Gilbert Simondon

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Gilbert Simondon
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Principaux intérêts
Idées remarquables
individuation, transduction, concrétisation, transindividuel, préindividuel
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Gilbert Simondon (né le à Saint-Étienne et mort le à Palaiseau) est un philosophe français du XXe siècle. Son œuvre, produite pour l'essentiel entre 1954 et 1968, traite de l'appartenance de l'homme au vivant, de la centralité philosophique du problème de la technique ou encore des nouvelles formes d'aliénation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gilbert Simondon est le fils d’Hyppolite Simondon et de Nathalie Giraud. Son père est employé des postes et a été blessé à la Bataille de Verdun. Sa mère est issue d'une famille d'agriculteurs[1].

Gilbert Simondon fait ses études secondaires au lycée Claude-Fauriel [1]de Saint-Étienne, sa ville natale, et a tôt l’occasion de fréquenter le milieu industriel, de discuter avec des ingénieurs, de s’intéresser à l’invention scientifique et technologique et à la manière dont les innovations sont reçues au sein de la société.

Élève de khâgne au lycée du Parc à Lyon, élève de l’École normale supérieure de la rue d'Ulm de 1944 à 1948, agrégé de philosophie, il devient professeur de classe terminale au lycée Descartes de Tours de 1948 à 1955. Il y enseigne la philosophie, mais également le grec et le latin ainsi que la littérature du XXe siècle. Il enseigne également la physique et initie ses élèves à la technologie dans l'atelier au sous- sol du lycée qu'il aménagea[1].

En 1955 il devient assistant à l’université de Poitiers. Sa double thèse de doctorat d’État (sur l’individuation, sur les objets techniques), soutenue en 1958 sous la direction de Georges Canguilhem, lui permet de devenir professeur des universités, et sa célèbre thèse complémentaire « Du mode d'existence des objets techniques » est aussitôt publiée. Il enseigne à la faculté des lettres de Poitiers (1960-1963), puis à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris (1963-1969) en psychologie[2]. En 1964, paraît L'Individu et sa genèse physico-biologique qui contient la première partie et le chapitre premier de la deuxième partie de la thèse principale de Simondon (« L'individuation à la lumière des notions de forme et d'information »). Il prend ensuite la direction de l'enseignement de psychologie générale à l'université de Paris V (1969-1984), où il crée un laboratoire de psychologie générale et de technologie, basé à l’Institut de psychologie Henri Piéron, 28 rue Serpente.

La dernière partie de sa vie est assombrie par la souffrance psychique, qui le contraint à prendre une retraite anticipée. Il meurt à 64 ans, en 1989[3].

Pensée[modifier | modifier le code]

La pensée de Simondon a influencé la pensée naissante de Gilles Deleuze, qui l'évoque dans Différence et répétition et Logique du sens. Mais l'œuvre de Simondon n'est véritablement découverte par les philosophes que depuis la fin des années 1990, et elle continue d'ailleurs de paraître de façon posthume. Les deux concepts qui dominent ses thèses principale et complémentaire pour le doctorat d'État - c'est-à-dire ses deux ouvrages les plus connus - sont les concepts d'individuation et de transduction.

Simondon, critique de l'hylémorphisme de la tradition philosophique occidentale, opère dans sa thèse principale la synthèse, et donc pour certains le dépassement, des pensées de Gaston Bachelard et Henri Bergson : à l'épistémologie anti-substantialiste du premier, qu'il reprend et approfondit sous le nom de « réalisme des relations », il adjoint une ontologie génétique des « régimes d'individuation », qu'il décline en trois catégories : le physique, le vital et le transindividuel.

Dans sa thèse complémentaire, il réconcilie culture et technique en s'opposant au « facile humanisme » technophobe au profit de ce que l'on peut nommer un « humanisme difficile » (selon J.-H. Barthélémy). Il est par ailleurs l'héritier - involontaire - de Jacques Lafitte, qui, dès 1932, a préconisé le développement d'une science des machines, la « mécanologie »[4],[5]. Comme l'a montré Pascal Chabot (2003), une des oppositions centrales de l'œuvre de Simondon est celle de l'adaptation et de l'invention.

