurs tribus indiennes se rallient. Elles s’en vont harceler les villages de l’État de New York jusqu’en Virginie[68]. Depuis fort Duquesne, des partis sont envoyés en direction du fort Cumberland[62]. Il en résulte un déplacement de la limite des possessions anglaises de plus d’une centaine de kilomètres vers l’est. La victoire tactique de Fort Bull (menée avec la petite guerre) a abouti à une victoire stratégique à Fort Oswego (menée à l’européenne)[62].

Dans le même temps, le général Loudoun, commandant des forces britanniques (en remplacement du défunt Braddock), s’était révélé incapable de prendre l’offensive dans la vallée de l'Ohio[65]. Mieux, presque au même moment où Montcalm s’emparait de Fort Oswego, une petite troupe partie de Fort Duquesne attaquait le Fort Granville, aux portes de la Pennsylvanie[69]. Composée de 22 Français et de 32 « sauvages Loups, Chaouanons et Illinois[70] » elle était commandée par François Coulon de Villiers qui cherchait encore une occasion de venger son frère Jumonville tué deux ans plus tôt par les miliciens de George Washington[69]. Le fort fut pris et brûlé.

Réaction anglaise[modifier | modifier le code]

Willim Pitt dirige le gouvernement anglais à partir de 1756. Il incarne le sursaut national du pays après deux années de défaites face à la France.

A Londres c’est la consternation. Des débats houleux agitent la Chambre des Communes[65]. Selon Horace Walpole, Fort Oswego, est « dix fois plus important que Minorque[71] », faisant par là référence à une autre défaite qui vient de mortifier l’opinion : la prise de la base de Minorque, en Méditerranée, à l’issue d’un débarquement réussi et d’une victoire navale française. Un bouc émissaire, l’amiral commandant l’escadre de Méditerranée en fait les frais, mais ce n’est pas suffisant[72]. La presse, véritable puissance politique en Angleterre, réclame aussi un gouvernement capable de conduire le royaume à la victoire[65].

En novembre 1756, William Pitt est nommé premier secrétaire d’Etat. Cet orateur redoutable, ennemi juré de la France, est soutenu par les grandes villes, notamment les cités portuaires où le lobby du grand commerce colonial est très actif (ce sont eux qui ont orchestré la campagne d’opinion en sa faveur[73]). L’homme n’est guère populaire auprès du roi Georges II et de son fils, le duc de Cumberland, qui obtiennent son renvoi pendant quelques semaines, mais il finit par imposer, au printemps 1757, un cabinet d’union nationale dont il devient le véritable ministre de la guerre[73]. Pitt dicte une stratégie de lutte globale contre la France sur tous les espaces maritimes et coloniaux[73].

Il réorganise l’Amirauté en favorisant la montée de nouveaux officiers généraux[73] accorde trente-six vaisseaux et frégates au théâtre nord américain[34] et décide d’y envoyer 20 000 soldats réguliers[74] (soit 23 bataillons[34]). Avec les miliciens, le commandement anglais dispose au total de 50 000 hommes, sans difficulté de ravitaillement, avec la Royal Navy qui croise dans l’Atlantique comme si elle était dans la Manche, alors que la marine de Louis XV doit franchir le blocus devant ses propres ports et devant le Saint-Laurent[74].

En face, avec les renforts arrivés en 1756, Vaudreuil et Montcalm ne disposent guère que de 6 000 soldats réguliers, 5 000 miliciens plus, éventuellement, 15 000 hommes en état de porter les armes[75]. Cette disproportion des forces se retrouve aussi sur le plan financier : les sommes affectées par le gouvernement britannique à l’assaut du Canada sont vingt-cinq fois supérieures à celle que la France destine à la défense de sa colonie[76].

La stratégie anglaise est relativement simple, compte tenu des moyens mis en œuvre : attaquer la vallée du Saint-Laurent de trois côtés à la fois : à l’Ouest, s’emparer des forts et contrôler la région des Grands Lacs, au centre, attaquer Montréal en remontant la vallée de l'Hudson, enfin, à l’Est, réaliser le vieux rêve des colons de Nouvelle-Angleterre en s’emparant de Québec par une opération combinée Mer-Terre[74]. Cependant, la valeur militaire des colons canadiens est « extraordinaire » (Patrick Villiers) : elle va retarder jusqu’à 1758 les premiers succès anglais significatifs, et va permettre de résister encore deux ans après la rupture des liens maritimes avec la France[77].

La campagne de 1757[modifier | modifier le code]

La chute de Fort William Henry[modifier | modifier le code]

Les forts français et anglais sur les lacs Érié, Ontario, Champlain et sur le fleuve Hudson.

