Île Tromelin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Tromelin.
Île Tromelin
Vue aérienne de l'île Tromelin.
Vue aérienne de l'île Tromelin.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Revendication par Drapeau de Maurice Maurice
Archipel Aucun
Localisation Océan Indien
Coordonnées 15° 53′ 31″ S, 54° 31′ 23″ E
Superficie 1 km2
Côtes 3,7 km
Point culminant non nommé (7 m)
Géologie Île corallienne
Administration
Territoire d'outre-mer Terres australes et antarctiques françaises
District Îles Éparses de l'océan Indien
Démographie
Population Aucun habitant
Autres informations
Découverte 1722
Fuseau horaire UTC+04:00

Géolocalisation sur la carte : océan Indien

(Voir situation sur carte : océan Indien)
Île Tromelin
Île Tromelin
Îles en France

L'île Tromelin[1] est une île française de l'océan Indien appartenant au district des îles Éparses de l'océan Indien, rattaché aux Terres australes et antarctiques françaises. L'île est revendiquée par Maurice. Soucieux de préserver leurs relations politiques, culturelles et économiques, la France et Maurice entérinent un accord de cogestion de Tromelin le à Port-Louis, qui est toutefois toujours en attente de ratification.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

L'île Tromelin est située à 450 kilomètres à l'est de Madagascar et à 535 kilomètres au nord de l'île de La Réunion. Elle est entourée de fonds marins de 4 000 mètres de profondeur. Il n'a pas encore été clairement défini si elle constitue le sommet émergé d'un volcan sous-marin ou s'il s'agit d'un atoll surélevé.

Topographie[modifier | modifier le code]

Carte topographique de Tromelin.
Paysage de l'île Tromelin avec deux Fous masqués.

L'île Tromelin est composée d'un terrain plat et sablonneux, recouvert d'arbustes épars, battu par les vents et chahuté par les alizés.

Son point le plus élevé ne dépasse pas sept mètres.

D'une forme ovoïde, sa côte de 3,7 kilomètres de longueur est sablonneuse. L'île est longue d'environ 1 700 mètres et large au maximum de 700 mètres. Elle est ceinturée par une barrière de récifs coralliens particulièrement dangereux à la navigation et rendant son accès très difficile. L'accostage se fait uniquement par temps calme et par un seul point, au nord-ouest où il existe une passe étroite. Très souvent, les lames déferlent sur les récifs, rendant tout abordage impossible.

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat est de type tropical maritime avec des températures moyennes mensuelles qui varient de 20 à 26 °C.

Les précipitations se situent entre 1 000 et 1 500 millimètres d'eau par an, la moitié tombant de janvier à mars. Les pluies sont en général de courte durée et d'intensité modérée à forte. Les alizés de sud-est soufflent la majeure partie de l'année à une vitesse de 15 à 35 km/h.

En saison chaude, se produisent des périodes sans ou avec peu de vent mais entrecoupées par le passage de dépressions tropicales ou de cyclones auxquels l'île est particulièrement exposée. En 1986, elle a ainsi subi deux cyclones : Erinesta, très dévastateur suivi quelques semaines plus tard d'Honorina.

Flore et faune[modifier | modifier le code]

Tortue venant pondre sur une plage de l'île Tromelin.
Nidification d'un fou sur un veloutier.

La flore est peu développée du fait des conditions météorologiques et du manque d'eau douce (stress hydrique). À l'exception de deux ou trois mois en été, cette île plane est balayée, nuit et jour, par des alizés qui sont soutenus en hiver. En été, elle peut subir les assauts des cyclones et des tempêtes tropicales. On ne trouve donc que des herbes et des broussailles constituées d'arbustes peu denses. Des veloutiers (Heliotropium foertherianum) et des pourpiers (Portulaca oleracea), à la croissance torturée par un vent d'est dominant, sont présents un peu partout sur l'île. Les essais de plantations d'autres espèces n'ont pas réussi à l'exception de quelques rares cocotiers venant des îles Glorieuses et d'un vacoa (Pandanus utilis).