D'un point de vue plus général, sa pensée est un dialogue constant mais plus ou moins explicite avec Kant, comme avec Marx, mais aussi avec la cybernétique. L'œuvre de Simondon est par ailleurs l'une des principales sources, avec l'œuvre de Freud pour ce qui est de la compréhension de l'appareil psychique, de la pensée de Bernard Stiegler.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Du mode d'existence des objets techniques, Paris, Aubier, 1958; dernière réédition corrigée et augmentée, Paris, Flammarion, 2012.
  • « L’effet de halo en matière technique : vers une stratégie de la publicité », in Cahiers de l’I.S.E.A., (Série M, 7).
  • « La Perception de longue durée », in Journal de psychologie, 1969-1970.
  • L'individu et sa genèse physico-biologique, Paris, PUF, 1964.
  • L'individuation psychique et collective, Paris, Aubier, 1989.
  • Ces deux ouvrages sont regroupés dans l'édition intégrale (augmentée d'une partie sur l'Histoire de la notion d'individu) de sa thèse d'État : L'individuation à la lumière des notions de formes et d'information, Paris, Jérôme Millon, 2005; rééd. révisée, 2013.
  • Deux leçons sur l'animal et l'homme, Paris, Ellipses, 2004.
  • L'invention dans les techniques. Cours et conférences, Paris, Le Seuil, 2005.
  • Cours sur la Perception (1964-1965), Chatou, Éditions de La Transparence, 2006; réédition Paris, P.U.F., 2013.
  • "Mentalité technique", in Revue philosophique, t.131, no 3, 2006.
  • Imagination et Invention (1965-1966), Chatou, Éditions de La Transparence, 2008; réédition Paris, P.U.F., 2014.
  • Communication et Information. Cours et Conférences, Chatou, Éditions de La Transparence, 2010.
  • Sur la technique[6], Paris, P.U.F., 2014.
  • Sur la psychologie, Paris, P.U.F., 2015.
  • Sur la philosophie, Paris, P.U.F., 2016.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Simondon ou l'Invention du futur. Colloque de Cerisy, sous la direction de Vincent Bontems, Paris, Klincksieck, 2016, 376 p.
  • Pour une théorie de la rencontre. Hasard et individuation chez Gilbert Simondon, par Baptiste Morizot (préface de Jean-Hugues Barthélémy), Paris, Vrin, 2016.
  • Life and Technology: An Inquiry into and beyond Simondon, par Jean-Hugues Barthélémy (trad. B. Norman), Meson Press, 2015.
  • Revue Critique no. 816, Gilbert Simondon : technique, image, invention, Paris, Minuit, 2015[7].
  • Simondon, par Jean-Hugues Barthélémy, Paris, Les Belles Lettres, 2014, 240 p.
  • Gilbert Simondon, revue SubStance, University of Wisconsin Press, 2012.
  • "S'individuer, s'émanciper, risquer un style (autour de Gilbert Simondon)", par Alexandra Bidet et Marielle Macé, Revue du Mauss, 38/2, 2011.
  • Phénoménologie et individuation: la vie du corps, par Nicolas Dittmar, Paris, Editions Dittmar, coll. "Etudes simondoniennes", 2015, 159 p.
  • Simondon, une philosophie du transindividuel, par Muriel Combes, Paris, Editions Dittmar, coll. "Études simondoniennes", 2013, 207 p.
  • Une autre subjectivité, étude sur la philosophie de Gilbert Simondon, par Nicolas Dittmar, Paris, Editions Dittmar, coll. "Études simondoniennes", 2013, 102 p.
  • Simondon. Politique du transindividuel, par Bernard Aspe, Paris, Editions Dittmar, coll. "Etudes simondoniennes", 2013.
  • La vie inséparée. Vie et sujet au temps de la biopolitique, par Muriel Combes, Paris, Editions Dittmar, 2011.
  • Nietzsche et Simondon. Le théâtre du vivant, par Alain Jugnon, Paris, Editions Dittmar, 2010..
  • Cahiers Simondon - Numéro 6, par Jean-Hugues Barthélémy (dir.), Paris, L'Harmattan, 2015, 148 p.
  • Cahiers Simondon - Numéro 5, par Jean-Hugues Barthélémy (dir.), Paris, L'Harmattan, 2013, 145 p.
  • Cahiers Simondon - Numéro 4, par Jean-Hugues Barthélémy (dir.), Paris, L'Harmattan, 2012, 146 p.
  • Cahiers Simondon - Numéro 3, par Jean-Hugues Barthélémy (dir.), Paris, L'Harmattan, 2011, 158 p.
  • Cahiers Simondon - Numéro 2, par Jean-Hugues Barthélémy (dir.), Paris, L'Harmattan, 2010, 154 p.
  • Cahiers Simondon - Numéro 1, par Jean-Hugues Barthélémy (dir.), Paris, L'Harmattan, 2009, 152 p.
  • Simondon ou l'Encyclopédisme génétique, par Jean-Hugues Barthélémy, Paris, PUF, 2008, 166 p.
  • Penser l'individuation. Simondon et la philosophie de la nature, par Jean-Hugues Barthélémy (préface de Jean-Claude Beaune), Paris, L'Harmattan, 2005, 256 p.
  • Penser la connaissance et la technique après Simondon, par Jean-Hugues Barthélémy, Paris, L'Harmattan, 2005, 304 p.
  • Gilbert Simondon, numéro spécial consacré au philosophe, Revue philosophique de la France et de l'étranger, t. 131, no 3, 2006
  • Gilbert Simondon, Une pensée de l'individuation et de la technique, Bibliothèque du Collège international de philosophie, Paris, Albin Michel, 1994
  • Simondon, Annales de l'Institut de philosophie de l'Université libre de Bruxelles, édité par P. Chabot, 2002.
  • Simondon. Une pensée opérative, édité par Jacques Roux, PUST, 2002.
  • La philosophie de Simondon par Pascal Chabot, Paris, Vrin, 2003.
  • Simondon et la philosophie de la culture technique par Gilbert Hottois, De Boeck Université, 1993.
  • Gilbert Simondon: Being and Technology, par Arne De Boever, Alex Murray, Jonathan Roffe, and Ashley Woodward (éd.), Edinburgh University Press, 2012.
  • Gilbert Simondon filosofo della mentalité technique par Giovanni Carrozzini, Mimesis, Milan 2011.
  • Gilbert Simondon: per un'assiomatica dei saperi Dall'« ontologia dell'individuo » alla filosofia della tecnologia, par Giovanni Carrozzini, San Cesario di Lecce, Manni, 2006.
  • Epistemologia e politica in Gilbert Simondon. Individuazione, tecnica e sistemi sociali, par Andrea Bardin, FuoriRegistro, 2010. pdf download - licence Creative Commons.
  • Epistemology and Political Philosophy in Gilbert Simondon. Individuation, Technics, Social Systems, par Andrea Bardin, Springer, 2015.
  • Gilbert Simondon, La tecnica e la vita, par Saverio Caponi, Lulu.com, 2010.

