Josef von Sternberg

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Josef von Sternberg
Description de cette image, également commentée ci-après
Josef von Sternberg (droite) et Janet Leigh (gauche), sur le tournage de Les espions s'amusent (1951).
Nom de naissance Jonas Sternberg
Naissance
Vienne
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Nationalité Flag of the Habsburg Monarchy.svg Austro-hongroise puis
Drapeau des États-Unis Américaine (par naturalisation 1908)
Décès (à 75 ans)
Hollywood (Los Angeles)
Drapeau des États-Unis États-Unis
Profession réalisateur
Films notables L'Ange bleu
Shanghaï Express
L'Impératrice rouge
Shanghai Gesture

Jonas Sternberg, dit Josef von Sternberg, est un réalisateur austro-américain, né le à Vienne, et mort le à Hollywood (Los Angeles).

Au cours d'une carrière hollywoodienne tumultueuse, il a notamment été le pygmalion de Marlène Dietrich. Il a écrit ses mémoires dans Souvenirs d'un montreur d'ombres (Fun in a Chinese Laundry) en 1966.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de la classe moyenne juive[1] de Vienne[2], le petit Jonas a deux ans quand son père, Moïse, au sortir d'un service militaire prolongé dans l'armée de l'empereur François Joseph[3], part chercher du travail aux États-Unis. À sept ans, en 1901, il le rejoint avec sa mère.

Le projet est un échec et, en 1904, la famille retourne à Vienne. En 1908[4], elle tente de nouveau le Nouveau Monde et s'installe à New York[5] dans le Queens, où le père, désormais appelé Morris, trouve à travailler dans un atelier de confection de dentelles. Jonas a quatorze ans et intègre, avec d'autres enfants d'émigrés, l'école publique de son quartier, Jamaica (en). La misère familiale ne lui permet pas d'achever ses études[6] et l'oblige à prendre un travail de garçon coursier dans un entrepôt de dentelles.

Il acquiert la citoyenneté américaine en 1909[7]. Toutefois, contrairement à Erich von Stroheim, Sternberg a reçu une instruction tant en Autriche-Hongrie qu'aux États-Unis. À 17 ans, il change de prénom. Dans ses mémoires, il écrit qu'il quitte le domicile familial peu après que sa mère a abandonné le foyer. Pour survivre, il fait différents travaux alors qu'il a 16 ans.

Débuts au cinéma[modifier | modifier le code]

De la dentelle (Sternberg a travaillé chez un modiste), le jeune homme passe à un entrepôt cinématographique, où il est chargé de nettoyer et réparer des films[8]. Cette première expérience de la manipulation de la pellicule lui permet, vers 1915, de se faire embaucher à Fort Lee, dans le New Jersey, comme monteur dans la société de distribution World Film Company par William A. Brady, producteur et directeur de théâtre qui est financé par le Consortium Shubert, et s'est associé un an plus tôt avec Lewis J. Selznick[9].

Sternberg y est remarqué et soutenu par le comédien et réalisateur français Émile Chautard. À l'entrée des États-Unis dans la Grande Guerre, en 1917, il intègre le Signal Corps[10], service de propagande des armées, où il occupe un poste d'opérateur. À la démobilisation, Chautard le choisit pour être son assistant réalisateur sur une adaptation du Mystère de la chambre jaune, qui sort en 1919.

Sternberg travaille comme assistant pour plusieurs réalisateurs et remplace Roy William Neill, malade, sur le tournage de plusieurs scènes de By Divine Right, qui sort en 1925. Le premier rôle, Elliott Dexter, qui est aussi coproducteur du film, l'inscrit au générique sous le nom de « von Sternberg », peut-être par assimilation à Erich von Stroheim.

L'acteur de théâtre britannique George K. Arthur lui demande d'être dirigé dans un film qui marquerait ses débuts à l'écran. Sternberg lui soumet un scénario et réalise la même année The Salvation Hunters[11], qui surprend le public par son côté naturaliste, et séduit Charlie Chaplin[12]. Chaplin invite Douglas Fairbanks et Mary Pickford, ses associés de l'United Artists, à lui confier une réalisation, mais Mary Pickford refuse le scénario qu'elle lui a commandé. C'est avec la Metro-Goldwyn-Mayer qu'il signe un contrat.

Les débuts de Sternberg n'y sont pas très heureux. Il quitte le plateau de The Masked Bride (en), qui est achevé par Christy Cabanne en 1925. L'année suivante, The Exquisite Sinner est refait par Phil Rosen. A Woman of the Sea, commandé par Charlie Chaplin pour Edna Purviance, sera détruit avant d'avoir été jamais montré.