La faune est essentiellement constituée de bernard-l’ermite (Paguroidea), d'oiseaux marins et de tortues marines pour lesquelles l'île est un important lieu de ponte. La tortue verte (Chelonia mydas), aussi appelée tortue franche, est principalement rencontrée et, dans une moindre mesure, la tortue à écailles, plus connue sous le nom de caret. Les oiseaux vivant en colonies permanentes et se reproduisant sur l'île sont les fous masqués à palmes noires (Sula dactylatra) et les fous à pieds rouges (Sula sula). D'autres sont simplement de passage, comme les frégates (suivant le régime des vents) et les sternes blanches (Gygis alba), ces dernières sont observées au moins en août, septembre, octobre. Des Charadriiformes, tournepierre à collier (Arenaria interpres) et Courlis (Numenius sp.) fréquentent également l'île, au moins entre août et octobre.

Les eaux aux alentours sont très poissonneuses[2]. L’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) a recensé 26 espèces de coraux[3]. Des espèces allochtones ont été introduites sur l'île lors des différents naufrages : rats, souris et lapins. Ces derniers ont été décimés en 1986 par le cyclone Erinesta.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue d'une partie des bâtiments de l'île Tromelin.

Découverte[modifier | modifier le code]

L'île Tromelin, petite et plane, à l'écart des routes de navigation, n'est découverte qu'en août 1722 par le navire français de la compagnie des Indes, la Diane, commandé par Jean Marie Briand de la Feuillée et elle est baptisée « Île des Sables » à cause des plages de sable blanc qui l'entourent complètement. L'île est décrite comme une « île plate de 700 toises sur 300 environ ».

Naufragés de Tromelin[modifier | modifier le code]

L'île Tromelin a connu un épisode tragique surnommé les « naufragés de Tromelin »[4].

Dans la nuit du au , L'Utile, frégate de la Compagnie française des Indes orientales affrétée par Jean-Joseph de Laborde et commandée par le capitaine Jean de La Fargue, fait naufrage sur les récifs coralliens de l'île. Le bateau parti de Bayonne en France avec cent-quarante-deux hommes d'équipage, après une escale à l'île Maurice (appelée à l'époque « Île-de-France »), avait embarqué cent-soixante hommes, femmes et enfants malgaches à Foulpointe, sur la côte orientale de Madagascar, pour les emmener en esclavage sur l'île Maurice malgré l'interdiction de la traite décrétée par le gouverneur. Une erreur de navigation, due à l'utilisation de deux cartes contradictoires et à la navigation de nuit, fait échouer le navire sur les récifs de l'île Tromelin[5].

Lors du naufrage, l'équipage et une soixantaine de Malgaches arrivent à rejoindre l'île ; mais les autres esclaves, enfermés dans les cales, périssent noyés. L'équipage récupère différents équipements, des vivres ainsi que du bois de l'épave. Ils creusent un puits, permettant d'obtenir de l'eau tout juste potable, et se nourrissent des vivres récupérés, de tortues et d'oiseaux de mer.

Le capitaine Jean de Lafargue, ayant perdu la raison à la suite de la perte de son navire, est remplacé par son premier lieutenant, commandant en second, Barthélémy Castellan du Vernet. Celui-ci fait construire deux campements sommaires, l'un pour l'équipage et l'autre pour les esclaves, une forge et, avec les matériaux récupérés de l'épave, fait commencer la construction d'une embarcation. Deux mois après le naufrage, les 122 hommes d'équipage restants y prennent place difficilement, laissant les Malgaches sur l'île avec quelques vivres[6].

Castellan promet à son équipage ainsi qu'aux soixante esclaves restés sur l'île de revenir les chercher. Cette promesse ne sera pas tenue car le gouverneur Antoine-Marie Desforges-Boucher refusera toujours au lieutenant Castellan de lui fournir un bateau pour retourner chercher les esclaves qu'il avait abandonnés. Les marins atteignent Madagascar en un peu plus de quatre jours et sont transférés à l'île Bourbon (aujourd'hui la Réunion) puis à l'Île-de-France (aujourd'hui l'île Maurice).

Durant la traversée de Madagascar vers l'île Bourbon à bord du Silhouette, le capitaine Lafargue décède de maladie et Castellan demande par de nombreuses fois l'autorisation d'aller secourir les esclaves restés sur l'île. Mais le gouverneur, furieux que Lafargue ait enfreint ses ordres de ne pas importer d'esclaves sur l'Île-de-France (par crainte d'un blocus de l'île par les Anglais et donc d'avoir des bouches supplémentaires à nourrir), refuse catégoriquement[4].

