Histoire de l'athéisme en Occident

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Bien que l'on considère souvent l'athéisme comme un phénomène moderne, l'histoire de l'athéisme remonte à l'Antiquité.

Conditions de développement de l'athéisme[modifier | modifier le code]

Formulation de l'athéisme : « Je pense qu'il n'existe rien dans l'Univers qui ressemble de près ou de loin à ce que les croyants appellent dieu. »

L'athéisme est donc une position critique du religieux, entre autres, mais cela traduit avant tout et surtout le fait que certains individus n'ont pas besoin de la « foi », et ne trouvent pas de sens dans l'idée de foi ou de dieu(x) ; et c'est parce qu'ils sont athées qu'ils ont une attitude critique envers les religions.

L'athéisme existe donc indépendamment de la religion, puisque c'est à la base, un fonctionnement psychique, l'individu athée n'a pas le réflexe de créer des « hypothèses » qui attribuent des « causes surnaturelles » à des phénomènes physiques. Et donc, quand on est athée, on l'est par rapport à toutes les religions, et toutes formes de croyances surnaturelles.

L'athéisme a toujours existé, mais à certaines époques, les athées ne pouvaient pas s'exprimer librement ou ouvertement.

  • sur l'instance politique : anticléricalisme,
  • sur les consciences : liberté de conscience,
  • sur les souffrances : humanisme.

Ainsi et par exemple, rares sont les athées qui nieront l'existence de la « nature ». Par contre, ils nieront qu'on puisse lui accorder un statut divin, comme le faisait Baruch Spinoza (« Deus, sive Natura » : « Dieu, autrement dit la Nature »), ce qui implique une conception différente de la divinité. De même, il faut prendre garde à ne pas confondre la négation d'une certaine conception de Dieu avec la réfutation de tout Dieu, voir par exemple :

« Je n'ai pas une assez haute idée de l'humanité en général et de moi-même en particulier pour imaginer qu'un Dieu ait pu nous créer. Cela ferait une bien grande cause, pour un si petit effet ! Trop de médiocrité partout, trop de bassesse, trop de misère, et trop peu de grandeur », Pascal (philosophe catholique)
« Comment un Dieu aurait-il pu vouloir cela ? Croire en Dieu ce serait péché d'orgueil ; l'athéisme est une forme d'humilité. C'est se prendre pour un animal, comme nous sommes en effet, et nous laisser la charge de devenir humains. », André Comte-Sponville, Pensées sur l'athéisme (1999)

De ce fait, l'espace de l'athéisme est considéré par certains comme flou ; il englobe des choses différentes, telles que :

  • Le fait de ne pas croire aux dieux de la cité, comme l'Empire romain le reprochait aux juifs et aux chrétiens
  • Le fait d'avoir une conception du divin différente de celle développée par la majorité, comme Lucien Febvre le montre dans Le problème de l'incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais ? On parlera alors d'une incrédulité dialectique qui court de Friedrich Nietzsche jusqu'aux théologies de la mort de Dieu. De nos jours, l'assimilation des religions orientales à un athéisme ressort de cette catégorie ; en ce qui les concerne on devrait plutôt parler de non-théisme, ce qui est sensiblement différent.
  • Le fait de considérer que s'il y a des dieux, ils ne s'occupent pas des hommes, comme les philosophes matérialistes abdéritains et plus tard nier les dieux, comme les philosophes matérialistes comme Karl Marx ?

C'est traditionnellement, dans une société plus ou moins attachée à une religion officielle, le croyant qui assigne le païen, l'incrédule, l'hérétique, l'apostat, le marrane, l'incrédule, l'infidèle, l'agnostique et l'athée. La situation peut sembler inversée dans les régimes démocratiques et libéraux, qui donnent à l'athée la possibilité de se revendiquer comme tel, et de prendre à partie ceux qu'il considère comme des fanatiques, fondamentalistes, obscurantistes, naïfs, charlatans, etc. Cependant, certains considèrent qu'il ne s'est pas nommé lui-même. A fortiori, sous un régime autoritaire se considérant comme officiellement athée, les croyants peuvent être la cible de persécutions. D'autre part, les nombreux conflits idéologiques de l'histoire ancienne et contemporaine montrent que la religion peut être le motif ou le prétexte de violences entre croyants, ou entre adeptes de doctrines non religieuses rivales. En réalité, la tolérance et l'intolérance ne semblent pas directement connectées à la croyance et à l'athéisme, ou aux rapports entre religieux et athées.

Athéisme hors de la Grèce et de Rome[modifier | modifier le code]

Nous n’avons aucun témoignage d’athéisme en Égypte, en Mésopotamie ou en Chine. Par contre en Inde, il faut mentionner Chârvâka. Chârvâka est à la fois le nom d'un penseur indien du VIIe ou du VIe siècle av. J.-C., et aussi le nom de son système de pensée. "Je plains ceux qui, renonçant aux plaisirs du monde, cherchent à acquérir des mérites pour être heureux dans l'Au-delà et se plongent dans une mort qui n'en finit pas ; je ne plains pas les autres […]. Sois sage, Râma, il n'y a de monde que celui-ci, c'est certain ! Jouis du présent et jette derrière toi ce qui ne te plaît pas. »

Selon la philosophie du Chârvâka, toute connaissance dérive des sens, les écrits religieux n'ont aucun sens et sont du bavardage infantile.


Dans un autre domaine, la Bible, il est fait mention des athées : « l'insensé dit en son cœur Il n'y a point de dieu » (Psaume 14).


Athéisme dans l’antiquité gréco-romaine[modifier | modifier le code]

Les différentes marques d’athéisme ont été regroupées en quatre grandes catégories :

  1. les actes déclarés d’athéisme
  2. les remises en cause ponctuelles du dogme établi
  3. l’explication du monde sans faire intervenir les dieux
  4. les propositions d’une morale purement humaine

Actes déclarés d’athéisme[modifier | modifier le code]

Au milieu d’une société imprégnée de religion et de pratiques magiques, quelques personnes proclament leur athéisme ou en tous cas dénoncent certains aspects des manifestations divines. Nous en citerons cinq, en excluant Socrate (-471, -399) qui fut faussement condamné pour athéisme.

Article détaillé : Socrate.