Pendant l’hiver 1756-1757 Vaudreuil poursuit sa stratégie de harcèlement contre les postes anglais. Il pousse les commandants des forts à ne pas relâcher leurs efforts, afin de porter des coups décisifs[78]. Fort de son expérience en Louisiane, il sait que tout arrêt serait considéré comme une faiblesse par les Amérindiens et permettrait aux Anglais de reconstituer leurs forces. C’est pourquoi il insiste pour que ces derniers soient accablés en permanence afin de les démoraliser[78]. Il se montre très satisfait, par exemple, du raid hivernal lancé début 1757 et qui permet la destruction d’une dizaine d’habitations à une dizaine de lieues de Fort Cumberland[79]. Envoyé par Le Marchand de Lignery depuis Fort Duquesne, le détachement a dû marcher pendant 33 jours, dont une bonne partie dans la neige[78].

Ces raids, d’une certaine manière font figure d’action de déception dans la mesure où ils focalisent l’attention des Anglais loin des positions françaises[78]. Montcalm se montre très dubitatif vis-à-vis de cette tactique qui consiste à parcourir des distances considérables pour tendre une embuscade ou mener une escarmouche, incendier des fermes, ramener quelques prisonniers et des « chevelures » pour les Amérindiens. Bougainville partage cet avis. Cette tactique a cependant un autre avantage, essentiel pour la défense de la colonie : elle permet de faire du renseignement[78]. Au retour de son expédition, Lignery signale qu’il n’y a que quelques centaines d’hommes dans le secteur du Fort Cumberland. Montcalm en tire immédiatement la conclusion qu’il va pouvoir porter son effort de l’été 1757 sur la zone du lac Saint-Sacrement sans craindre outre-mesure pour la sûreté du Fort Duquesne et de sa petite garnison[78].

Fort de ces renseignements, Montcalm peut partir en campagne en rassemblant une force plus nombreuse que l’année précédente : 7 500 à 8 000 hommes de troupes régulières, de miliciens et d’Amérindiens avec une trentaine de pièces d’artillerie. Il vient mettre le siège devant le Fort William Henry, place qui verrouille le haut de l’Hudson[40]. Elle est défendue par une troupe de 2 300 hommes aux ordres de George Monro. Le harcèlement continuel qu’elle a subi au printemps a entrainé une quasi-cécité de son commandant qui n’a consenti que peu d’efforts pour améliorer ses défenses[78]. Pris au dépourvu et non secouru par la garnison voisine de Fort Edward, Monro se rend le 9 août avec les honneurs de la guerre après quelques jours de combat. Les Amérindiens, qui ont participé en nombre au siège – ils ont fourni plus de 1 700 guerriers – ne comprennent pas cet acte qui les privent de butin et de prisonniers[78]. Plusieurs groupes, très mécontents (et ivres) massacrent une partie des Anglais lors de leur retraite, en dépit de tous les engagements de la capitulation[80]. Montcalm et ses officiers doivent s’interposer et sermonner leurs alliés. Cet incident choque les Anglais qui estiment que Montcalm a manqué à sa parole de gentilhomme et provoque un vif ressentiment entre Français et Amérindiens qui s’estiment injustement traités. « Jamais plus la Nouvelle-France ne pourra disposer d’autant d’Alliés » (Laurent Nerich[78]). Dans l’immédiat, la chute de Fort William Henry reste un succès français qui expose la ville d’Albany à une possible attaque[40].

La défense de Louisbourg[modifier | modifier le code]

L’autre opération importante se déroule sur la côte atlantique, à l’île Royale sur initiative anglaise. Avec les moyens militaires accordés par Pitt, l’objectif est de faire sauter le verrou de Louisbourg, qui bloque l’accès au Saint-Laurent et à Québec. Les moyens sont rassemblés – lentement – sur la base d’Halifax pendant l’été : quinze, puis dix-neuf vaisseaux avec des frégates et des transporteurs chargés d’un corps de débarquement de 5 300 hommes[39]. Le 19 août, cette force commandée par les amiraux Hardy et Holburne parait devant Louisbourg. C’est pour y découvrir que la forteresse, outre sa garnison, est aussi défendue par une escadre française de force équivalente qui s’y est rassemblée par l’arrivée séparée de trois divisions[39].