Castellan finit par abandonner et quitte l'Île-de-France pour rentrer en France métropolitaine fin . La nouvelle de cet abandon arrive à Paris et agite un temps le milieu intellectuel de la capitale[4] avant que les naufragés ne soient oubliés avec la fin de la guerre de Sept Ans et la faillite de la Compagnie des Indes.

En 1773, un navire passant à proximité de l'île Tromelin les repère et les signale de nouveau aux autorités de l'Île-de-France[4]. Un bateau est envoyé mais ce premier sauvetage échoue, le navire n'arrivant pas à s'approcher de l'île. Un an plus tard, un second navire, La Sauterelle, ne connaît pas plus de réussite. Il réussit néanmoins à mettre une chaloupe à la mer et un marin parvient à rejoindre les naufragés à la nage, mais il doit être, lui aussi, abandonné par ses camarades qui ne peuvent accoster à cause de l'état de la mer et le navire doit quitter les parages de l'île. Ce marin fait construire, quelque temps plus tard, un radeau sur lequel il embarque avec trois hommes et trois femmes rescapés mais ce radeau disparaît en mer, sans doute en 1775[7].

Ce n'est que le , quinze ans après le naufrage, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupère les huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois[4]. En arrivant sur place, le chevalier de Tromelin découvre que les survivants sont vêtus d'habits en plumes tressées et qu'ils ont réussi, pendant toutes ces années, à maintenir un feu allumé alors que l'île ne possède pas d'arbre. Les survivants sont recueillis par Jacques Maillart, intendant de l'Île-de-France qui les déclara libres (ayant été acquis illégalement, ils ne furent pas considérés comme esclaves et n'avaient donc pas à être affranchis) et leur proposa de les ramener à Madagascar, ce qu'ils refusèrent[8],[9]. Maillart décide de baptiser l'enfant Jacques Moyse (Moïse), le jour même son arrivée à Port-Louis le 15 décembre 1776[8],[10], de renommer d'office sa mère « Ève » (alors que son nom malgache était Semiavou qui se traduit par « celle qui n’est pas orgueilleuse »)[8],[11] et de faire de même avec sa grand-mère qu'il nomme « Dauphine » d'après le nom de la corvette qui les a secourues[8],[12]. Le trio est accueilli dans la maison de l’intendant sur l’Île-de-France[8],[12]. Le chevalier de Tromelin est le premier à décrire précisément l'île qui porte désormais son nom.

Condorcet, plaidant l'abolition de l'esclavage dans son ouvrage Réflexions sur l'esclavage des nègres, paru en 1781 sous nom d'emprunt, relate la tragédie des naufragés de Tromelin afin d'illustrer l'inhumanité de la traite[13].

Expédition « Esclaves oubliés »[modifier | modifier le code]

Une expédition archéologique « Esclaves oubliés » menée par Max Guérout, ancien officier de la marine française et directeur des opérations du Groupe de recherche en archéologie navale et Thomas Romon, co-directeur de la mission et archéologue à l'Inrap[14], a lieu d'octobre à [4]. Elle est placée sous le patronage de l'UNESCO et du Comité pour l'histoire et la mémoire de l'esclavage. Les résultats des découvertes sont rendus publics le . Les dix membres de l'expédition sondent l'épave de L'Utile et fouillent l'île à la recherche des traces des naufragés dans le but de mieux comprendre leurs conditions de vie pendant ces quinze années.

Selon Max Guérout, chef de la mission, « En trois jours, un puits de 5 mètres de profondeur est creusé. Cela représente un effort considérable. » « On a retrouvé de nombreux ossements d'oiseaux, de tortues, et de poissons. » « L'arrivée de ces naufragés a dû causer une véritable catastrophe écologique pour l'île. » « On n'a pas l'impression que ces gens étaient écrasés par leur condition. Ils ont essayé de survivre avec ordre et méthode. »

Un journal de bord anonyme, attribué à l'écrivain de l'équipage, est retrouvé. Des soubassements d'habitations fabriquées en grès de plage et corail sont également mis au jour (les survivants transgressèrent ainsi une coutume malgache selon laquelle les constructions en pierre étaient réservées aux tombeaux[8]). On retrouva aussi six gamelles en cuivre réparées à de nombreuses reprises et un galet servant à affûter les couteaux. Le feu du foyer est maintenu pendant quinze ans grâce au bois provenant de l'épave, l'île étant dépourvue d'arbres.

