Perry Anderson

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Perry Anderson est un intellectuel et un historien britannique né en 1938. Il a été rédacteur en chef de la New Left Review de 1962 à 1982 puis de 2000 à 2003. Il est professeur d'histoire et de sociologie à l'Université de Californie à Los Angeles. Il est le frère cadet de l'historien Benedict Anderson.

Vie et carrière[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Perry Anderson est né à Londres mais il passa ses premières années en Chine où son père, James O'Gorman Anderson, travaille pour le service des douanes (son frère, Benedict Anderson, est d'ailleurs né en Chine). Au cours d'un séjour en Californie en 1941, la famille reste aux États-Unis suite à l'attaque de Pearl Harbor et à l'invasion japonaise de Shanghai. Ses premières années d'école se sont donc passées dans un pensionnat à Los Gatos. Après la guerre, la famille retourne en Angleterre, puis en Irlande, après quoi Perry Anderson revient en Angleterre pour étudier à Eton College et à l'université d'Oxford. Il raconte qu'aux États-Unis il était traité comme un étranger en raison de son accent anglais, en Angleterre c'était à cause de son accent américain, puis en Irlande pour son accent anglais et enfin en Angleterre pour un accent irlandais[1].

Trajectoire[modifier | modifier le code]

Proche de ce qu'il identifia comme le courant du marxisme occidental (Western Marxism), il s'opposa à l'historien marxiste E. P. Thompson dans les années 1960 ("Socialism and Pseudo-Empiricism", in New Left Review, jan.-fév. 1966, puis Arguments within English Marxism, 1980). Dans Considerations on Western Marxism (1976), il étudie une série d'auteurs marxistes qui, avec le déclin de la vague révolutionnaire des années 1920 en Europe, s'intéresse davantage aux problèmes esthétiques et culturels qu'à l'analyse économique : Lukács, Gramsci (peut-être une exception dans le courant en raison de son insistance sur l'analyse politique et l'analyse de l'État), Adorno, Marcuse... jusqu'à Fredric Jameson, auteur dont il discute avec bienveillance les thèses dans Les Origines de la postmodernité (1998 pour l'édition anglaise), et dont il qualifie l’œuvre d'« apogée du marxisme occidental ».

Dans ce dernier ouvrage, il retrace les premières émergences de la notion de postmodernité, de l'écrivain et critique espagnol Federico de Onis (1885-1966), qui lui opposait l'« ultra-modernisme », à l'historien Arnold Toynbee, qui parle de « guerre postmoderne internationale » pour qualifier le conflit de 1914-1918, au poète Charles Olson qui évoquait en 1952 ce « présent qui s'amorce » comme « post-moderne, post-humaniste, post-historique ». Il montre ensuite le revirement de la notion chez les sociologues Charles Wright Mills (1959) et Irving Howe, puis chez Harry Levin (en) (What was Modernism?, in The Massachusetts Review (en), 1960) et, dans une autre veine, Leslie Fiedler (en). Est aussi évoqué le sociologue Amitai Etzioni (en), qui renverse la thèse de Ch. Wright Mills. La création de la revue boundary 2 (en), sous-titrée Journal of Postmodern Litterature and Culture, constitue un tournant. Le critique Ihab Hassan (en) y défend la notion, l'insérant dans une liste de courants culturels, avec au centre John Cage, Robert Rauschenberg et Buckminster Fuller.

La notion migre ensuite dans le champ de l'architecture[réf. nécessaire], avec L'Enseignement de Las Vegas (1972) de Robert Venturi, Denise Scott Brown et Robert Izenour, puis Le Langage de l'architecture postmoderne (1977) de Charles Jencks. Avec ces différents usages du terme, parfois antinomiques, la scène est dressée pour l'entrée sur la scène philosophique de la notion, avec les deux textes, contemporains mais écrits en chassé-croisé et en réponse à des événements différents, de Jean-François Lyotard (La Condition postmoderne, 1979) et Habermas (La Modernité, un projet inachevé, 1981, écrit en réponse à la Biennale de Venise de 1980, « vitrine de la version du postmodernisme défendue par Jencks »).