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  • Diagoras de Mélos (-465, -415) n’est pas philosophe mais poète. Il se fait appeler “Diagoras l’Athée” à la suite d'un incident personnel :

Un autre poète s’était approprié un de ses poèmes. Diagoras porte plainte. L’autre jure sur les dieux que le poème est bien de lui et obtient son acquittement. Comme il n’arrive rien de fâcheux au parjure, Diagoras, écœuré, en déduit que les dieux n’existent pas. Il professe son athéisme à Athènes et dévoile à qui veut l’entendre les mystères d’Eleusis -ce qui était formellement interdit- et doit quitter précipitamment l’Attique pour échapper à une condamnation.

  • Critias (-460,-403) est le premier à écrire (du moins d’après les textes que nous possédons) une remise en cause fondamentale des religions. Le texte est un fragment de sa tragédie Sisyphe où il fait tenir au héros les propos suivants :
« Il fut un temps où la vie des hommes était sans règle, comme celle des bêtes et au service de la force, où les hommes honnêtes n'avaient nulle récompense, ni les méchants, non plus, de punition. Je pense que c'est plus tard que les hommes établirent des lois punitives pour que la justice fût reine sur le genre humain et qu'elle maintînt les débordements en esclavage : on était châtié chaque fois qu'on commettait une faute. Plus tard, encore, comme les lois empêchaient les hommes de mettre de la violence dans les actes commis ouvertement, mais qu'ils en commettaient en cachette, c'est alors, je pense, que, pour la première fois, un homme avisé et de sage intention inventa pour les mortels la crainte de dieux, en sorte qu'il y eût quelque chose à redouter pour les méchants, même s'ils cachent leurs actes, leurs paroles ou leurs pensées. Voilà donc pourquoi il introduisit l'idée de divinité, au sens qu'il existe un être supérieur qui jouit d'une vie éternelle, qui entend et voit en esprit, qui comprend et surveille ces choses, qui est doté d'une nature divine : ainsi, il entendra tout ce qui se dit chez les mortels et sera capable de voir tout ce qui se fait. Si tu médites en secret quelque forfait, celui-ci n'échappera pas aux dieux, car il y a en eux la capacité de le comprendre. »

Il est à remarquer que ce texte n’induit nullement que Critias soit athée : il pouvait admettre le rôle de dieux dans la création du monde et/ou la gestion des âmes après la mort.

  • Diogène de Sinope (-412, -323) s’attaque à de nombreuses valeurs du monde grec, en prônant entre autres la liberté sexuelle totale, l’indifférence à la sépulture, l’égalité entre hommes et femmes, la négation du sacré, la remise en cause de la cité et de ses lois, la suppression des armes et de la monnaie.
  • Théodore l'Athée écrit un livre montrant l'inexistence des dieux, document qui ne nous est pas parvenu. Il est mis à mort à Athènes pour athéisme vers -320.
  • Euhemere (-330 à -260) présente l'idée selon laquelle les dieux ne sont que des dirigeants et des conquérants du passé, et que leurs cultes et religions ne sont que la continuation de royaumes anéantis et de structures politiques d'un autre temps [1]. Euhemere fut critiqué pour avoir "répandu l'athéisme sur l'ensemble des terres en désignant les dieux comme de vieux concepts." [2]

Ces prises de position sont attestées par:

  • Marcus Tullius Cicero (Cicéron) : « La plupart [des philosophes] ont dit que les dieux existaient, mais Protagoras était dans le doute, Diagoras de Mélos et Théodore de Cyrène pensaient qu’il n’y en avait aucun. […] Diagoras [de Mélos], appelé άθεος (athée) et plus tard Théodore [de Cyrène] ont ouvertement nié l’existence des dieux. » (Cicéron, De la nature des dieux, I, i, 2 et xxiii, 63).
  • Michel de Montaigne : « Diagoras et Théodorus nient tout sec qu’il y eût des Dieux. » (Essais, II, xii, page 516 de l'édition Villey/PUF).

Remises en cause ponctuelles du dogme établi[modifier | modifier le code]

Les faits et écrits cités ci-dessous ne sont pas des marques d’athéisme mais ils montrent une distanciation de la pensée par rapport à la religion couramment admise, et par là ce sont des outils qui ont pu servir à une réflexion approfondie sur le rôle des dieux.

Protagoras (-485, -420) fut le premier à exprimer une attitude que l’on qualifie aujourd’hui d’agnostique : « Pour ce qui est des dieux, je ne peux savoir ni s'ils sont, ni s’ils ne sont pas. Beaucoup de choses empêchent de le savoir : d’abord l’absence d’indications à ce propos, ensuite la brièveté de la vie humaine ».

Héraclite (-544, -480), connu par ailleurs comme respectueux de la religion a écrit ce fragment qui donne une vision originale de la marche du monde : « Tout devient tout, tout est tout. Ce qui vit meurt, ce qui est mort devient vivant : le courant de la génération et de la mort ne s'arrête jamais. Ce qui est visible devient invisible, ce qui est invisible devient visible ; le jour et la nuit sont une seule et même chose ; il n'y a pas de différence entre ce qui est utile et ce qui est nuisible ; le haut ne diffère pas du bas, le commencement ne diffère pas de la fin.» [3]

Explication du monde sans faire intervenir les dieux[modifier | modifier le code]

Deux grands courants de pensée ont traité de ce sujet :

a- Le monde est fondé sur un principe essentiel

Les philosophes les plus connus sont sur ce sujet : Thalès (-625, -547), Anaximandre (vers -610, -546) et Anaximène (-585, -525). Chacun expliqua que le monde fut créé non pas par les dieux mais à partir d‘un principe fondateur : l'eau ou l'air suivant le philosophe qui en parlait. Ce n’était pas à proprement parler une conception athée car d’une part ce principe fondateur ressemble à s’y méprendre à un dieu supérieur, et d’autre part ces trois philosophes ne remettent pas en cause l’existence des dieux. Il n’empêche que leurs réflexions sont capitales car ils sont les premiers à imaginer que les dieux n’ont pas créé le monde mais ont été créés en même temps que lui par un principe supérieur.

b- Théories atomistes

Anaxagore (-500, -428) proposa la première théorie atomique, en faisant appel au nous, « l’intelligence éternelle », pour expliquer la mise en ordre du chaos originel.

