Zuisme

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𒀭
Zuisme
الزوئية
Image illustrative de l’article Zuisme
Autel dédié à Pazuzu d'un pratiquant de cultes zuistes.

Repères historiques
Fondation Années 1960-1970 (zuisme hongrois), 2008 (zuisme mardukite), 2013 (reconnaissance officielle en Islande)
Fiche d'identité
Église Église fondatrice du zuisme mardukite (Founding Church of Mardukite Zuism), Église hongroise (Magyar Egyház), Association de foi du zuisme d'Islande (Zuism trúfélag)
Courant religieux Religion sumérienne/mésopotamienne et sémite/cananéenne
Type Néopaganisme
La Bible des Anunnaki du zuisme mardukite.

Le zuisme ou zouisme (arabe : الزوئية al-Zuiyya; anglais : Zuism), appelé aussi néopaganisme sumérien-mésopotamien et néopaganisme sémitique-cananéen, ou encore natib qadish (ougaritique : ntb qdš 𐎐𐎚𐎁𐎟𐎖𐎄𐎌), est un ensemble de mouvements néo-païens de tradition sumérienne-mésopotamienne et sémite-cananéenne. Il existe des groupes zuistes aux États-Unis, en Europe de l'Ouest, en Europe de l'Est et au Moyen-Orient[1].

Ses origines se situent chez les néo-païens hongrois des années 60 et 70, notamment dans l’œuvre de l'assyriologue Ferenc Badiny Jós (1909–2007), qui a fondé une Église hongroise zuiste et était l'auteur de la Bible magyare[2],[3]. Le néopaganisme mésopotamien a été aussi cultivé par l'auteur ésotérique américain Joshua Free, qui a rendu publiques ses doctrines depuis 2008 sous le nom de zuisme mardukite[4].

En Islande, une organisation zuiste locale, la Zuism trúfélag, officiellement reconnue par l'État en 2013, a été utilisée pour contourner la taxe religieuse et protester contre les liens entre la religion et l'État[5].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot zuisme vient du verbe sumérien zu 𒍪 (idû en akkadien), qui signifie «savoir», «connaître»[6]. Zuisme signifie donc « religion de la connaissance », et le mot a été utilisé pour la première fois par le zuiste américain Joshua Free au milieu des années 2000[4]. Les mots natib et qadish viennent de la langue ougaritique, langue dans la cité-État antique cananéenne d'Ougarit. Natib signifie «chemin» et qadish signifie «sacré». Réunis, natib qadish signifient donc « voie sacrée ». Les adeptes de cette religion sont appelés les qadish, au pluriel qadishuma, et les prêtres, hommes et femmes, sont appelés respectivement qadishu et qaditshu[7].

Types de zuisme[modifier | modifier le code]

Zuisme hongrois[modifier | modifier le code]

Le premier mouvement zuiste organisé a été lancé par l'assyriologue hongrois Ferenc Badiny Jós (1909–2007), Ida Bobula[8] et d'autres auteurs, tels que Tibor Baráth, Victor Padányi et András Zakar[9], dans les années 1960 et 1970, parmi les néo-païens en Hongrie qui cherchaient à relier les origines des Hongrois aux anciens Sumériens[8]. Ferenc Badiny Jós, émigré à Buenos Aires, en Argentine, fonda une Église hongroise (Magyar Egyház) de tradition sumérienne, dont l'héritage se prolonge encore aujourd'hui parmi les zuistes (néo-païens sumériens) en Hongrie[2]. Un héritage important de Badiny Jós est sa Bible magyare de tradition sumérienne[3].

Zuisme mardukite[modifier | modifier le code]

Autel d'un pratiquant canadien du zuisme mardukite. Sur la couverture du Book of Marduk, la merkabah (char) zuiste, le moyen de connexion avec les sept Anunnaki et la trinité suprême (Anu, Enlil, Enki)[10].
Merkabah (char) zuiste.

Le zuisme mardukite (Mardukite Zuism) est une doctrine du zuisme fondée par l'ésotériste américain Joshua Free en 2008 et incorporée par l'Église fondatrice du zuisme mardukite (Founding Church of Mardukite Zuism)[4],[11]. Leurs livres religieux comprennent la Anunnaki Bible New Standard Zuist Edition, le Mardukite Zuist Necronomicon, The Power of Zu et les nombreux autres écrits de théorie et de pratique du même auteur. Joshua Free définit le Zuisme comme une « systémologie » et une « technologie spirituelle » pour la réalisation de soi, c'est-à-dire la réunion de soi avec Dieu, et, en plus de « connaissance », donne à zu le sens de « conscience » et l'interprète comme l'énergie rayonnante qui imprègne tous les êtres vivants[12].

Zuisme irakien[modifier | modifier le code]

L'assyriologue russe V. V. Yemelyanov a documenté la montée d'un néopaganisme zuiste en Irak au début des années 2010, avec la diffusion de prières aux dieux mésopotamiens en langue arabe[13].

Zuisme cananéen[modifier | modifier le code]

Le zuisme reconstructionniste cananéen est une petite communauté dans l'Israël contemporain. Il a des antécédents dans le mouvement culturel et littéraire du cananisme chez les Juifs de Palestine britannique dans les années 1940, en particulier dans l'œuvre de Yonatan Ratosh (1908–1981), né sous le nom d'Uriel Helpern à Varsovie, en Pologne[14]. Le zuisme cananéen est également appelé natib qadish, une expression créée par l'adhérente américaine Tess Dawson au début des années 2000[15]. L'adhérent israélien Elad Aaron a formulé une idéologie culturelle pour la redécouverte politique de la religion pandeiste cananéenne appelée le nouveau cananisme re-sioniste (Shni-Tzioni)[16].

