Antiprotestantisme en France

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Gravure du XVIe siècle, Luther dépeint comme la cornemuse du diable.
Gravure du XVIe siècle, Luther dépeint comme un monstre à sept têtes.
Affiche contre Luther, le diable lui souffle à l'oreille

L'antiprotestantisme en France désigne la dénonciation, la répression ou la persécution du protestantisme en France depuis la Réforme protestante jusqu'au XXe siècle.

XVIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1521, la Sorbonne condamne certaines propositions extraites des écrits de Luther[1]. Deux ans plus tard, en 1523, Jean Vallière est condamné au bûcher : c'est le premier martyr protestant en France. En 1547, Henri II crée la Chambre ardente pour poursuivre et condamner les délits d'hérésie liés à la Réforme. Elle prononcera 450 condamnations de 1548 à 1550, dont 60 à la peine de mort[2].

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Dans les édits royaux du XVIIe siècle, le protestantisme est appelé systématiquement R.P.R. (Religion prétendue réformée).

En 1681, Géraud de Cordemoy publie la "Conférence entre Luther et le diable au sujet de la messe" avec ses commentaires[3], republié et largement diffusé dès 1875 par Isidore Liseux avec les commentaires en sus de Nicolas Lenglet Du Fresnoy.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1858, Louis-Gaston de Ségur publie en France Causeries familières sur le protestantisme d'aujourd'hui[4].

En 1881, le romancier Émile Zola dénonce le protestantisme dans une tribune au Figaro : « il est un esprit plus nuisible et plus redoutable encore, l'esprit protestant, qui, à cette heure, s'efforce de tout envahir, notre littérature, notre presse, notre politique [...]. Là est l'ennemi ». Zola oppose le protestantisme au « génie de notre race, si primesautier, si libre », et il y voit une entrave au rationalisme[5].

Le polémiste Ernest Renauld, à la fin du XIXe siècle, publie deux livres s'attaquant au protestantisme en France. Son action s'inscrit dans le cadre de l'affaire Dreyfus, où bon nombre de protestants ont soutenu Alfred Dreyfus, comme le sénateur Scheurer-Kestner ou Francis de Pressensé[6]. Charles Maurras se profile comme un adversaire du protestantisme, considérant les protestants comme des adversaires de la nation[7]. Pour certains milieux nationalistes, le « péril » protestant menace l'identité française et cherche sournoisement à dénationaliser le pays. Le protestantisme formerait un parti et fomenterait un complot dont les alliés seraient des nations protestantes comme la Grande-Bretagne et l'Allemagne[8]. L'ancien boulangiste Georges Thiébaud a tenté lui aussi de donner une orientation antiprotestante au nationalisme français.

Une politique antiprotestante à Madagascar[modifier | modifier le code]

L'antiprotestantisme se traduit par des actes dans le cas de Madagascar, objet d'une rivalité coloniale franco-anglaise. Les missions protestantes étant assimilées à l'influence britannique, elles sont visées après la conquête de l'île en 1895, reprise en main par Gallieni. Des temples sont fermés, ainsi que l'université protestante, l'académie de médecine, l'hôpital protestant[9]. Le ministre et pasteur Rainandriamampandry est fusillé en 1896 après une parodie de procès. L'insurrection des Fahavalos, qui avait donné le prétexte de cette répression, est présentée de manière biaisée par la presse française, qui ne parle que des églises catholiques détruites et fait le silence sur les temples incendiés[10].

En 1907, le gouverneur Augagneur est félicité par le Grand Orient de France pour son action contre les missions protestantes, « qui poursuivent à Madagascar une œuvre aussi néfaste du point de vue national que philosophique »[11].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Alphonse Magniez, ancien capitaine de l'armée française, s'attaque au protestantisme dans un essai publié en 1921[12].

En 1976, l'écrivain et journaliste Robert Beauvais publie un pamphlet, Nous serons tous des protestants, où il tente de démontrer une mainmise protestante sur la France[13]. Des traces d'antiprotestantisme subsistent à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, comme l'usage systématiquement péjoratif du mot puritain[14]. Dans son ouvrage La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, l'historien Fernand Braudel oppose l'humilité de la mort du souverain espagnol à « l'orgueil, cette divinité du siècle réformé »[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Francis Higman, La diffusion de la Réforme en France, 1520-1565, Genève, Labor et Fides, (ISBN 2-8309-0697-7), p. 154.
  2. Francis Higman, op. cit., p. 190.
  3. Conférence entre Luther et le diable au sujet de la messe, commentaires de Géraud de Cordemoy et Nicolas Lenglet Du Fresnoy, éditeur Isidore Liseux, 1875, p.2.
  4. * Louis-Gaston de Ségur, Causeries familières sur le protestantisme d'aujourd'hui, par Mgr de Ségur, Paris et Lyon : Pélagaud, 1858, in-18, 246 p.
  5. Maxime Michelet, « Haines d’hier et d’aujourd’hui regard sur l’antiprotestantisme », sur Évangile et Liberté, 1er février 2018.
  6. Akadem, L’antiprotestantisme pendant l’Affaire
  7. « L'antiprotestantisme », sur Musée virtuel du protestantisme (consulté le 17 juillet 2019)
  8. Comment sortir des doctrines de haine : le regard de la sociologie historique, site du CNRS.
  9. Marc Spindler, « L'antiprotestantisme à Madagascar 1895-1913 », Concurrences en mission : propagandes, conflits, coexistences, XVIe-XXIe siècle : actes du 31e colloque du CREDIC tenu à Brive-la-Gaillarde, dir. Jean-François Zorn, Karthala, (ISBN 978-2-8111-0537-2, lire en ligne), p. 150-151.
  10. Jean Baubérot, « L' antiprotestantisme politique à la fin du XIXe siècle, I : Les débuts de l'antiprotestantisme et la question de Madagascar », Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses, vol. 52, no 4,‎ , p. 469 (lire en ligne)
  11. Marc Spindler, « L'antiprotestantisme à Madagascar 1895-1913 », p. 153.
  12. Alphonse Magniez, Les Faux Prophètes du protestantisme ou la fausseté du protestantisme démontrée par ses auteurs et par son origine, A. Taffin-Lefort, 1921.
  13. Robert Beauvais, Nous serons tous des protestants, Paris, Plon, (ISBN 2-259-00122-X)
  14. Jean Baubérot et Jean-Paul Willaime, Le Protestantisme, Paris, M.A. Éd., (ISBN 2-86676-267-3), p. 28.
  15. Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II, t. 2, Armand Colin, (ISBN 2-200-37082-2), p. 513.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

Études contemporaines[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

L'antiprotestantisme au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

L'antiprotestantisme aux XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Labrousse, Une foi, une loi, un roi ? La révocation de l’édit de Nantes, Paris, Payot / Genève, Labor et Fides, 1985.
  • Bernard Dompnier, Le venin de l'hérésie : image du protestantisme et combat catholique au XVIIe siècle, Paris, Le Centurion, 1985. (ISBN 2-227-32103-2)

L'antiprotestantisme aux XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]