Démocrite (470, -370) proposa une explication atomiste du monde qui laissa à la porte toute intervention divine. Les dieux ne sont pas niés mais ils n’interviennent pas, ils sont au même titre que les hommes des combinaisons passagères d‘atomes, donnant parfois des formes stables, voire se reproduisant. Démocrite propose là une explication athée mais il n’était pas lui-même athée car il admettait l’existence des dieux.

Proposition d’une morale sans intervention divine[modifier | modifier le code]

La remise en question porte cette fois sur le rôle de « conducteur de conscience » des dieux : ce ne sont plus les dieux qui guident les hommes mais eux-mêmes qui prennent ainsi leur autonomie.

Aristippe (-435, -356) et l’École de Cyrénaïque qu’il fonde, pronent la recherche du plaisir comme but de l’existence, ce qu’on appelle l’hédonisme.

Épicure (-342, -270) propose une morale qui peut se résumer par « Il ne reste plus rien à redouter dans la vie pour celui qui a vraiment compris que hors de la vie il n'y a rien de redoutable ». (extrait d’une Lettre à Ménécée)

Pour Épicure toute action entraîne à la fois des effets plaisants (positifs) et des effets amenant la souffrance (négatifs). L'épicurien doit agir sobrement en recherchant les actions amenant l'absence de douleur, d'où doit découler le plaisir négatif de cet état de repos (ataraxie). La pleine conscience de cette ataraxie procure le plaisir suprême. En physique Épicure reprend globalement la théorie de Démocrite sur les atomes, si bien que son enseignement exclut complètement les dieux, sans les nier toutefois. Cet enseignement rencontre une large audience de son vivant, et plus encore quelques années plus tard dans l’Empire Romain.

On voit que vers -250 beaucoup de choses essentielles à l’athéisme ont été exprimées - tout ce qui pouvait s‘exprimer alors peut être, car après cette date nous ne rencontrons plus de traces d’athéisme pendant deux siècles. Les athées avaient-ils disparus ? Nous ne pouvons le dire mais le grand nombre de professeurs grecs dans l’Empire romain laisse à penser que les idées des philosophiques athées ont continué à être professées – avec les autres philosophies.

Vers -50 intervient un événement important : l’écrivain Lucrèce (-98, -54) rédige De rerum natura qui reprend en vers et sous une forme facilement lisible l’essentiel de la pensée d’Épicure. Aucune innovation d’importance. C’est ce qu’on pourrait appeler aujourd’hui un acte de communication réussi : le livre connut un grand succès dans tout l’Empire Romain. Mais nous ne savons pas quelle fut l’étendue véritable de cette influence : le délit d'impiété ne fut évoqué que pour des chrétiens qui refusaient de participer au culte de l'Empereur et de Rome, ainsi que les juifs et leur dieu invisible, sans incarnation, partout et nulle part à la fois (quoique le judaïsme fût une religion autorisée).

L’athéisme au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Nous n’avons aucune marque d’athéisme pendant le Moyen Âge, mais il existe quelques témoignages de déviance qui montrent que derrière le discours officiel de l’adhésion unanime à la religion, il a existé des poches très localisées de déviance. Nous en citerons quatre.

  • Dans l’Empire Byzantin où l’Empereur est le représentant du Christ sur terre et où l’Église est toute puissante, il a fallu qu’une loi impériale interdise aux épiciers de Constantinople d’emballer leur marchandise dans des pages de livres sacrés[4].
  • Loin de Constantinople, le rabbin afghan Hiwi al-Balkhi (vers 860/870) soutint que la Bible contient des contradictions et des erreurs, nia la réalité des miracles et même dit que les Commandements sont déraisonnables. Et son enseignement eut une certaine audience car il était professé à Bagdad, alors capitale du monde musulman[5].
  • En France l’Inquisition chercha en 1321 à extirper les derniers rejets du catharisme autour de Carcassonne. C’est ainsi qu’elle découvrit que le curé de Montaillou (dans l’Aude aujourd’hui) avait installé près de l’autel de son église le lit où il recevait sa concubine.

L‘Inquisition découvrit aussi qu‘un certain nombre de citoyens ne croyaient pas en la Résurrection, ni en la virginité de la Vierge, ni en la survie de l‘âme. On peut penser qu’une telle déviance n’était pas anormale en pays cathare où la contestation de la religion catholique fut sévère mais le catharisme ne fut pas le seul mouvement à ébranler la société de cette époque, ce qui laisse à penser que de nombreux citoyens européens ont dû avoir des pensées loin du dogme admis[6].

  • Dans les universités d’Europe occidentale, de nombreux lettrés tentèrent de faire cohabiter la raison et la religion. L'exemple de Siger de Brabant et Boèce de Dacie est caractéristique et mérite qu‘on s‘y attarde :

Siger de Brabant et Boèce de Dacie étaient tous deux professeurs à la faculté des arts de Paris. Ils œuvraient à intégrer des textes d'Aristote dans les cadres de la pensée théologique, avec une réserve prudente : « Notre intention principale n'est pas de chercher ce qu'est la vérité, mais quelle fut l'opinion du Philosophe. » (Siger)

La vérité est réservée à la foi catholique. La raison et la foi sont deux ordres différents, l'un étant naturel, l'autre surnaturel et vrai.

Ils furent condamnés comme hérétiques en 1277 et chassés de l’université, pour avoir soutenu cette doctrine de la double vérité (et aussi pour de sombres questions de pouvoirs au sein de l‘Université).

Il faut noter que Siger et Boèce n'étaient nullement athées, même si le titre de certains sujets des réflexions menées par Boèce peut amener aujourd’hui à se poser des questions : l'impossibilité de création ex nihilo, l'impossibilité d'un monde ou d'une race humaine éternelle, et l'idée qu'il n'y aurait pas de résurrection des morts.