Une deuxième expédition[15] organisée en n'a pas permis de retrouver les sépultures observées en 1851 par un officier de marine anglais. Toutefois les restes de deux corps déplacés lors du creusement des fondations d'un bâtiment de la station météo ont été mis au jour. Trois bâtiments construits à l'aide de blocs de corail ont été découverts, dont la cuisine encore équipée des ustensiles de cuisine et en particulier de récipients en cuivre réparés à plusieurs reprises, témoignant de l'industrie des esclaves et de leur énergie à survivre[16].

Une troisième mission archéologique a eu lieu en novembre 2010. Elle a permis la découverte de trois nouveaux bâtiments et de nombreux objets, dont deux briquets et des silex, qui ont élucidé la technique utilisée par les naufragés pour rallumer le feu[17].

La quatrième expédition[18] a lieu en septembre/octobre 2013. D'une durée de 45 jours, elle a permis de relever de nombreux outils, des foyers et de comprendre l'aménagement du lieu, réalisé en quatre phases d'habitation[19].

En 2016, une exposition présentant les résultats des différentes campagnes de fouilles, intitulée « Tromelin, l’île des esclaves oubliés », a été présentée conjointement en France métropolitaine et dans les DROM : au musée Stella Matutina à Saint-Leu (île de La Réunion), au château des ducs de Bretagne à Nantes, à la Maison d’Agglomération de Lorient, au musée d'Aquitaine à Bordeaux, et enfin au musée départemental d'archéologie et de préhistoire de la Martinique à Fort-de-France[20],[21].

Le naufrage de l'Atieth Rahamon[modifier | modifier le code]

Par la suite, l'île Tromelin connaît d'autres naufrages.

En 1830, le capitaine Laplace reçoit pour mission de reconnaître l'île et de s'assurer qu'il n'y ait pas de naufragés. Ne pouvant y aborder, il se contente d'en faire le tour, notant la présence de cabanes abandonnées. Il calcule aussi la position de l'île avec 15° 38' Sud et 52° 11' Est. Cette position n'est rectifiée qu'en 1955 par le révérend père Cattala qui travaille pour l'Observatoire de Tananarive avec 15° 53' Sud et 54° 31' Est.

Le 23 novembre 1867, le trois-mâts indien Atieth Rahamon, commandé par le capitaine Samuel C. Hodges, appareille de Port-Louis (Ile Maurice) à destination de Bombay, chargé de 10 474 sacs de sucre avec deux passagers. Le 26 novembre, il fait naufrage au sud-est de l'île Tromelin. Équipage et passagers débarquent sur l'île. Une embarcation non pontée est envoyée pour chercher du secours. Les rescapés sont finalement sauvés par le brick français Pionnier (capitaine Delaselle), les 21 et 22 décembre. Cinquante-sept rescapés survivent sous des tentes faites avec les voiles du navire. Ils sont secourus vingt-trois jours plus tard. Pendant leur séjour un cyclone très violent balaye l’île, dont rend compte le journal de bord du capitaine :

« […] Les tentes sous lesquelles nous vivions sont mises en pièces par le vent et les petits arbustes dont l’île était partiellement couverte, sont complètement arrachés au niveau des racines […] il est absolument impossible à qui que ce soit de résister à la force du vent sans se tenir à quelque chose, au risque d’être emporté et jeté à la mer.[22],[23] »

Activités météorologiques[modifier | modifier le code]

Lettre de félicitations adressée au capitaine André Paul Poux pour son atterrissage sur l'île Tromelin en 1954, rédigée par le secrétaire d'État aux forces armées de l'air françaises.
Vue de la station météorologique Serge Frolow de l'île Tromelin.
Plaque de la station météorologique Serge Frolow.

En 1947, l'île commence à intéresser les autorités françaises à des fins de météorologie tropicale pour la surveillance des cyclones. La Marine nationale française organisa deux expéditions en 1953. La direction de la météorologie nationale française, suivant une demande de l'Organisation météorologique mondiale, installe le une station météorologique permanente.