Dubois de La Motte a embossé une partie de ses vaisseaux pour bloquer la passe et les batteries d’artillerie ont été renforcées. Les chefs anglais, impressionnés par ce dispositif, tournent en rond devant Louisbourg jusqu’à ce qu’une tempête, le 24 septembre, vienne s’abattre sur leur escadre[39]. Une douzaine de navires sont hors de combat, mais Dubois de La Motte, qui a de stricts ordres défensifs, n’en profite pas pour contre-attaquer. Les deux concentrations navales n’ont rien produit de spectaculaire, mais c’est malgré tout une nette victoire défensive française[63]. Indépendamment de ces opérations, des renforts de troupes embarqués sur des navires civils affrétés par le roi réussissent encore à parvenir à Québec et Louisbourg. Partis de divers ports civils (Blaye, Saint-Malo, Dunkerque) et militaires (Rochefort, Brest) ils débarquent de juin à septembre à peu près 1 100 hommes qui sont intégrés dans les régiments de Terre et de la Marine[81].

Fin 1757, la situation est telle que certains en Angleterre envisagent sérieusement la paix : « une mauvaise paix pour nous sans aucun doute, et cependant meilleure que celle que nous aurons l’année qui suivra », écrit lord Chesterfield qui est membre du Parlement[82]. Mais c’est sans compter sans la détermination de William Pitt, qui, rasséréné par les victoires de son allié Frédéric II en Allemagne contre les Français et les Autrichiens n’entend pas relâcher ses efforts en Amérique[78].

La campagne de 1758[modifier | modifier le code]

Le siège de Louisbourg. La prise de cette forteresse, à l’été 1758, constitue le premier grand succès anglais contre le Canada français.

Le siège de Louisbourg[modifier | modifier le code]

Tirant les conclusions de la décevante campagne précédente, Londres change les chefs en Amérique et décide de partir en campagne plus tôt. Pour attaquer Louisbourg, objectif principal de la campagne de 1758[76], les amiraux Hardy et Holburne cèdent leur place à un officier nettement plus déterminé : Edward Boscawen. Une troupe de 12 à 14 000 hommes (soit plus du double qu’en 1757) est confiée au major général Jeffery Amherst pour attaquer la place. Embarquée sur plus de cent navires de charge, escortée par vingt à vingt-deux vaisseaux de ligne et quinze à dix-huit frégates, cette force se présente devant Louisbourg le 2 juin 1758[45].

La forteresse est défendue par les 3 000 hommes du chevalier de Drucourt. Elle vient de recevoir quelques renforts apportés par les petites divisions navales du marquis Des Gouttes, de Beaussier de l’Isle et du comte De Breugnon qui ont réussi à franchir le blocus devant Brest et Rochefort (six vaisseaux, plusieurs frégates et transporteurs)[46]. Une nouvelle division, aux ordres du comte Du Chaffault (cinq vaisseaux, trois frégates, un flûte, un senau[83]) arrive en même temps que l’escadre anglaise avec un renfort de 700 hommes et de la farine. Du Chaffault les fait débarquer dans une baie voisine pour qu’ils gagnent la forteresse par leurs propres moyens, puis fait voile vers Québec. En ordre dispersé, Versailles a donc réussi à faire passer au Canada onze vaisseaux de ligne, mais aux deux-tiers armés en transporteurs et au service de maigres renforts. Refoulés ou détruit par mauvaise fortune de mer ou de guerre, une dizaine d’autres navires n’ont pu traverser l’Atlantique[84]. Quant aux six vaisseaux partis de Toulon, ils n’ont même pas pu sortir de Méditerranée. Bloqués à Gibraltar par des forces beaucoup plus importantes, ils se sont réfugiés six mois dans un port espagnol avant de rentrer sans gloire à leur base[44].

Le 8 juin, les Anglais commencent à débarquer sur l’île Royale et dès le 12, lancent les premières attaques. Louisbourg manque d’armes et de munitions, mais elle est bien pourvue en vivres et doit pouvoir tenir jusqu’aux tempêtes d’automne qui obligeront les assaillants à lever le siège et à se replier sur Halifax[76]. Cependant, elle souffre de graves défauts de construction qui minent sa solidité[85]. La forteresse est peu à peu investie par les forces d’Amherst qui neutralisent une par une toutes les batteries malgré les efforts des défenseurs. Les 28 et 29 juin, Drucourt fait bloquer la passe en y sabordant plusieurs navires[86], mais cela ne change rien à l’évolution du siège. Le périmètre de la place se réduit peu à peu et plus rien n’échappe aux bombes anglaises. Les vaisseaux que Drucourt n’a pas laissé repartir en pensant les utiliser comme batteries flottantes sont détruits ou capturés[47]. Le 26 juillet, à bout de ressources et redoutant un assaut général qui se solderait par un massacre, Drucourt est contraint à la reddition. Les vainqueurs refusent les honneurs de la guerre, emmènent les combattants en captivité en Angleterre, raflent les colons de l’île Royale et les embarquent de force vers la France. Louisbourg a cédé en 45 jours de siège. C’est le premier grand succès Anglais contre le Canada[87]. « Ainsi les efforts déployés depuis 40 ans pour compenser la perte de Port-Royal/Annapolis et défendre l’embouchure du Saint-Laurent s’étaient révélés peu fructueux » (Jean Béranger, Jean Meyer[87]).