Zuisme islandais[modifier | modifier le code]

L'Association de foi du zuisme (Zuism trúfélag) a été fondée en Islande en 2010 par Ólafur Helgi Þorgrímsson et enregistrée par l'État en 2013[5]. En Islande, tout citoyen doit payer annuellement une taxe religieuse, la sóknargjald, qu'il soit croyant ou non[17]. Certaines personnes désapprouvant ce système, guidées par Ísak Andri Ólafsson, ont pris le contrôle de l'organisation en 2015 dans un but de résistance fiscale : la part de la taxe religieuse reversée au mouvement par le gouvernement est alors redistribuée à chacun des adeptes, qui trouvent ainsi un moyen de s'affranchir de cet impôt[17],[5].

La Zuism trúfélag de Ísak Andri Ólafsson entend ainsi lutter contre la levée d'une taxe religieuse en Islande ainsi que la tenue d'un registre national de la religion des Islandais[17],[5]. Cette protestation s'inscrit dans un mouvement plus large demandant la séparation de l'Église et de l'État[17]. La Zuism trúfélag ayant été utiliséé pour des motifs fiscaux clairement affichés et non pour des motifs religieux, des élus islandais ont demandé son retrait du registre officiel des religions reconnues en Islande. Un porte-parole de la Zuism trúfélag répond néanmoins à cette demande que l'on ne peut définir précisément la nature religieuse d'une organisation et que l'on ne peut mesurer la sincérité de la croyance religieuse[18].

Au , la religion ne compte que 4 adeptes déclarés[19], mais leur nombre croît très rapidement durant quelques semaines fin 2015 au point d'atteindre 3 000 à 3 500 adeptes, soit 1 % de la population islandaise, en [17],[18],[20],[5]. La majorité d'entre eux sont jeunes, connectés à Internet et déjà désaffiliés du christianisme[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Feraro, 2014 et 2016.
  2. a et b Kovács 2019.
  3. a et b Ferenc Badiny Jós, Magyar Biblia, 1985 (archive).
  4. a b et c Joshua Free, "Deep Roots of Modern Mesopotamian Neopaganism; Origins of Mardukite Zuism from 2008 Publications",Modèle:Dte- (archive), "Anunnaki Bible New Standard Zuist Edition sets 'new standard' for future of Mesopotamian Neopaganism", (archive).
  5. a b c d et e Bromley 2018.
  6. Wolfe, 2015.
  7. Dawson, 2009.
  8. a et b Kolozsi 2012, p. 50-53.
  9. Szilárdi, 2013, pp. 232–234.
  10. Joshua Free, "Babylon, Gateway of the Gods: Energy Signatures, Mardukite Sigils, Anunnaki Signs & Glyphs", (archive).
  11. Free et Kaos, 2019.
  12. Free et Kaos, 2019; Free et Penn, 2020.
  13. V. V. Yemelyanov, "Изучая шумеро-аккадские тексты, становишься и сам немного шумером", 12 novembre 2012, Polit.ru (archive).
  14. Feraro, 2016, p. 68.
  15. Feraro, 2016, p. 60.
  16. Feraro, 2016, p. 73.
  17. a b c d et e (en) « Why are atheists flocking to join Iceland's fastest-growing religion? », The Daily Telegraph,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  18. a et b « Les Islandais «prient» d’anciens dieux pour payer moins d’impôts (et ça marche) », 20 minutes,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  19. (is) « Siðmennt og fjölgyðistrúin 'Zuism' hljóta skráningu sem trú- og lífsskoðunarfélög á Íslandi. » (consulté le ).
  20. « Les Islandais se convertissent en masse au Zuisme », France Inter,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  21. Boldyreva et Grishina, 2017.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Autel d'un pratiquant canadien du zuisme avec certaines écritures du mouvement : l'édition française des livres du Mardukite Zuist Necronomicon et Babylonian Magick de Joshua Free.

Recherche académique[modifier | modifier le code]

  • (en) Ádám Kolozsi, "Social Constructions of the Native Faith: Mytho-historical Narratives and Identity-discourse in Hungarian Neo-paganism, Central European University Nationalism Studies Program, .
  • (en) Elena L. Boldyreva et Natalia Y. Grishina, "Internet Influence on Political System Transformation in Iceland", Proceedings of the International Conference Internet and Modern Society (IMS-2017), 2017, pp. 225–229, doi:10.1145/3143699.3143710.
  • (en) David G. Bromley, Zuism (Iceland), Virginia Commonwealth University, coll. « World Religion and Spirituality Project », (lire en ligne).
  • (en) Jared Wolfe, "ZU: The Life of a Sumerian Verb in Early Mesopotamia", University of California, 2015.
  • (hu) Nóra Kovács, A diaszpóra visszavándorlásának ideológiai vonatkozásai Közép-Kelet Európában: Badiny Jós Ferenc Magyarországon, coll. « Hungarian Diasporas », (lire en ligne).
  • (en) Réka Szilárdi, "Neopaganism in Hungary: Under the Spell of Roots", dans Kaarina Aitamurto et Scott Simpson (eds.), Modern Pagan and Native Faith Movements in Central and Eastern Europe, 2013, pp. 230–248, (ISBN 978-1844656622).
  • (en) Shai Feraro, "The Return of Baal to the Holy Land: Canaanite Reconstructionism among Contemporary Israeli Pagans", Nova Religio, 20(2): 59–81, 2016, doi:10.1525/nr.2016.20.2.59.
  • (en) Shai Feraro, "Two Steps Forward, One Step Back: The Shaping of a Community-Building Discourse among Israeli Pagans", Israel Studies Review, 29(2): 57–77, 2014, doi: 10.3167/isr.2014.290205.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]