Cette série noire s'interrompt quand il rejoint la Paramount. Le premier film que Sternberg dirige pour la firme, Les Nuits de Chicago[13], remporte un succès mondial. Tiré d'une histoire de Ben Hecht, Les Nuits de Chicago est le premier film hollywoodien à prendre pour héros des « gangsters » et, selon le critique et historien Georges Sadoul, le succès du film fit entrer ce mot dans la langue française. Von Sternberg dirige ensuite Les Damnés de l'océan, sur la rencontre entre un marin et une fille de joie. Ces deux films le classent alors parmi les grands maîtres du muet.

L'arrivée du parlant n'interrompt pas la lancée du réalisateur qui dirige notamment Crépuscule de gloire, un drame historique qui permettra à sa vedette, Emil Jannings, de devenir le premier récipiendaire de l'Oscar du meilleur acteur.

Rencontre avec Marlène Dietrich[modifier | modifier le code]

La carrière de von Sternberg prend un nouveau tour alors qu'il se rend en Allemagne pour y diriger L'Ange bleu[14], pour le compte de la UFA[15]. Premier film parlant tourné en Allemagne et seul film allemand de la carrière de von Sternberg, L'Ange bleu, adapté d'un roman de Heinrich Mann, raconte l'histoire d'un respectable professeur, incarné par Emil Jannings, qui s'éprend d'une chanteuse de cabaret. Pour incarner la chanteuse, le réalisateur porte son choix sur une actrice peu connue nommée Marlène Dietrich. Le film est un succès en Allemagne et fait de Dietrich une vedette, bien qu'elle n'y tienne qu'un rôle relativement secondaire.

L’Ange bleu n’est que le premier des films que von Sternberg réalisera et dont Marlène Dietrich sera la vedette. Suivront six longs métrages tournés à Hollywood et qui contribueront à installer Marlène Dietrich[16] au panthéon des grands mythes cinématographiques. Le premier, Cœurs brûlés[17], sort en 1930. C'est par ce film que le public américain découvre Marlène, car il est exploité aux États-Unis avant L'Ange bleu. Cœurs brûlés est nominé pour quatre Oscars, Sternberg lui-même est en lice pour le trophée de la mise en scène. Suit Agent X 27, inspiré de l’histoire de Mata-Hari, en 1931, Shanghaï Express[18] en 1932, Blonde Vénus en 1933, L'Impératrice rouge[19],[20], sur le destin de Catherine de Russie, en 1934, et finalement La Femme et le Pantin[21] en 1935, une adaptation du roman de Pierre Louÿs avec lequel s'achève leur collaboration. Opulentes et baroques, ces œuvres connaissent un accueil inégal. Si Shanghaï Express remporte un grand succès, L'Impératrice rouge et La Femme et le Pantin seront en revanche des échecs commerciaux.

Dans ses souvenirs, Sternberg affirme avoir créé de toutes pièces le mythe de Marlène[22] et minimisera le rôle de son interprète, qui protestera.[réf. nécessaire]

L'après Dietrich[modifier | modifier le code]

Sternberg, à gauche, en 1936 au Japon après sa rupture avec Marlène Dietrich.

À la suite de sa rupture professionnelle avec Dietrich, von Sternberg tourne Crime et Châtiment, une adaptation du roman de Dostoïevski dans laquelle Peter Lorre interprète Raskolnikov. Il réalise ensuite la comédie musicale Sa majesté est de sortie, évocation des amours de l'empereur François-Joseph d'Autriche et de l'impératrice Sissi. Puis, à l'instigation du producteur Alexander Korda, il se rend en Grande-Bretagne pour y filmer une adaptation du roman historique Moi, Claude de Robert Graves. Paru en 1934, le roman est l'autobiographie fictive de l'empereur romain Claude. C'est Charles Laughton qui doit interpréter l'empereur. La relation entre Laughton et von Sternberg est difficile et le tournage s'interrompt à la suite de l'accident de voiture dont est victime l'actrice principale, Merle Oberon. Le film ne sera donc pas achevé.

Sternberg a déclaré avoir « cessé de faire du cinéma en 1935 », faisant allusion à la fin du cycle Dietrich. Cependant Shanghai Gesture, en 1941, et, surtout, Fièvre sur Anatahan (The Saga of Anatahan), en 1953, tourné au Japon[23], montrent le contraire, et font regretter qu'un sujet aussi ambitieux que I, Claudius n'ait pu être terminé[24].

Fièvre sur Anatahan[25] est l'histoire de soldats japonais qui refusent de croire que la guerre est finie[26]. Sternberg écrit, raconte, fait la photographie et dirige le film qui est un échec financier.

En 1957 il co-dirige Jet Pilot[10] produit par Howard Hughes[27].

Entre 1959 et 1963, Sternberg donne des cours sur l'esthétique de ses films à UCLA[5]. Parmi ses étudiants il compte Jim Morrison[28] et Ray Manzarek[29], qui vont former le groupe de rock The Doors. Manzarek reconnaîtra la grande influence que Sternberg aura eu sur le groupe[30].

Sternberg obtient son étoile sur le Hollywood Walk of Fame le [31],[23].

