Jean-Pierre Vernant

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Jean-Pierre Vernant

Historien et anthropologue français

XXe siècle

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Jean-Pierre Vernant, lors de sa dernière intervention publique, le 23 octobre 2006, à Aubervilliers

Naissance 4 janvier 1914
Provins (Seine-et-Marne)
Décès 9 janvier 2007 (à 93 ans)
Sèvres (Hauts-de-Seine)
Nationalité Drapeau de la France France
École/tradition Hellénisme
Principaux intérêts Anthropologie de la Grèce antique - Mythologie
Œuvres principales L'Univers, les Dieux, les Hommes
Influencé par Louis Gernet

Jean-Pierre Vernant, né le 4 janvier 1914 à Provins (Seine-et-Marne) et mort le 9 janvier 2007 à Sèvres (Hauts-de-Seine), est un historien français, spécialiste de la Grèce antique, plus particulièrement de ses mythes, qui a été professeur au Collège de France.

Dans le domaine des études grecques, il fait partie, avec notamment Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne, d'un courant influencé par les méthodes de l'anthropologie structurale.

Jean-Pierre Vernant a également été un héros de la Résistance (« colonel Berthier ») et a été nommé Compagnon de la Libération en 1946.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Son père, agrégé de philosophie, avait renoncé à une carrière universitaire pour devenir directeur du journal républicain et anticlérical Le Briard, fondé par son propre père à Provins à la fin du XIXe siècle.

Jean-Pierre Vernant ne l'a pas connu car il est mort au front en 1915. Sa mère meurt alors qu'il n'a que huit ans et il est élevé avec ses cousins[1].

Études supérieures[modifier | modifier le code]

Durant ses études à la Sorbonne, il est membre des Jeunesses communistes et se bat au Quartier latin contre les Camelots du roi.

Comme son frère (Jacques), il fait des études de philosophie : son frère est reçu premier à l'agrégation en 1935[2] et lui-même est reçu premier en 1937 ; ce cas est unique dans l'histoire de l'agrégation.

Il fait alors son service militaire, où il se trouve au moment de la déclaration de guerre (septembre 1939) ; sergent-chef dans l'infanterie, il passe par l'Ecole des officiers de réserve et devient aspirant, puis est démobilisé[3] après l'armistice (juin 1940).

Il est alors nommé professeur de philosophie au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse. Aujourd'hui, la salle de conférence du lycée porte son nom.

La Résistance[modifier | modifier le code]

En février 1942, il entre dans la Résistance, rejoignant le réseau Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Il est nommé responsable départemental de l'Armée Secrète en novembre 1942.

Au moment du débarquement de Normandie (6 juin 1944), il passe au maquis ; il est alors le « colonel Berthier », commandant des Forces françaises de l'intérieur de Haute-Garonne[4]) ; organise la libération de Toulouse (19 août) sous les ordres du colonel Ravanel, chef régional des FFI. Après l'accident de moto de celui-ci (septembre 1944), Jean-Pierre Vernant devient chef régional. Parmi ses subordonnés se trouvent les frères Angel qui libèrent André Malraux.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

En 1946, il est nommé professeur au lycée Jacques-Decour à Paris.

En 1948, il entre au CNRS.

En 1957, il devient directeur d'études à la VIe section (Sciences économiques et sociales), dirigée par Fernand Braudel, de l'École pratique des hautes études, où il reste jusqu'en 1975. À partir de 1960, il a pour auditeurs Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne, avec lesquels il a collaboré pour certains ouvrages.

Il est ensuite élu professeur au Collège de France.

Jean-Pierre Vernant est mort le 9 janvier 2007 à son domicile de Sèvres (Hauts-de-Seine).

Engagements de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il reste au sein du Parti communiste français ; il le quittera seulement en 1969.

En 1960, il signe le Manifeste des 121 en faveur de l'insoumission à la guerre d'Algérie.

Membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence, il soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI[1].

Le 23 octobre 2006, dans le cadre des « Lundis du Collège de France »? Jean-Pierre Vernant a donné une conférence sur l'Odyssée au lycée Le Corbusier d'Aubervilliers[5], c'est-à-dire un établissement classé en ZEP.

Apport à l'histoire de la Grèce antique[modifier | modifier le code]

Influencé par Louis Gernet, il se tourne vers l'anthropologie de la Grèce antique.

Dès les années 1970, lui, Pierre Vidal-Naquet et Marcel Detienne sont considérés, à l'origine par leurs collègues hellénistes américains, comme formant une « École de Paris »[6], courant dont les travaux s'inspirent de l'anthropologie structurale, initiée dans le domaine de l'ethnologie par Claude Lévi-Strauss. Cette influence est explicite dès la parution en 1960 de l'article « Le mythe hésiodique des races Essai d'analyse structurale »[7]. D'une façon générale, cette école accorde de l'importance aux représentations (façons de penser) pour la compréhension de certains faits historiques, mais on lui a reproché, surtout en Italie, d'avoir négligée les faits historiques et l'aspect littéraire et individuel des auteurs, jusqu'au point d'avoir manipulé le texte, notamment en abusant des catégories de la polysémie et de l'ambiguïté[8].