Renaissance et XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Les années 1450 – 1550 virent à la fois la redécouverte des auteurs grecs et la remise en cause de l’Église de Rome par Martin Luther et plusieurs autres réformateurs, qui se détachèrent plus qu'on ne l'avait jamais fait en Occident des dogmes de l'Église catholique. Mais l'athéisme reste exceptionnel au XVIe siècle comme l'a montré Lucien Febvre. "Des penseurs s'écartent du christianisme: selon Vasari, Léonard de Vinci s'était formé "dans son esprit une doctrine si hérétique qu'il ne dépendait plus d'aucune religion, tenant peut-être davantage à être philosophe que chrétien". Quant à Machiavel, il n'attaqua pas seulement les prêtres mais l'esprit même de l'évangile" comme l'a écrit Jean Delumeau dans La civilisation de la Renaissance (édition 1996, p. 403). Il y eut donc un courant antichrétien, dans lequel se développèrent des traces d'athéisme en Occident pour la première fois depuis plusieurs siècles.

Plusieurs réflexions critiques à l'égard de l'enseignement de l'Église se développèrent autour de l'existence d'un intellect collectif, esprit de l'humanité, d'un intellect distinct de l'âme sensitive, ou d'une âme dépendante du corps seul (propos du Padouan Pomponazzi). Les miracles pour Pomponazzi n'existent pas, ce sont des faits rares et inscrits dans les lois de la nature. Un des élèves de Pomponazzi fut Jérome ou Gerolamo Cardan. Parmi les esprits critiques de ce temps, il faut compter également Francesco Vimercati ou Vimercato (1500-1570), le meilleur représentant du rationalisme padouan, Étienne Dolet, Jean Bodin.

Athée fut au XVIe le superlatif de "déiste", injure déjà très grave dans la bouche et sous la plume de l'immense majorité des gens du temps (Delumeau, op. cit., p. 413).

L’apport essentiel sur l’athéisme dans la deuxième moitié du XVIIe siècle vient non pas de France mais d’Angleterre.

Thomas Hobbes (1588- 1679) propose dans Leviathan (1651) une grille matérialiste de compréhension du monde. En particulier il analyse les pouvoirs de l'État et la place du Roi, sans aucunement faire référence à Dieu. Les dévots ne s'y trompèrent pas et ses écrits furent considérés immédiatement comme 'athées'. Ce qui peut étonner aujourd’hui car Hobbes prônait un culte unique et obligatoire « car autrement toutes le plus absurdes opinions touchant la nature divine et toutes les plus impertinentes cérémonies se rencontreraient en une seule cité ». Comme quoi la notion d‘athéisme est parfois bien complexe.

En 1689 John Locke (1632 – 1704) publie La lettre sur la tolérance dans laquelle il présente deux notions novatrices pour l’époque :

  • un contrat social lie le pouvoir et les administrés, avec droit d’insoumission si le pouvoir ne respecte pas les règles admises. JJ Rousseau s’en inspirera.
  • le pouvoir n’a pas à intervenir dans les croyances de ses administrés.

En 1690 Locke publie L’Essai sur l’entendement humain dans lequel il cherche à déterminer l’origine des connaissances humaines et le degré de foi qu'on peut leur accorder. Pour Locke, toutes nos idées dérivent de l’expérience de nos sens et de notre réflexion. En particulier l’idée innée de Dieu chez l’homme est réfutée.

La seule contribution française est celle de Pierre Bayle (1647-1706) qui publie en 1697 son Dictionnaire historique et critique, vaste somme érudite sur les hommes connus. Leur biographie est volontairement plate, qu’il s’agisse de contemporains ou de personnages bibliques.

Entre autres, il constate que les guerres de religion ont été menées par des croyants ; il en conclut que la foi ne garantit ni la moralité ni l'humanité.

L’ouvrage peut paraître anodin aujourd’hui mais en son temps il proposa, comme les écrits de Hobbes, une version du savoir dans laquelle Dieu est absent. Et il préfigure le Dictionnaire philosophique de Voltaire et l’Encyclopédie.

Par ailleurs les mentalités évoluent dans l’ombre. C’est ainsi que la natalité des français baisse nettement à partir de 1710. Certes ce n'est pas une preuve d'incroyance mais une nette indication que dans les consciences intimes, on s'en remet moins à Dieu et à la Divine Providence.

Les libres penseurs du XVIIe siècle pratiquaient la double vérité, publiant des livres avouables d’une part, et tenant d’autre part, dans les salons, des conversations beaucoup plus libres, sans traces autres que celles de la correspondance. Il est donc difficile de savoir si l'apparente foi de certains penseurs de l'époque n'était pas dictée uniquement par la peur de la répression.

La censure s'exerçait sur tout le domaine philosophique qui comportait aussi bien des ouvrages de science naturelle, que de politique ou de théologie. Tout ce qui remettait en cause les notions établies apparaissaient suspectes aux yeux de l’Église.

Autres libres penseurs notoires[modifier | modifier le code]

Le siècle des Lumières[modifier | modifier le code]

En 1729 parait à quelques dizaines d'exemplaires le Testament, livre posthume du curé Jean Meslier (1664-1729). Meslier n’est pas un libertin qui cherche à justifier ses fredaines, ni même un penseur qui a renié la commune éducation, mais un curé de campagne, honnête et consciencieux, qui dit les invraisemblances de la religion chrétienne et la nuisance de toute religion. Le petit nombre d’exemplaires mis en circulation fait que ce livre n’a pas pu avoir une grande influence immédiate mais il fut lu par beaucoup de ceux qui, quelques années plus tard, furent du parti de philosophes, et en cela il occupe une place capitale dans la pensée au XVIIIe siècle.

Il est le premier à nier la permanence de l’homme après la mort : « dire que l’âme qu’on ne connaît point est le principe de la vie, ce n’est rien dire. Rien de plus naturel et de plus simple que de croire que l’homme mort ne vit plus. »

Il est le premier aussi à dire l’aspect pernicieux de la religion : « les hommes sont des malades imaginaires que des charlatans intéressés ont soin d’entretenir dans leur folie afin d’avoir débits de leurs remèdes. »

L’importance de Jean Meslier a longtemps été occultée par l’édition du Testament que fit Voltaire en 1762 en expurgeant tous les passages athées.