La bataille de fort Carillon[modifier | modifier le code]

Le siège de Québec (1759)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Siège de Québec de 1759.

À l'aube du siège, la vie dans la ville de Québec et dans la colonie tout entière est devenue très difficile. Les habitants sont épuisés par la guerre qui dure depuis maintenant cinq ans. Les relations entre Montcalm et Vaudreuil sont également de plus en plus tendues. Les habitants de Québec vivent dans la famine, la peur et l'incertitude. Pendant qu'ils voient leur ville être détruite par les multiples bombardements anglais, ils se demandent pourquoi les autorités françaises ne répliquent pas et pour quelle raison les munitions sont préservées. Les bombardements incessants, en plus de détruire une bonne partie de la ville, apeurent les habitants, particulièrement les enfants et les femmes, qui se réfugient dans la prière[88].

Durant le siège, Wolfe détache des troupes sur la rive sud et nord du fleuve et les emploie à brûler les fermes et le blé, ainsi que les villages, aussi loin que La Malbaie et Rivière-Ouelle. Les soldats britanniques profitent de leur force pour faire main basse sur les femmes, les enfants et le bétail qui n'ont pu se réfugier à temps dans les bois. Dans certains villages, comme à Saint-François-du-Lac, Portneuf et Saint-Joachim, massacres et scalps sont aussi pratiqués par les troupes[89].

La bataille des plaines d'Abraham[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille des plaines d'Abraham.

Pendant les mouvements de troupes de l'armée, et tandis que celles-ci se positionnent sur le champ de bataille, plusieurs miliciens et soldats des troupes françaises harcèlent les Britanniques sur leurs flancs. Ces escarmouches causent plusieurs victimes. Entretemps, Montcalm analyse la situation et conclut qu'il ne doit pas donner à l'ennemi le temps de se fortifier. Autrement, il lui serait impossible de le déloger. C'est donc vers 10 h que le général ordonne l'attaque. Les troupes sont divisées en trois lignes, la première est constituée de réguliers, le deuxième de miliciens incorporés aux régiments, et la troisième également. La décision de Montcalm d'incorporer à chaque régiment de l'armée un corps de miliciens s'avère être catastrophique. La ligne se défait à quelques pas de l'ennemi, les soldats de la deuxième ligne tirent sans en avoir reçu l'ordre[90].

Les deux armées subissent des pertes du même ordre : 658 du côté britannique et 644 du côté français. Le gros des pertes françaises survient au cours de la bataille rangée alors que les Britanniques subissent le gros de leurs pertes des mains des miliciens et des Amérindiens qui couvrent la retraite des soldats réguliers. La mort du général Montcalm et du général Wolfe survient à peu près au même moment. La bataille des plaines d'Abraham dure environ deux heures, si l'on tient compte des événements qui s'enchaînent à compter de 10 heures : les deux charges de la bataille rangée, la française et la britannique, et la fusillade d'environ h 30 entre les Britanniques et les francs-tireurs. L'historien D. Peter McLeod évalue la durée de la bataille à environ huit heures[91], en incluant l'ensemble des événements militaires de la journée, de l'attaque de l'avant-poste de Vergor à h le matin jusqu'aux derniers coups de canon qui forcent la retraite des soldats britanniques à l'embouchure de la St-Charles à 12 h. Après leur défaite sur les plaines d'Abraham le 13 septembre 1759, les troupes françaises et canadiennes se sont dispersées ; Montcalm, mortellement blessé, a réussi à prendre sa retraite à Québec avec certains de ses compagnons. Bougainville, Lévis, et les troupes se sont retirées en direction de Montréal tandis que le gouverneur de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil a abandonné la côte de Beauport et s'est dirigé vers l'ouest pour se joindre à Lévis et Bougainville[92].

Reddition[modifier | modifier le code]

Vaudreuil envoya un message à Ramezay avisant de son retrait et lui enjoignant de défendre la ville jusqu'à ce qu'« il tombera à court de dispositions », à quel point il devait choisir le moyen le plus honorable de proposer sa capitulation[92]. Les Britanniques, maintenant en contrôle des plaines, apportèrent artilleries lourdes, dont douze canons de 24 livres, de grands mortiers et des obusiers de quatre pouces, permettant de bombarder la ville[93]. Une batterie sur la rive opposée à Pointe de Lévis avait déjà rendu la tache impossible pour les défenseurs de la ville de rester sur ses murs[94]. Le vice-amiral Saunders qui avait jusqu'alors gardé ses plus gros navires en aval, avait maintenant apporté sept de ses plus puissants navires pour rejoindre les frégates déjà dans le bassin[95]. Les Britanniques étaient très désireux de régler les choses rapidement avant le début de l'hiver, et cette démonstration de force était de faciliter une reddition rapide[96].