L'île est toujours aussi difficile d'accès par la mer et lors des débarquements depuis le baliseur Marius Moutet de la mission française en avril et , une partie du chargement tombe à la mer. Depuis cette année, une présence humaine est assurée sur l'île par ces seuls météorologues. Ils sont installés dans un bâtiment de trois étages situé au-devant de l'aérodrome.

Juste à côté se trouve la station météorologique composée de nombreux équipements de Météo-France. L'île n'offre aucun port et seul un mouillage au large est possible. Elle possède un aérodrome avec une piste, achevée le 20 juin 1954, de 1 100 mètres environ de longueur avec radioguidage par balise. Le premier pilote à s'y être posé est le capitaine André Poux[24]. Un phare est situé sur le toit du bâtiment principal.

En 1960, la France place l'île Tromelin, comme les autres îles Éparses de l'océan Indien, sous l'autorité du ministère des DOM-TOM[réf. souhaitée]

Administration[modifier | modifier le code]

Avion sur la piste d'aviation de l'île Tromelin avec un drapeau français flottant en 1981.

L'île Tromelin est placée sous la juridiction de La Réunion en 1814 et est longtemps administrée par le préfet de cette région française bien qu'elle n'en fasse pas partie. En 1960, l'île Tromelin est officiellement rattachée au ministère des DOM-TOM.

Depuis un arrêté du , elle relève de la responsabilité du préfet qui fait office d'Administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises.

C'est une possession de la France en tant que « domaine privé de l'État » qui fait partie d'un groupe d'îles françaises appelées îles Éparses de l'océan Indien. La République de Maurice en réclame la souveraineté.

Depuis 2007[25], l'île Tromelin fait partie, avec les autres îles Éparses de l'océan Indien, du cinquième district des Terres australes et antarctiques françaises, un territoire d'outre-mer.

Dans ce nouveau contexte l'Île Tromelin fait toujours partie des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) mais à l'intérieur d'un district[26], composante des TAAF. L'Île Tromelin est ainsi, comme le sont les TAAF en 2016, toujours placée sous l'autorité de l'administrateur supérieur des TAAF qui exerce les fonctions de chef du territoire[27]. Il est à noter que ce dernier jouit du rang de préfet.

À ce sujet, un chef de district, pour Tromelin mais également pour tout le district des îles Éparses[28], y est le représentant du préfet des TAAF, l’administrateur supérieur. Un des rôles des chefs de district dans les TAAF est de diriger les bases australes et antarctique[28].

De plus, Tromelin, comme les autres territoires d’outre-mer, est associée à l’Union européenne, en tant que PTOM (pays et territoires d’outre-mer)[29].

Enfin le budget du district dont Tromelin fait partie est lié au budget général des TAAF qui représente actuellement 26 millions d'euros[29].

Tromelin fait partie des Terres australes et antarctiques françaises

Revendication mauricienne[modifier | modifier le code]

Maurice revendique la souveraineté sur l'île Tromelin comme sur l'archipel des Chagos. Si l'île en elle-même ne présente pas un grand intérêt économique ou stratégique, les eaux qui l'entourent sont très poissonneuses[2] et on y soupçonne la présence de pétrole, de gaz et de nodules polymétalliques[30].

Contexte[modifier | modifier le code]

Avant l'ouverture du canal de Suez, Maurice occupait une position stratégique dans l'océan Indien et fut donc l'objet des rivalités franco-britanniques. Les Français remportèrent la bataille de Grand Port, leur seule victoire navale sur les Britanniques pendant ces guerres, mais ils ne purent empêcher la prise de l'île de France (actuelle île Maurice) par les Britanniques à cap Malheureux trois mois plus tard. Le traité de Paris signé le 30 mai 1814 concéda officiellement la possession de l'Isle de France et ses dépendances au Royaume-Uni. À la suite du traité, l'île de La Réunion fut restituée à la France. Les Seychelles furent plus tard détachées de l'île Maurice et devinrent un État indépendant en 1976. Les Britanniques rebaptisent l'île Mauritius, mais laissèrent aux Mauriciens leur langue, leur religion, leurs coutumes, leur système juridique et leurs plantations[31].