Le siècle des Lumières ne dura en réalité qu’une quarantaine d’années de 1750 à 1790 environ. Pendant ce court laps de temps furent publiés plusieurs écrits fondamentaux pour la libre pensée :

En 1750 Diderot lance l’Encyclopédie. Ce qui n’était au départ qu’une opération commerciale va devenir sous l’impulsion de Diderot une œuvre singulière à laquelle vont participer presque tous les écrivains qui vont faire le Siècle des Lumières : Montesquieu, JJ Rousseau, Voltaire, Condillac, d’Holbach, d’Alembert et Diderot. Pour la première fois, on y décrit à égalité avec les savoirs « nobles » tous les savoir-faire : la boulangerie, la coutellerie, la chaudronnerie, la maroquinerie. Cette importance accordée à l’expérience humaine est une des clefs de la pensée du siècle : la raison se tourne vers l’être humain qui en est désormais la fin.

En 1758 Helvétius publie De l’homme. Helvétius considère la croyance en Dieu et en l’âme comme le résultat de notre incapacité à comprendre le fonctionnement de la nature, et voit dans les religions, notamment la religion catholique, un despotisme n’ayant comme but que le maintien de l’ignorance pour une meilleure exploitation des hommes. Le livre sera interdit et Helvétius dut se rétracter sous peine de galère.

En 1770 le baron d’Holbach publie le Système de la Nature, après cinq autres livres anticléricaux et explicitement athées. D’Holbach place l’homme raisonnable au centre de tout et base sa philosophie sur la nature. Son but est de détacher la morale de tout principe religieux pour la déduire des seuls principes naturels. Il soutient l’athéisme contre toute conception religieuse ou déiste. Le livre est interdit et brûlé en place publique. De nombreux ouvrages seront écrits pour le réfuter dont deux articles du Dictionnaire philosophique de Voltaire (Dieu et Style).

En 1781 un disciple d’Helvetius, Jeremy Bentham (1748 - 1832) jette les bases de l’utilitarisme qui peut se résumer par la recherche du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre », sans aucune référence à Dieu. C’est un nouvel hédonisme, global et athée. Bentham est plus connu en Angleterre qu’en France ; il a influencé notamment John Stuart Mill et Henry Sidgwick.


Enfin, dans le domaine des sciences, il faut citer Lavoisier qui, par ses travaux rigoureux et ses écrits, a sorti la chimie des élucubrations de l’alchimie. Dans l’expérience célèbre sur la combustion, il pesa les éléments avant et après la réaction – une démarche banale aujourd’hui mais qui alors ne l’était pas. Il tordait le cou par là au phlogistique, une des nombreuses élucubrations inventées pour expliquer le monde par un quelque chose qu’on ne peut ni définir ni voir.


Parallèlement à ces publications savantes, la tolérance religieuse devint progressivement la pensée commune. Certes le progrès ne se fit pas sans heurts douloureux, comme le rappellent l‘affaire Calas ( 1761), affaire Sirven (1764) et chevalier de la Barre (1765). Quelques dates pour baliser l’évolution :

En 1763 Voltaire publie son traité sur la Tolérance.

En 1768 les protestants emprisonnés à Aigues Mortes pour leurs seules opinions sont libérés.

En 1781 l’empereur d’Autriche accorde la liberté de culte aux protestants et aux juifs.

En 1787 Louis XVI signe le décret de tolérance qui met fin aux persécutions des protestants.

En 1789 la déclaration des Droits de l’Homme dont l’article 10 stipule « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. « 

La Révolution est théiste et non pas athée : les grands hommes portés au Panthéon sont Rousseau et Voltaire et non pas Meslier, Diderot ou D’Holbach. La fermeture des églises en novembre 1793 et l’instauration du culte de la Raison ne seront que des phénomènes passagers. Le culte de l’Être Suprême sera institué en mai 1794.

Les armées napoléoniennes vont diffuser dans toutes l’Europe les idées de liberté, d’égalité et de tolérance religieuse. Les libres penseurs n’ont plus à se cacher. La libre pensée qui n’était qu’un mince filet parfois intermittent va devenir un courant important, aux multiples ramifications, si multiples même qu’en écrire l’Histoire va présenter une difficulté nouvelle : on passe en quelques années du trop peu d’informations au trop plein.


Autres libres penseurs du XVIIIe siècle :

La Mettrie

marquis de Sade : mais l’essentiel de ses écrits ne seront connus du grand public qu’au XXe siècle ; ainsi le Dialogue d’un prêtre et d’un moribond ne sera publié la première fois qu’en 1926.

William Godwin (1756-1836) écrivain et philosophe anglais

L’athéisme au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L’athéisme s’est manifesté au XIXe siècle essentiellement dans trois domaines :

la pensée philosophique,
la mouvance socialiste
la science.


la pensée philosophique athée[modifier | modifier le code]

L’essentiel de la pensée philosophique athée au XIXe siècle se situe en Allemagne. Deux philosophes dominent le début du siècle : Schopenhauer et Hegel, tous deux athées.


Schopenhauer (1788-1860) a cherché à expliciter le comportement de l’homme et la marche générale du monde, sans jamais faire référence aux dieux. Il dit même la nocivité de la religion pour que nous puissions comprendre ce que nous vivons : « Les religions sont comme les vers luisants : pour briller, elles ont besoin d'obscurité. Un certain degré d'ignorance générale est la condition de toutes les religions, le seul élément dans lequel elles peuvent vivre. » [8]

Hegel (1770-1831) proposa un vaste ensemble philosophique – sans Dieu, lui aussi. Il eut de nombreux disciple, hégéliens de droite et hégéliens de gauche parmi lesquels Feuerbach.


Ludwig Feuerbach(1804-1872) fit paraître en 1840 un livre qui fit grand bruit par son athéisme militant. Quelques citations permettent de situer la pensée de l’auteur :

« L'homme a imaginé un quelque chose doué d'omniscience, d'amour, de toute-puissance, et ce quelque chose il l'a appelé ‘Dieu’ ».

