Invasion italienne de l'Albanie

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Invasion italienne de l'Albanie
Informations générales
Date avril 1939
Lieu Albanie
Issue Victoire italienne ; l'Albanie devient un protectorat italien
Belligérants
Drapeau de l'Italie Royaume d'Italie Flag of Albania (1934-1939).svg Royaume albanais
Commandants
Benito Mussolini Zog Ier
Forces en présence
100 000 hommes 20 000 hommes
Pertes
plus de 700 morts [1]
97 blessés (à la bataille de Durrës)
plus de 1000 morts[1]
Nombre inconnu de bléssés et disparus
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Campagne des Balkans

Bataille d'Albanie · Guerre italo-grecque · Invasion de la Yougoslavie · Opération Châtiment · Bataille de Grèce · Opération Abstention · Bataille de Crète


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Front d'Europe de l'ouest


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Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise

L’invasion italienne de l'Albanie (7 avril - 12 avril 1939) est une brève campagne militaire menée par le Royaume d'Italie contre le Royaume albanais. Le conflit a été une conséquence de la politique expansionniste de Mussolini. L'Albanie a été rapidement dépassée, le Roi Zog Ier (alias Ahmed Zogu) est contraint à l'exil, et le pays devient un protectorat italien, la couronne albanaise passant au roi d'Italie Victor-Emmanuel III.

Forces engagées dans l'opération[modifier | modifier le code]

L'Armée albanaise en avril 1939[modifier | modifier le code]

Au total, l'armée de terre (Ushtria Kombëtare en Albanais) comprend 780 officiers et 13 000 sous-officiers et soldats armés de 240 mitrailleuses, 10 700 fusils et 1 104 revolvers et pistolets.

Elle se compose comme suit:

  • Garde royale - Garda Mbretnou : depuis 1936, elle s'organise autour d'un Etat-major, d'une Compagnie de "Cérémonie", d'un escadron de cavalerie, d'un bataillon d'infanterie, d'une Fanfare et d'une batterie d'artillerie réunissant 152 canonniers.
  • 6 Bataillons de Garde Frontière Royale;
  • 12 Bataillons d'infanterie et 2 escadrons d'infanterie motorisée.

à ces unités s'ajoutent quelques unités de gendarmerie, une force de police et une modeste marine de guerre.

Corps expéditionnaire italien[modifier | modifier le code]

Le corps expéditionnaire italien est composée de trois corps d'armées regroupés pour l'invasion du pays. Ces corps d'armée doivent être déployés en trois jours

Le 1er Groupe d'invasion, engagé le 7 avril 1939 dans les opérations de débarquement en vue d'établir une tête de pont, est divisé en trois colonnes :

  • 3e Colonne : Colonel Bernardi, avec pour objectifs Santi Quaranta et Argirocustro
    • 20e et 33e bataillons de Bersaglieri;
    • 3e Groupe Rapide de chars San Giorgio;
    • 1re Compagnie du Bataillon d'infanterie de Marine San Marco.

Le 2e Groupe, débarqué le 8 avril, regroupe essentiellement l'état-major et des régiments d'artillerie

  • État-major et IIe Bataillon du 47e Régiment d'Infanterie
  • 9e Bataillon de mitrailleurs ;
  • Escadrons du 6e Régiment de Lanciers Aosta et du 4e Régiment de Cavalerie Genova ;
  • 15e et 17e Batteries d'artillerie lourde

Le 3e Groupe, débarqué le 9 avril, est destiné à l'occupation du pays.

Le contexte[modifier | modifier le code]

L'Albanie a longtemps été d'une importance stratégique considérable pour l'Italie. Le port de Vlorë et l'île de Sazan (située à l'entrée de la baie de Vlorë), possèdent un intérêt considérable aux yeux des stratèges italiens, car il donne à l'Italie le contrôle de l'entrée de la mer Adriatique. En outre, l'Albanie peut fournir à l'Italie une tête de pont dans les Balkans.

Avant la Première Guerre mondiale, l'Italie et l'Autriche-Hongrie jouèrent un rôle déterminant dans la création d'un État albanais indépendant. Puis, lorsque le conflit éclata, les Italiens saisirent l'occasion d'occuper la moitié sud du territoire albanais, afin d'éviter qu'il soit envahi par les Austro-Hongrois, conformément aux accords entre les deux pays. Ce succès fut de courte durée : les problèmes intérieurs en Italie, la résistance albanaise, et la pression du Président des États-Unis Woodrow Wilson, obligèrent le président du conseil italien Giovanni Giolitti à retirer ses troupes en 1920[2].

Lorsque Mussolini prit le pouvoir en Italie en 1922, les Italiens se tournèrent de nouveau avec un intérêt vers l'Albanie. Rome commença alors à investir dans l'économie albanaise en 1925. Tirana accepta de lui permettre d'exploiter ses ressources minérales.

Ainsi, dans la foulée des traités de paix de 1919 et 1920 puis de la prise du pouvoir par les fascistes en Italie, le royaume d'Italie prend le contrôle de l'île de Sazan, puis en 1923, occupe temporairement Corfou[3].

Puis, deux traités sont signés entre les deux pays, dans la capitale albanaise (en 1926, puis en 1927), consacrant une alliance défensive. De plus, le gouvernement albanais bénéficie de prêts des banques italiennes afin de moderniser son économie, l'armée albanaise est formée et instruite par des militaires italiens, et les implantations de colonies de peuplement italiennes sont encouragées.

Malgré une forte influence italienne, le roi Zog refuse de nouveau de céder à la pression de Rome en refusant de renouveler en 1931 le traité signé en 1926. L'Albanie signe même des accords commerciaux avec le Royaume de Yougoslavie et la Grèce en 1934, au grand dam des Italiens, puisque Mussolini n'hésite pas à essayer d'intimider les Albanais en leur envoyant une flotte de navires de guerre.