Souveraineté[modifier | modifier le code]

Maurice, qui devient un État indépendant en 1968, revendique officiellement Tromelin depuis le 2 avril 1976[32]. La revendication s'appuie sur le traité de Paris dont l’article 8 stipulait la cession par la France au Royaume-Uni de l’île Maurice et de ses dépendances. Pour autant, Tromelin n’étant pas explicitement mentionnée dans le texte du traité, Paris considère que l'île appartient à la France[32]. Les autorités mauriciennes se fondent elles sur la version anglaise de ce traité, dans laquelle est employé, l’adverbe « especially Rodrigues and The Seychelles », là où la version française utilise « nommément Rodrigue et les Séchelles ». La cession au Royaume-Uni des « dépendances » de Maurice aurait été générale, au-delà de celles nommées « en particulier » qu’étaient Rodrigues et les Seychelles. À l’appui de cette analyse, les Mauriciens font valoir qu’après la cession de Maurice en 1814, les autorités britanniques ont pris possession d’autres petites îles « dépendantes » de ce territoire qui pourtant n’étaient pas expressément nommées dans le traité de Paris, par exemple Saint-Brandon et les îles Agalega (qui appartiennent désormais à Maurice). Par ailleurs, les autorités britanniques de Maurice auraient aussi pris des actes d’administration concernant Tromelin, notamment en y accordant quatre concessions d’exploitation du guano entre 1901 et 1951[33].

En 2004, la marine nationale française arraisonne deux navires de pêche japonais dans la zone exclusive de l'île Tromelin alors qu'ils bénéficient d'une licence de pêche sur cette zone accordée par Maurice.

Une revendication malgache existe sur les îles Éparses de l'océan Indien mais sans vraiment préciser si elle y inclut l'île Tromelin dont elle a semblé reconnaître la demande de souveraineté mauricienne.

Projet de cogestion[modifier | modifier le code]

En 2009, un projet d'accord entre la France et l'île Maurice est signé sur un projet de gestion commune de l'île Tromelin[34]. Le , la France et Maurice entérinent l'accord de cogestion de Tromelin à Port-Louis[35]. En 2012, le texte est adopté au Sénat, puis au printemps 2013 en commission à l'Assemblée Nationale, avant d'être retiré de l'ordre du jour[36]. À la suite de certaines critiques consécutives au vote à l'Assemblée nationale du projet de loi sur l'accord de cogestion, le ministre français des Outre-mer Victorin Lurel se rend à Tromelin le 17 avril 2013 pour y réaffirmer la souveraineté française sur l'île[37],[38].

Le 17 janvier 2017, alors que l'accord de cogestion devait être soumis au vote de l'Assemblée Nationale le 18 janvier 2017, des sources parlementaires et gouvernementales annoncent que la ratification de l'accord a été retirée de l'ordre du jour[36].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Le fait divers singulier du naufrage de L'Utile sur l'île Tromelin a inspiré le livre Les Naufragés de l'île Tromelin d'Irène Frain paru en 2009. L'auteur, qui a eu accès à la documentation rassemblée par Max Guérout du Groupe de recherche en archéologie navale (GRAN)[39] et effectué un court séjour sur l'île, tente de percer le mystère des acteurs de ce drame et apporte sa vision du comportement des différents protagonistes et notamment du capitaine Lafargue et du lieutenant Castellan.

En octobre 2010, les éditions du CNRS et l'INRAP ont publié Tromelin - L'île aux esclaves oubliés, un ouvrage scientifique destiné au grand public, rédigé par Max Guérout et Thomas Romon avec le concours de Joë Guesnon, Nick Marriner, Philippe Charlier, Véronique Laroulandie et Gaël Leroux. Ce livre s'appuie sur les recherches historiques effectuées depuis 2004 et sur les résultats des deux missions archéologiques effectuées en 2006 et 2008.

Une seconde édition du livre Tromelin - L'île aux esclaves oubliés, revue et augmentée, tient compte des résultats des quatre missions archéologiques, elle a été publiée par CNRS Editions et l'INRAP en 2015.

Max Guérout est aussi l'auteur de Esclaves et Négriers traitant notamment de l'expédition « Esclaves oubliés », publié en 2012 chez Fleurus jeunesse dans la collection Voir l'histoire. Dans ce livre, le CD Rom du film de Thierry Ragobert et Emmanuel Roblin (voir ci-dessous) est inséré.