« Dieu est l'être parfait imaginé par l'homme. »

« Dieu est une escroquerie géniale valorisant l'homme, donnant un sens à sa vie. »

« La religion c'est la relation de l'homme à l'homme qui s'idéalise lui-même. »

« L'homme est un dieu pour l'homme. »


Max Stirner (1806-1856), lui aussi disciple de Hegel, lança en 1844 un brûlot contre les positions de Feuerbach :

« Feuerbach n'est pas athée, il a remplacé Dieu par l'Homme. »

« Dès qu'il y a un principe au-dessus de nous, ce principe est une religion. »

« L'ombre de Dieu plane : c'est la morale. Mais reconnaître la morale c'est reconnaître l'ombre de Dieu, c'est donc reconnaître Dieu. »


Karl Marx (1818-1883)
« La religion n'est que le reflet de l’économie et de la lutte des classes à un moment donné de l'histoire. »
« Les débats d'idées à coups de livres de Feuerbach et Stirner sont des débats religieux : ils renforcent la religion en se préoccupant sur des problèmes qui n'en sont pas. »
« Pour supprimer la religion, il faut un changement économique. »
« Le fondement de la critique irréligieuse est celui-ci : L'homme fait la religion, ce n'est pas la religion qui fait l'homme. »
« La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. »


Friedrich Nietzsche (1844 – 1900).

Il est considéré comme athée pour ses formules frappantes, ainsi celles issues de Ainsi parlait Zarathoustra :

« Je vous en conjure, ô mes frères, demeurez fidèles à la terre, et ne croyez pas ceux qui vous parlent d’espérances supra-terrestres. Sciemment ou non, ce sont des empoisonneurs.

« Serait-ce possible ? Ce vieux saint dans sa forêt n’a pas encore entendu dire que Dieu est mort ! »

Ou encore cette phrase issue de Le crépuscule des idoles : « [Dans la croyance en un monde métaphysique], nous nous vengeons de la vie en lui opposant la fantasmagorie d'une vie "autre" et "meilleure" ».

Mais on lit aussi dans Ainsi parlait Zarathoustra : «Je ne peux croire qu’à un Dieu qui saurait danser. » Là Nietzsche fait allusion à Dionysos, dont il a longuement parlé dans La Naissance de la Tragédie. Dionysos c’est l'ivresse de l’instinct, la jouissance primitive de l’absence de raison, l’innocence de la liberté et de l'émotion.

Nietzsche était-il athée ou non ? Sa pensée est trop riche (et trop difficile à cerner) pour qu’on puisse l’enfermer facilement dans une catégorie préétablie. Sa pensée est orientée vers la compréhension des conditions et des moyens de l'ennoblissement et de l'élévation de l'homme[9]. Ce projet passe par la destruction des valeurs de l'idéalisme platonicien et chrétien qui ont gouverné jusque là l'Occident.

Mais que prévoyait Nietzsche après la destruction de l’ordre existant ? Le sujet est à compléter.


La mouvance socialiste[modifier | modifier le code]

La mouvance socialiste est composite mais toutes les tendances ont deux points en commun :

  • les dirigeants sont athées ;
  • le but est de réaliser le bonheur des hommes sur terre – en dehors de toute idée religieuse et de vie paradisiaque dans l’au-delà.

La diffusion des idées socialistes parmi les ouvriers de plus en plus nombreux assura automatiquement la diffusion de l’athéisme, et plus encore de l’anticléricalisme. On ne sait quelle fut la pénétration de ces idées dans la population. Trois faits permettent de se faire une première idée :

  • de nombreux maçons creusois se sont fait inhumer sans croix sur leur tombe.
  • en 1881, le cercueil d’Auguste Blanqui, révolutionnaire et athée virulent, sera suivi par 100 000 personnes.
  • lors de la Commune(mars à mai 1871), il n’y eut aucune loi ou action contre la religion elle-même, mais des mesures anticléricales sévères : séparation de l’Église et de l’État, suppression du budget des cultes, sécularisation des biens des congrégations religieuses - et exécution de l’archevêque de Paris, Mgr Darbois.


Par contre chez les militants, l’athéisme est généralisé. Ainsi en 1869 lors du 4e congrès de l’Association internationale des travailleurs (dite 1re Internationale) les trois courants dominants sont :

- le courant anarchiste de Michel Bakounine qui a dit « et si Dieu existait, il faudrait s'en débarrasser ! »,

- le courant de Karl Marx pour qui la religion est l’opium du peuple,

- le courant s’inspirant de Pierre-Joseph Proudhon, athée déclaré.


Autres militants athées connus :


la science[modifier | modifier le code]

Les sciences progressent d’une façon fulgurante, et dans tous les domaines : la chimie (qui n‘a vraiment débuté qu‘avec Lavoisier), la découverte et maîtrise de l’électricité, la compréhension de la chaleur et de la lumière, la médecine aussi avec la découverte de microbes. Tout porte à penser que dans quelques décennies l’homme maîtrisera et contrôlera tous les processus importants de sa vie. À quoi bon s‘occuper de Dieu dans ces conditions ?

Par exemple le philosophe Auguste Comte (1798 - 1857) conçoit une philosophie « positiviste » basée sur la confiance dans le progrès de l'humanité par les sciences. Pour lui l‘esprit moderne renonce à la question « pourquoi ? », c'est-à-dire à chercher les causes premières des choses. Il se limite au « comment », c'est-à-dire à la formulation des lois de la nature, exprimées en langage mathématique, en dégageant, par le moyen d'observations et d'expériences répétées, les relations constantes qui unissent les phénomènes, et permettent d'expliquer la réalité des faits.

Et Paul Bert, ministre de l’éducation, dit « avec la science, plus de superstitions possibles, plus d'espérances insensées, plus de ces crédulités niaises, de ces croyances aux miracles, à l'anarchie dans la nature. »

Lorsqu’en 1860 Marcelin Berthelot fit la synthèse de l’acétylène à partir de ses éléments de base, on put croire qu’avec le progrès, l’homme pourrait tout créer lui-même, sans qu’il soit nécessaire de faire référence à Dieu. Il faudra en rabattre après la découverte de la radioactivité (1896) et l’étude de la structure de la matière qui posent des problèmes non encore totalement élucidés à ce jour.

Le physicien Robert Andrews Millikan a dit :  » nous commençâmes tous à voir que les physiciens du XIXe siècle s’étaient pris un peu trop au sérieux, et que nous n’étions pas allés aussi loin que nous le pensions dans l’étude de l’univers. »

En biologie Charles Darwin (1809-1882) publia en 1859 son livre L‘origine des espèces dans lequel il démontrait que les espèces évoluent par sélections naturelles. Plusieurs théories, dont celle de Lamarck, avaient déjà dit que le monde n’avait pas été créé tel qu’il est, comme le dit la Bible. Mais Darwin donnait en plus une explication générale de l’évolution qui restreignait la création divine à peu de chose.