Après la bataille, Ramezay avait le 14 septembre, 2 200 hommes, dont 330 français et troupes, 20 hommes d'artillerie, 500 marins et 1 300 miliciens, ainsi que les 4 000 habitants. Ramezay avait estimé qu'il avait assez de vivres pour huit jours[97]. Dès le 15 septembre, il a reçu une protestation de certains des gens des villes les plus importants pour lui demander de capituler plutôt que de risquer le saccage de la ville[98]. Ramezay convoqua un conseil de guerre, donner à chacun l'occasion de leur point de vue. Un seul, Louis-Thomas Jacau de Fiedmont, était contre la reddition[95]. Pour résumer, Ramezay a déclaré : « Si l'on considère les instructions que j'ai reçu du Marquis de Vaudreuil et la rareté des dispositions, et prouvée par les retours des recherches que j'ai fait, je conclus pour m'efforcer d'obtenir de l'ennemi la capitulation la plus honorable »[95]. En tout, 24 notables de Québec dont des commerçants, des officiers de milice et des fonctionnaires se tiennent dans la résidence, en partie détruite, de François Daine, lieutenant général de la prévôté de Québec[99]. Les membres de l'assemblée signent une requête demandant à Ramezay de négocier la reddition de Québec. Daine lui remet la requête en main propre le jour même[100].

La capitulation de Québec[modifier | modifier le code]

Après consultation des avis des notables de la ville de Montréal, de ceux de son état-major, et en fonction des instructions du quartier général du marquis de Vaudreuil, Jean-Baptiste Nicolas Roch de Ramezay (le lieutenant du roi qui assure la défense de la ville) négocie la reddition de la ville avec les représentants de la couronne britannique : Charles Saunders et George Townshend.

La fin du conflit (1760 - 1763)[modifier | modifier le code]

La chute de Montréal (1760)[modifier | modifier le code]

Le chevalier de Lévis, qui commande les troupes françaises depuis la mort de Montcalm, organise une offensive sur Québec. Grâce à la victoire qu'il remporte à la bataille de Sainte-Foy (), l'espoir renaît dans le camp français ; mais l'offensive britannique sur Montréal et la présence de la flotte britannique dans le Saint-Laurent obligent les forces françaises à se replier. La capitulation de Montréal est signée par le gouverneur-général Pierre de Rigaud de Vaudreuil et le major-général Jeffrey Amherst, au nom des couronnes française et britannique, le .

Les derniers combats et les traités de paix (1762 - 1763)[modifier | modifier le code]

Pour Choiseul, principal ministre de Louis XV en 1763, la perte du Canada est vue comme négligeable.

Mais la guerre n'est pas totalement finie, notamment à Terre-Neuve, avec la bataille de Signal Hill, le qui se solde par une victoire britannique, ce qui entraînera la chute de la ville de Saint-Jean trois jours plus tard (dont les Français s'étaient emparé quelques semaines auparavant à l’issue d'un ultime effort naval[52]).

Par le traité de Paris signé en 1763 entre la France et la Grande-Bretagne, celle-ci obtient de la France l'île Royale, l'Isle Saint-Jean, le Nord de l'Acadie, le Québec, le bassin des Grands Lacs, ainsi que tous les territoires français situés à l'est du Mississippi. Mais la France retrouve aussi des territoires en Amérique, comme ses territoires des Antilles, ainsi que Saint-Pierre-et-Miquelon (qu'elle avait perdu en 1713).

La perte de « quelques arpents de neige » pour la France ?[modifier | modifier le code]

Avec la cession de la Louisiane à l'Espagne (pour indemniser celle-ci de la perte de la Floride), la France cesse presque totalement d’être présente en Amérique du Nord (ne reste que Saint-Pierre-et-Miquelon). Des intellectuels français ainsi que les plus hauts responsables de l'Etat, Étienne de Choiseul en tête, considèrent la cession du Canada comme un évènement négligeable la perte de ces « quelques arpents de neige » dont Voltaire s'amuse dans Candide[101]. Pour le gouvernement français, l'essentiel est de récupérer les îles des Antilles, riches productrices de sucre et de café[101] et dont la valeur économique est considérée comme bien supérieure à celle de la Nouvelle-France.

