Roger Stéphane

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Roger Stéphane (1919-1994), de son vrai nom Roger Worms, est un écrivain et journaliste français, ancien résistant et cofondateur de L'Observateur.

Engagé au côté du Parti communiste, c'est aussi un esthète qui admire Stendhal, Proust et T. E. Lawrence. Éclectique dans ses choix, il a consacré des ouvrages aussi bien à Habib Bourguiba qu'à son vieil ami Georges Simenon avant de faire lui-même l'objet de plusieurs biographies. Homosexuel connu, il a été l'un des premiers militants de la cause gay.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1919 dans une famille de la bourgeoisie juive du milieu des affaires, Roger Worms a pour répétiteur privé René Étiemble, avec lequel il entretient une correspondance régulière dès l'âge de quinze ans. Les études traditionnelles ne l'intéressent guère, cependant, et il quitte l'enseignement secondaire sans avoir passé son baccalauréat.

Tout en militant au Parti communiste, il fréquente les milieux littéraires, où il est remarqué par Gide, Roger Martin du Gard ou Cocteau, et ne fait pas mystère de son homosexualité.

Durant l'Occupation il s'engage dans la Résistance en 1941 et participe à la création du réseau – et du journal – Combat. En mai 1942, il est arrêté et interné au camp de Fort Barraux, d'où il s'évade en novembre. Il est de nouveau arrêté et emprisonné à Évaux-les-Bains, dont il sort en juin 1944. Les derniers temps de la guerre le voient libérer l'Hôtel de ville de Paris en avec Gérard Philipe et combattre dans la brigade Alsace-Lorraine d'André Malraux. Comme attaché au Ministère de l'Intérieur, il fit arrêter Pierre Taittinger et révoquer les préfets nommés par Vichy.

Paris : le clocher de l'église Saint-Germain-des-Prés

Chroniqueur politique et critique littéraire aux Temps modernes, à Paris-Soir et à Combat, il fonde L'Observateur en 1950 avec Claude Bourdet et Gilles Martinet. En quelques années, celui que l'on surnomme l'« aventurier au nœud papillon » en raison de ses allures de dandy est devenu une figure centrale de la presse française mais aussi du cénacle intellectuel de Saint-Germain-des-Prés, et ses familiers se nomment Roger Vailland, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Genet, Louis Aragon, François Mauriac, Georges Simenon ou Marcel Jouhandeau. Comme propagandiste de la décolonisation, à l'occasion de la guerre d'Indochine, il goûta à son tour de la prison de Fresnes (trois semaines avec le régime de détenu politique) pour intelligence avec l'ennemi.

En tant que producteur de télévision, en collaboration avec Roland Darbois au cours des années 1960, il est responsable de l'émission Pour le plaisir ainsi que d'un documentaire intitulé Proust, l'art et la douleur, Proust à qui il consacre aussi un « portrait-souvenir » irremplaçable sous la forme d'interviews réalisées auprès des anciens amis de l'écrivain disparu quarante ans plus tôt : Jean Cocteau, Daniel Halévy, Emmanuel Berl, Paul Morand… Dans ce document audiovisuel en noir et blanc tourné peu avant la mort de certains des protagonistes, le spectateur voit et entend les proches de Proust (mort en 1922), notamment quand plusieurs d'entre eux imitent sa voix et ses intonations.

Volontiers en retrait par rapport aux personnalités qu'il interroge, il pratique ce que sa biographe Régine Deforges appellera la « passion d'admirer », ne brigue pas une gloire immédiate et parle peu de lui. Deux exceptions méritent toutefois d'être signalées : d'abord un récit autobiographique en 1952, Parce que c'était lui, où Roger Stéphane se réaffirme comme homosexuel ; et beaucoup plus tard, vers la fin de sa vie, Tout est bien, chronique désabusée qui lui vaut un regain d'intérêt de la part du grand public.

Malade et appauvri[1], il se suicide le 4 décembre 1994.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Chaque homme est lié au monde, Sagittaire, 1946
  • La Tunisie de Bourguiba, Plon, 1958
  • L'Ascenseur, roman, Laffont, 1960
  • T. E. Lawrence, Gallimard/Bibliothèque idéale, 1960
  • Georges Simenon, RTF, 1963 (avec Roland Darbois)
  • Jean Cocteau, RTF, 1964
  • Toutes choses ont leur raison, Fayard, 1979
  • Tout est bien, chronique, Quai Voltaire, 1989
  • Portrait-souvenir de Georges Simenon, Quai Voltaire, 1989
  • Rue Laszlo Rajk, une tragédie hongroise, Odile Jacob, 1991
  • La Gloire de Stendhal, textes réunis et préfacés par Roger Stéphane, Quai Voltaire, 1994
  • Des hommes libres, 1940-1945 : La France libre par ceux qui l'ont faite, Grasset, 1998 (avec Daniel Rondeau)
  • Portrait de l'aventurier
  • Fin d'une jeunesse, Carnets 1944-1947, Table ronde, 2004
  • Parce que c'était lui, récit (1952), H&O 2005, préface d'Olivier Delorme

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Régine Deforges, Roger Stéphane ou la passion d'admirer, Paris, Fayard/Spengler, 1995.
  • Patrick Lienhardt et Olivier Philipponnat, Roger Stéphane : enquête sur un aventurier, Paris, Grasset, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Daniel, « Mitterrand, l'homme des deux France », Le Nouvel Observateur,‎ 2011 (consulté le 7 décembre 2011)