Les religieux, anglicans et catholiques, condamnèrent ces théorie nouvelles, ce qui n‘empêcha nullement la théorie évolutionniste de devenir populaire. Les livres de Darwin se vendirent bien, même auprès des classes populaires.


Porté par les idées socialistes et scientifiques, l’athéisme se répand hors de ces deux domaines, comme en témoigne l’athéisme affiché

l’athéisme au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Jusqu’en 1914 le XXe siècle fut, du point de vue de l’athéisme, le prolongement du siècle précédent. Mais la guerre apporta une véritable cassure dans les sociétés européennes. L’horreur de la guerre et les millions de morts ne purent pousser les hommes à croire que Dieu intervenait sur terre, et encore moins qu‘il était bon. Les femmes se mirent à travailler en nombre, ce qui amoindrit leur rôle de gardienne des traditions qui étaient le leur jusque là, notamment la tradition religieuse.

Enfin l’avènement du communisme, ouvertement athée, offrit un espoir fabuleux de « lendemains qui chantent » dans lesquels la religion n’existe plus.

La religion reculait.

Même en Turquie où le conservatisme des ottomans avaient sévi pendant des siècles, Mustapha Kemal apporta la révolution des idées :

« Depuis plus de 500 ans, les règles et les théories d'un vieux sheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu'il apprend à l'école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu'à ses pensées les plus intimes. L'islam, cette théologie absurde d'un Bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »

« Il faut savoir choisir entre la révélation passée et la liberté future. »


En 1927 Sigmund Freud(1856-1939) donna une explication de l’origine des religions dans le psychisme de l‘homme, qui permet de comprendre pourquoi elles se maintiennent autant après des siècles de pensée et de sciences rationalistes :

« Envisageons la genèse psychique des représentations religieuses. Ces idées, qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine, l’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice, si souvent demeurées irréalisées dans les civilisations humaines, et la prolongation de l’existence terrestre par une vie future fournit les cadres de temps et de lieu où ces désirs se réaliseront. » [10]*


Les horreurs de la 2e guerre n’ont fait que renforcer le scepticisme. Les compromissions du haut clergé avec les pouvoirs totalitaires pendant la guerre n’aidèrent pas au renouveau de la religion. Les vocations religieuses diminuèrent, la pratique religieuses aussi. Beaucoup de personnes prirent leur distance avec la religion officielle, tout en gardant une certaine foi, aux contours assez flous. On verra ci-dessous que, d’après différents sondages d’opinion, l’athéisme n‘est pas majoritaire.


Beaucoup d’écrivains du XXe siècle affichèrent leur athéisme :

Henri Barbusse - Paul Nizan - Louis Aragon - Jean-Paul Sartre - Simone de Beauvoir

Albert Camus - Egon Bondy - Albert Jacquard - Jacques Bouveresse

André Comte-Sponville - Michel Onfray - Manuel de Diéguez - Georges Bataille

Richard Dawkins

Claude Simon a écrit un texte qui évoque bien ce que fut le XXe siècle, pour son discours de remerciement lors de la cérémonie de remise des prix Nobel à Stockholm, le 9 décembre 1985 :

« Je suis maintenant un vieil homme, et, comme beaucoup d'habitants de notre vieille Europe, la première partie de ma vie a été assez mouvementée : j'ai été témoin d'une révolution, j'ai fait la guerre dans des conditions particulièrement meurtrières (j'appartenais à l'un de ces régiments que les états-majors sacrifient froidement à l'avance et dont, en huit jours, il n'est pratiquement rien resté), j'ai été fait prisonnier, j'ai connu la faim, le travail physique jusqu'à l'épuisement, je me suis évadé, j'ai été gravement malade, plusieurs fois au bord de la mort, violente ou naturelle, j'ai côtoyé les gens les plus divers, aussi bien des prêtres que des incendiaires d'églises, de paisibles bourgeois que des anarchistes, des philosophes que des illettrés, j'ai partagé mon pain avec des truands, enfin j'ai voyagé un peu partout dans le monde… et cependant, je n'ai jamais encore, à soixante-douze ans, découvert aucun sens à tout cela, si ce n'est comme l'a dit, je crois, Barthes après Shakespeare, que « si le monde signifie quelque chose, c'est qu'il ne signifie rien » — sauf qu'il est. »



les états athées de la sphère communiste[modifier | modifier le code]

ce paragraphe vient de l'article athéisme ; les transfert d'historique et de référence seront faits ultérieurement.

Le XXe siècle connaît un événement jamais vu encore : la création d’états officiellement athées, les régimes communistes. Les paragraphes ci-dessous expliquent ce que fut dans la pratique l'athéisme des pays communistes.

En Albanie l’exercice de toute religion était sévèrement réprimé et tout symbole religieux était proscrit ; les monuments religieux ont été soit détruits soit volontairement transformés.

L'Union soviétique et ses États satellites ont également fait de l'athéisme l'un des fondements de leur idéologie. Avec plus ou moins de vigueur, ils persécutèrent les croyants (brimades, surveillance, réclusion, mises à l'écart, etc.) confinant le clergé à la semi-clandestinité. L'« athéisme scientifique » était au contraire promu par des ligues souvent très virulentes et faisait partie des matières obligatoires à l'université. Toutes ces pratiques varièrent en intensité au cours du temps car le Parti était partagé entre la volonté d'enlever « le bandeau qui masquait la vérité au peuple » et la peur de s'aliéner les masses. Les paragraphes ci-dessous détaillent les variations de la répression religieuse.

