Félicité Robert de Lamennais

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Félicité Robert de Lamennais
Hugues Felicité Robert de Lamennais.PNG
Hugues Félicité Robert de Lamennais en 1831,
par Paulin Guérin, musée national du château de Versailles.
Naissance
Décès
(à 71 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
française
Langue maternelle
École/tradition
Principaux intérêts
écrivain, prêtre et philosophe français.
Œuvres principales
Essai sur l'indifférence en matière de religion, l'Avenir, Paroles d'un croyant, le Livre du peuple
A influencé
Fratrie

Félicité Robert de Lamennais, [lamnɛ] né le à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) et mort le à Paris, est un prêtre, écrivain, philosophe et homme politique français.

Ultramontain à ses débuts, Lamennais connait une évolution qui fait de lui un précurseur du catholicisme libéral, du catholicisme social, ainsi que de la démocratie chrétienne.

En 1833, il renonce à ses fonctions ecclésiastiques et publie l'année suivante Paroles d'un croyant qui est condamné par le pape Grégoire XVI et marque ses contemporains.

En 1848, il est élu député à l'Assemblée nationale. Il meurt en 1854, alors qu'il est toujours brouillé avec l’Église et, selon ses volontés, il est enterré civilement.

Un timbre français de 1957 lui rend hommage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Félicité Robert de Lamennais[notes 1] est un des trois enfants de Pierre-Louis Robert, sieur de La Menais[notes 2], armateur et fils d'armateur à Saint-Malo, anobli et de Gatienne Lorin, morte en 1787 lorsqu'il a cinq ans, en sorte qu'il est élevé chez un de ses oncles.

Son frère aîné Jean-Marie (1780-1860), religieux, est le fondateur de la congrégation des Frères de l'instruction chrétienne de Ploërmel et de celle des Filles de la Providence de Saint-Brieuc ; celui-ci a été déclaré vénérable en 1966 et sa béatification est en cours d'instruction à Rome[1].

Sa sœur, Marie Robert de Lammenais, née en 1784, se marie avec Ange Blaize de Maisonneuve (1778-1852).

Jeunesse et conversion[modifier | modifier le code]

Son frère aîné ayant rouvert avec ses amis — les abbés Étienne-Pierre Engerran et Jean Vielle — le collège de Saint-Malo, qui avait été fermé sous la Révolution, Félicité-Robert y devient professeur de mathématiques, de 1804 à 1805 puis de 1808 à 1810.

En 1809, il a une « relation amoureuse », décrite aussi comme « une première aventure mi-amicale, mi-amoureuse » avec le petit Bois, un élève du collège de Saint-Malo. Selon Hourdin, « À défaut d’une aventure avec une femme, il y a là pour lui (Lamennais) comme un apaisement »[2].

Une retraite de plusieurs années dans la propriété familiale, entre 1805 et 1807 puis de 1810 à 1814, décide alors de sa vocation religieuse.

En 1815, à Londres où il enseigne, Lamennais éprouve « ce qu’il faut bien appeler une passion » pour Harry Moorman, collégien de 13 ans. Toujours selon Hourdin, « une correspondance secrète s’établit entre eux, avec des rendez-vous furtifs et beaucoup de démonstrations réciproques de tendre amitié ». Lamennais veut entraîner Harry Moorman à Paris. L’abbé Carron, qui est sage, trouve que « ce n’est pas opportun »[3].

Lamennais reçoit l’ordination en 1816 à Vannes.

Premières œuvres[modifier | modifier le code]

David d'Angers, Buste de Félicité Robert de Lamennais (1839), musée des beaux-arts de Rennes. Don Blaize de Maisonneuve.

Il commençe par traduire L'Imitation de Jésus-Christ, célèbre œuvre de dévotion de Thomas a Kempis.

Dans son livre Essai sur l'indifférence en matière de religion, publié en quatre volumes, de 1817 à 1823, il engage la polémique face à Voltaire et aux encyclopédistes du XVIIIe siècle ; il critique l'université napoléonienne et le gallicanisme. Il a été dit de cet ouvrage qu'il « réveillerait un mort » et ce fut un immense succès de librairie.

En 1821, il rencontre Victor Hugo, qui conçoit de l'admiration pour lui et ils entretiennent une correspondance pendant plusieurs années[4],[5]. En 1825, il publie De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil. Il rencontre Auguste Comte cette même année.

En 1828, il fonde la Congrégation de Saint-Pierre, destinée à former un clergé savant, capable de répondre aux attaques des philosophes, de mieux comprendre son temps et de rétablir l'autorité du pape en France. En 1829, il publie Les progrès de la révolution et de la guerre contre l'Église.

En 1830, il fonde, avec Montalembert et Lacordaire, le journal l'Avenir, plaidant pour la liberté de l'enseignement, la séparation de l'Église et de l'État[6] et réclamant la liberté de conscience, de presse et de religion. Ce sont les idées de Lamennais que la Belgique, devenue indépendante en 1830, adopte grâce à Adolphe Bartels, ancien rédacteur belge du Catholique qui le seconde.

En 1831, révolté par la condamnation du soulèvement de la Pologne, il s'oppose au pape Grégoire XVI. Il considère que le Pape veut défendre davantage les princes que le peuple. Le pape condamne son journal en 1832 par l'encyclique Mirari vos.

