Shardanes

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Les Shardanes (šrdn.w, Sardanes), forment une ethnie composant les Peuples de la mer[1].

Il est généralement supposé que la Sardaigne a hérité son nom de ce peuple et on les identifie souvent comme les habitants des îles Sardes, bien que tous les essais sur le sujet ne s'accordent pas toujours sur ce point. Ils sont aux côtés de Ramsès II à Qadesh contre les Hittites.

Un « Peuple de la Mer »[modifier | modifier le code]

Shardana
M8 G1 D21
Z1
D47
G1
N35
G1
T14
N25
Šrdn.w

L'égyptologue et philologue français Emmanuel de Rougé fut l'un des premiers à proposer le rapprochement entre les Shardana égyptiens et les ancêtres du peuple sarde dans un Mémoire sur les attaques dirigées contre l'Égypte par les Peuples de la Méditerranée, vers le XIVe siècle avant notre ère dont des extraits furent publiés dans la Revue archéologique de 1867[2].

La transcription et la translittération des inscriptions égyptiennes furent multiples depuis au gré des archéologues, aussi l'on retrouve l'ethnonyme Shardana sous de multiples variantes dans les ouvrages sur le sujet. En voici quelques-unes : Shardana, S‘ardana, Sherden, Shirdana, Shirdanu ou Shirdanou, Sardanes, Serden, etc...

Origine des Shardanes : diverses propositions[modifier | modifier le code]

Emmanuel de Rougé voit dans ce peuple de la mer les ancêtres du peuple sarde (Sardinienses, Sardonii en latin), et mentionne également une tradition rapportée par l'érudit allemand Karl Otfried Müller[3] qui parle d'une tribu de Libyens dont le chef, un nommé Sardus, aurait été le premier à venir s'installer sur l'île de Sardaigne[4]. Il étend succinctement ensuite cette identification à un peuple gaulois, les Sardones[5], qui vivaient dans le Roussillon, ainsi qu'à divers toponymes du pourtour méditerranéen.

Pour le polytechnicien et linguiste Jean Faucounau[6], qui intègre l'hypothèse d'Emmanuel de Rougé, les Shardanes sont des populations de « guerriers-pasteurs » issues de l'Âge du Bronze ancien de Sardaigne et qui furent en contact avec des marins mycéniens dès -1300, comme semblent l'attester les découvertes archéologiques de nombreuses poteries de type mycénien de cette époque sur l'île. Par ailleurs, il rejette ce qu'il appelle l'Hypothèse Maspero, une alternative aux identifications par Emmanuel de Rougé (cf. ci-dessus) qui proposait une origine anatolienne pour tous les Peuples de la mer. En effet, les partisans de cette théorie pensent que les Shardana sont originaires de Sardes, une ville d'Asie mineure. Cependant, Faucounau écarte cette idée par des arguments à la fois historiques, archéologiques et sur la nature phonétique du nom de la ville.

Le chercheur indépendant Jean-Jacques Prado[7] pense quant à lui que les Shardanes ont bien sûr un lien avec la Sardaigne et toute cette partie de la mer Méditerranée, mais suppose qu'il s'agirait pour ce peuple plutôt d'une étape lors de leurs migrations successives vers les pays d'Asie mineure, d'Afrique du Nord et d'Égypte. D'après lui, une grande partie des Peuples de la mer trouverait son origine dans des peuplades Celtes (ou Proto-Celtes) qui auraient occupé avant le IIe millénaire av. J.-C. les rivages de l'Océan Atlantique.

L'archéologue Adam Zertal suggère que certains Shardanes se sont installés dans le nord d'Israël. Il émet l'hypothèse que le Sisera biblique était un général Shardane et que le site archéologique d'el-Ahwat (dont l'architecture ressemble aux sites Nuraghe en Sardaigne) fut la capitale de Sisera, Harosheth Haggoyim[8].

Participation aux assauts contre l'Égypte[modifier | modifier le code]

Parmi les autres Peuples de la mer, les Shardanes se retrouvent dans un petit nombre de documents antiques à partir du -XIIIe siècle où ils participent aux évènements de cette époque.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ethnies composant les Peuples de la mer et leurs alliés ainsi que leur identification communément admise :
    • Eqwesh, Akawasha, (jqjwš.w, Achéens) ;
    • Denyen, Danouna (Dananéens, Danaoï, « qui sont dans leurs îles ») ;
    • Kéhek ;
    • Libou (Libyens) ;
    • Loukou, Louca, Luka (rk.w, Lyciens) ;
    • Machaouach, Meshouesh, Meshawash, Meshwash ;
    • Péléset, Peleset (prst.w, Philistins), qui laisseront leur nom à la Palestine ;
    • Sherden, Shirdana, Shardanes (šrdn.w, Sardanes), qui laisseront leur nom à la Sardaigne ;
    • Shékélesh, Chakalaches, Shekelesh, Sikala, Sikils (Šqrš.w, Sicules) qui laisseront par la suite leur nom à la Sicile ;
    • Teresh, Tourcha, Tourousha (Trš.w, Tursennoi), les Tyrrhéniens, d'où viendra le nom « Étrusques », lorsque, repoussés par les Égyptiens, ils reprendront la mer ;
    • Tyekker, Thekker, Tjeker ;
    • Weshesh, Ouashasha, Weshnesh.
  2. Vicomte Emmanuel de Rougé, Extraits d'un mémoire sur les attaques dirigées contre l'Égypte par les Peuples de la Méditerranée, vers le XIVe siècle avant notre ère, dans Revue Archéologique de 1867.
  3. Lui-même faisant une synthèse à partir d'auteurs de l'Antiquité, tels Pausanias le Périégète, Caius Julius Solinus, un certain Silius et un Isidore, peut-être Isidore de Gaza. Voir : (de) Karl Otfried Müller, Die Etrusker (1828) p. 183 sur Google Books.
  4. cf. article Sardus ou Sardopater dans : Marie-Nicolas Bouillet & Alexis Chassang, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie (1858), sur Google Books
  5. cf. article Sardones dans : Marie-Nicolas Bouillet & Alexis Chassang, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie (1858), sur Google Books
  6. a et b Jean Faucounau, Les Peuples de la Mer et leur Histoire, sur Google Books
  7. Jean-Jacques Prado, L'Invasion de la Méditerranée par les Peuples de l'Océan - XIIIe siècle avant Jésus-Christ, sur Google Books
  8. « Archaeological Mystery Solved » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), University of Haifa, July 1, 2010
  9. (en) Megaera Lorenz, The Inscriptions of Merenptah, lien sur le site de l'Université de Pennsylvanie.

Ressources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • (it) Leonardo Melis, Shardana - I popoli del mare,‎ 2002 (réimpr. 2005) ;
  • Jean Faucounau, Les Peuples de la Mer et leur Histoire, Paris, Éditions L'Harmattan,‎ 2003 (ISBN 978-2-7475-4369-9, lien LCCN?) ;
  • Jean-Jacques Prado, L'Invasion de la Méditerranée par les Peuples de l'Océan - XIIIe siècle avant Jésus-Christ, Éditions L'Harmattan,‎ 1992 (ISBN 978-2-7384-1234-8) ;
  • (en) James Henry Breasted, Ancient Records of Egypt: Historical Documents from the Earliest Times to the Persian Conquest, collected, edited, and translated, with Commentary., Chicago, 5 volumes, University of Chicago Press,‎ 1906–1907 (réimpr. 2001: University of Illinois Press)