Traité d'athéologie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La couverture des différentes éditions de cet ouvrage reprend un détail du tableau La Lutte de Jacob avec l'Ange d'Eugène Delacroix, comme ici pour la réédition de 2006 aux éditions Le Livre de poche.

Le Traité d'athéologie est un ouvrage sur l'athéisme écrit par Michel Onfray, publié en 2005 aux éditions Grasset.

« Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré... »

— Michel Onfray, extrait du Traité d'athéologie, 2005, Grasset.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Le livre est dédié à Raoul Vaneigem. Sous-titré "Physique de la métaphysique", l'ouvrage s'articule en quatre parties. La première partie traite de l'Athéologie. Elle comporte trois chapitres consacrés à l’odyssée des esprits forts, à l'athéisme, comme sortie du nihilisme et enfin au concept d'athéologie. La deuxième partie traite des monothéismes. Elle comporte aussi trois chapitres consacrés aux tyrannies et servitudes des arrière mondes, aux autodafés de l'intelligence et à la propension de certains à désirer l'inverse du réel. La troisième partie traite du christianisme. Elle comporte également trois chapitres consacrés à la construction intellectuelle de Jésus, à la contamination paulinienne et à l’État totalitaire chrétien. La quatrième partie traite de la théocratie. Comme les autres parties, elle comporte trois chapitres consacrés à la petite théorie du prélèvement, aux idéologies qui se mettent au service de la pulsion de mort, et à l'idée d'une laïcité post-chrétienne[1].

Athéologie[modifier | modifier le code]

Le terme d’« athéologie » est repris d'un projet de Georges Bataille, qui voulait réunir des ouvrages sur la question, sous le titre La Somme athéologique[2], projet resté finalement inachevé. L’auteur se propose, non pas de suivre les pas de Bataille, mais d’utiliser ce concept, comme l’instrument d’une boîte à outils philosophique, dans le sens où Deleuze et Foucault l'entendaient. Selon l’auteur, cette approche doit être interdisciplinaire pour créer « une physique de la métaphysique, donc une réelle théorie de l’immanence, une ontologie matérialiste. »[3]

Selon l’auteur, Nietzsche est le seul à avoir cru à la mort de Dieu, qui ne pourra disparaître que lorsque l’homme assumera seul son destin, face à la peur de sa mort et à ses angoisses existentielles[4]. D’Épicure à Nietzsche, en passant par Pierre Charron ou La Mothe Le Vayer, la notion d’athéisme a plus souvent été utilisée pour stigmatiser les esprits forts, les calomnier ou les condamner, que pour les comprendre[5]. Plus grave encore, l’opprobre a été jetée sur des auteurs déistes ou panthéistes, comme Spinoza, dont le seul tord était de s’écarter des dogmes monothéistes dominants[6].

L’auteur dénonce ensuite la mémoire, trop sélective, du monde universitaire, qui ignore l’abbé Meslier, La Mettrie, le baron d’Holbach ou Feuerbach, pour se concentrer sur les philosophes des Lumières, essentiellement déistes, comme Rousseau, Diderot ou Voltaire[7]. Or l’époque actuelle n’est, selon l’auteur, pas athée, mais nihiliste[8]. Pour sortir de cette impasse, la réponse ne doit pas venir d’une relecture laïque de la pensée judéo-chrétienne, celle de Jankélévitch, de Lévinas ou d’Alain Finkielkraut, mais d’un dépassement de celle-ci, pour atteindre une forme d’athéisme post-moderne[9].

Monothéismes[modifier | modifier le code]

Selon l'auteur, les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une même haine de la raison et de l'intelligence, haine de la liberté et des livres, haine de la vie et de la sexualité, haine des femmes et du plaisir. A contrario, les trois monothéismes défendent la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion pour l'au-delà[10]. L' « idéal ascétique », autre point commun théorique entre le judaïsme, le christianisme et l'islam, se traduit en pratique par une kyrielle d'interdits, « car on ne mesure bien l'obéissance qu'avec les interdits. »[11]. Le monothéisme est une auberge espagnole, où chacun peut trouver ce qu'il cherche et son contraire. Dans les trois livres fondateurs, « les contradictions abondent : à une chose dite, correspond presque immédiatement son contraire, un avis triomphe, mais son exact opposé aussi, une valeur est prescrite, son antithèse un peu plus loin. »[12].

Judaïsme[modifier | modifier le code]

« Yahvé parle à son peuple élu et n'a aucune considération pour les autres. La Torah invente l'inégalité éthique, ontologique et métaphysique des races. ».