De 1917 à 1924, le régime eut une politique conciliante envers la pratique privée, alors qu'il démantelait les biens de l'Église orthodoxe russe. L'accession au pouvoir de Staline mit fin à cette tolérance relative. Jusqu'en 1932, le régime mena une politique répressive, marquée par de multiples destructions d'édifices religieux et des persécutions contre les membres du clergé et leur entourage. De 1932 à 1937 il y eut un lent regain de l'organisation religieuse, puis un court regain de répression pendant les Grandes Purges (1937-1938). Le changement de politique fut complet lors de la Grande Guerre Patriotique (1941-1945) : un clergé officiel fut autorisé et la charge de métropolite, abolie depuis 1925, rétablie, tandis que les musulmans recevaient quatre Directions Spirituelles, autorisées à former des mollahs et à publier régulièrement des fatwas. Après-guerre, la politique de promotion de l'athéisme reprit, mais aussi, elle se combina à un durcissement des Églises officielles vis-à-vis des uniates d'Ukraine et des musulmans soufi notamment. Cela entraîna la création d'une hiérarchie officieuse, les « églises souterraines » et « l'islam parallèle ».

Après la mort de Staline, les pratiques parallèles et les cultes officiels furent une cible privilégiée de Khrouchtchev qui se positionnait en rétablisseur de la tradition léniniste face aux errances staliniennes. L'ère Brejnev fut une accalmie : un compromis fut trouvé qui reposait sur le rôle des religieux à l'extérieur, notamment dans les relations avec les pays arabes. En revanche, Gorbatchev relança la politique répressive sur des bases idéologiques similaires à celles de Khrouchtchev. Après la chute du bloc de l’Est et de l'URSS, les cultes orthodoxe (Russie, Ukraine) et musulman (Asie centrale, Caucase et Tatarstan) reprirent de la vigueur. Non seulement l'expression de la religiosité s'accrut, mais un grand nombre d'athées, souvent pour des raisons identitaires, se convertirent.


la religion en Chine communiste

La religion en Chine communiste est à documenter jusqu’en 1976, fin de la Révolution Culturelle.

Depuis cette date le culte est toléré tant qu’il reste une affaire individuelle, mais le Parti ne tolère pas les églises organisées, qui pourraient éventuellement lui porter ombrage : ainsi les persécutions de l’Église catholique, l’éradication de la secte Falun Gong et, dans une certaine mesure, la répression des moines tibétains.

L’athéisme aujourd’hui[modifier | modifier le code]

État des lieux[modifier | modifier le code]

On a une idée du nombre d’athées dans les pays occidentaux par différents sondages d’opinion. Ces sondages ne donnent qu’un ordre de grandeur assez grossier, vu les écarts parfois considérables entre les différentes estimations. On trouvera les détails des estimations et les références dans l’article analyse statistique de l'athéisme.

Une enquête de décembre 2004 annonce que 25 % des Européens de l'Ouest et 12 % en Europe centrale et orientale se disent athées, avec des écarts très importants d’un pays à l’autre : 4 % des Roumains, 8 % des Grecs – mais 49 % des Tchèques et 41 % des Néerlandais[11].

Aux États-Unis une enquête menée en 2007 montre que 8 % des Américains sont athées. Les Américains doutant de l'existence de Dieu, les agnostiques, constituent 21 % de la population[12].

Au Canada une enquête de mai 2008 indique que 23 % des Canadiens sont athées. Le pourcentage d'agnostiques s'élève à 6 %[13]. Un précédent sondage de 2001 (mais peut être pas avec les mêmes questions) comptait 16,5 % d'athées dans la population[14].

En France, le nombre d’athées oscille entre 33 % (eurobaromètre, 2005) et 44 % (IFOP, 2004)[15]. Les agnostiques seraient 32 % (Harris Interactive, 2006)[16]. Si on ajoute à ces chiffres que 10 % environ des français sont pratiquants, il reste en gros un quart de la population dont on ignore les croyances.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fragments of Euhemerus' work in Ennius' Latin translation have been preserved in Patristic writings (e.g. by Lactantius and Eusebius of Caesarea), which all rely on earlier fragments in Diodorus 5,41–46 & 6.1. Testimonies, especially in the context of polemical criticism, are found e.g. in Callimachus, Hymn to Zeus 8
  2. Plutarch, Moralia — Isis and Osiris 23
  3. (Fragment 10, Pseudo- Aristote Traité du Monde, 5. 396b7)
  4. Les byzantins - Petite Panète - Seuil
  5. (Dictionnaire de la civilisation juive – Larousse 1997)
  6. Emmanuel Le Roy Ladurie Montaillou, village occitan Gallimard 1982
  7. Notice sur Spinoza dans le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle.
  8. Parerga et Paralipomena, Sur la religion
  9. Dans la préface de 1886 à Humain, trop humain, tome I, il définit son problème, problème d'esprit libre, comme le problème de la hiérarchie, i.e. de la détermination des valeurs, et, en particulier, des valeurs de la noblesse (voir sur ce dernier point Par-delà bien et mal, IX. « Qu'est-ce qui est noble ? »)
  10. Sigmund FREUD, L’avenir d’une illusion, section VI
  11. Eurobaromètre n° 225, Social values, Science & Technology, juin 2005, pp 7-11 [archive]
  12. Sondage Pew Forum réalisé sur 35 000 personnes entre mai et août 2007 : AFP, « L'Amérique mystique, religieuse et tolérante » sur Le Figaro, 24/06/2008. Consulté le 25 juin 2008
  13. Sondage La Presse canadienne-Harris Décima réalisé entre le 22 et le 26 mai 2008 auprès de 1 000 personnes : AP, « Le quart des Canadiens disent ne croire en aucun dieu » sur Le devoir.com, 2 juin 2008. Consulté le 27 juin 2008
  14. Organisme National Statistique du Canada, « Population selon la religion, par province et territoire (Recensement de 2001) [archive] » sur www40.statcan.ca, 28/01/2001. Consulté le 25 février 2009
  15. Les croyances des Français [archive] - Sondage Ifop, Le Journal du dimanche, 12 avril 2004
  16. Religious Views and Beliefs Vary Greatly by Country, According to the Latest Financial Times/Harris Poll [archive] - 20 décembre 2006

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pour l'Antiquité et le Moyen Âge : Nier les dieux, Nier dieu (actes du colloque / organisé par le Centre Paul-Albert Février à la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme les 1er et 2 avril 1999 ; études réunies par Gilles Dorival et Didier Pralon. -- Aix-en-Provence : Publications de l'Université de Provence, 2002.)
  • Pour la période contemporaine : Georges Minois Histoire de l'athéisme - Les incroyants dans le monde occidental des origines à nos jours, Fayard

Liens externes[modifier | modifier le code]