Joseph von Sternberg meurt le [32] ; il est enterré au Westwood Memorial Park de Los Angeles[3].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

En 1926, Josef von Sternberg épouse l’actrice Riza Royce (1903-1980) dont il divorce en 1930. Au début des années 1930, il est le compagnon de Marlene Dietrich[33].

Entre 1945 et 1947, il est marié avec Jean Avette McBride (1917-1994). En troisièmes noces, il épouse l’historienne de l’art Meri Otis Wilner, avec laquelle il vit de 1948 à sa mort. De cette union est né, en 1951, un fils, Nicholas Josef von Sternberg. Von Sternberg a également adopté Cathy Ann Wilner la fille de son épouse.

Meri von Sternberg meurt à Valencia (Californie), le , à l’âge de 97 ans. Elle repose aux côtés de son mari au Westwood Village Memorial Park Cemetary.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Films muets[modifier | modifier le code]

Films parlants[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publication[modifier | modifier le code]

  • Souvenirs d'un montreur d'ombres (Fun in a Chinese Laundry), traduit de l'américain par Magdeleine Paz, Robert Laffont éditeur, 1966 Réédité sous le titre de De Vienne à Shanghai : Les Tribulations d'un cinéaste, traduit de l'américain par Michèle Miech, Cahiers du cinéma, coll. « Petite Bibliothèque », 2001.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Josef von Sternberg », sur Encyclopædia Universalis (consulté le ).
  2. (en) « Josef von Sternberg », sur TSPDT (consulté le ).
  3. a et b (en) « Joseph von Sternberg », sur findagrave.com.
  4. (en) Josef von Sternberg sur l’Encyclopædia Britannica.
  5. a et b « Josef von Sternberg - Cinémathèque française », sur cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr (consulté le ).
  6. « Von Sternberg, Josef », sur Dictionnaire du cinéma anglo-saxon (consulté le ).
  7. Voir sur dhm.de.
  8. (en-US) « Who was Josef von Sternberg? Everything You Need to Know », sur thefamouspeople.com (consulté le ).
  9. Père du futur producteur David O. Selznick, alors âgé de douze ans.
  10. a et b (en) « Josef von Sternberg », sur hollywoodsgoldenage.com (consulté le ).
  11. « Josef Von Sternberg », sur cinememorial.com (consulté le ).
  12. (en) « Josef Von Sternberg - Cinema and Media Studies », sur oxfordbibliographies.com (consulté le ).
  13. (it) « STERNBERG, Josef von, in "Enciclopedia del Cinema" », sur treccani.it (consulté le ).
  14. (en-US) Mordaunt Hall, « The Screen », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  15. (en) « Josef von Sternberg | Austrian Director », sur classicartfilms.com (consulté le ).
  16. (en-US) Dave Kehr, « Marlene Dietrich’s ‘Dishonored’ and ‘Shanghai Express’ », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  17. (en) « MoMA | Josef von Sternberg’s Morocco », sur moma.org (consulté le ).
  18. (en-US) Mordaunt Hall, « Marlene Dietrich in a Brilliantly Directed Melodrama Set Aboard a Train Running From Peiping to Shanghai », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  19. (en-GB) Derek Malcolm, « Josef von Sternberg: The Scarlet Empress », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
  20. (en-US) A.d.s, « Mr. von Sternberg Presents Miss Dietrich », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  21. (en-US) Andre Sennwald, « The Paramount Presents Mr. von Sternberg's 'The Devil Is a Woman' », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le ).
  22. (en-GB) Tim Robey, « Josef von Sternberg: the man who made Marlene sparkle », Telegraph,‎ (ISSN 0307-1235, lire en ligne, consulté le ).
  23. a et b (en) « Josef von Sternberg », sur latimes.com (consulté le ).
  24. Jean Tulard. Dictionnaire des réalisateurs, coll. « Bouquins ».
  25. « Reprise : Anatahan, le rêve japonais de Sternberg », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  26. japanfm.fr, « Le fascinant fait divers d'Anatahan par Josef von Sternberg », sur japanfm.fr (consulté le ).
  27. : Joseph von Sternberg « Copie archivée » (version du 4 janvier 2006 sur l'Internet Archive), Online Film Critics Society, at Rotten Tomatoes.
  28. (en-US) « Josef von Sternberg Movies », sur ultimatemovierankings.com (consulté le ).
  29. (en) Rebecca Kendall, « The Doors’ Ray Manzarek and Jim Morrison as college students, preserved on film », sur University of California, (consulté le ).
  30. The Doors and Ben-Fong Torres, The Doors.
  31. (en) « Josef von Sternberg », sur walkoffame.com (consulté le ).
  32. Annonce de décès : Meri von Sternberg, Tribune de Genève, lundi 24 juillet 2017, sur hommages.ch.
  33. Voir sur cinememorial.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]