Christianisme[modifier | modifier le code]

Dans sa Contre-histoire de la philosophie, il défend particulièrement la thèse mythiste : Jésus est pour lui un personnage conceptuel, tout comme le Zarathushtra de Friedrich Nietzsche ou le Socrate de Platon ; ce concept est repris de Gilles Deleuze. Il considère pour sa part que le christianisme, et à travers le christianisme l'idéalisme platonicien, a tellement profondément influencé l'épistémè occidentale que le refoulement de la thèse mythiste est simplement culturelle : la longue domination intellectuelle du christianisme durant le Moyen Âge et la Renaissance fait qu'il a fallu très longtemps pour que la thèse mythiste soit simplement envisageable.

Islam[modifier | modifier le code]

« Et pour un Averroès, ou un Avicenne - ces prétextes tellement utiles... - combien d'imams hypermnésiques mais hypo-intelligents ? ».

Théocratie[modifier | modifier le code]

Onfray étudie l'enchevêtrement des religions et des pouvoirs judiciaires, étatiques et gouvernementaux.

Réception critique[modifier | modifier le code]

Le succès médiatique du Traité d'athéologie a conduit à faire penser que la question de la religion était centrale dans la pensée d'Onfray, voire qu'Onfray était avant tout un théoricien de l'athéisme. Si Onfray est athée, c'est la défense de l'hédonisme qu'il met d'abord au cœur de son travail. Le Traité d'athéologie avait été écrit en 2005 suite aux débats qui avaient suivi la parution de son ouvrage Féeries anatomiques dans lequel il remettait en question les a-priori chrétiens dans le domaine bioéthique.

Matthieu Baumier (it) avec L'Anti-traité d'athéologie[13], préfacé par Régis Debray et Irène Fernandez (philosophe et théologienne) avec Dieu avec esprit. Réponse à Michel Onfray[14] ont publié des réponses au traité d’athéologie. Ces ouvrages ont été évidemment bien reçus par le quotidien catholique La Croix, qui souligne « le catalogue de raccourcis, d’approximations, d’amalgames, de contresens sur le christianisme qu’est le Traité d’athéologie[15] ». Pour le journaliste François Busnel de L'Express, ces deux ouvrages sont en revanche très décevants :« Son Traité d'athéologie a ulcéré les tenants des cultes monothéistes - qui, d'ailleurs, n'ont toujours pas répondu autrement que par l'insulte ou l'idéologie : lire, si l'on y tient, sur ce sujet les deux très décevants ouvrages de Matthieu Baumier, L'Antitraité d'athéologie, Presses de la Renaissance, et d'Irène Fernandez, Dieu avec esprit , Philippe Rey. »[16]

Le Traité d’athéologie, vendu à plus de 220 000 exemplaires[17], a clairement montré un regain d'intérêt, en France, en 2005, pour les questions d'athéisme. Le succès médiatique du Traité d'athéologie fait écho à celui d'autres livres athées publiés en anglais à la même époque, et qui ont été des très grands succès de publication, tels que The God Delusion de Richard Dawkins, Breaking the Spell: Religion as a natural phenomenon de Daniel Clement Dennett, The End of faith de Sam Harris ou God is not great: How religion poisons everything de Christopher Hitchens. Le succès éditorial de ces publications, particulièrement dans le monde anglo-saxon, conduit certains athées à penser qu’ils doivent être, en tant que citoyens, plus revendicatifs sur leurs droits à ne pas croire en une religion, à défendre la séparation des Églises et de l’État devant les menées des mouvements fondamentalistes (aux États-Unis), et doivent donc à cette fin être plus actifs en tant que mouvement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Traité d'athéologie: Physique de la métaphysique, Grasset, Paris, 2006 (EAN / (ISBN 9782253115571)).
  2. Traité d'athéologie, 2006 (p. 33).
  3. Traité d'athéologie, 2006 (p. 34-35).
  4. Traité d'athéologie, 2006 (p. 41-42).
  5. Traité d'athéologie, 2006 (p. 42-55).
  6. Traité d'athéologie, 2006 (p. 42-55).
  7. Traité d'athéologie, 2006 (p. 59-63).
  8. Traité d'athéologie, 2006 (p. 73).
  9. Traité d'athéologie, 2006 (p. 90-93).
  10. Traité d'athéologie, 2006 (p. 103-104).
  11. Traité d'athéologie, 2006 (p. 106-107).
  12. Traité d'athéologie, 2006 (p. 207-208).
  13. Matthieu Beaumier, L'Anti-traité d'athéologie, Presses de la Renaissance, , 243 p.
  14. Irène Fernandez, Dieu avec esprit. Réponse à Michel Onfray, Philippe Rey, , 163 p.
  15. « Les contradicteurs d’Onfray réagissent » : De plus il estime que « Dès lors, la clé du succès d’Onfray est simple : présenter des thèses « faciles », mais fausses, à un public finalement très crédule ».
  16. François Busnel, « Pourquoi il faut lire Michel Onfray »,‎ .
  17. Michel Onfray déboulonne Freud et fait grincer des dents, article du 21.04.2010, sur Lemonde.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]