Athéisme d'État

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La cathédrale Saint-Vladimir de Kiev, reconvertie en « musée antireligieux » par les autorités soviétiques dans les années 1920.
Inscription sur un mur de l'église Saint-Martin d'Ivry-la-Bataille datant de la Révolution Française. L'église fut transformée en Temple de la Raison de 1793 à 1794.

L'athéisme d'État désigne l'action d'un État non-laïc, qui rejette la neutralité en matière de croyances et fait le choix d'adopter l'athéisme comme doctrine officielle. Des politiques relevant de l'athéisme d'État ont été mises en place à plusieurs périodes de l'Histoire, elles atteignent leur apogée au XXème siècle avec l'avènement des régimes communistes.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'athéisme d'État fut d'abord pratiquée pendant une brève période lors de la Révolution française (1789-1799) : la déchristianisation[1].

De telles politiques ont été répétées lors de la Révolution mexicaine (1910-1920) et dans les pays communistes.

Union soviétique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Religions en Union soviétique.

L'Union soviétique a une longue histoire d'athéisme d'État[2] dans lequel le succès social nécessite de la part des individus de militer pour l'athéisme et de ne pas fréquenter les églises. Cette politique a été poussée à son paroxysme durant l'ère stalinienne, de 1929 à 1939[3],[4],[5]. L'Union soviétique tenta de supprimer l'influence des religions sur de grands espaces géographiques, notamment en Asie centrale[6].

Après la consolidation du pouvoir de l'union soviétique en Europe centrale et en Europe de l'Est, des pays d'une grande diversité géographique tombèrent dans la sphère d'influence communiste. Bien que leurs relations avec Moscou différaient considérablement, chacun d'entre eux adopta l'athéisme d'État sous une forme ou une autre[7].

Albanie[modifier | modifier le code]

La République populaire socialiste d'Albanie a interdit la pratique de toute religion[8] jusqu'en 1991. Enver Hoxha proclamait en 1967 l'Albanie « premier État athée du monde ».

Chine[modifier | modifier le code]

La République populaire de Chine revendique une politique d'athéisme d'État[9].

La Révolution culturelle de 1966, dont un des objectifs est de mettre fin aux « Quatre vieilleries », marque le début d'une période de difficultés pour les religions en Chine : destructions de lieux de culte, arrestation ou déportation de nombreux croyants et membres des clergés, assassinat, mépris des valeurs culturelles traditionnelles et destructions systématiques de celle-ci[10].

L'article 36 de la Constitution de la République populaire de Chine de 1982 tend aujourd'hui vers davantage de liberté de croyance et précise que[11],[12] :

« Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté de religion. Aucun organisme d’État ni aucun groupement social ni aucun individu ne peuvent forcer un citoyen à avoir ou à ne pas avoir de religion, ni faire de discrimination à l'égard d'un croyant ou d'un non-croyant. L’État protège les pratiques religieuses ordinaires. Aucun individu ne peut utiliser la religion aux fins de troubler l'ordre social, la santé des citoyens, nuire au système éducatif de l’État. Les groupements religieux et les affaires religieuses ne doivent subir aucune domination étrangère. »

Cette volonté d'indépendance face aux influences étrangères restreint ainsi la liberté de religion aux organisations religieuses officielles, dites « patriotiques », encadrées par l'État. Il s'agit des cinq organisations suivantes, auxquelles les croyants sont obligés d'adhérer sous peine d'être poursuivis pour « activité religieuse illégale »[13]  :

  • Le Mouvement patriotique protestant triplement autonome de Chine ( 三自爱国运动 ),
  • L'Association bouddhiste de Chine ( 中国佛教协会 ),
  • L'Association islamique de Chine ( 中国伊斯兰教协会 ),
  • L'Association taoïste de Chine ( 中国道教协会 ),
  • L'Association patriotique catholique de Chine ( 中国天主教爱国会 ).

Tibet[modifier | modifier le code]

Un cas particulier est celui du Tibet, après la prise de pouvoir chinoise en 1959 et l'exil du 14ème dalaï-lama en Inde. Notons que le dalaï-lama n'est pas seulement le chef spirituel des Tibétain mais aussi le chef temporel, c'est-à-dire chef du Gouvernement tibétain (jusqu'à sa retraite politique en mars 2011). Depuis cette date, le bouddhisme, religion principale du Tibet, s'est retrouvé isolé dans une lutte pour survivre[7].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ce moment ne couvre pas toute la période révolutionnaire : voir Culte de la Raison et de l'Être suprême.
  2. (en) Andrew Greeley, Religion in Europe at the End of the Second Millennium : A Sociological Profile, New Brunswick, Transaction Publishers, , 252 p. (ISBN 0-76580-131-0).
  3. (en) Dimitry Pospielovsky, The Orthodox Church in the History of Russia, St Vladimir's Seminary Press, , 413 p. (ISBN 0-88141-179-5).
  4. (en) Steven Merritt Miner, Stalin's Holy War: Religion, Nationalism, and Alliance Politics, 1941–1945, Chapel Hill, University of North Carolina Press, , 448 p. (ISBN 0-80782-736-3).
  5. (en) Norman Davies, Europe : A History, Oxford, Oxford University Press, , 1424 p. (ISBN 0-19520-912-5).
  6. (en) Daniel Pipes, The Long Shadow : Culture and Politics in the Middle East, New Brunswick, Transaction Publishers, , 303 p. (ISBN 0-88738-849-3).
  7. a et b (en) Robert Wuthnow, The encyclopedia of politics and religion, Congressional Quarterly, 1998, (ISBN 156802164X et 9781568021645), pages 173-174.
  8. (en) Robert Elsie, A Dictionary of Albanian Religion, Mythology, and Folk Culture, Londres, C. Hurst & Co. Publishers, , 357 p. (ISBN 978-1-85065-570-1, lire en ligne), p. 18.
  9. Samuel Samson, « Tous ensemble pour le Québec de demain. Quelle charte des valeurs ? », 2013, (ISBN 2981342525 et 9782981342522), p. 36.
  10. Astrid Fossier, Le dialogue inter-religieux en Chine Irénées.net, Janvier 2004« Mais c’est pendant la Révolution culturelle, période la plus destructrice de la Chine contemporaine, que le summum des persécutions contre toute forme de croyance et de pratiques religieuses fut atteint. »
  11. Une traduction française de la Constitution de la République populaire de Chine de 1982 (page visitée le 19 février 2015).
  12. (en) Version anglaise de la Constitution de la République populaire de Chine de 1982 (page visitée le 19 février 2015).
  13. (en) U.S Department of State, International Religious Freedom Report 2010: China, 17 Nov 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]