Max Guérout est également l'auteur de Tromelin, mémoire d'une île, un ouvrage publié par CNRS Editions en 2015. Ce livre qui retrace l'histoire de l'île depuis sa découverte jusqu'à présent a reçu le Grand prix 2016 de l'Académie de Marine

Une bande dessinée d'Emmanuel Lepage, Voyage aux îles de la Désolation, relate une rotation du Marion Dufresne 2, dont un passage à l'île Tromelin.

La bande dessinée Les esclaves oubliés de Tromelin de Sylvain Savoia raconte de façon croisée le naufrage et la vie des rescapés sur l'île Tromelin et l'expédition de fouille de 2010.

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

  • Les esclaves oubliés de Tromelin, Thierry Ragobert et Emmanuel Roblin, documentaire[40], qui a reçu de nombreux prix :
    •  le grand prix et le prix du jeune public du Festival International du film d’archéologie de Besançon le 18 juin 2011,
    •  le prix du jury et le prix de la meilleure musique au Festival Méditerranea d’Antibes 2012
    •  le premier prix du festival du film archéologique de Split (Croatie) en novembre 2012
    •  le prix du documentaire des Mémoires de la mer 2013 attribué par le Centre international de la mer / Corderie royale de Rochefort et l’Association Hermione / La Fayette.
  • L'Utile, 1761. Esclaves oubliés, Jérôme Palteau, reportage[41].

Exposition[modifier | modifier le code]