Il n’est pas certain cependant que toute l’opinion française ait partagé « sans remords ni regret » (André Zysberg[101]) la liquidation du Canada. Le bourgeois parisien Edmond Barbier par exemple, analyse lucidement la situation dans son Journal : « Les Anglais ont fait le siège de la ville de Québec et s’en sont enfin rendus maîtres. La capitulation, avec les honneurs de la guerre, est du 18 septembre. Ils sont par ce moyen en possession de tout le Canada, dont la perte est considérable pour nous, et ils s’empareront de toutes nos possessions dans l’Amérique, les unes après les autres, par cette supériorité de marine, et feront enfin tout le commerce[102]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Archambault, « La question des vivres au Canada au cours de l’hiver 1757-1758 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 21, no 1,‎ (ISSN 0035-2357 et 1492-1383, DOI 10.7202/302643ar, lire en ligne, consulté le 3 décembre 2017)
  2. http://www.salic-slmc.ca/showpage.asp?file=histoire_ling/intro_fr_en/guerre_sept_ans&language=fr&updatemenu=true.
  3. a b et c Zysberg 2002, p. 239-240.
  4. 60 000 selon Zysberg 2002, p. 240 et Bély 1992, p. 517 ; 70 000 selon Vergé-Franceschi 2002, p. 280-282.
  5. a b c d e f g h et i Zysberg 2002, p. 240.
  6. a b et c Vergé-Franceschi 2002, p. 280-282.
  7. Rénald Lessard, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 244-246.
  8. a b et c Bély 1992, p. 519.
  9. ccbn-nbc.gc.ca, Le siège de Québec.
  10. Québec, ville militaire (1608-2008), Montréal : Art Global, 2008, p. 140.
  11. Bély 1992, p. 517.
  12. http://bataille.ccbn-nbc.gc.ca/fr/siege-de-quebec/forces-en-presence/armee-francaise-canadiens-amerindiens/la-milice.php.
  13. Luc Lépine, 1997, Organisation militaire de la Nouvelle-France.
  14. Chartrand, Québec 1759, p. 31.
  15. http://bataille.ccbn-nbc.gc.ca/fr/siege-de-quebec/forces-en-presence/armee-britannique-americains-marine/les-americains.php.
  16. Chartrand, Québec 1759, p. 60.
  17. a b c d e f g h i et j Bély 1992, p. 518-520.
  18. a b c d e f g h i j et k Bérenger et Meyer 1993, p. 204-205.
  19. Zysberg 2002, p. 241-242.
  20. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae et af Bérenger et Meyer 1993, p. 206-211.
  21. Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 280.
  22. Dans le détail, en 1748, chaque compagnie comptait en théorie 29 soldats et sous-officiers, soit en tout 812 hommes, mais comme les effectifs étaient rarement complets, le chiffre exact était plutôt de 787 soldats et sous-officiers. En 1750, l’effectif de chaque compagnie fut porté de 29 à 50. La compagnie de canonniers-bombardiers était dotée de 50 hommes. Les hommes congédiés le furent au motif qu’ils étaient mariés, mauvais sujets ou invalides. Ils étaient 233. Rénald Lessard, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 246-247.
  23. Affirmation à relativiser car George Washington n’est devenu président des États-Unis qu’en 1789. Luc Lépine, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 137.
  24. Jugement émis par l’historien américain Fred Anderson. Anderson 2000, p. 51.
  25. a b c d e et f Zysberg 2002, p. 244-245.
  26. Shirley, gouverneur du Massachusetts, y représente un temps l’Angleterre. La Galissonière et Silhouette y sont les délégués français. Les discussions s’enlisent dans des querelles de procédure. Dans les négociations, trois zones de litiges apparaissent : la frontière de l’Ohio, les forts construits au sud de Montréal, les frontières de l’Acadie. Les Anglais réclament l’Ohio comme frontière, alors que les Français veulent pour eux-mêmes les territoires arrosés par les rivières se jetant dans le Saint-Laurent ou les Grands Lacs, donc les Monts Allegheny comme limite. Les Anglais veulent aussi la destruction des nouveaux forts sur le Lac Champlain ou le Lac Ontario qui menacent la rivière de l’Hudson. En Acadie, Louis XV demande la rive nord de la baie de Fundy, ne laissant aux Anglais que la Nouvelle-Écosse, ce que ceux-ci ne peuvent accepter. Bély 1992, p. 519-520.
  27. Cité par Monaque 2016, p. 138.
  28. Cité par Zysberg 2002, p. 245.