La rupture avec l'Église[modifier | modifier le code]

Lamennais en prison (1), illustré par Marie-Madeleine Dauphin.
Lamennais en prison (2).

En 1834, il publie ses Paroles d'un croyant, ouvrage lyrique, rempli de violence et de plaintes, qui marque sa rupture avec l'Église (encyclique Singulari nos). Dans cet ouvrage, il constate et déplore le « désenchantement » du monde en lançant un appel pressant à la liberté de l'Église, à partir duquel il commençe à développer les tendances socialistes et démocratiques du message évangélique.

En 1835, il voit ses anciens amis peu à peu le quitter mais le , ses amis Fleury, Arago et Liszt l'amènent à rencontrer Marie d'Agoult et George Sand dont le salon devient un véritable cénacle républicain ; Lamennais lui reste très lié. Il est effaré par les idées de George Sand sur la liberté sociale et le divorce mais il est son mentor, avec Michel de Bourges, sur les voies du socialisme politique. George Sand lui déclare un jour : « Nous vous comptons parmi nos saints... Vous êtes le père de notre Église nouvelle ».

Médaillon représentant Lamennais à Saint-Pierre-de-Plesguen.

En 1837, il publie le Livre du peuple, véritable livre de combat. Il se lie d'amitié avec le patriote canadien Louis-Joseph Papineau lors du voyage de celui-ci en France. Il continue de prendre le parti du peuple et, en 1841, après avoir attaqué le gouvernement royal, il est condamné à un an de prison. Par la suite, après avoir fondé le journal Le Peuple, il continue à professer un libéralisme populaire. Entre 1841 et 1846 il écrit Esquisse d'une philosophie, dans lequel il développe sa conception d'un christianisme sans Église, capable de regrouper les masses pour les conduire au progrès par la charité. En 1848, il se fait élire député à l'Assemblée constituante de 1848 mais, à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851, il se retire de la vie publique.

Il meurt le à Paris. Non réconcilié avec les autorités ecclésiastiques et conformément à ses dernières volontés, Lamennais est enterré le dans la fosse commune du cimetière du Père-Lachaise[7], lors d’obsèques civiles où la foule présente peut montrer son désaccord avec le régime en place lors d'une manifestation populaire qui est réprimée[8].

Héritage[modifier | modifier le code]

Il pose les questions de la nécessaire alliance — entre l'Église avec ses idées de liberté d'une part et l'exigence d'une véritable doctrine sociale de l'Église catholique d'autre part — en tant que priorité historique avec la Restauration. Il entend démontrer que la République nécessite un pouvoir spirituel, une religion civile ; pour cela il propose un projet de constitution. Élu le , représentant de la Seine à l'Assemblée constituante, il siège à la Montagne avec les démocrates les plus avancés. Il est nommé membre du comité de constitution, auquel il communique, dès la première séance, son projet complet dans lequel la religion et le politique sont intrinsèquement liés ; celui-ci ne reçoit pas l'accueil qu'il en attend[notes 3].

Relations[modifier | modifier le code]

Il est l'ami de Pierre Leroux, de Jean Reynaud, de Chateaubriand et d'Ernest Renan.

Ses idées socialistes influencent fortement Sainte-Beuve et son unique roman Volupté.

Georges Bernanos fait référence à Lamennais dans le prologue de Sous le soleil de Satan (1926). Notant que « le doctrinaire en révolte, dont le temps s'amuse avec une profonde ironie, ne fait souche que de gens paisibles », Bernanos illustre ce fait par l'exemple de Lamennais dont la postérité spirituelle encombre les sacristies.

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Essai sur l'indifférence en matière de religion (1817-1823).
  • De la religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil (1826).
  • Des progrès de la révolution et de la guerre contre l'Église (1829).
  • Paroles d'un croyant (1834).
  • Affaires de Rome (1836).
  • Le Livre du peuple (1837).
  • L'esclavage moderne (1839).
  • La Religion (1841).
  • Esquisse d'une philosophie (1840-1846).
  • Félicité de Lamennais, Correspondance Générale, éditions Louis Le Guillou, Paris, Armand Colin, 1972-1982, 9 vol.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lamennais est l'orthographe qui a été communément retenue et celle qu'il utilisait aussi pour signer mais on trouve aussi La Mennais sur ses publications.
  2. Métairie qu'il possède en Pleslin-Trigavou (Côtes-d'Armor)
  3. Voir sa biographie, sur le site de l'Assemblée nationale

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Vers une béatification de Jean-Marie de La Mennais », Ouest-France,‎ (lire en ligne)
  2. Georges Hourdin 1982, p. 65-66
  3. Georges Hourdin 1982, p. 80-81
  4. Louis Le Guillou, « Victor Hugo, Lamennais et Montalembert jusqu'aux "Paroles d'un croyant" », Revue d'Histoire littéraire de la France, no 86e Année, No. 6,‎ nov. - dec., 1986, p. 998 (lire en ligne)
  5. Claire-Lise Rogers et Ruth L.White 1989, p. 1-2
  6. Collectif, Journal de la France et des Français, vol. 1, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », (ISBN 207073756X), p. 1400-1401
  7. (en) Georges Dubosc, « La tombe de Lamennais », L'Intermédiaire des chercheurs et curieux, vol. LXXVIII, no 1486,‎ , p. 167-168 (lire en ligne)
  8. Philippe Faure 2013, p. 164

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]