  • Tromelin. L'Île des esclaves oubliés, Cette exposition conçue par le Château des ducs de Bretagne, musée d'histoire de Nantes, mise en scène par Pascal Payeur, a été présentée successivement à Nantes du 17 octobre 2015 au 30 avril 2016, à Lorient par le Musée de la Compagnie des Indes à la Maison d’Agglomération du 28 mai au 30 octobre 2016, Elle est actuellement présentée au Musée d'Aquitaine à Bordeaux depuis le 12 décembre 2016 avant d'aller au Musée Basque de Bayonne en juin 2017 puis au Musée de Tatihou dans la Manche. Une déclinaison de cette exposition a été présentée au Musée Stella Matutina, île de la Réunion, du 28 janvier au 20 décembre 2016.
  • Une troisième version sous forme de 18 panneaux, a été présentée successivement en Martinique (Musée d'archéologie), en Guadeloupe et actuellement à Kourou (Guyane).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Commission nationale de toponymie, conseil national de l'information géographique, Pays indépendants et capitales du monde : Entités géopolitiques dépendantes au 01.06.2006, , 10 p. (lire en ligne), p. 6
  2. a et b Géographie des mers et des océans: Capes et Agrégation - Histoire-Géographie, Dunod, , 448 p. (lire en ligne), p. Mais la souveraineté sur l'îlot permet de prétendre à plus de 260 000 km2 d'espaces maritimes de surcroit très poissonneux
  3. « Les récifs coralliens d'outre-mer », sur www.ifrecor.org (consulté le 22 avril 2010)
  4. a, b, c, d, e et f « Expédition - Les naufragés de Tromelin », Le Point,‎ (lire en ligne)
  5. L'histoire houleuse de l'île Tromelin, perdue au milieu de l'océan Indien (sur francetvinfo.fr)
  6. Irène Frain, Le Nabab, éditions Jean-Claude Lattès, 1982.
  7. Les derniers hommes survivants et le marin devaient être encore en vie dix-sept mois avant la date du 29 novembre 1776, soit vers juin 1775, puisqu'un bébé de huit mois faisait partie des survivants recueillis en 1776.
  8. a, b, c, d, e et f « Seul(e)s au monde », sur histoireenbulles.wordpress.com,‎ (consulté le 28 avril 2016)
  9. « Il est à remarquer qu'ayant proposé à ces femmes de retourner libres dans leur patrie et croyant leur faire une proposition très agréable, elles ont paru l'entendre avec froideur, elles y seraient esclaves des autres noirs. » — lettre de Jacques Maillart, intendant de l'Île-de-France à Antoine de Sartine, ministre de la Marine, datée du (A. N. Marine G222 - f°34B)
  10. Une entrevue avec Max Guérout, directeur de l’expédition archéologique (23 min)
  11. Des extraits des lettres à l'époque
  12. a et b Une entrevue avec Max Guérout, directeur de l’expédition archéologique (23 min)
  13. "Réflexions sur l'esclavage des Nègres", note de lecture rédigée par l'auteur no 15, p. 93-94, Flammarion, Paris 2009, (ISBN 978-2-0812-2678-4)
  14. « L'Utile... 1761 « “Esclaves oubliés “» », sur inrap.fr,‎ (consulté le 13 décembre 2016)
  15. « Conférence de presse sur la 2e campagne de fouille archéologique sur l'île de Tromelin », sur inrap.fr,‎ (consulté le 13 décembre 2016)
  16. Dossier de presse expédition 2008 [PDF]
  17. M. Guérout, T. Romon, Tromelin, l'île des esclaves oubliés, CNRS ed., Paris, 2010
  18. « Lancement de la 4e campagne de fouilles archéologiques sur l’île de Tromelin », sur inrap.fr,‎ (consulté le 13 décembre 2016)
  19. « Retour de la 4e campagne de fouille archéologique sur l’île de Tromelin », Inrap,‎ (consulté le 14 octobre 2013)
  20. « Communiqué de presse de INRAP - Exposition « Tromelin, l’île des esclaves oubliés » : itinérance en métropole et dans les DROM » [PDF], Inrap,‎ (consulté le 27 avril 2016)
  21. « Archéologie sur l’île de Tromelin », Web magazine en lien avec l’exposition itinérante 2015-2017, sur inrap.fr (consulté le 13 décembre 2016)
  22. http://www.archeonavale.org/Tromelin/2006/docs/doc5_2006.php
  23. « Tromelin :: L’identification du naufrage de l’Atieth Rahamon, une longue enquête », sur archeonavale.org
  24. « Il y a un an, les Français débarquaient à Tromelin, l'« île des cyclones » », Le Figaro,‎
  25. La loi no 2007-224 du 21 février 2007 portant dispositions statutaires et institutionnelles relatives à l'outre-mer
  26. « 5 - District des îles Eparses », sur www.taaf.fr (consulté le 4 janvier 2017)
  27. « Le préfet, administrateur supérieur des TAAF », sur www.taaf.fr (consulté le 4 janvier 2017)
  28. a et b « Le chef de district », sur www.taaf.fr (consulté le 4 janvier 2017)
  29. a et b « Présentation générale des TAAF », sur www.taaf.fr (consulté le 4 janvier 2017)
  30. Erwann Ponnet, « Les ZEE ultramarines, dont Tromelin et les Îles Éparses, font débat au Sénat », Réunion 1re, 18 juin 2014.
  31. « Histoire de Maurice », sur Gouvernement de la République de Maurice (consulté le 11 février 2016)
  32. a et b Collectif, Géographie des mers et des océans, Armand Colin, Paris, 26 novembre 2014, [lire en ligne]
  33. « Rapport fait au nom de la Commission des Affaires étrangères sur le projet de loi, adopté par le Sénat, autorisant l’approbation de l’accord-cadre entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Maurice sur la cogestion économique, scientifique et environnementale relative à l’île de Tromelin et à ses espaces maritimes environnants », sur www.assemblee-nationale.fr,‎ (consulté le 3 février 2016)
  34. « L'île de la coopération », Le Quotidien de La Réunion,‎ (lire en ligne)
  35. « Tromelin : La Réunion, spectatrice et spoliée », Le Quotidien de la Réunion,‎ (consulté le 9 juin 2010)
  36. a et b « Tromelin: l'accord de cogestion de l'îlot retiré de l'ordre du jour de l'Assemblée », sur lefigaro.fr,‎ (consulté le 17 janvier 2017)
  37. Victorin Lurel: "A Tromelin, on est chez nous!" Par Maïté Koda, dépêche AFP du 17 avril 2013.
  38. Victorin Lurel en visite sur l'île Tromelin, France Info, le 21 avril 2013.
  39. Site du groupe de recherche en archéologie navale
  40. « Les esclaves oubliés de Tromelin », vidéo 3:19, sur inrap.fr,‎ (consulté le 22 septembre 2015)
  41. « L'Utile, 1761. Esclaves oubliés. », vidéo 5:55, sur inrap.fr,‎ (consulté le 22 septembre 2015)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]