  29. 3 000 selon Zysberg 2002, p. 245, 4 000 selon Bérenger et Meyer 1993, p. 206-211.
  30. Ces régiments sont le Reine Infanterie, Artois, Béarn, Bourgogne, Guyenne et Languedoc. Bérenger et Meyer 1993, p. 208.
  31. a et b Lacour-Gayet 1910, p. 254-255. Composition détaillée de l’escadre dans l’article sur le combat du 8 juin 1755. Voir aussi Luc Lépine, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 137-138.
  32. Villiers 2015, p. 126.
  33. Effectif des deux flottes pour l’année 1755 donné par Zysberg 2002, p. 263.
  34. a b et c Villiers, Duteil et Muchembled 1997, p. 105.
  35. Villiers 2015, p. 127.
  36. Zysberg 2002, p. 246, Villiers, Duteil et Muchembled 1997, p. 102.
  37. Il s’agit du Héros, de l’Illustre et du Léopard, tous trois armés en transporteurs. Les frégates sont la Sirène, la Licorne et la Sauvage. Lacour-Gayet 1910, p. 382-383.
  38. Lacour-Gayet 1910, p. 383-385. Composition détaillée de l’escadre dans l’article sur l’expédition de Louisbourg.
  39. a b c et d Lacour-Gayet 1910, p. 383-385.
  40. a b et c Zysberg 2002, p. 257.
  41. Meyer et Acerra 1994, p. 106.
  42. Villiers, Duteil et Muchembled 1997, p. 103.
  43. Villiers, Duteil et Muchembled 1997, p. 102.
  44. a et b Lacour-Gayet 1910, p. 302-305. Voir aussi le détail des armements français pour le Canada dans l’article sur le siège de Louisbourg en 1758.
  45. a et b Vingt vaisseaux de ligne, dix-huit frégates, cent navires de transport et 12 000 soldats selon Lacour-Gayet 1910, p. 385. Vingt-deux vaisseaux de ligne, quinze frégates, cent-vingt navires de transport et 12 000 soldats selon Zysberg 2002, p. 265. La version anglaise du siège de Louisbourg donne vingt-quatre vaisseaux de ligne, cent-cinquante navires de transport avec 14 000 soldats mais sans donner de chiffre pour les frégates. Ces écarts s’expliquent peut-être par l’arrivée de renforts ou le départ de certains navires pendant le siège vers la base voisine d’Halifax.
  46. a et b Il s’agit de l’Entreprenant (74 canons), du Prudent (74), du Capricieux (64, mais armé en transporteur à 20-22 canons), du Célèbre (64, mais armé en transporteur), du Bienfaisant (64, mais armé en transporteur) et de l’Apollon (56, mais armé en transporteur). Un septième vaisseau, le Bizarre avec son armement complet de 64 canons fait partie de ces renforts, mais il quitte Louisbourg avant le début du siège. Les frégates sont l’Echo, la Fidèle, la Chèvre, la Biche, la Diane et La Ville de Saint-Malo (qui semble être une frégate corsaire). Troude 1867-1868, p. 368-370, Lacour-Gayet 1910, p. 385-386 et p.532, Casgrain 1891, p. 487.
  47. a et b Lacour-Gayet 1910, p. 385-386.
  48. Zysberg 2002, p. 266, Monaque 2016, p. 144.
  49. Zysberg 2002, p. 269-270.
  50. Cité par Zysberg 2002, p. 266. Voir aussi Monaque 2016, p. 144.
  51. a et b Zysberg 2002, p. 267-268, Monaque 2016, p. 145-150.
  52. a et b Lacour-Gayet 1910, p. 389 et 534.
  53. Cette force est composée des vaisseaux le Robuste de 74 canons, de l’Éveillé de 64 canons, de la frégate la Licorne de 32 canons et des flûtes la Garonne et la Biche. Lacour-Gayet 1910, p. 389 et 534.
  54. Jean Meyer, dans Vergé-Franceschi 2002, p. 1390.
  55. a b c et d Luc Lépine, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 140-142.
  56. 106 soldats de la marine, 146 miliciens et 600 Amérindiens. Bérenger et Meyer 1993, p. 210.
  57. 23 morts et 10 blessés. Bérenger et Meyer 1993, p. 210.
  58. a et b Bély 1992, p. 521.
  59. John Handfield, Dictionnaire biographique du Canada, Dictionnaire biographique du Canada en ligne.
  60. a b c et d Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 281.
  61. Il s’agit du sachem Theyanoguin. Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 281.
  62. a b c d e et f Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 282-283.
  63. a et b Supra : détails dans les deux paragraphes consacrés à la guerre navale.
  64. Jean Béranger et Jean Meyer parlent d’un « chef médiocre et malchanceux », malgré la « légende » construite autour de lui. Ce jugement qui parait excessif n’est pas retenu ici. Bérenger et Meyer 1993, p. 209.