Il s'est souvent exprimé sur ce qu'il y a de commun mais aussi de différent entre les Grecs et l'Occident moderne, notamment en ce qui concerne la pratique de la démocratie[9].

Hommages[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Docteur honoris causa[modifier | modifier le code]

Membres d'académies étrangères[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Origines de la pensée grecque, Paris, CNRS, collection « Mythes et religions », 1962 ; 10e édition : Presses Universitaires de France, coll. « Quadrige », 2007 (ISBN 978-2-13-054565-1).
  • Mythe et pensée chez les Grecs. Etudes de psychologie historique, Paris, Éditions Maspero, 1965 ; rééd. Paris, La Découverte, 2007.
  • Mythe et société en Grèce ancienne, Paris, Éditions Maspero, 1974
  • Religion grecque, religions antiques, Paris, Éditions Maspero, 1976.
  • Religion, histoires, raisons, Paris, Éditions Maspero, 1979.
  • La Mort dans les yeux. Figures de l’autre en Grèce ancienne, Paris, Hachette, 1985.
  • L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, 1989.
  • Mythe et religion en Grèce ancienne, Paris, Le Seuil, 1990. - rééd. 2014
  • Figures, idoles, masques, Paris, Julliard, 1990.
  • Entre mythe et politique, Paris, Le Seuil, 1996.
  • L’Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines, Paris, Le Seuil, 1999.
  • Ulysse et Persée, Paris, Bayard, collection « Parler de la Grèce avec les enfants », 2004.
  • La Traversée des frontières, Paris, Le Seuil, « La librairie du XXIe siècle », 2004.
  • Pandora, la première femme, Paris, Éditions Bayard, 2005 [reprise d'une conférence donnée à la Bibliothèque nationale de France le 6 juin 2005]
  • L'Odyssée, Paris, Bayard, « Collège de France », 2011 (ISBN 9782227483101)
Directions
  • Problèmes de la guerre en Grèce ancienne, Paris-La Haye, Mouton, 1968.
  • L’Homme grec, Paris, Le Seuil, 1993.
  • En codirection avec Gherardo Gnoli, La mort, les morts dans les sociétés anciennes, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 1990.
  • En codirection avec Stella Georgoudi, Les Mythes grecs au figuré de l’antiquité au baroque, Paris, Gallimard, 1996.
Collaborations

Avec Pierre Vidal-Naquet

  • Mythe et tragédie en Grèce ancienne, Paris, Éditions Maspero, 1972
  • Mythe et tragédie, II, Paris, La Découverte, 1986
  • Travail et esclavage en Grèce ancienne, Bruxelles, Complexe, 1988
  • La Grèce ancienne
    • Tome I : Du mythe à la raison, Paris, Le Seuil, 1990
    • Tome II : L’espace et le temps, Paris, Le Seuil, 1991
    • Tome III : Rites de passage et transgression, Paris, Le Seuil, 1992
  • Œdipe et ses mythes, Bruxelles, Complexe, 1994

Avec Marcel Detienne

  • Les Ruses de l’intelligence. La métis des Grecs, Paris, Flammarion, 1974
  • La Cuisine de sacrifice en pays grec, Paris, Gallimard, 1979.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Pierre Vernant, De la Résistance à la Grèce ancienne, Éditions de l’EHESS,‎ 2014, 88 p.
  2. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950 », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation (consulté le 19 juin 2014).
  3. Cf. notice des Compagnons de la Libération.
  4. Universalia 2008 - La politique, les connaissances, la culture en 2007
  5. Vidéo de cette ultime conférence, dont le texte a paru après sa mort aux éditions Bayard (voir Publications, 2011).
  6. Pierre Vidal-Naquet, Mémoires 2, pp. 332-333. Il cite les noms de Froma Zeitlin et Bernard Knox.
  7. Revue de l'histoire des religions, 1960, volume 157, pp. 21-54, à lire en ligne sur le site Persée.
  8. (it) Vincenzo Di Benedetto, La tragedia greca di Jean-Pierre Vernant, dans Belfagor 32, p. 461-468,‎ 1977; voir aussi (it) Vincenzo Di Benedetto, L'ambiguo nella tragedia greca: una categoria fuorviante, dans Euripide "Medea", introd. di V. Di Benedetto, trad. di E. Cerbo, p. 62-75, Milan,‎ 1997
  9. Roger-Pol Droit, La compagnie des contemporains : rencontres avec des penseurs d'aujourd'hui, Odile Jacob,‎ 2002, p. 338
  10. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]