La suite de l'ouvrage est consacrée à une discussion serrée des thèses de Jameson, en commençant par Postmodernism, or The Cultural Logic of Late Capitalism, publié en 1984 dans la New Left Review et dont le titre faisait référence à l'ouvrage d'Ernest Mandel, Late Capitalism (traduit sous le titre Le Troisième Age du Capitalisme). Selon Anderson, Jameson effectue un véritable coup de force philosophique et politique, en reconsidérant le postmodernisme en tant que logique culturelle adaptée à une époque spécifique, celle du « capitalisme tardif » ou post-fordisme, lui donnant ainsi une signification globale plutôt que simplement liée à certains courants culturels. En tant qu'éditeur de la New Left Review, où eurent lieu de nombreux débats au sujet de ce texte fondateur, Anderson est bien placé pour donner une lecture de la notion. Sont aussi discutés Peter Wollen (en) (Raiding the Icebox), Alex Callinicos (Against Post-modernism), Arthur Danto, David Harvey ou Terry Eagleton (The Illusions of Post-modernism).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages traduits en français[modifier | modifier le code]

  • Le Portugal et la fin de l'ultra-colonialisme, (trad. Fanchita Gonzalez), Paris, Maspero, 1963, 168 p. (titre original : Portugal and the end of ultra-colonialism, Londres, New Left Review, Nos. 15-17, 1962)
  • Passages de l'Antiquité au féodalisme, (trad. Yves Bouveret), Paris, Maspero, 1977, 412 p. (titre original : Passages from Antiquity to Feudalism, Londres, Verso, 1974)
  • Sur le marxisme occidental, (trad. Dominique Letellier et Serge Niemetz), Paris, Maspero, 1977, 167 p. (titre original : Considerations on Western Marxism, Londres, New Left Book, 1976)
  • Sur Gramsci, (trad. Dominique Lettelier et Serge Niemetz), Paris, Maspero, 1978, 412 p. (titre original : The Antinomies of Antonio Gramsci, Londres, 1977)
  • Les origines de la postmodernité, (trad. Natacha Filippi et Nicolas Vieillescazes) Paris, Les Prairies Ordinaires, 2010, 185 p. (titre original : The Origins of Postmodernity, Londres, Verso, 1998)
  • La pensée tiède : Un regard critique sur la culture française, (trad. William-Olivier Desmond), Paris, Éditions du Seuil, 2005, 136 p. (titre original : deux articles, « Dégringolade » et « Union sucrée », Londres, London Review of Books, 2004)
  • Le Nouveau Vieux monde, (trad. Cécile Arnaud), Marseille, Agone, 2011, 744 p. (titre original : The New Old World, Londres, Verso, 2009)

Ouvrages en anglais[modifier | modifier le code]

  • Towards Socialism (avec Robin Blackburn), Londres, Cornell, 1966, 397 p.
  • Lineages of the Absolutist State, Londres, New Left Books, 1974, 576 p.
  • Arguments within English Marxism, Londres, Verso, 1980, 218 p.
  • In the Tracks of Historical Materialism, Londres, Verso, 1983, 116 p.
  • English Questions, Londres, Verso, 1992, 370 p.
  • A Zone of Engagement, Londres, Verso, 1992, 400 p.
  • Mapping the West European Left (avec Patrick Camiller), Londres, Verso, 1994, 276 p.
  • The Question of Europe (sous la direction de Perry Anderson et Peter Gowan), Londres, Verso, 1997, 416 p.
  • Spectrum: From Right to Left in the World of Ideas, Londres, Verso, 2005, 398 p.
  • The Indian Ideology, Londres, Three Essays Collective, 2012, 194 p.

Sur Perry Anderson[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'anecdote est racontée par Perry Anderson dans son interview télévisée

Liens externes[modifier | modifier le code]