Comme l'Allemagne nazie réalise l’Anschluss en annexant l'Autriche, l'Italie elle aussi, cherche à rehausser son prestige, afin de devenir le deuxième membre de l'Axe. Comme l'a noté Ciano, l'alliance allemande ne jouant qu'en faveur du Reich, l'Italie tente de mener ainsi une expansion européenne que Mussolini et ses proches pensaient comparable à l'Anschluss[4].

La naissance imminente d'un héritier au trône albanais, menace les ambitions italiennes, la dynastie de Zog allant perdurer.

Hitler ayant envahi la Tchécoslovaquie sans en aviser auparavant Mussolini (en mars 1939), le dictateur italien décide de procéder à l'annexion de l'Albanie de la même manière. Cependant, le roi Victor-Emmanuel III critiqua ouvertement le plan du Duce car constituant, selon lui, un risque inutile. Rome, cependant, envoie un ultimatum à Tirana le , exigeant que les Albanais acceptent la présence de troupes italiennes sur son sol. Zog refuse alors tous compromis.

Les opérations[modifier | modifier le code]

Soldats italiens dans une localité albanaise

Préparation[modifier | modifier le code]

Le pays réduit à un statut de protectorat de fait de l'Italie, Ciano fait étudier à partir du printemps 1938 les différentes modalités d'annexion de l'Albanie au royaume d'Italie, fixant leur exécution au plus tard au printemps de l'année suivante[4].

Opérations militaires[modifier | modifier le code]

Le 7 avril 1939, sur ordre de Mussolini, l'armée italienne envahit le Royaume d'Albanie. Un corps expéditionnaire dirigé par le général Alfredo Guzzoni et fort de 100 000[réf. nécessaire] hommes et 94 chars, transporté par 18 cargos protégés par une flotte comprenant 2 cuirassés, 7 croiseurs, 13 destroyers et 14 torpilleurs, et divisé en 3 groupes d'assaut principaux, fut débarqué entre le 7 et le 9 avril dans plusieurs ports albanais.

Face à une telle concentration de troupes et de moyens, la petite armée albanaise, dont les effectifs, policiers et gendarmes compris, n'atteignaient pas les 20 000 hommes, ne put tenter aucune action sérieuse de résistance. Le seul cas connu d'opposition armée fut celui des gendarmes du port de Durrës qui, non seulement tinrent plus de trente-six heures les soldats italiens en échec, mais repoussèrent leur première tentative de débarquement en force ; ces derniers ne durent leur succès final qu'à l'intervention de chars légers et d'automitrailleuses contre lesquels les Albanais ne pouvaient se défendre. Ainsi, après avoir mis hors de combat plusieurs centaines d'Italiens, les gendarmes et les marins cessèrent le combat. L'Albanie devint alors italienne.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Annexion[modifier | modifier le code]

Le royaume rapidement conquis, un nouveau gouvernement, appuyé sur une assemblée constituant favorable aux Italiens[4], est nommé le 10 avril 1939 et confié à Shefqer Vërlaci. Mais le président du conseil se trouve dépossédé des domaines régaliens de la guerre et de la diplomatie, placés dans les mains d'un résident général italien, véritable maître du pays.

Dans le même temps, le Parti fasciste s'installe dans le pays et, rapidement, dispose des mêmes prérogatives qu'en Italie. Enfin le 17 avril, la couronne d'Albanie est solennellement offerte à Victor-Emmanuel III [3].

Le royaume, réorganisé dans le cadre d'une union personnelle avec l'Italie, est utilisé comme prétexte pour formuler des prétentions sur les provinces yougoslaves peuplées d'Albanais[5], notamment la région d'Ohrid[N 1],[6].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

Avant même la fin de l'invasion, les réactions internationales se manifestent pour exprimer assentiment ou mécontentement devant l'annexion italienne.

Dès le 8 avril, Pie XII, lors de l'homélie de Pâques, ne condamne pas l'invasion, et appelle au respect des biens et des personnes[7].

Cependant, aucun État ne condamne de manière absolue d'annexion, mais l'Italie attire sur elle les suspicions des Futurs Alliés[4].

La Turquie est cependant le seul État à tenter des contre-mesures, dirigées contre les velléités balkaniques de l'Italie[N 2],[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alya Aglan (dir.) et Robert Frank (dir.), 1937-1947 : La guerre-monde I, Paris, Gallimard,‎ , 1412 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alya Aglan (dir.) et Robert Frank (dir.), 1937-1947 : La guerre-monde II, Paris, Gallimard,‎ , 1073 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich. : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Paris, Armand Colin,‎ (ISBN 978-2-200-21641-2) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Angelo Tasca, Naissance du Fascisme : L'Italie de l'armistice à la marche sur Rome, Paris, Gallimard, coll. « Tel »,‎ (1re éd. 1938), 503 p. (ISBN 978-2-0707-6419-8).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. ce qui occasionne des frictions avec les Bulgares
  2. Depuis la période Médiévale, le contrôle de Durrazzo / Durres constitue la première étape pour attaquer Constantinople.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Bernd Fischer, Albania at War, 1939-1945, Purdue University Press,‎ 2/25/15 (ISBN 1557531412)
  2. Naissance du fascisme, p. 102
  3. a et b La guerre-monde, I, p. 454
  4. a, b, c et d La guerre-monde, I, p. 104
  5. La guerre-monde, I, p. 478
  6. La guerre-monde, I, p. 474
  7. Le Vatican, l'Europe et le Reich, p. 378
  8. La guerre-monde, I, p. 628

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]