  65. a b c d et e Zysberg 2002, p. 252.
  66. Bély 1992, p. 539-540.
  67. 1 300 selon, Bély 1992, p. 539, 1 700 selon Zysberg 2002, p. 252.
  68. Monaque 2016, p. 142-144.
  69. a et b Arnaud Balvay, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 231.
  70. Lettre du gouverneur de la Louisiane Louis Billouart de Kerlerec au Ministre de la Marine, le 23 janvier 1758. Citée par Arnaud Balvay, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 231.
  71. Cité par Bély 1992, p. 539.
  72. A son retour en Angleterre, John Byng est emprisonné, jugé par un conseil de guerre, condamné à mort et exécuté, le 14 mars 1757. Bély 1992, p. 540.
  73. a b c et d Zysberg 2002, p. 253-254.
  74. a b et c Bérenger et Meyer 1993, p. 232-234.
  75. Villiers, Duteil et Muchembled 1997, p. 105. Lucien Bély donne des chiffres plus bas : 3 800 soldats, 3 000 miliciens et 1 800 Indiens alliés. Bély 1992, p. 539. Patrick Villiers ne précise pas qui sont les 15 000 hommes en état « éventuellement » de porter les armes, alors que tous les Canadiens en âge de servir sont normalement susceptibles d’être appelés dans la milice. Peut-être fait-il référence aux alliés Indiens qui sont sans doute beaucoup plus nombreux que le chiffre cité par Lucien Bély.
  76. a b et c Zysberg 2002, p. 263-266.
  77. Villiers, Duteil et Muchembled 1997, p. 105, Zysberg 2002, p. 253. Voir aussi, supra les paragraphes consacrés spécifiquement à la guerre navale.
  78. a b c d e f g h i et j Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 283-284 et p.286-287.
  79. « Ce petit succès dut faire voir à l’ennemy que la plus dure saison de l’année ne le met point à l’abry de nos incursions ». Lettre de Vaudreuil au ministre, 12 juillet 1757. Citée par Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 283.
  80. Bély 1992, p. 547-548.
  81. Ce renfort mal connu a été étudié récemment. 2 200 hommes avaient été embarqués par petits groupes sur au moins dix-huit transporteurs non escortés. La moitié ont été capturés ou refoulés par le blocus anglais. Rénald Lessard, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 258-267.
  82. Cité par Laurent Nerich, dans Veyssière et Fonck 2012, p. 284.
  83. Il s’agit du Dragon (64 canons), du Belliqueux, (64), du Sphinx (64, mais armé en transporteur à 20-22 canons), du Hardi (64, mais armé en transporteur), et du Brillant (56 venant de la Compagnie des Indes, armé en transporteur), les frégates le Zéphyre, la Valeur et la Mignonne ; la flûte le Rhinocéros, le senau le Cerf-Volant. Cette force avait appareillé de l’île d’Aix le 2 mai. Chack 2001, p. 272-275, Lacour-Gayet 1910, p. 385-386 et p.532.
  84. Chack 2001, p. 271.
  85. Les pierres sont mal scellées à cause d’un mortier de mauvaise qualité. Elles résistent très mal aux coups d’embrasure. Casgrain 1891, p. 461-462, p.492-493.
  86. L’Apollon, les frégates la Fidèle, la Chèvre et la Biche. Les quatre bâtiments ont les mâts liés ensembles et coupés à fleur d’eau. Le lendemain est coulée au même endroit la frégate la Diane en compagnie de La Ville de Saint-Malo pour parfaire le dispositif de comblage. Casgrain 1891, p. 487.
  87. a et b Bérenger et Meyer 1993, p. 233.
  88. Récher, Journal du Siège de Québec, 1759, p. 15.
  89. Lionel-Groulx, Lendemains de conquête, ré-édition de 1977, p. 22-23.
  90. ccbn-nbc.gc.ca, La bataille des plaines d'Abraham.
  91. Macleod 2008, p. 278.
  92. a et b Leckie 1999, p. 389.
  93. Leckie 1999, p. 392.
  94. Leckie 1999, p. 291.
  95. a b et c Leckie 1999, p. 394.
  96. Leckie 1999, p. 392-394.
  97. Leckie 1999, p. 389-390.
  98. Leckie 1999, p. 392-393.
  99. Macleod 2008, p. 306.
  100. Macleod 2008, p. 308.
  101. a b et c Zysberg 2002, p. 280.
  102. E. Barbier, Journal, t.7, p.198. Cité par Zysberg 2002, p. 280.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

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Sources canadiennes/américaines francophones[modifier | modifier le code]

Sources françaises[modifier | modifier le code]

Sources anglophones[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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