Film[modifier | modifier le code]

Le réalisateur François Lagarde et Pascal Chabot ont réalisé un film consacré à la pensée de Simondon[8]. Musique de Jean-Luc Guionnet, avec la participation de Giovanni Carrozzini, Jean-Hugues Barthélémy, Jean Clottes, Gilbert Hottois, Arne De Boever, Dominique Lecourt et Anne Fagot-Largeault.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c « Biographie | Gilbert Simondon », sur gilbert.simondon.fr (consulté le 28 mars 2018)
  2. (pt) Vincent Bontems, « Por que Simondon? A trajetória e a obra de Gilbert Simondon », Revista ECO-Pós, vol. 20, no 1,‎ (ISSN 2175-8689, lire en ligne)
  3. Biographie tirée d’un texte de Philippe Sarro sur Simondon, [lire en ligne].
  4. (en) Ghislain Thibault, « Filming Simondon: The National Film Board, Education, and Humanism », Canadian Journal of Film Studies 26, no. 1,‎ , p. 1-23 (lire en ligne)
  5. (en) Ghislain Thibault et Mark Hayward, « Understanding Machines: A History of Canadian Mechanology », Canadian Journal of Communication,‎ , p. 449-466 (lire en ligne)
  6. http://www.puf.com/Autres_Collections:Sur_la_technique
  7. Revue Critique no. 816: Gilbert Simondon : technique, image, invention, Paris, Minuit, 2015.
  8. Simondon du désert.

Liens externes[modifier | modifier le code]